Sur les pas des  grands hommes qui ont marqué la région

A 

Abbé PIERRE - Irremplaçable

ANGGUN - La France, la maison que j’ai choisie

Jeanne d'ARC - Il était une foi

Yann Arthus-Bertrand : « Les animaux sauvages dérangent »
                                              « J’ai arrêté de faire la leçon aux autres »

Isabelle AUTISSIER - Navigatrice et scientifique humaniste

 Charles AZNAVOUR - La légende Aznavour
Emmenez-moi
Je ne suis pas vieux, je suis âgé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abbé PIERRE

«  Irremplaçable  »

Dix ans après la mort de l'abbé Pierre, le 22 janvier 2007, aucune figure charimatique autant aimée des Français ne lui a succédé mais une foule de disciples lui ont emboîté le pas.


Il a été « un vagabond de l'amour », « un géant de la charité », estime l'archevêque de Rouen.

Les dates clés de sa vie

•.- 5 août 1912 : Naissance d'Henry Grouès, di,t l'abbé Pierre à Lyon,

•.- 1931 : Renonce par acte notarié à sa part du patrimoine familial et distribue ce qu'il possède à diverses œuvres de charité. Entre chez les Capucins.

•.- 1938 : Ordination sacerdotale le 14 août.

•.- 1941 : Dès le lendemain de la rafle du Vel d'Hiv à Paris. l'abbé Pierre accueille des Juifs rescapés d'une première rafle en zone libre.

•.- 1942-44: Clandestinité: participe à la résistance, crée des maquis qui deviendront une partie de l'Armée du Vercors. C'est pendant cette période qu'il endossera le nom d'abbé Pierre.

•.- 17 juin 1943 : première rencontre avec le général De Gaulle, à Alger.

•.- 1945-51: Député de Meurthe et Moselle apparenté MRP. II démissionne en 1951 et consacre ses indemnités parlementaires au financement des premières cités d'urgence,

•.- 1949 : Il entreprend la construction (souvent illégale) de logements pour familles sans-abri et accueille chez lui un homme désespéré, Georges : cet événement marque la fondation de la première communauté Emmaüs (Neuilly·Plaisance).

•.- 1954: Une femme puis un bébé meurent de froid en janvier et en février, L'abbé lance un appel sur les ondes de RTL: c'est « l'insurrection de la bonté » à Paris et en province.

•.- 1984: lancement de la Banque alimentaire en France, par Emmaüs, le Secours catholique et l'Armée du salut.

•.- 1988 : Création de la Fondation abbé Pierre pour le logement des Défavorisés, reconnue d'utilité publique en 1992.

•.- 1992 : Promu Grand officier de la Légion d'Honneur, il repousse cette distinction avec fracas,

•.- 2004 : Classé en tête des personnalités préférées des Français, il obtient à sa demande de ne plus figurer dans le sondage Ifop·JFDD.

« Il était intouchable, les responsables politiques avaient peur de ses coups de gueule » 
Porte-parole du DAL.

La silhouette bien connue d'Henri Grouès, capeline noire barbe blanche et béret, a disparu des écrans de télévision. Mais ses mots restent graves dans les esprits, et surtout ceux prononcés sur les ondes de Radio Luxembourg le premier jour du mois de février 1954 : « Mes amis aidez-moi, une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures. » Aujourd'hui, comme lors de chaque hiver, politiques et médias s'inquiètent davantage du sort des sans-abri. Et la situation n'est pas bonne : 50 % de SDF en plus en dix ans entre 2001 et 2012, près de 4 millions de mal-logés. « Ça manque, cette capacité incarnée per une seule personne de rendre vIsibles les situations les plus dures, de pousser la société et les politiques à agir », juge Christophe Robert, directeur général de la Fondation abbé Pierre. « Il était intouchable, les responsables politiques avaient peur de ses coups de gueule », renchérit Jean-Baptiste Eyraud, infatigable porte-parole de Droit au Logement (DAL), pour qui le « curé de, combat » s'était engagé dès les débuts, « Il a joué un rôle très très important dans les rapports de force, et nous a permis de populariser et de gagner des combats, « Après sa mort, ça a été plus difficile. Les gouvernements ont essayé de nous enterrer. Mais ils n'ont pas réussi. » Comme Jean-Baptiste Eyraud, une multitude de militants suivent, a leur façon, la voie du fondateur d'Emmaüs, bataillant contre la pauvreté, l'exclusion, les logements insalubres. « On est un peu les enfants turbulents de l'abbé Pierre », sourit le porte-parole du DAL.

Prêtre et lyonnais comme lui, Bernard Devert, 69 ans, a fondé il y a une trentaine d'années Habitat et humanisme, aujourd'hui une référence en matière d'insertion par le logement. Quand il a parlé de son projet à l'abbé, celui-ci a dit « Allez-y », raconte-t-il : « Il savait écouter, donner confiance. Il refusait la défaite, « Engagé spirituellement, politiquement résistant, l'abbé Pierre « était touché par la fragilité de l'homme et lui même avait avoué ses propres fragrlttes  », note Bernard Devert.

Pour l'homme d'Église, « il n’y avait pas de respect de Dieu s'il n’y avait pas de respect de l'homme I » Dix ans après son décès, le fondateur d'Habitat et humanisme se rappelle son « magnifique regard, un regard brûlant, un regard qui espère. »

Ce week-end, partout en France, la société civile rendra hommage à ce monument national en débattant et fêtant l'engagement militant. À Paris, sociologues, experts, artistes et associatifs réfléchiront à quelques mois de la présidentielle, à la société de demain. « Dix ans après, on voulait dire que les héritiers de l'abbé Pierre sont toujours là , et inspirer tes politiques, en leur montrant que des solutions existent », explique Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France, Aujourd'hui, 19.000 personnes animent le mouvement Emmaüs et 283 associations en sont adhérentes.

Les héritiers de l'abbé Pierre, « ce sont tous ceux qui se mobilisent, les compagnons, les bénévoles, les militants, toute cette France solidaire », s'enthousiasme Thierry Kuhn, évoquant par exemple Cédric Herrou agriculteur de 37 ans poursuivi pour avoir aidé des migrants, ou Pierre Rabhi, essayiste, agriculteur bio et fondateur du mouvement citoyen Colibris.  « Ils sont des milliers, des dizaines de milliers. »

L'abbé Pierre c‘est unique Il, souligne le Père. Bernard Devert, « mais nous essayons de poursuivre son action, d'être comme lui des bâtisseurs de lien, de susciter des raisons d'espérer. »

Extraits de l' union du 12/01/2017

  

    

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ANGGUN

La France, la maison que j’ai choisie

L'interprète de « Neige au Sahara » donnera vendredi l'un de ses rares concerts en France. Une invitation au voyage en musique

ANGGUN EN CONCERT

•.-  Où ? A la salle Marcillet de Sedan

•.- Quand ? vendredi 18 novembre 2016

•.- Tarifs: 33/30 euros

•.- Infos: 03 24 27 73 41

Que peut-on attendre de vous pour ce concert ?

De la bonne musique et une chanteuse super-heureuse d'être là ! Je vais raconter mon histoire de femme du monde avec les chansons de mon dernier album. Toujours un ailleurs, et un pot-pourri de mes autres musiques, Il y aura des chansons connues de tous et d'autres moins. Il y aura une certaine unité. À certains moments, ce sera assez intime où je jouerai seule du piano et d'autres où ça sera beaucoup plus musclé (rires)

Vous n'aimez pas être cataloguée dans un style musical. Vous vous êtes essayée à la variété, à la pop, au R'n'B («  Si Je t'emmène » avec Pras) et même à la new age avec l'artiste Enigma dont l'album est sorti le 11 novembre 2016. Ce ne sera pas trop complexe d'assurer une cohérence pendant le concert ?

J'ai l'impression qu'en France, on est assez cloisonné. C'est très différent chez les Anglo-Saxons qui sont plus ouverts aux envies des artistes. C'est là où je me dis que je suis Française d'adoption (rires), Mais j'ai eu la chance.ds travailler avec de grands paroliers, venus du rap ou même le parolier d'Alain Bashung ! En revanche, je ne travaille qu'avec les mêmes musiciens depuis une décennie, je suis Taureau, on est très clanique-vous savez ?

Peut-on s'attendre à vous entendre chanter certains de vos morceaux en anglais ou en indonésien, votre langue natale ?

C'est toujours difficile d'adapter une chanson en français. L'anglais est une langue bien plus musicale. En français, on soigne beaucoup plus l'approche littéraire que musicale. D'ailleurs, mon dernier album, je l'ai écrit pour la France et là je prépare un album en anglais pour l'international. Peut-être que pour le concert, j'inclurai une chanson en anglais mais en indonésien, je ne pense pas. Chanter dans ma langue, c'est complexe, je dois me concentrer pour ne pas prendre d'acent quand je chante en français. Après ... à Paris, il y a toujours beaucoup d'Indonésiens qui viennent me voir. Alors, peut être que je me ferais un petit plaisir égoïste !

« Pour que les gens acceptent de se déplacer pour venir vous voir en concert, il faut beaucoup d'amour »
Anggun

Vous faites beaucoup de collaborations, notamment dernièrement avec Florent Pagny pour « Nos vies parallèles » …

J'aime bien changer régulièrement de partenaires. Cela permet d'avoir du sang neuf, de ne pas stagner.

Comment partagez-vous votre vie entre la France et l'Indonésie ?

Je vis à Paris, où ma fille est scolarisée, mais je voyage beaucoup pour ma carrière. Pour moi, la France, c'est la maison que j'al choisie. J'aime beaucoup reprendre la chanson de Maxime Le Forestier « Né quelque part ». On ne choisit pas l'endroit où l'on naît. Quand on peut choisir où l'on vit, on a beaucoup de chance. Pour moi, ma richesse culturelle, c'est d'aller vers les autres.

Est-ce que le public est différent selon Ies pays ?

Le public veut toujours la même chose : passer un bon moment. Mon travail, c'est de divertir. J'aime bien faire des concerts un peu plus intimes où j'ai l'impression d'accueillir chez moi le public. Ce sont des invités, il faut s'en occuper ! Je sais que le public indonésien par contre aime bien quand l'artiste discute avec lui entre chaque morceau.

Vous avez commencé votre carrière très jeune, dès vos sept ans en Indonésie, vous n'êtes toujours pas lassée ?

Ho non. J'aime beaucoup voir la réaction du public, créer une communion avec lui. Pour que les gens acceptent de se déplacer pour venir vous voir en concert, il faut beaucoup d'amour ! Je me dois d'être agréable et de bien chanter pour eux. Et puis, les artistes doivent être sur scène. Sinon, on ne nous voit qu'à travers la télévision. C'est froid. Et moi j'adore ça ! C'est une partie de ma vie, j'ai vraiment beaucoup de chance.

Vous êtes aussi connue pour votre engagement caritatif. D'où vient-il ?

Nous ne vivons pas seuls. Nous sommes sept milliards d'individus. Moi, je viens d'Indonésie, un pays très riche mais avec beaucoup d'inégalités. Ce n'est pas vraiment le devoir d'une artiste mais de tout individu. je suis ambassadrice de bonne volonté pour l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, j'ai notamment soutenu les micro-crédits qui permettent d'avoir une action locale. Sans ça, l'action globale ne peut pas fonctionner aussi bien.

Et sinon Anggun, qu'est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Comme en ce moment, je suis en période d'écriture pour mon album international, je n'écoute pas beaucoup de musique pour éviter de me laisser influencer. Mais, comme toujours, j'écoute beaucoup de jazz, Billie Holiday, Gregory Porter. Ma grosse découverte, c'est Lianne La Havas. Elle a une voix incroyable, on dirait qu'elle vous caresse et soudain ça explose ! Ah, et, je n'aurai jamais cru acheter un jour un de ses albums mais j'ai beaucoup aimé le dernier album de ... Justin Bieber. Sans rire, il est très bon !

Propos recueillis par Maxime MASCOLI

Extraits de l' union du 15/11/2016

  

    

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Jeanne d'ARC

Il était une foi

Michel Bernard raconte avec un lyrisme inspiré l’épopée sublime d’une certaine Jeanne, fille du Barrois


Le portrait de Jeanne d’Arc par Paul Dubois est exposé au musée des Beaux-Arts de Reims.

Tout commence par une bonne idée et une bonne gifle. La première est le choix d’accompagner la couverture d’un portrait très beau et assez peu connu de Jeanne d’Arc. Il est signé Paul Dubois, le même peintre et sculpteur qui façonna la statue équestre de l’héroïne devant la cathédrale de Reims. Sur ce profil un rien buté, pointe la maturité sous la prime jeunesse, la volonté sous l’innocence, la grâce sous l’effronterie. On devine que c’est ce visage-là que l’adolescente dut présenter à l’hiver 1429 à Robert de Baudricourt quand le maître des lieux, excédé par l’insistance de la donzelle de 17 ans, lui en retourna une.

UN VOYAGE HISTORIQUE EN PREMIÈRE CLASSE

Choisie à dessein, la scène débute le récit que Michel Bernard consacre à l’épopée prodigieuse de Jeanne d’Arc, enfant du Barrois, qui n’est pas encore en Lorraine, n’en déplaise à François Villon. En remontant aux sources de la légende, l’ancien sous-préfet de Reims, lui-même natif de Bar-le-Duc, retrouve ses voix et ses voies intérieures, déjà empruntées dans « le Corps de la France », ses ouvrages sur 14-18 ou les portraits de Trénet, Ravel, Genevoix ou Monet. Autant de figures qui, chacune à sa manière, disent un certain génie français, fait d’élégance, d’audace, de liberté et d’attachement aux paysages et lumières du pays natal.

Propulsée par une destinée hors norme, Jeanne d’Arc serait un peu l’acmé sentimentale et affective de cette galerie de personnages archétypiques. Parce qu’il est d’abord romancier, fût-il passionné par son sujet, Michel Bernard ne prétend pas réécrire, au sens de modifier une histoire mille fois contée et célébrée. L’ambition, alimentée par les recherches de haut vol de Colette Beaune ou l’insurpassable dictionnaire du trio Contamine-Bouzy-Hélary, est plutôt de revisiter la geste johannique, mais pour un voyage en première classe, avec ce qu’il faut de panoramiques et d’arrêts sur image pour conférer au récit son admirable qualité visuelle portée, comme toujours chez Michel Bernard, par une prose ciselée, impeccable.

Cela nous vaut notamment quelques pages superbes sur la beauté sensuelle de Jeanne, sa rencontre avec le duc d’Alençon, la magistrale victoire de Patay ou la mort de la Pucelle. Car, hélas, l’histoire se termine mal, comme d’habitude. La consolation est de savoir que, depuis, le « bon cœur » de Jeanne, référence à Michelet, n’a plus jamais cessé de battre.

Gilles GRANDPIERRE

Extraits de l' union du 10/12/2017

  

    

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Yann Arthus-Bertrand

Les animaux sauvages dérangent

Au festival international de la photo animalière, l’auteur de « La Terre vue du ciel » ou de « Human » va se rappeler aux bons souvenirs de ses débuts, quand il photographiait des lions au Kenya.


À 71 ans, Yann Arthus-Bertrand ne ménage pas ses efforts pour tenter d’attirer l’attention sur les sujets qui lui tiennent à cœur.

FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA PHOTO ANIMALIÈRE

•.- OÙ ? la conférence a lieu sur le site de l’abbatiale à Montier-en-Der.

•.- QUAND ? le samedi 18 novembre à 12 h 30.

•.- ENTRÉE GRATUITE INFOS - La conférence, « Vu du cœur », sera suivie de la diffusion du film «Human » et d’un échange le samedi à 20 heures au pôle socioculturel.

Avant d’être réalisateur, reporter et écologiste, Yann Arthus-Bertrand a fait ses débuts avec un appareil photo en main et des lions dans l’objectif. Une passion qui n’a jamais quitté l’ambassadeur de l’Organisation des nations unies (ONU) pour l’environnement, lui dont la vie a pris un tournant surprenant à ses 30 ans, alors qu’il venait de rejoindre le Kenya et un élevage de lions avec sa femme. Inquiet pour la condition animale, il ne manque pas une occasion d’évoquer le sujet, encore récemment lors d’une conférence à Manille, capitale des Philippines.

Dans quel état d’esprit venez-vous au festival de la photo animalière à Montier-en-Der ?

Montier, c’est ma famille même si aujourd’hui, je ne produis plus que des films sur les gens. La photo animalière, c’est un monde que j’aime. Je suis d’ailleurs déjà venu deux ou trois fois au festival. Cela me rappelle mes débuts.

Je suis en colère. Il est trop tard pour être pessimiste. La situation des animaux est dramatique Vous considérez-vous comme un photographe animalier ?

Au départ, j’étais plutôt un scientifique. Je suis devenu photographe en étudiant les lions pour ma thèse. C’est là que j’ai commencé à les photographier tous les jours mais je n’ai jamais été un photographe animalier. Les lions ont changé ma vie. Cet animal m’a toujours fasciné. Il a une vie familiale incroyable mais je n’ai jamais planté ma tente comme le font les professionnels. À Montier, ils sont bien meilleurs que moi.

En tant qu’écologiste, le sort réservé à certaines espèces doit vous alarmez ?

À mes débuts, nous pensions les sauver et enrayer leur disparition. Je reprends l’exemple du lion, auquel je suis très attaché. Ils étaient 450000 il y a 50 ans. Ils ne sont plus que 30 000. Un rapport récent de l’organisation non gouvernementale WWF (World Wide Fund for Nature, Ndlr) signale que nous avons perdu 67 % du vivant depuis 50 ans. C’est la même chose pour les insectes volants. Ce que vivent les animaux, c’est dramatique. Je suis en colère. Il est trop tard pour être pessimiste. Lorsque le documentaire Terra est sorti, tous les animaux filmés ont été projetés sur les milliers d’écrans de Time Square, à New York. Tout le monde connaissait ces animaux mais ils sont en train de disparaître.

Que peut-on faire pour sauver ces espèces en danger ?

Je n’ai pas la solution. La seule certitude, c’est qu’il faut que l’on arrête de manger autant de viande qu’aujourd’hui. De nombreuses ressources servent à nourrir les animaux qui finissent dans nos assiettes. Comme écolo, j’ai bien compris que l’on n’allait pas enrayer le cours des choses. En Afrique, qui connaît une telle croissance démographique, l’homme prend de plus en plus de place et chasse les animaux pour gagner du terrain. C’est le même cas pour le loup et l’ours en Europe. L’animal sauvage dérange.

Il y a 50 ans, il y avait 450.000 lions sur terre. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 30.000 Quels conseils donneriez-vous à de jeunes photographes ?

Je ne donne pas de conseils. Il faut savoir se perdre. Être photographe, c’est beaucoup plus difficile qu’à mon époque. Il y en a des milliers. C’est comme un artiste, il faut commencer par le bas de l’échelle et ne jamais cesser d’y croire. La seule certitude, c’est qu’un photographe animalier doit très bien connaître les sujets qu’il photographie. Il faut vraiment bien analyser le terrain. Quand je prenais les lions en photo, je comprenais un peu leur vie.

À l’avenir, prévoyez-vous de travailler à nouveau autour des animaux ?

Mon prochain film s’appelle Women mais après, j’aimerais raconter l’Afrique à travers l’histoire d’un vieil éléphant.

J.M CORNUAILLE

Extraits de l' union du 12/11/2017

Yann Arthus-Bertrand

 « J’ai arrêté de faire la leçon aux autres »

 

L’auteur de « La Terre vue du ciel » vient d’ouvrir au domaine de Longchamp, à Paris, la fondation GoodPlanet, un lieu « dédié à l’humanisme et à l’écologie ». Le photographe revient sur son engagement personnel, ses erreurs passées.  

 Vous avez installé en mai dernier, au cœur du bois de Boulogne, la fondation GoodPlanet. Que représente cet endroit pour vous ?

On a voulu créer un lieu consacré à l’écologie et à l’humanisme, parce que ce sont deux valeurs qui sont intimement liées. En fait, cet endroit regroupe tout ce que j’aime : la nature, le partage, la découverte de l’autre. Il y a des expositions, des ateliers, on accueille des ONG… C’est un lieu où l’on parle d’amour, de vivre ensemble, où je veux qu’on se débarrasse de ce scepticisme ambiant, de cette manie qu’on a de ne croire en rien.

Avez-vous l’impression que la question écologique est enfin intégrée au débat politique ?

J e n’en suis pas vraiment sûr. Mais je pense qu’un mec comme Nicolas Hulot fera un très bon ministre. Parce qu’il va avaler des couleuvres, qu’il va s’emmerder sur des dossiers, mais qu’il ira jusqu’au bout. Il n’a pas attendu d’être en position de changer les choses pour s’aplatir à la première difficulté.

Vous-mêmes, avez-vous été approché ? Pourriez-vous vous lancer en politique ?

Oui, mais je ne suis pas fait pour ça. Un ancien ministre m’a dit récemment : « La méchanceté est une qualité chez un homme politique. » Voilà…

Ressentez-vous une prise de conscience des enjeux écologiques et humains au sein de la population ?

J’ai au contraire l’impression que les gens ne sont pas dans le vrai. Qu’ils pensent que tout cela est un mauvais moment à passer. Que la biodiversité va être sauvée, que le réchauffement va être stoppé, qu’on a la solution à tout. Alors que nous vivons la sixième extinction des espèces !

Imaginiez-vous que le phénomène des migrants, sur lequel vous travaillez, pouvait prendre une telle ampleur ?

Oui, mais peut-être pas dans ces proportions. Or, je pense que ça va être bien pire, qu’on vit aujourd’hui quelque chose qui n’est rien par rapport à ce qui va arriver, avec des gens qui vont se déplacer par millions. Parce que tout le monde va vouloir vivre dans un pays comme le nôtre, qui est un paradis, où on a la démocratie, la santé, l’éducation, la protection… Évidemment, quand on n’a pas tout ça, on part. On ferait tous pareil !

Votre film Human, actuellement projeté à la fondation, donnait la parole à 2020 personnes interviewées dans 60 pays. Lequel de ces témoignages vous revient spontanément en mémoire ?

Il y en a plein. Mais je pense à celui d’un petit garçon, un «enfant sorcier » que sa famille accuse de porter le mauvais œil, qui a été chassé et vit donc dans la rue, auquel on demande quel est le sens de la vie. Et il répond : « On a tous une mission sur Terre. À moi de trouver la mienne. » C’est tellement fort, tellement brillant… Si on avait tous cette conception de la vie, on changerait le monde !

Vous croyez qu’on peut le changer de cette manière ?

Je crois que l’amour peut changer les choses et les gens. Et plus je vieillis, plus j’aime les gens. Normalement, on devient un tantinet misanthrope en vieillissant… Moi, c’est le contraire. J’ai envie de devenir meilleur. Et en aimant les gens, on devient meilleur.

Avez-vous l’impression que cette approche est partagée par le plus grand nombre ?

Non, mais c’est parce que les gens n’ont pas compris. Pas compris qu’en donnant à l’autre on se fait aussi du bien à soi. Pas compris qu’on reçoit autant qu’on donne. Après, peut-être que je le vis comme ça parce que j’ai eu la chance de voyager, de réussir professionnellement, d’être financièrement à l’aise. J’ai cette chance-là, c’est vrai. C’est aussi pour ça que j’ai arrêté de faire la leçon aux autres.

Vous bénéficiez, avec Nicolas Hulot et quelques autres, d’un « traitement de faveur » de la part de certains militants et médias qui vous accusent de faire de «l’écologie business ». Comment le prenez-vous ?

Je me suis rendu compte que ce discours moralisateur que je tenais, qui consistait à dire « Moi je fais, vous vous ne faites rien », n’était pas la bonne façon d’aborder les choses. Le journaliste qui m’interroge, qui est un peu cynique, un peu désabusé, qui ne gagne pas bien sa vie, ça va le gonfler et ça va se ressentir. En ce qui concerne les militants écolos purs et durs, c’est différent. Ils me haïssent parce que je travaille avec la BNP et d’autres grandes boîtes, quand eux sont dans la décroissance. Mais je les respecte pour ça, parce qu’ils vivent leur décroissance. Ils font quelque chose. Donc, ils ont le droit de me critiquer. Et puis je dois reconnaître aussi que j’ai fait des conneries, comme avec le Qatar, alors que je croyais bien faire (1).

 Samuel RIBOT

(1) Il avait soutenu la candidature du Qatar, par ailleurs sponsor du film Human, à l’organisation de la Coupe du Monde de football en 2022, avant de regretter publiquement ce choix. Fondation GoodPlanet, carrefour de Longchamp, Paris .

Extraits de l' union du 06/08/2017

  

    

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Isabelle AUTISSIER

navigatrice et scientifique humaniste

Elle est, avec la regrettée Florence Arthaud, la grande navigatrice française des temps modernes. Après la course au large, place aujourd'hui à l'engagement associatif et à l'écriture.

L'ESSENTIEL

•.- 1956 : naissance à Paris.

•.- 1978 : diplômée de l'école normale supérieure agronomique de Rennes.

•.- 1984-1990 : enseignante à l'école maritime et aquacole de la Rochelle.

•.- 1991 : première femme à réaliser le tour du monde en solitaire.

•.- 1996 : premier Vendée Globe.

•.- 2009 : présidente de la branche française WWF.

•.- 2012 : « Soudain, seuls » (Roman). Sélectionné pour le prix Goncourt de la jeunesse.

La scientifique accumule les vies. Isabelle Autissier retrace son parcours, de la mer à la plume. Rencontre avec une passionnée, calme et déterminée.

Vous êtes la première femme à avoir accompli un tour du monde en solitaire. Le fait qu’il n'y ait pas de femme sur le Vendèe Globe cette année, cela vous chagrine ?

C'est dommage. Ce que je constate, c'est que les jeunes femmes qui ont du talent font de belles compétitions « préparatoires », comme le Figaro. À 35 ans, elles ont envie de fonder une famille et disparaissent un peu de la circulation. La compétition reste plus compliquée pour une femme. Tous les hommes qui partent en course ont des enfants, mais il y a des mamans qui les gardent au port. Le contraire est plus rare.

En 1996-1997, vous faites demi-tour pour tenter de sauver Gary Roofs, en vain. Comment on ressort de cela ?

C'est le moment le plus difficile de ma vie de marin, peut-être même de ma vie tout court. J'ai eu un immense sentiment d'impuissance ... Je fais demi-tour, il fait un temps épouvantable, il pleut à l'horizontale et je tourne pendant deux jours. On y croit forcément et on s'accroche à n'importe quoi. Quand l'organisation me dit de repartir, je n'y arrive pas.

Mais c'était la bonne décision. Humainement, c'est très difficile. J'ai fait ce que j'ai pu, mais je ne pouvais pas grand-chose.

Puis c'est votre tour d'être sauvée par le skipper italien Giovanni Soldini en 1999. C'est ce qui vous fait arrêter la course en solitaire ?

Non, pas du tout ! J'ai fait quatre tours du monde, dont deux avec escale. À la fin du Vendée Globe, je me suis dit j'en fais encore un, mais c'est le dernier.

J'arrête au moment où mon sponsor veut me faire un bateau neuf. Mais je prends cette décision à 46 ans en étant convaincue que si je veux commencer une autre vie, je ne vais pas attendre 60 ans. Je ne vis pas comme mariée avec la course au large. Il me fallait faire page blanche.

Y-a-t-il un profil type de marin pour une course comme le Vendée Globe ?

Les mentalités ont évolué. J'appartiens à une génération où la dimension aventure était très présente, même si nous étions des coureurs. Notre point d'honneur était de finir le tour du monde, même à quatre pattes, démâtés ou disqualifiés. Aujourd'hui, ce sont d'abord des compétiteurs : s'ils sont victimes d'une avarie qui compromet la victoire, ils arrêtent. Les jeunes marins vont grandir avec des bateaux de plus en plus grands et leur vie entière sera consacrée à la compétition.

C'est quoi les grosses frayeurs sur un bateau ?

Je suis quelqu'un d'assez serein dans la vie. Je n'ai pas vécu. Par exemple, comme s'en sortir à l'envers dans le noir ? D'où la création d'une balise spéciale, d'où la pose d'un hublot à l'arrière, d'où le conditionnement du radeau de survie dans une boîte étanche, etc …

Ces aménagements sont aujourd'hui obligatoires. Nous sommes dans un tel état mental que lorsque le pépin arrive, nous ne sommes pas en panique. Seule en mer, je n'ai jamais eu d'angoisse, de peur. Le plus dur, c'est le bruit. Lors de mon dernier Vendée, ma quille pivotante hurlait comme une sirène de pompiers !

" Pour certains marins, l'accomplissement est d'aller jusqu'au bout "

Au départ du Vendée Globe,1 Y a des skippers très financés et d'autres très peu (échelle de 2 millions à 350.000 euros). Ce rêve d’inaccessible est-il finalement à l'image de notre mande, inégalitaire ?

Ça toujours été le cas dans les grandes courses. Il y a toujours eu des riches et des moins riches, mais ils ne courent pas après la même chose. Ceux qui ont des gros budgets sont en général des marins confirmés qui se battent pour la victoire. Et sur un bateau à voile, la victoire a un coût technologique imparable. Une grande voile, ça coûte 300.000 euros. Pour certains marins, l'accomplissement est d'aller jusqu'au bout. Tout est respectable. Tous auront des choses à raconter, à partager.

A la tête du WWF (Wortd Wildlife Fund Fondation pour le monde ë la vie sauvage en français), vous vous sentez militante ?

Je suis une militante, on petit le dire comme cela. J'en suis à ma troisième vie, les trois étant tournées vers la mer. Je suis à la base ingénieure des pêches, j'ai ensuite été compétitrice, et je me partage aujourd'hui entre l'engagement bénévole avec WWF, l'écriture el la navigation hauturière (hors de visibilité des côtes) en Antarctique, en Patagonie et au Groenland,

Mon job c’est aussi bien de faire des conférences grand public que d'aller voir le président de la République et les entreprises, pour leur faire changer de métier.

La France ne va pas honorer ses engagements, pris lors de la COP21, concernant la taxe sur la production de charbon. Ça vous abat ?

Cela ne m'abat pas, cela prouve que le combat est incessant et que ce n'est jamais gagné ! Ce fait ne doit pourtant pas tout remettre en question car il y a-par ailleurs beaucoup d'actions positives qui se mettent en place en France. Dans la vie, dans votre famille comme dans votre boulot, il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles. Si je n'étais pas optimiste et tenace, je ne ferais pas ce métier là. L'environnement, c'est un humanisme. Moi, je ne veux pas des baleines pour avoir des baleines, je veux des écosystèmes océaniques vivants, parce que nous en vivons. L'océan est la septième puissance économique du monde.

Pensez-vous que la protection de l'environnement sera effective quand les grands investisseurs de la planète tireront profit de cette politique ?

Je pense en effet que gouvernements et grandes sociétés vont comprendre que pour avoir une planète sûre et stable, il faut que la pression sur l'environnement soit soutenable. Sinon, on va déstabiliser les économies et les sociétés. Quand il y a la guerre, vous ne vendez pas beaucoup de Coca... Le président chinois n'a pas intérêt non plus à ce qu'il y ait des révoltes environnementales à tous les coins de rue à Pékin. Pour toutes ces raisons pragmatiques, les grandes puissances s'occupent ou vont s'occuper de l'environnement.

L’autre épreuve en solitaire de votre vie, c'est l'écriture. Des projets ?

L'écriture est mon mode d'expression. J'aime cet exercice qui fait que l'on n'est pas dans l'immédiateté, dans l'émotion de base. Il faut bâtir quelque chose de plus réfléchi. J'aime l'idée du roman, car je ne suis pas obligé de raconter quelque chose que j'ai vécu. Et j'y travaille. L'exercice qui peut me faire grandir, c'est de m'éloigner de mes bases et d'arrêter des histoires de bateau à voile.

Philippe MINARD (ALP)

Extraits de l' union du 15/11/2016

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charles AZNAVOUR

 La légende Aznavour

Les obsèques du chanteur, décédé lundi 1 er octobre à l’âge de 94 ans, ont été célébrées hier. Retour sur un parcours hors du commun.

Dans dix ou vingt ans, que restera-t-il des chansons d’Aznavour ? Un soin des rimes et des mots, une volonté de camper l’ordinaire dans ce qu’il a de plus profond, de plus engageant, des reprises car quelques-uns de ses titres restent gravés comme des petits contes immortels. Il en est deux qu’il faut encore citer. En 1971, Aznavour sort « Mourir d’aimer », la chanson qui accompagne le film d’André Cayatte avec Annie Girardot. Cette histoire d’amour tragique entre une professeure et son jeune élève émeut la France suite au suicide de l’enseignante. Aznavour colle à l’émotion avec des paroles pleines de compassion. C’est à cette occasion que Jean Cocteau lance sa fameuse phrase, reprise ensuite comme une évidence : « Comment s’y prend-il Aznavour, pour rendre l’amour malheureux, sympathique aux hommes ? Avant lui, le désespoir était impopulaire. Après lui, il ne l’est plus » . Désespoir, tristesse, aigreur, agacement, désamour, Aznavour transforme ces coins sombres du couple et de la vie en succès. En 1973, il se risque à un autre thème qu’il mue aussi en affection. Avec « Comme ils disent », il décrit un travesti vivant seul avec sa mère, « entre tortue et canari », qui fait le marché et la cuisine et pique aussi à la machine… « Mais mon vrai métier, c’est la nuit/Et je l’exerce travesti/Je suis artiste/J’ai un numéro très spécial/Qui finit en nu intégral/Après strip-tease/Et dans la salle, je vois que/Les mâles n’en croient pas leurs yeux/Je suis un homo/Comme ils disent ». La chanson sonne comme un plaidoyer et cela bien avant le mariage pour tous. Aznavour a pris de l’avance. Il a cristallisé une situation que d’aucuns ne veulent pas voir mais qu’il restitue avec beaucoup de tact et de sensibilité. Aznavour était ainsi ; il animait le débat par des chansons devenues des thèmes de société.

Un soin des rimes et des mots, une volonté de camper l’ordinaire dans ce qu’il a de plus profond, de plus engageant

Aznavour s’est concocté des classiques mais sait-on encore qu’il a écrit pour les autres ? Pour Johnny Hallyday à qui il offre en 1961 le fameux « Retiens la nuit ». Ou pour Sylvie Vartan à laquelle il propose en quelques lignes d’être « La plus belle pour aller danser » en 1963. Le reste relève d’une admirable continuité. Son répertoire va s’enrichir mais les chansons marquantes ont déjà pris place.

Car son pays, avant l’Arménie pour laquelle il s’est beaucoup dépensé, reste la France. « Je suis devenu Français dans ma tête, dans mon cœur, dans ma manière d’être, dans ma langue. J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être Français. Il faut le faire. Ou alors, il faut partir » . À ses yeux, son sort se voulait simple, à la manière « d’un café-crème » : « Une fois que vous avez mis le lait dans le café, vous ne pouvez plus jamais les séparer ». Aznavour s’était mis au service de son pays d’origine après le tremblement de terre de 1988. Il avait récemment pris parti pour les chrétiens d’Orient persécutés en Irak. Il proposa même qu’on peuple les villages désertés de la France profonde avec les migrants. Il prêcha dans le désert. Mais il restait citoyen du monde, prêt à l’ouvrir, à monter au créneau car il était une voix écoutée comme une voix de la sagesse. Aznavour gardait ce ton franc qu’il traduisait en chansons. Il ne se gaussait pas. Rien de ronflant, de servile ou de déplacé chez lui, la marque des grands lui suffisait. Aznavour a voulu continuer jusqu’au bout, paroles et musique, d’un air entendu. Il ne le cachait pas: il était appareillé de prothèses auditives et s’appuyait sur un prompteur en concert, ne cachant rien à son cher public. Il n’aimait pas les faux-semblants, ni sur scène ni dans la vie. L’amour ne s’encombre pas de mots faibles. Les mots sont comme les sentiments, ils peuvent tout chambouler.

Il laisse une fortune colossale


La propriété de Mouriès, dans les Alpilles, où Charles Aznavour s’est éteint.

Plus de 1 400 chansons enregistrées, et dans plusieurs langues, 200 millions de disques vendus : voilà qui représente un sacré paquet de royalties.

Une richesse, surtout, culturelle, musicale. Mais en termes de patrimoine, il n’y a pas que celui-là que Charles Aznavour laisse en héritage à ses cinq enfants toujours en vie (l’un de ses fils est décédé à 25 ans).

Car l’artiste était aussi un propriétaire terrien, qui avait bien investi. Il avait une brique dans le ventre : capable d’acheter puis de revendre à meilleur prix. Il était pas mal habitué aux déménagements, à une certaine époque. Sa propriété du Sud, dans laquelle il s’est éteint – et où il résidait une grande partie de l’année – s’étend sur quelque 40000 mètres carrés. Dans ces Alpilles, Charles Aznavour produisait aussi, sur ses terres, de l’huile d’olive.

Il possédait aussi ses bureaux, à Paris. Et une autre villa (qu’il a complétée avec un pied-à-terre pour son fils) sur les bords du lac Léman, en Suisse. Le pays qui l’a sauvé du fisc. Charles Aznavour ne s’en était pas caché : il s’était exilé fiscalement là-bas. Sans détour, l’artiste franco-arménien l’avait lancé au micro de France Info, il y a 5 ans : « Je n’ai pas quitté la France. J’y ai été poussé. […] Si je n’avais pas eu autant d’ennuis avec l’administration et avec les médias, je serais resté en France. Mais finalement, étant donné que ma langue, c’est mon pays, je suis toujours en France ! ». Voilà comment il expliquait son « évasion ». Même s’il n’était pas coupable, ajoute-t-il. Il s’était acquitté de tous ses impôts au gouvernement français : « Je me promenais avec ma feuille d’impôts payée dans ma poche. Quand on me disait quelque chose, je montrais la feuille ».

UN HÉRITAGE PRÉSERVÉ

Charles Aznavour est donc resté résident suisse. Malin, il aurait aussi organisé sa succession de sorte d’éviter les conflits et, surtout, pour qu’une bonne partie de sa fortune échappe au fisc français. Comment ? En relevant du droit luxembourgeois. C’est là qu’il aurait monté une société « boîte aux lettres » où atterriraient ses droits d’auteur.

« L’argent, je m’en fous, j’en ai », disait Charles Aznavour encore récemment dans les colonnes du « Parisien ». Ses millions, il les dépensait, dans des futilités parfois. « Il y a toujours le dernier quelque chose : le dernier iPad, le dernier ordi… J’adore les chaussures aussi. Que voulez-vous que je fasse de mon argent ? Je gagne très bien ma vie. Mais très, très bien. Alors il faut que ça serve… »

Charlotte VANBEVER

Aznavourian, l’ambassadeur


Charles Aznavour (à droite, les bras croisés) avait participé en 2016 à la commémoration du centenaire du génocide arménien.

Français de cœur et Arménien par ses racines ! Charles Aznavour n’a jamais renié son pays d’origine. Il avait accepté de devenir ambassadeur d’Arménie en Suisse, à la demande des autorités de ce qu’il considérait comme une autre patrie et dont il était citoyen. Le militant Aznavourian s’était dévoilé fin 1988 suite au dramatique tremblement de terre survenu sur place. Ce séisme avait dévasté le nord du pays et fait 25 000 victimes. Par solidarité, il avait créé l’association « Aznavour pour l’Arménie » afin d’envoyer vêtements et nourriture aux rescapés. L’année suivante, il sortait un titre spécialement dédié, « Pour toi, Arménie », pour récolter des fonds. Aznavour a beaucoup plaidé la cause de l’Arménie. Il y a effectué de nombreux déplacements. En 2006, il chante dans la capitale Erevan devant 100 000 personnes, Erevan où une place porte son nom avec une statue à son effigie. Il fut également représentant permanent de l’Arménie auprès de l’ONU à Genève. Et comme il n’était pas homme à briser sa plume ni à se taire, il composa une chanson sur le génocide de 1915, titrée « Ils sont tombés », pour rappeler au monde un drame que la Turquie refuse toujours de reconnaître officiellement en niant toute responsabilité.

B.M.

Sa toute dernière apparition


Trois jours avant son décès, il accordait 25 minutes d’interview à « C à vous ».

 Guilleret, habillé de frais (chaussures de jeune et blouson bleu nuit à col ras avec des aigles) et bavard, Charles Aznavour paraissait si bien vendredi 28 septembre sur France 5. Face à Anne-Élisabeth Lemoine et deux de ses chroniqueurs, il tenait à lancer sa nouvelle tournée. « Je fais de l’aquabike. J’ai deux kinés (pour soigner sa double fracture au bras, ndlr). Je ne veux pas arriver comme un malheureux devant le public », lance d’emblée l’Artiste. Son âge ? Une formalité sans importance. Il plaisante « J’ai commencé à amener ma canne sur scène ». L’homme aux 1 400 chansons et aux 200 millions d’albums, qui chante dans huit langues, ne semble pas préoccupé par la roue du temps. « Je ne fais pas de marche arrière », sourit-il, à l’aise. « L’âge n’existe pas » . Il promet « Je serai sur scène pour mes 100 ans ». Qui pouvait imaginer un arrêt si brutal trois jours plus tard ?

Aznavour a traversé toutes les modes, toutes les critiques, toutes les épreuves. « Je suis un emmerdeur », dit celui qui cède à la colère s’agissant de son métier qu’il a toujours voulu parfait. « Je suis une vache sacrée », a-t-il récemment balancé en boutade à un journaliste. Cet Aznavour-là pense aussi à la planète. Il y a quelques semaines, il cosignait un appel dans « Le Monde » pour la sauver, citoyen du monde, mais aussi Français, Arménien, tolérant, croyant parfois et féministe quand il précise que « l’homme doit se mettre à la place de la femme ».Aznavour a conquis le monde avec ce qu’il appelle « des chansons planétaires » reprises en russe, en italien, en anglais… En 1988, lui rappelle un chroniqueur, « un sondage CNN/Time Magazine vous avait élu chanteur de variétés le plus important du XX e siècle avant Bob Dylan, Frank Sinatra et Elvis Presley  » . Aznavour délivre un léger sourire et calme de jeu à sa façon :« Vous savez quelle est ma chanson préférée ? La Bohème mais je n’en ai pas écrit le texte. Il est de Jacques Plante ». La modestie des plus grands mais une formidable affirmation de soi. Ainsi parlait, confiant dans l’avenir, Shahnourh Varinag Aznavourian, 1924-2018.

B.M

En Images

TROIS ÉPOUSES ET SIX ENFANTS

Charles Aznavour s’est marié à trois reprises. Au sortir de la guerre, en 1946, avec Micheline Ruguel Formentin. Le couple a eu deux enfants, Seda (71 ans aujourd’hui) et Charles (66 ans). En 1955, il épouse Evelyn Plessis. De cette nouvelle union naître Patrick, qui se donnera la mort à l’âge de 25 ans. Début 1967, troisième mariage avec Ulla Thorsell, une Suédoise qui lui donnera trois enfants : Katia, 49 ans, Misha, 47 ans, et Nicolas, 41 ans. Charles et Ulla ont fêté leurs noces d’or l’an dernier. Sur notre photo, Charles Aznavour fêtait ses 92 ans au restaurant japonais de sa fille, entouré de Mischa, Ulla, Jean Rachid (son gendre), Leila (sa petite-fille), Katia et Nicolas.

UN COMÉDIEN AFFIRMÉ

Aznavour chanteur mais aussi acteur. Sur grand et petit écran, il prit aussi sa part avec près de soixante films à son actif (ici avec Lino Ventura dans « Un taxi pour Tobrouk ») et une petite dizaine de téléfilms. Nanti d’un César d’honneur, décerné en 1997, celui qui chantait « Viens voir les comédiens… » avait de la présence, une silhouette, un jeu singulier. Son dernier rôle remonte à 2006, dans «Mon colonel  » de Laurent Herbiet. « Non, je n’ai rien oublié », chantait Aznavour. Ni d’aimer, ni de chanter, ni de jouer.

Des obsèques célébrées hier

Les obsèques de Charles Aznavour ont été célébrées hier à la cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste (notre photo), près des Champs-Élysées à Paris. Une cérémonie qui s’est tenue en l’absence de la presse. Parmi les 250 personnes invitées se trouvaient des proches de cet enfant de la diaspora arménienne, inconnus du grand public ou célébrités comme Alain Terzian, Michel Drucker et Serge Lama. Charles Aznavour a été inhumé hier après-midi à Montfort-l’Amaury (à l’ouest de Paris) dans la plus stricte intimité. Il repose dans son caveau familial, aux côtés de ses parents et de son fils Patrick, décédé à l’âge de 25 ans.

Bernard MEEUS

Extraits de l' union du 07/10/2018

 

Charles AZNAVOUR

Emmenez-moi

Le dernier géant   de la chanson française,   âgé de 94 ans, s’est éteint   à son domicile de Mouriès, dans les Bouches-du-Rhône. Une autopsie sera pratiquée ce matin à Nîmes   pour déterminer la cause   de son décès.  

Charles Aznavour est né à Paris d’un couple d’immigrés venus d’Arménie, qui attendaient un visa pour les États-Unis. Il a gardé des liens très forts avec le pays de ses ancêtres. À ses débuts, il voulait devenir comédien et a fait de la figuration au théâtre et au cinéma.AFP

Il rêvait de chanter jusqu’à cent ans la vie, l’amour, la nostalgie, le temps qui passe. Charles Aznavour, le dernier des géants de la chanson française et son inlassable ambassadeur à travers le monde, s’est éteint dans la nuit de dimanche à lundi à l’âge de 94 ans. « C’est avec une profonde tristesse que la famille Aznavour informe du décès de Charles Aznavour. Son nom est gravé dans l’éternité, et sa mémoire est toujours vivante ! », a annoncé sa famille sur son compte Facebook.

C’est dans les Alpilles, en Provence, dans le sud-est de la France, où il aimait tant se reposer, que Charles Aznavour s’est éteint, suscitant une vague de tristesse chez ses admirateurs de toutes générations. « Profondément français, attaché viscéralement à ses racines arméniennes, reconnu dans le monde entier, Charles Aznavour aura accompagné les joies et les peines de trois générations. Ses chefs-d’œuvre, son timbre, son rayonnement unique lui survivront longtemps », a twitté Emmanuel Macron.

L’Europe a perdu aujourd’hui l’une de ses plus belles voix
Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a déploré « une perte énorme pour le monde entier », rendant hommage à « un fils exceptionnel du peuple arménien ».

Pour la maire de Montréal, Valérie Plante, Charles Aznavour, « citoyen d’honneur de la Ville de Montréal, nous a fait voyager au son de sa poésie et de sa musique ».

Inépuisable, le chanteur aux plus de 70 ans de carrière avait repris la scène en septembre avec deux concerts au Japon et s’apprêtait à repartir en tournée cet automne avec plusieurs dates en France. Ces derniers mois pourtant, il avait dû annuler quelques représentations. D’abord en avril à Saint-Pétersbourg, victime d’un tour de reins. Puis en mai, en raison d’une fracture de l’humérus gauche, après une chute.

« Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n’est pas pareil », se plaisait-il à nuancer. Une façon espiègle de défier le poids des années pour celui, dont le couronnement artistique était venu assez tardivement, à 36 ans, le 12 décembre 1960 à l’Alhambra. Ce soir-là, il donna le concert de la dernière chance devant le tout-Paris ainsi que des critiques, qui ne croyaient pas en son talent scénique et raillaient sa voix. Il mit tout le monde d’accord avec sa performance habitée de « J’me voyais déjà », qui raconte les illusions perdues d’un artiste.

RENVERSER LES MONTAGNES

Jusqu’alors, Aznavour avait connu un relatif succès surtout discographique avec « Parce que », « Le palais de nos chimères », « Sur ma vie », « Sa jeunesse ». « Il écrivait aussi déjà pour les plus grands, Juliette Gréco, Gilbert Bécaud, Edith Piaf qui le soutint ardemment et fut un de ses « quatre points cardinaux avec Charles Trénet, Constantin Stanislavski et Maurice Chevalier ».

Je suis Français et Arménien, les deux sont inséparables comme le lait et le café
Charles Aznavour l’an passé en recevant on étoile sur le Walk of fame , à Hollywood

« Il a osé chanter l’amour comme on le ressent, comme on le fait, comme on le souffre », avait dit de lui Maurice Chevalier, dans les pas duquel il avait fini par marcher aux quatre coins du monde, devenant à son tour l’ambassadeur de la chanson française. Une renommée appuyée par ses 180 millions de disques vendus.

Rien n’était acquis pour Shahnourh Varinag Aznavourian, né le 22 mai 1924 à Paris de parents arméniens. « Quels sont mes handicaps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d’instruction, ma franchise, mon manque de personnalité. Les professeurs m’ont déconseillé de chanter. Je chanterai pourtant, quitte à m’en déchirer la glotte », écrira-t-il dans son autobiographie « Aznavour par Aznavour » (1970).

Sa détermination, son talent et ses tubes intemporels comme « La Bohème », « La Mamma », « Comme ils disent », « Mes emmerdes » permettront finalement à cet homme de taille modeste (1,60 m et des poussières) de renverser les montagnes, lui qui n’a jamais hésité à protéger les jeunes pousses, comme Johnny Hallyday à qui il fit cadeau de « Retiens la nuit ». Même s’il n’avait plus sorti de grande chanson depuis une trentaine d’années, Aznavour a entretenu son mythe par la scène, dans les salles les plus prestigieuses du monde. Comme une revanche sur tous ceux qui ne lui prédisaient aucun avenir et qui « sont tous morts depuis longtemps, alors que moi… je suis encore là », cinglait-il.

Celui qui s’est également formé par la danse classique et le théâtre a aussi brillé au cinéma où, en quelque 80 films, il tourna avec François Truffaut (« Tirer sur le pianiste »), Volker Schlöndorff (« Le tambour »), Claude Chabrol (« Les fantômes du chapelier »)…

UN TRÈS GRAND MONSIEUR

Devant l’imposante grille de sa maison de Mouriès, en bordure d’une route départementale des Alpilles, des fleurs, un drapeau arménien : quelques heures après l’annonce du décès de Charles Aznavour, des fans sont venus rendre hommage à « un très grand Monsieur » (photo ci-dessous). Jean-Claude et Josiane Viaud, 72 et 70ans, font partie des habitants du village qui viennent au compte-gouttes devant la maison. Ils ont déposé un kalanchoe blanc devant le mur. « On a voulu lui dire au revoir, explique Josiane, décrivant une personne « simple », que l’on pouvait « croiser au marché » du village à l’occasion.

HOMMAGES À LA RADIO ET À LA TÉLÉ

Aujourd’hui, Charles Aznavour sera évoqué dans « les matins de France Culture » à 8 h 40 et dans l’émission « La Grande Table » de 12 h 02 à 12h30 avec notamment Claude Lesmesle, parolier et Robert Belleret, journaliste et écrivain, biographe d’Aznavour.

L’émission « Laissez-vous tenter », sur RTL, qui devait être consacrée à Mylène Farmer aujourd’hui lui sera consacrée de 9 heures à 9 h 30. Laurent Ruquier lui rendra hommage dans les Grosses têtes de 16 heures à 18 heures. Sur Europe 1, de 9 heures à 11 heures, Wendy Bouchard lui consacrera la seconde heure de son émission. À 14heures, Christophe Hondelatte diffusera un récit inédit sur l’enfance et les débuts sur scène de Charles Aznavour.

L’Arménie pleure son fils Charles Varenagh Aznavourian

Alors que résonnent ses chansons, ils sont venus déposer des bougies autour de son étoile sur la place qui porte son nom : des centaines d’Arméniens se sont rassemblés, hier à Erevan, pour pleurer le « fils du peuple », Charles Aznavour, décédé à 94 ans. « C’est une nouvelle affreuse… C’est comme un vide énorme et soudain. Sa musique, sa voix, résonnent sans cesse dans ma tête. C’est une perte énorme », a déclaré Rouzanna Arakelian, 46 ans. « Toute ma jeunesse, mon premier amour, la première déception : tous les moments d’émotion dans ma vie se sont déroulés avec la musique d’Aznavour. J’écoutais ses chansons quand je voulais pleurer ou boire du vin et être romantique. Sa personne et ses yeux tristes vont me manquer », abonde Elena Aroutiounian, 62 ans.

Un écran géant a été installé dans le centre d’Erevan, montrant des photographies de la vie d’Aznavour, tandis que toutes les chaînes arméniennes diffusaient ses chansons et des sujets lui étant consacrés, a constaté une journaliste de l’AFP.

« Un jour de deuil national sera décrété en Arménie le jour des funérailles d’Aznavour. Nous devions nous rencontrer dans le cadre du sommet de la francophonie en Arménie, mais cette rencontre n’aura malheureusement pas lieu », a regretté le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, arrivé au pouvoir en mai.

Charles Aznavour était l’un des représentants les plus symboliques de la diaspora arménienne, le pays de ses parents, avec lequel il a entretenu des liens étroits tout au long de sa vie. Il y était souvent qualifié de « grand fils du peuple arménien », la manifestation la plus tangible des liens entre Aznavour et l’Arménie restant le comité fondé pour collecter des fonds après le terrible séisme dans le nord du pays en décembre 1988.

Début 1989, il écrit la chanson « Pour toi Arménie », sur une musique de son ami, le compositeur français d’origine arménienne Georges Garvarentz. Elle est enregistrée avec 90 artistes et se vendra à plus d’un million d’exemplaires, ce qui permettra de financer une fondation pour venir en aide aux sinistrés. « Lorsqu’on entendait cette chanson, nous avions l’impression de ne pas être seuls avec notre chagrin dans ce monde immense. Grâce à Charles, le monde a découvert les Arméniens et notre voix a été entendue », se souvient Aram Danielian, 56 ans.

Le chanteur, né à Paris en 1924, se rendait souvent à Erevan pour honorer la mémoire des victimes du génocide arménien, et nombre de ses compatriotes se souviennent de son interprétation d’« Ave Maria » devant le feu éternel, tenant avec difficulté le micro dans ses mains, les larmes aux yeux.

« Je suis peut-être le plus français de tous les Arméniens du monde, mais je suis fier de mon Arménie et je ne le cacherai jamais », disait Aznavour. Charles Aznavour a été ambassadeur permanent de l’Arménie auprès de l’Unesco et ambassadeur de l’Arménie en Suisse. Des places, des théâtres, des musées en Arménie portent le nom de Charles Aznavour, qui a été fait « Héros national » en 2004. Une statue a été érigée à son effigie dans la deuxième ville du pays, Gyumri.

Extraits de l' union du 02/10/2018

 

Charles AZNAVOUR

Je ne suis pas vieux, je suis âgé

Charles Aznavour a bien voulu aborder « sa jeunesse », « ses plaisirs démodés », « ses amis, ses amours, ses emmerdes », dans une interview, avant d’entamer, à 93 ans, une nouvelle série de concerts.


J’aime faire plaisir aux personnes qui viennent m’écouter», explique Charles Aznavour, qui n’hésite pas à chanter dans plusieurs langues étrangères.AFP

SUR SCÈNE DÈS DÉCEMBRE

*.- DOUZE SPECTACLES en Europe, dont sept en France, à Paris le mercredi 13décembre ; à Lyon le samedi 20 janvier ; à Marseille le mardi 23 janvier ; à Bordeaux le samedi 27 janvier ; à Toulouse le mardi 30janvier ; à Nantes le samedi 3 février et à Lille le mardi 6 février, attendent Charles Aznavour.

*.- CE MONSTRE SACRÉ de la chanson française a souvent répété vouloir chanter sur scène jusqu’à 100 ans.

Vous chanterez pour la première fois à Bercy, cela ne doit pas vraiment vous intimider… Peu importe la salle, c’est le public qui compte. Avez-vous encore le trac ?

Ça s’est terminé le jour où j’ai compris que le public venait pour moi. Avant, je faisais les premières parties, le public attendait les vedettes.

Le rapport au public est toujours aussi passionné ?

J’aime le public, le public m’aime. On est tout à fait d’accord. Avant d’être une figure tutélaire, vous avez été vous-même soutenu. Par Piaf notamment… Les jeunes qu’elle faisait monter sur scène étaient ses amants. Moi non. Elle m’a soutenu pour d’autres raisons. Mon passé s’accordait bien avec le sien. Mes parents étaient des étrangers qui ne parlaient pas français. Ils nous ont, ma sœur et moi, laissés devenir des enfants de la rue. Piaf était une enfant de la rue. Ça nous a rapprochés.

Qu’y faisiez-vous ?

On faisait l’école buissonnière. On allait dans les bals-musette, les cinémas, les musées. Personne ne venait nous dire, « on ne fait pas ça ici » , puisqu’on ne le savait pas. Ça a été une grande chance.

Piaf, Trénet, Chevalier... C’étaient vos inspirations ?

Il y a eu aussi Constantin Stanislavski, Carlos Gardel, Bing Crosby, Mel Tomé, Frank Sinatra. Piaf a été la seule femme qui m’ait influencé.

Votre voix a longtemps été raillée, ça ne vous a pas empêché de chanter avec les plus belles comme Liza Minnelli…

Eh oui ! Liza, je l’ai formée même. Je l’ai amenée à Paris en 1969, Bruno Coquatrix ne la connaissait pas. La première soirée à l’Olympia a été un succès immédiat. Son spectacle était fait avec beaucoup de mes chansons et une manière très française de les interpréter, pas vraiment « Broadway ».

Celui que vous avez aidé aussi, c’est Johnny Hallyday, peu soutenu par le monde de la musique à ses débuts…

Ils ont été très méchants avec lui. Henri Salvador a été affreux, il s’est levé dans la salle en disant qu’il n’avait rien entendu d’aussi mauvais. On n’a pas le droit de faire ça, même si c’est vrai.

Vous lui avez écrit « Retiens la nuit », qui l’a fait interprète… Mais il était un bon interprète ! Comment ne s’en sont-ils pas rendu compte pendant toutes ces années ?

Outre le talent, la détermination explique votre réussite. Elle se voyait dans vos concerts… Ce n’est pas que j’en voulais tellement : je voulais surtout placer ce que je savais faire, c’est différent. J’ai fait de la danse classique, de la variété, du théâtre… Je me suis dit que si j’imprégnais mes chansons de toutes ces expériences, je trouverais mon style. Et c’est devenu « du Aznavour ».

D’autres, comme Yves Montand étaient aussi dans l’incarnation…

Montand faisait des gestes. (Il se lève et marche sur place, bras ballants) « Tam, tam-tam, sur les grands boul’vards ! » . Mais en quoi on reconnaît les grands boulevards ? En rien ! Il était pourtant studieux. Alors que moi, j’arrive sur scène en me demandant ce que je vais faire, et je le fais…

Y a-t-il un artiste avec lequel une émulation s’est créée ? Gilbert Bécaud peut-être ?

Pas vraiment. Lui, il voulait être le premier partout. Par exemple, il a été très malheureux de me voir faire le Muppet Show. Il m’a demandé comment j’avais fait. Je lui ai dit qu’on me l’avait juste demandé et il m’a répondu : « Je suis jaloux. » .

Dans votre dernier livre (« Retiens la vie ») vous affirmez ne jamais manger avant un concert, ni boire pendant. Pourquoi ?

Je n’aime pas voir quelqu’un en eau sur scène. J’ai juste trouvé la façon. La modernité, ce n’est pas d’être moderne. C’est d’être de son temps. Je n’aime pas qu’on dise que je suis vieux. Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n’est pas pareil.

Vous continuez de chanter en langues étrangères ?

J’aime faire plaisir aux personnes qui viennent m’écouter, alors qu’elles ne comprennent pas le français.

Préparez-vous un nouvel album ?

J’ai quarante chansons d’avance. Je vais en enregistrer une douzaine pour commencer. Puis je vais en distribuer. Après tout, avant je gagnais ma vie comme ça, en étant chanté par les autres.

Extraits de l' union du 10/12/2017

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B

Roselyne BACHELOT  - « La France est une monarchie malade de regrets »

Daniel BALAVOINE  -  Il a marqué les années 80

Jean-François BALMER - «  J’attends encore de grands rôles »

BARBARA Portrait d’une artiste exigeante
Barbara est un personnage de conte de fées !
Rappelle-toi,
Barbara...
  

Jean-Paul BELMONDO - Les premières confessions de Bébel

Pierre BELLEMARE - Il était formidable
Ecran noir

Pierre BENICHOU  - n’est pas qu’une Grosse Tête

Olivier de BENOIST : L’humour est comme une plaidoirie
« JE SUIS UN HUMORISTE »

Michèle BERNIER : J’ai envie de me marrer

Jean-Marie BIGARD -  « J ’aime mon public, c’est mon pote »
« 
AVEC NOUS LES FEMMES »

Paul BOCUSE - Monsieur PAUL est mort

Les Frères BOGDANOV - Deux revenants à l’écran

Michel BOUJENAH - J’adorerais jouer   un méchant !

Dany Boon – Mon histoire à l’envers
Adore être sur scène

Isabelle BOULAY - « Je suis une ouvrière de le chanson »

André BOURVIL - Le dernier a l'avoir fait tourner

Philippe BOUVARD - « Je suis un vieux journaliste relativement heureux »

Jacques BREL -  Dans ses chansons, il montre ses faiblesses
Il y a 50 ans, Brel raccrochait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roselyne BACHELOT

« La France est une monarchie malade de regrets »

Authentique gaulliste, Roselyne Bachelot a toujours été à part, Aujourd'hui  chroniqueuse, elle contemple ce monde qu'elle a fréquenté avec passion. Sans le renier, elle en analyse l’usure.


Après 30 ans de carrière politique, j’ai imaginé vivre un peu pour moi.
David IGNASZEWSKI

L’ESSENTIEL

•.- Roselyne Bachelot est née le 24 décembre 1946 à Nevers dans la Nièvre.

•.- Docteur en pharmacie de formation, elle a été ministre de l'Écologie et du Développement durable de 2002 à 2004.

•.- Elle a ensuite été ministre de la Santé de 2007 à 2010, !sous la présidence de Nicolas Sarkozy, puis ministre des Solidarités et de la Cohésion.

•.- Depuis octobre 2012, Roselyne Bachelot co-anime l'émission Le Grand 8, diffusée sur D8.

•.- Vous êtes l'une des rares personnalités politiques, avec Bertrand Delanoë, à avoir décidé de quitter le milieu. Avec le recul. quel a été le vrai déclic ?

Le vrai déclic est survenu en 2004 quand je me suis fixée une échéance tout à fait claire, liée à l'analyse de l'incroyable longueur des carrières politiques dans notre pays. Dans une démocratie moderne, avoir comme président de la République en 1995 un homme qui était ministre en 1945 (Mitterrand) ou un homme qui a été ministre en 1967 et qui est président en 2007 (Chirac), c'est inimaginable ! J'ai pris conscience que nous faisons partie d'une caste et que nous sommes coupés des gens : conscience que la politique, c'est aussi beaucoup de sacrifice. Alors j'ai imaginé, après 30 ans de carrière, vivre un peu pour moi.

•.- En Angleterre par exemple, un leader de parti qui échoue à une élection primaire quitte la politique et s'en retourne à son travail. Pourquoi est-ce différent en France?

La France est une monarchie de regrets. Elle ne se remet pas d'avoir coupé la tête de ses rois. Elle a donc un fonctionnement politique extrêmement hiérarchisé. L'homme politique français, quelque part, est un monarque républicain, qui exerce le pouvoir de façon verticale. Ensuite, nous sommes de tradition latine: le rôle du pater familias, du notable, du chef de clan, qui exerce le commandement et la protection, L'homme politique hérité du roi est comme le prêtre : un intermédiaire entre la divinité et le peuple. Il doit donc exercer un magistère impérial ou monarchique. Les démocraties anglo-saxonnes ne fonctionnent pas sur ce mode hérité de la familia latine. Le protestantisme, c'est un homme seul devant Dieu, sans intermédiaire. Chacun est l'égal de l'autre.

•.- Dans votre livre, vous racontez être allée vomir dans les toilettes de l'Assemblée nationale lorsque vous avez appris la dissolution décidée en 1997. Vous auriez pu changer de vie dès cet instant ?

 Je ne suis pas quelqu'un qui prend des décisions sous le coup de l'émotion. J'apparais faussement comme extravertie, et on imagine que je suis incapable de secondarité. Je n'imagine pas de quitter la politique sur un choc. On termine une histoire. Sarkozy eut été réélu que ma décision d'arrêter eut été la même.

•.- En volis lisant, on sent une vraie blessure, une déception, qui va bien au-delà des clivages entre la droite et la gauche. Vous parlez de la marge minuscule des ministres, de la difficulté à mener un projet à son terme. C'est un constat terrible …

Sur les grands dossiers, la marge de manœuvre des ministres est inexistante. Cela ne veut pas dire que les ministres n'ont pas de pouvoir, car celui-ci s'exerce à toutes sortes de niveau. Vous êtes à la fois chef d'une gare où un train déraille toutes les heures et en charge de grands dossiers, où les arbitrages sont rendus à l'Elysée.

•.- Vous commentez aujourd'hui un monde que vous avez quitté. On peut vous faire le reproche de « cracher dans la soupe ... »

D'abord, je ne crache dans aucune soupe. Je suis une femme politique qui a construit sa carrière. Je ne suis pas une favorite qu'un sultan a désignée dans un harem. Je leur fais la grâce et l'honneur de penser qu'ils m'ont choisie parce que je pouvais être utile au pays. Quand j'ai voté le Pacs, seule contre mon camp, je pense avoir montré que j'étais capable de prendre des risques et que ma liberté était totale. Je sors de ces trente ans de politique en sachant que je n'ai jamais cédé sur l'essentiel !

•.-  Si vous aviez la possibilité de changer l'organisation de notre vie politique, quelles seraient vos premières mesures ?

Des réformes institutionnelles : retour au septennat mais non renouvelable, non cumul des mandats, diminution de 150 du nombre des députés, fusion du conseil économique et social et du Sénat. Ensuite, je plaide pour une organisation gouvernementale très particulière : inscrire dans le marbre les périmètres ministériels, sanctuariser les quatre fonctions régaliennes, avoir trois fonctions support (budget, affaires européennes et fonction publique) et avoir trois ministres chef de pôle (social, culture et éducation, développement durable). Et assistent au conseil seulement ces dix ministres-là. Et ce gouvernement fait le mandat. En mettant cela en place, je pense que l'on peut réellement rénover la politique française.

•.-  Si tout était à refaire, vous referiez de la politique ?

 Si je pouvais remonter le temps, je referais de la politique. Mais aujourd'hui, non, cela manque d'idéal.

« Je ne me remets pas du choix du gouvernement en 2002 »

•.- Vous êtes toujours encartée ?

 Je n'ai pas repris ma carte chez Les Républicains. Je ne me sens pas concernée par le nouveau parti. Le fait d'avoir choisi ce terme Les Républicains m'est apparu contestable. Personne n'est détenteur de la valeur de la République. Je constate que le mode de fonctionnement qui aurait dû changer n'a pas changé. Je ne vois là-dedans rien qui puisse donner envie aux Français... Mais je voterai aux primaires! Pour François Fillon.

•.- On sent que vous respectez d'abord les gens qui ont des convictions, des différences ...

J'ai tendance à toujours être du côté de ce qui est un peu bancal, un peu isolé, un peu pris à partie. Mon père venait du Parti communiste, ma mère de la démocratie chrétienne ... Ceci explique sans doute cela. Comme tous les gaullistes, ils avaient cette tradition qui surmontait les clivages. J'ajoute que je suis arrivée dans la politique quand les femmes étaient des indésirables. Mais cette solitude a préservé ma liberté.

•.- Si en 2002, Jacques Chirac avait osé l'ouverture ou le gouvernement d'union nationale, ce que vous souhaitiez, pensez-vous que le climat serait plus sain et serein aujourd'hui ?

Je ne me remets pas du choix du gouvernement en 2002. Un président de la République élu avec 82 % de voix ne pouvais pas faire le même gouvernement que ce .celui qui avait fait 52 %. C’était tout simplement indispensable ... Il l'a fait. 2002 est le grand rendez-vous manqué, et d'une certaine façon on le paye aujourd'hui.

Propos recueillis par Philippe MINARD

•.- « La Petite fille de la V° », Flammarion.

 Extraits de l' union du 06/03/2016

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Balavoine

a marqué les années 80

 Il y a trente ans, le 14 janvier 1986, Daniel Balavoine disparaissait dans un accident d'hélicoptère, à l'âge de 33 ans. Fabien Lecœuvre raconte la carrière de cet artiste engagé.


Daniel Balavoine, ici en décembre 1985, quelques mois seulement avant sa tragique disparition.
Pierre Meurou/Le Télégramme

Porte-parole de toute une jeunesse, Daniel Balavoine fut un symbole de la variété française des années 80. Il nous a laissé de nombreux tubes qui, aujourd'hui encore, résonnent encore. Le rêve de ce rebelle au grand cœur s'est achevé brutalement à l'âge de 33 ans lors d'un funeste Paris-Dakar.

Trente ans après la mort du chanteur, Fabien Lecœuvre, spécialiste de la chanson française, nous raconte, dans "Balavoine, la véritable histoire", sa carrière et nous livre les secrets d'une interview restée inédite, réalisée en 1978. « De mes différentes rencontres avec lui, je garde cette image d'un jeune homme au visage d'éternel adolescent plein de culot et toujours prompt à dénoncer les injustices. Il détestait les conservatismes et les décisions injustifiées et sans fondement. ]e me souviens de tout j'étais un jeune attaché de presse, employé d'une grande maison de disques, lorsque je croisais régulièrement Balavoine sur les plateaux de télévision, chez Danièle Gilbert au studio 101 de la Maison de la radio, dans les coulisses des émissions de Guy Lux ou à l'Espace Cardin, chez Michel Drucker. »

Daniel m’avait confié être sur le point de faire carrière de l'autre côté de la Manche

Fabien Lecœuvre

Vingt-six jours avant le drame

« J'ai en mémoire notamment notre dernière rencontre, dans un TGV, entre Genève et Paris, le 19 décembre 1985. Au départ, une émission à la télévision suisse qui n'en finissait pas, un avion manqué qui se transforma en voyage improvisé en train. Qu'importe la situation, les belles histoires nous rassemblaient toujours et mes anecdotes professionnelles le faisaient rire aux larmes. Ainsi, durant trois heures, Daniel m'a raconté ses débuts difficiles, son expérience et surtout ses différends avec un grand patron de presse qui s'étaient soldés pour lui par son boycott dans un grand hebdomadaire télé. Quelques semaines plus tard, après la tragique disparition dans un accident d'hélicoptère, j'ai repensé à notre conversation en voyant son visage à la une du magazine en question j'ai souri en imaginant, sans grande difficulté, sa réaction s'il avait pu voir cela. Ce jour-là. Le silence de absence avait le bruit de l'ironie. »

Daniel Balavoine était aussi un être généreux, altruiste « comme il est rare d'en rencontrer ». Sensible aux inégalités et aux difficultés des peuples africains, il s'était engagé dès 1985 dans une œuvre humanitaire visant notamment à acheminer des pompes à eau aux populations africaines en grande précarité. « Dynamique, positif, il a mis toutes ses forces dans cette noble cause qui finira d'ailleurs par avoir raison de sa vie. Véritable reflet de son temps, les années 80, Daniel épouse tous les combats phares de cette décennie : la lutte contre le racisme ou contre la famine en Afrique. Ce n'était pas un rêveur, juste un homme qui croyait pouvoir changer le monde. Ce n'était pas une question de mode pour lui, mais une question de conviction. »

« Il allait s’installer à Londres »

« Si ses engagements ont parfois fait passer son métier au second plan, il ne faut jamais oublier combien Daniel était doué. Il possédait une extraordinaire inventivité qui lui a permis de se mesurer aux plus grands musiciens américains ou anglais. D'ailleurs, un mois avant sa disparition, Daniel m'avait confié être sur le point de faire carrière de l'autre côté de la Manche. Il avait même prévu de s'installer à Londres dès le mois de février 1986 et de se produire là-bas, avec un groupe de rock. » Il ne voulait pas pour autant délaisser sa carrière française. « Il avait prévu de faire le Palais des Sports de Paris, à la fin du mois de septembre 1986.

Désirant toujours aller de l'avant, Daniel Balavoine' avait aussi d'autres projets. « Dans la politique, l'écriture, la production et même le cinéma. À même pas 34 ans, Daniel avait encore un milliard de choses à prouver. » Et puis, à leur arrivée à la gare de Lyon, à Paris, ce fameux 19 décembre 1985, un peu avant minuit, les deux hommes s'embrassèrent en se promettant de dîner un soir ensemble. «Il ne se passe pas une journée depuis sans que je pense à lui, à sa plus grande angoisse qui était de faire un jour, bien involontairement, le combat de trop. II redoutait tant de ne plus être compris par les nouvelles générations. Il avait réalisé depuis bien longtemps que son métier reposait sur du sable. » Il ne savait pas que sa vie y finirait un 14 janvier1986.

Nicolas DEWAEUHEYMS

 « Daniel Balavoine.1a véritable histoire », Fabien Lecœuvre, éd. du Rocher.

Avec Frida, du groupe ABBA, une amitié brisée par le destin


Daniel Balavoine et Frida. du groupe Abba. Le début d'une belle amitié que le destin brisera. AFP

Début 1983, Alain Boublil, éditeur français des chansons d'Abba et heureux adaptateur des Misérables D pour la scène, propose à Daniel de participer au conte musical « Abbacadabra » qu'i! vient d'écrire autour des tubes des quatre Suédois. Le chanteur accepte par amitié pour Boublil et se réjouit de partager l'affiche avec la séduisante Frida. Balavoine sait que les critiques rock ne manqueront pas de l'éreinter de se « commettre » dans un conte pour enfants avec les chansons d'un groupe qui représente tout ce qu'ils exècrent Mais Daniel n'a de leçons à recevoir de personne. Si la pop pailletée d'Abba n'est pas forcément sa tasse de thé - il admire Peter Gabriel, Genesis et Queen, ils ont en commun une même passion pour la beauté du son et la qualité de leurs arrangements musicaux. La première rencontre a lieu en février, au studio du Palais des Congrès, pour l'enregistrement du duo « Belle ». Le courant passe immédiatement entre les deux artistes qui se retrouvent quelques semaines plus tard pour le tournage du clip au château d'Ussé, sur les bords de Loire. Françoise Pourcel, l'ex-épouse d'Alain Boublil, qui joue et chante aussi dans « Abbacadabra » se souvient : « A l'époque, le budget était misérable. Je n'étais pas vraiment costumière mais j'ai emprunté et bricolé beaucoup de choses et accessoires. Frida, je lui avais fait prêter une robe par Azzaro. Et puis, j'avais acheté la petite veste blanche de Daniel aux puces pour 2,50 francs! » Les deux artistes, qui se voient beaucoup pour la promotion du 45 tours « Belle », sont vite devenus amis d'autant plus qu'ils se vouent mutuellement une profonde admiration sur le plan professionnel. En plein enregistrement de son album  « Loin des yeux de l'Occident » Daniel confiait au micro de Michel Drucker: «  Frida est vraiment impressionnante et c'est très enthousiasmant de chanter avec elle, j'essaye d'avancer et de me décomplexer au niveau de la musique. Je lui ai fait écouter mes nouvelles chansons, ce que je n'aurais osé faire il y a encore quelques années! » L'ex-chanteuse d'Abba, qui partage son temps entre son appartement de Londres et le pied-à-terre parisien de son fiancé, l'homme d'affaires suédois Bertil Hjert, a décidé d'enregistrer son album « Shine » à Paris, au début de l'année 1984. À cette occasion, Daniel lui écrit une chanson, « The face », que Catherine Ferry reprendra en français avec des paroles signées Jean-Jacques Goldman,  « Quelqu'un quelque part ». Pour le remercier, Frida accepte de faire les chœurs sur son futur tube « Dieu que c'est beau ». Le plaisir de travailler ensemble est tellement intense que Daniel Balavoine propose à la chanteuse de lui écrire de nouvelles chansons et de produire l'album suivant. Le destin en décidera autrement.

 Jean-Marie POTIEZ

 Extraits de l' union du 17/01/2016

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-François Balmer

 «  J’attends encore   de grands rôles »

Soissons Le comédien Jean-François Balmer sera sur la scène du Mail ce vendredi avec la pièce « Le voyageur ». Un hommage au poète chilien Pablo Neruda, servi avec musique latino.  


Jean-Francois Balmer se produira à Soissons vendredi, Soissons une cité qu’il connaît bien.
Urs Flueeler/MAXPPP

« LE VOYAGEUR »

Pièce de théâtre musical avec Jean-François Balmer.

OÙ ? au Mail de Soissons.

QUAND ? vendredi 6 octobre à 20 h 30.

TARIFS 20 €, réduit 9 €, réduit préférentiel 5 €.

INFOS Au 03 23 76 77 70 et www.lemail.ville-soissons.

Jean-François Balmer n’est plus à présenter. Avec 48 ans de carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, l’acteur n’en a pas encore fini avec le milieu artistique. Il sera sur les planches de la scène du Mail de Soissons ce vendredi dans la pièce de théâtre musical « Le voyageur ». Une pièce mise en scène par son épouse Françoise Petit, et créée autour des poèmes de Pablo Neruda (Prix Nobel de littérature en 1971).

Les poèmes seront déclamés par Arnaud Bedouet, Salomé Villiers et Jean-François Balmer sur un fond musical de bandonéon de Juan-José Mosalini et la guitare de Léonardo Sanchez. En prose ou en vers, ces poèmes évoqueront l’enfance, le voyage, l’exil et le retour du poète et homme politique chilien Pablo Neruda.

La poésie et moi ça fait deux. Dans cette pièce, je dis des textes, c’est davantage mon truc »

Avant ce rendez-vous soissonnais, nos avons joint Jean-François Balmer, un homme charmant, plein d’humour et d’humilité.

Connaissiez-vous les poèmes de Pablo Neruda avant de participer à cette création ?

Du tout, en plus la poésie et moi ça fait deux, je crois que je n’y comprends pas grand-chose, elle me fait plutôt fuir. Dans cette pièce, je dis des textes, c’est davantage mon truc. Ce sont des textes simples, touchants et en même temps très poétiques.

Que pensez- vous de ce spectacle ?

Je sais qu’il faut que je vende mon « truc », mais je préfère que ce soit les spectateurs qui donnent leur ressenti. Mais je vous promets que ce n’est ni rébarbatif ni rasoir. C’est poétique et très touchant, classe, élégant mais populaire en même temps. Le bandonéon et la guitare de Juan-José Mosalini et Leonardo Sanchez, musiciens plus que talentueux vous emportent. Quant aux comédiens, Arnaud Bedouet fait un magnifique Pablo jeune et je peux vous dire que la petite Salomé Villiers est pimpante, elle va faire parler d’elle c’est sûr. Venez voir par vous-même, c’est très sympathique…

Vous avez presque 50 ans de carrière, comptez-vous vous arrêter un jour ?

C’est inimaginable ! Je suis un débutant et ma carrière est devant moi. J’attends que l’on me propose encore de grands rôles. Je n’arrêterai que quand je serai « mourru ».

C’est la série « Boulevard du palais » qui vous a rendu populaire, vous en pensez quoi ?

La série a duré 15 ans, parce que nous ne faisions que deux épisodes par an. On m’a proposé d’en faire six par an, mais j’ai refusé. Je ne voulais pas faire que cette série, j’aime faire des choses différentes. Si le commandant Rovère de la série est devenu si populaire c’est parce que je l’ai créé comme j’en avais envie. Je changeais les textes et personne n’osait rien me dire, c’était marrant.

N’avez-vous jamais eu l’envie de mettre en scène ou de produire ?

Jamais ! Je ne pourrai pas supporter les acteurs et en plus il faut un vrai sens de l’organisation, ce que je n’ai pas. Je pense que les qualités des producteurs ou des metteurs en scène sont à l’opposé des qualités des acteurs. Je préfère mon rôle d’acteur, moi, je suis monsieur tout le monde et j’aime ça.

UN NOM QUI PARLE AUX SOISSONNAIS

Si Jean-François Balmer est bien connu à Soissons, ça n’est pas un hasard. Son épouse aux attaches soissonnaises, Françoise Petit-Balmer, y en a effet dirigé le centre culturel, devenu ensuite Le Mail, pendant plus de vingt ans avant d’être remerciée par la municipalité. Elle a aussi mis en scène Jean-François Balmer dans diverses pièces de théâtre, dont certaines ont été créées dans la cité du vase. C’est grâce à elle, aussi, qu’il est arrivé à Jean-François Balmer de présider le concours d’éloquence organisé par le Rotary de Soissons à destination des lycéens

 Extraits de l' union du 02/10/2017

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BARBARA

Portrait d’une artiste exigeante

Biographie Vingt ans après sa disparition, Alain Vircondelet   et Philippe Lorin livrent un bel hommage à Barbara.


Un album où cohabitent les portraits très réalistes de Philippe Lorin et la biographie écrite avec enthousiasme par Alain Vircondelet.

« Plus encore que Brel qu’elle aimait tant, ou que Piaf qui a inspiré ses débuts, Barbara se présentait dans sa nudité totale, dans une authenticité qui faisait qu’on la rejoignait dès les premières notes égrenées. » L’écrivain Alain Vircondelet était un des nombreux admirateurs de la chanteuse, uni par un lien indescriptible à la Dame brune ; un lien qui aurait pu se briser le 24 novembre 1997 avec l’annonce du décès de Monique Serf, celle qui avait choisi pour nom d’artiste Barbara. « Elle s’est en allée, nous éprouvions déjà la sensation du manque, de l’absence et la peur des nuits trop noires, écrit Alain Vircondelet. Avec elle, nous avancions dans le temps, en riant et en pleurant . »

Vingt ans plus tard, à l’heure où les hommages à la chanteuse se multiplient, les Éditions du Rocher proposent un superbe album. Alain Vircondelet, déjà auteur de nombreuses biographies, de Marguerite Duras, Rimbaud, Camus ou encore Saint-Exupéry, retrace avec une passion évidente, le parcours de la jeune Monique à l’enfance chaotique, les difficiles débuts de chanteuse et les années de femme engagée. L’admiration qu’il a pour Barbara transparaît au fil des colonnes.

Le livre débute le lundi d’automne 1997 où tout le public de Barbara avait le cœur chagrin


Chez Barbara, La dame brune
A. Vircondelet et Philippe Lorin

Cette biographie est rendue très joyeuse par les dessins qui accompagnent le texte. C’est le peintre et dessinateur Philippe Lorin qui apporte cette touche de lumière grâce à des portraits très réalistes mais aussi avec une série d’aquarelles au ton pastel évoquant les lieux que Monique Serf a fréquentés, les gens du métier que Barbara a côtoyés. Le livre débute le lundi d’automne 1997 où tout le public de Barbara avait le cœur chagrin. Née en 1930 à Paris, la petite Monique a très tôt connu la dureté de la vie. L’errance familiale d’un domicile l’autre, un père qui abuse d’elle - c’est l’aigle noir qui l’a prise dans ses serres, cela forge un caractère et nourrit au terreau de blessures enfouies des chansons qui, cousues de trois notes, en disent beaucoup plus qu’il n’y paraît. Les premiers pas dans le métier à Charleroi où elle passe plus de temps à essuyer les verres qu’à chanter, la vie de bohème et la tournée des cabarets ensuite entre Paris et Bruxelles. Le premier disque en 1955 puis Göttingen, la notoriété et le refuge de Précy-sur-Marne… La vie de Barbara, femme et artiste exigeantes, magnifiquement retracée ici par Alain Vircondelet a parfois des allures de roman.

 Olivier BACHELARD

Extraits de l' union du 27/07/2017

Barbara est un personnage de conte de fées !

Dans le film « Barbara », Jeanne Balibar rappelle à la vie la chanteuse de L’Aigle Noir. Au-delà   de la ressemblance physique, les deux longues dames brunes sont liées par une féminité libre.


Comédienne discrète, Jeanne Balibar est à l'affiche de Barbara, un biopic romancé sur la mythique chanteuse française réalisé par Mathieu Amalric. AFP

Quels sont vos liens avec Barbara, que vous incarnez dans ce film ?

J’avais 8 ans lorsqu’on m’a offert un premier 45 tours d’elle. Lorsqu’on est actrice, on se construit aussi avec les artistes qu’on a aimé écouter et regarder. Bref, j’ai un lien avec elle. Mais je ne l’ai jamais vue en concert. J’ai juste ces souvenirs, qui remontent à ma toute petite enfance. Des moments de paix familiale dans la voiture, quand on écoutait ses chansons. Avec cette voix, quelque chose entrait dans ma chair, véritablement. Mais je ne pensais pas que cette femme existait vraiment. Pour moi, c’était un personnage de conte de fées, une dame qui faisait peur aux enfants. On m’avait déjà souvent proposé de l’incarner, et j’avais toujours refusé. Parce que les projets que l’on me soumettait ne rendaient pas justice à l’amour que je lui portais. Et, cette fois, ce projet de film m’a séduite ! J’y ai trouvé quelque chose de l’ordre de l’intensité : la foi dans ce qu’on fait au moment où on le fait.

J’ai maladivement besoin de ce regard du réalisateur… Maladivement, j’insiste sur le terme. Une actrice vit à travers le regard des autres !

Mathieu Amalric, votre partenaire dans le film, qui en est aussi le réalisateur, est également votre ancien compagnon. C’est troublant de collaborer avec son ex ?

Mathieu n’est pas vraiment une réapparition : on est restés proches. S’il y a quelque chose que l’on n’a pas raté dans nos vies, c’est bien ce film. (rires) Même si tourner à nouveau ensemble était forcément troublant… Mais nous sommes de grandes personnes : nous savons faire la part des choses !

On dit souvent que le cinéma ne consiste pas à éclairer des acteurs mais simplement à filmer la lumière qui émane d’eux… On a l’impression que c’est encore plus vrai avec Barbara, dont chaque image est particulièrement soignée !

De fait. Plus le réalisateur les éclaire bien, plus les acteurs sont bons ! J’ai maladivement besoin de ce regard du réalisateur… Maladivement, j’insiste sur le terme. Une actrice vit à travers le regard des autres !

Bref, vous adorez ça, être exhibée, en fait ?

Oui ! J’adore être filmée et regardée, j’adore aussi être photographiée ! Le vrai plaisir de la comédienne, c’est de se donner à voir. J’aime qu’il y ait des scènes où je me trouve belle et d’autres, moche. Être bien regardée, puis mal regardée. Si je suis mal regardée tout le temps, je suis blessée. Et si je suis bien regardée constamment, je trouve ça kitsch.

C’était un rêve, pour vous, de devenir actrice ?

Pour moi, petite fille, c’est surtout la danse qui a compté. Pour la discipline. C’était un monde où les choses avaient un sens. Alors qu’ailleurs c’était plus difficile… C’était aussi un rapport à la musique. Et, enfin, la possibilité d’avoir un corps. Mais j’ai assez vite compris que je n’étais pas faite pour danser huit heures par jour. Au bout d’une heure et demie, j’en avais marre. (rires)

« JE ME SUIS APPRIVOISÉE »

Il y a des choses qui vous paraissent plus difficiles à jouer que d’autres ?

Tout le temps ! Mais c’est aussi ça qui m’intéresse : l’endroit de la défaite. C’est ça que je trouve beau dans l’art. Il existe deux catégories d’artistes : ceux qui travaillent là-dessus, et ceux qui, au contraire, travaillent sur la démonstration de force, de maîtrise, de virtuosité. Moi, ce n’est pas cela qui me passionne, ni quand je vais au cinéma, ni quand j’écoute un disque, ni chez un partenaire…

La vraie beauté est donc dans les faiblesses de l’autre ?

Exactement ! Mon idée de la beauté d’une actrice est morcelée. Elle peut tenir dans un geste, un regard, ou une infime partie du corps. Cela correspond à la vision que j’ai de moi-même. Au final, le job d’une actrice, c’est de devenir un objet que regarde la caméra.

Bref, vous aimez vraiment l’idée de devenir un objet ?

C’est une chose que j’ai plus vite acceptée au théâtre qu’au cinéma, peut-être parce que je suis myope. Et que de ne pas voir les autres, mais les sentir, m’a aidée à devenir ce fameux objet. Au cinéma, il a fallu apprivoiser la proximité des autres. Devenir un objet, c’est une question de distance entre soi et les autres. Je n’ai accepté d’être belle au cinéma que peu à peu. Là, dorénavant, quand je travaille, je ne pense pas du tout à tout cela. Plus jamais ! Je me suis apprivoisée ! Je me contente de vivre, de me réjouir de ce qui m’arrive… et c’est déjà énorme.

C’est en montant sur scène, au théâtre d’abord, que j’ai compris que j’étais enfin là où je devais être

Vous vivez donc uniquement dans le présent, même quand vous tournez des films sur des époques passées, comme Barbara ?

Oui, je vis le présent ! Toujours ! Tourner un film, c’est un boulot comme un autre. Cela ne modifie pas qui je suis, ni comment je pense quand je rentre chez moi le soir. D’un autre côté, même si je vis au présent et que je suis incapable de vous dire ce que je ferai demain, je pense quand même aussi de temps en temps au passé. Mais c’est quand je le décide ! Je n’aime pas que l’on m’y fasse songer de force. Si, dans la rue, je croise quelqu’un que j’ai connu ou aimé il y a très longtemps, je n’ai pas envie de le revoir ensuite. Même s’il me le propose, je ne donnerai pas suite. Je ne veux pas revenir dans des endroits, ou à des époques, où j’ai été heureuse… Je le suis pour le moment, pas besoin de remuer le passé d’une manière ou d’une autre. Dans ma vie, je crois avoir fait les bons choix, du moins aussi souvent que possible…

Comme lorsqu’à 23 ans, vous avez subitement abandonné vos études d’histoire pour des cours de comédie ?

Aujourd’hui, vu que tout s’est bien passé ensuite, cela paraît évident comme choix. Mais quand je l’ai fait, c’était autre chose ! À l’époque, on m’a dit que j’avais du courage, voire un solide grain de folie, d’abandonner une voie où je réussissais si bien. Ce qu’on ne sait pas, c’est qu’il m’aurait fallu dix mille fois plus de courage et de folie pour rester là où j’étais. C’est en montant sur scène, au théâtre d’abord, que j’ai compris que j’étais enfin là où je devais être.

Le film « Barbara » est actuellement en salles

 Extraits de l' union du 17/09/2017

BARBARA

Rappelle-toi ...

Roland RomaneIIi, l'homme qui accompagna Barbara à la scène comme dans la vie, nous raconte enfin cette femme unique, surprenante et drôle au Théâtre Rive gauche ...


La chanteuse et comédienne Rébecca Mai fait revivre, pour le public. les chansons de Barbara. DR

« Vingt ans d'amour. c'est l’amour fort », chantait Jacques Brel, dans La Chanson des vieux amants. Et sa grande amie Barbara n'aurait certainement pas dit le contraire, elle qui passa quelque vingt années de sa vie aux côtés de l'accordéoniste et pianiste Roland Romanelli, avec lequel elle partageait la scène comme l'existence. »

Cette existence bouillonnante au côté du monstre sacré de la chanson française. Roland Romanelli nous la raconte aujourd'hui sur les planches du Théâtre Rive gauche dans Barbara et l'homme en habit rouge, un spectacle musical mis en scène par Eric-Emmanuel Schmitt.

Un homme, une femme

Roland Romanelli débute sa carrière en 1966 en tant qu'accompagnateur de Colette Renard et de Serge Mouloudji. Barbara J'engage et entame avec lui une relation complice de vingt années, durant lesquelles il compose à ses côtés tout en l'accompagnant sur scène. Cette rencontre fulgurante, féconde, complexe, qui deviendra amoureuse, c'est avec Rébecca Mai, sa compagne d'aujourd'hui, elle aussi admiratrice du répertoire de Barbara, que Roland Romanelli nous la raconte.

Vingt chansons interprétées en direct entrecoupent le récit où alternent confidences et extraits d'interviews données par Barbara. Certes, il a fallu qu'Eric-Emmanuel Schmitt pousse Roland Romanelli à franchir délicatement les barrières de sa grande pudeur pour évoquer la dame en noire. Libéré, tendre, le musicien nous révèle des bribes de leur histoire, l'humour profond de Barbara. Il nous régale d'anecdotes et dévoile aussi les secrets de certaines grandes chansons, au point de nous les rendre encore plus bouleversantes. On sort du spectacle fasciné si l'on ne connaît pas Barbara, enrichi de perspectives nouvelles si l'on en est déjà passionné, tous convaincus que Barbara, auteur majeur de la chanson française, est un aigle noir qui inspirera toujours les générations à venir.

 ZOOM

•.- QUAND : Jusqu'au 31 mars 2016. Du mardi au samedi à 19h Matinée le samedi à 15h

•.- Où ? Théâtre Rive Gauche, 6.rue de la Gaité (14')

•.- Combien ?  de 36 € (Carré or).30 € 25 € 18€ et l2€ - Bon plan: -50 % de réduction jusqu'au 9 février

•.- Roland Romanelli se confie : « Ce spectacle, je le lui devais, il est le reflet de ce que j’ai vécu auprès d'elle : ses colères, ses joies, ses éclats de rire...son professionnalisme, sa mauvaise foi aussi, son côté exclusif… et son amour pour ce métier qui était toute sa vie.Il est clair aussi ma plus belle récompense, et je le vis avec sincérité, amour et respect, avec ma partenaire Rébecca que j'ai choisie, et avec qui j'ai parfois la troublante impression de revivre certaines situations, certaines ambiances... »

A. SAMAKE

 Extraits de l' union du 17/01/2016

  

    

  Répertoire  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul BELMONDO

Les premières confessions de Bébel

À  83 ans, l'immense acteur Jean-Paul Belmondo a enfin écrit ses mémoires. Pour lui, « Mille vies valent mieux qu'une ». L'ouvrage sort demain

 
Malgré l'accident vasculaire cérébral qui a failli lui coûter la vie, Jean-Paul Belmondo demeure optimiste, À 83 ans, le monstre sacré du cinéma français raconte, pour la première fois, son Incroyable parcours. Photo AFP prise en septembre dernier à la Mostra de Venise

« On ne m'aimait pas sérieux. Il n'était pas question que j'aie l'air grave. On m'exigeait joyeux et bondissant, heureux et vivant. » Ce constat n'est pas amer, mais laisse entrevoir la blessure secrète, le bleu à l'âme de Jean-Paul Belmondo malgré une réussite professionnelle indéniable. L'acteur aurait voulu offrir un répertoire complet à son public - le rire, mais aussi les larmes.

Las, ce dernier l'a toujours préféré en Bèbel, l'intrépide cascadeur séducteur, "L'as des as", "Le magnifique", qu'il soit "Flic ou voyou" d'ailleurs. Jean-Paul ne s'est pas fait enfermer dans un rôle mais dans un style de jeu. Pour le plus grand bonheur des fans de Belmondo : 58 de ses films ont réalisé plus d'un million d'entrées en France, comme le rappelle le magazine "Le Point", qui a obtenu ses confidences exclusives en même temps que de larges extraits de ses Mémoires, « Mille vies valent mieux qu'une », parus aux éditions Fayard. Comme on pourra s'en réjouir, Belmondo y raconte les anecdotes les plus drôles de sa carrière, ses rencontres aussi, certaines de ses relations les plus célèbres, bref le Bébel flamboyant et comique qu'on imagine, mais raconté. de l'intérieur.

Ainsi, les 400 coups qu'il faisait, encore étudiant au Conservatoire, avec le complice de l'époque, Jean-Pierre Marielle. Celui-ci jouait les grands frères susceptibles, alors que Jean-Paul endossait son rôle favori à l'époque, celui d'un jeune handicapé incontrôlable, semant volontiers la zizanie dans des restaurants et faisant voler la choucroute dans les coiffes des vieilles rombières. Nul doute qu'il peaufina à l'époque des mimiques qu'on a retrouvées dans ses films.

Son amitié avec Alain DELON

On découvre aussi au fil des pages sa rencontre avec l'autre pilier du cinéma français, Alain Delon, dont le milieu a voulu faire son rival, son ennemi. « On nous opposera tout au long de nos vies, cherchant à créer une adversité dont la légende pourrait se nourrir. En fait, nous sommes proches, en dépit d'une divergence évidente d'origines sociales. « Son enfance a été aussi triste, pauvre et solitaires que la mienne a été joyeuse, bourgeoise et pleine d'amour », raconte Belmondo. On trouve aussi dans ces Mémoires d'autres rencontres hilarantes (Bedos) ou brutales (Melville), mais Jean-Paul évoque encore sa relation avec la belle Ursula Andress. l'actrice au maillot blanc inoubliable dans "Dr No", le premier James Bond

« C'était une oreille, une éponge, Audiard, il vous écoutait, il saisissait votre ton pour le restituer dans les dialogues » JEAN-PAUL BELMONDO

Et sa fierté de l'avoir à son bras quand il croise Pierre Dux, professeur au Conservatoire, qui lui avait prédit qu'il ne pourrait jamais prendre une femme dans ses bras. Il lui dit : « Vous voyez, on fait ce qu'on peut ! » Mais dans sa carrière, Belmondo a aussi croisé d'autres monstres sacrés, comme Jean Gabin, Jean-Luc Godard ou Michel Audiard - « C'était une oreille, une éponge, Audiard, il vous écoutait, il saisissait votre ton pour le restituer dans lés dialogues. »

En fait, jusqu'à "L'homme de Rio" en 1964, Belmondo pouvait élargir sa palette et tout jouer, de "Cartouche" à "Léon Morin prêtre" : ensuite, il se voit classé en héros de comédies d'action et d'aventures. « Chaque fois que j'essayais autre chose, je me suis fait étriller par la presse et le public n'a pas suivi. Je ne peux pas dire que cela ne m'a pas marqué, confie-t-il au "Point". Bien sûr, avec Lelouch ("Les misérables", "Itinéraire d'un enfant gâté"), j'ai pu respirer, retrouver cette liberté. » Après le succès éclatant d' "À bout de souffle" en 1960, on lui avait déjà demandé d'écrire ses Mémoires, Il se trouvait un peu maigre à l'époque (27 ans). Il aura attendu 56 ans pour le faire, fort d'un parcours immense, historique.

À PROPOS DE SA MAMAN MADELEINE

Dans l'ouvrage, Jean-Paul Belmondo évoque, avec beaucoup de tendresse, sa mère Madeleine. « Du rouge sur les genoux, écarlate comme les tomates du cageot sur le porte-bagages, Maman remonte sur le vélo. Elle vient tout juste d'en tomber, pour la cinquième ou sixième fois, mais elle reprend sans broncher le corps à corps avec l'engin. li faudrait la totalité de l'armée allemande, les Russes et les Japonais, pour la dissuader de dompter le seul moyen de locomotion disponible par ce temps de guerre qui nous prive d'essence. Maman ne craint rien, pas même la guerre. Alors, évidemment, ce n'est pas une bicyclette qui va lui faire peur. Un genre de chevalier Bayard en jupons, ma mère, une Amazone magnifique. Grande, autant que je peux la percevoir du haut de mes sept ans, belle au point d'avoir fait de la figuration dans un film, et vive, très vive.

Je déborde d'admiration pour elle et ne peux donner tort à mon père de l'avoir épousée.

J'ai plaisir à l'imaginer dix ans plus tôt, Papa, à l'École des beaux-arts, poser un regard timide et doux sur Maman et son habile coup de crayon, et accepter de se laisser dessiner par elle dans un fervent silence amoureux.

Madeleine épousa Paul, Pau épousa Madeleine, ils seraient des inséparables.

Et même ordre de mobilisation pour Papa, glissé sous la porte de l'appartement à Denfert-Rochereau un matin de de septembre 1939, ne les empêchera pas d'être ensemble.

Car l'obstination et le dynamisme de Maman, au service de son amour pour mon père, l'avaient décidée à prendre la route derrière lui vers le Nord. Elle l'avait suivi, âme sœur courage, de garnison en garnison, de ville en ville, du territoire à la carte du Tendre.

Elle parcourait, entre autres, Boulogne-sur-Mer et Calais, où nous, mon frère Alain et moi, la joignions avec ma grand-mère et Charlie, son compagnon.»

Pierre DE VUYST

Extraits de l' union du 05/11/2016

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Bellemare

Il était formidable

Il avait commencé à travailler à l’âge de 17 ans et ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. Inventeur de jeux, de divertissements, de magazines pour la radio et la télévision, conteur d’exception, vendeur hors pair, Pierre Bellemare captivait le public comme personne.


Pierre Bellemare avait trouvé, il y a quatre ans, la maison de ses rêves aux Fourcades, en Dordogne. Il en avait acheté d'autres dans le même coin qu'il louait. Le soir les clients pouvaient recevoir la visite du propriètaire qui venait leur raconter une histoire !

 Avec son éternelle moustache et ses bretelles, Pierre Bellemare semblait là pour toujours. Il s’est éteint le week-end dernier à l’hôpital Foch de Suresnes, lui qui confia un jour « Quand j’avais 12 ans, je pensais que je ne verrais jamais l’an 2000 »… Sa disparition, à l’âge de 88 ans, a fait les gros titres et pour cause, ce pionnier de la télé était une gloire nationale, une grande figure de la culture populaire. L’audiovisuel est en deuil, toutes stars confondues, avec un mot-clé sur son itinéraire : formidable ! « Mon père était infatigable , a confirmé son fils Pierre Dhostel au micro d’Europe 1.Jusqu’à la dernière minute, il avait toujours en préparation sa rentrée de septembre. Il me disait : Je vais de nouveau aller raconter des histoires sur telle ou telle radio . Chaque été, quand on passait des moments dans sa maison des Fonzades, en Dordogne, il nous disait Écoutez les petits amis, je ne peux pas rester plus longtemps. Je vais être obligé de partir. Je dois remonter à Paris pour préparer mes émissions ».

DES DÉBUTS SUR RADIO LUXEMBOURG

L’animateur avait été victime d’un AVC en 2011 qui avait altéré sa vision et d’une mauvaise chute en 2017. Il en gardait des séquelles et son état déclinait mais il gardait toujours cette foi dans le travail qui fut son moteur tout au long de ses 70 ans de carrière. L’an dernier, il s’était même mis à la chanson en reprenant des classiques du répertoire français, comme une corde de plus à son arc. Il était né à Boulogne le 21 octobre 1929. À 17 ans, il rentre à Radio Service comme technicien de l’ombre. Cette boîte privée fournit de courtes séquences pour Radio Luxembourg. Bellemare est entré dans la place ; il n’en sortira plus. Sa voix profonde fait merveille, alliée à un sens du récit très sûr. Radio Service est dirigée par un certain… Jacques Antoine, qui deviendra son inséparable acolyte. Le jeune Pierre travaille de nuit et colle des étiquettes sur des disques souples. Le métier rentre. La radio ressemble à l’époque à un génial bricolage. Les magnétophones vont arriver. Le gamin fait ses armes : « J’avais 17 ans et demi. Je venais de perdre ma mère, de rater mon bac et de rencontrer à l’école celle qui allait devenir ma première femme. Tout ça dans la même année ». Il attend son heure. Elle sonnera en 1954, après sept ans d’apprentissage. « C’était en 1954, dans une émission de télévision, Télé Match, basée sur le jeu de l’oie», raconta l’animateur en herbe. La première réalisée en direct ne donne pas satisfaction. Il faut la secouer un bon coup en panachant avec d’autres jeux. Bellemare exprime alors son formidable talent et Télé Match décolle ! « On était aux débuts de la télé. Il y avait une seule chaîne et 100 000 postes mais 25 personnes par poste ». Avec le jeu, radio ou télé, il trouve sa voie.La Tête et les Jambes, Pas une seconde à perdre, Cavalier seul, il pose les jalons de ce genre très prisé. Le public accourt. En 1958, il crée sa société Tecipress. Car Bellemare regorge d’idées. Des États-Unis, il rapporte le premier téléprompteur. Plus tard, il publiera les Dossiers extraordinaires ( lire par ailleurs) car l’homme se déploie aussi comme écrivain avec ses succès d’édition. En 1987, il lance le Téléachat, un autre concept ramené d’Amérique, gros succès à nouveau, raillé par ses pairs mais qui fait les beaux jours des chaînes commerciales comme TF1. Ce diable d’homme « savait faire ». « Il avait une personnalité théâtrale avec un sens de l’humour imparable », estime sa belle fille, Carole Bellemare dans Le Figaro.


Jusqu’à la dernière minute, il avait toujours en préparation sa rentrée de septembre
Son fils, Pierre DHOSTEL

IL TRIOMPHE AVEC LA CAMÉRA CACHÉE

Son nom reste définitivement attaché à un des plus gros cartons du petit écran : les fameuses caméras cachées dans lesquelles il piège son monde avec une rare ingéniosité doublée d’une formidable malice. Avec son comparse Jacques Rouland, il s’illustre avec La Caméra invisible, rebaptisée La caméra cachée en déclinaison française de la Candid Camera américaine. Tout le monde tombe dans le panneau et les séquences frisent souvent l’anthologie. Elles sont bien montées, crédibles, drôles mais aussi dénuées de toute méchanceté. Jean Poiret coprésente parfois. Dans la rue, Jacques Legras balade les passants. L’émission est diffusée sur la 2 e chaîne de l’ORTF, à partir de 1964, un jeudi par mois. Elle fait les délices des téléspectateurs jusqu’en 1971. Et elle assied la réputation du maître.

La télé devient son terrain de jeu mais il jubile aussi sur Europe 1, sa maison, son antre, qui vient d’ailleurs de nommer son grand studio à son nom en sa mémoire. De 1969 à 1986, il y anime et produit la tranche de midi. Il en devient même directeur général adjoint pendant 18 mois. Mais son must, c’est le standard, le direct, le contact, l’amusement. Il crée La Grande Corbeille, 20 Millions cash, Le Sisco ou encore Le Tricolore. À la longue il était devenu un notable des médias, dans le sens sympathique du terme. Il était invité sur les plateaux, dansCoucou, c’est nous chez Dechavanne, dans Les Grosses Têtes chez Bouvard, chez Hanouna dans Les Pieds dans le plat, chez Julien Courbet pour En toutes lettres. Il avait même dirigé et présenté un magazine sur la Seconde Guerre mondiale sur la chaîne Toute l’histoire, se mettant ainsi au service du passé. Et comme il s’était glissé dans chaque foyer, reconnaissable entre tous, il avait même touché au cinéma dans OSS 117, Les Tuche et en télé dans Plus belle la vie, pour des petits rôles. Retiré dans son manoir du Périgord, arrière-grand-père (il fut marié deux fois avec Micheline Grillon puis avec Roselyne Bacchi, menant un temps une double vie, et il a trois enfants), ce fan de bateau menait une existence paisible dans son petit village retiré. « J’ai adoré la vie, disait l’octogénaire, mais je crois que le moment du repos éternel est venu ».       s  

Un conteur sachant compter


Pierre Bellemare était encore actif l’an dernier sur les ondes de France Bleu Périgord.

C’est sur Radio Luxembourg (future RTL) que Pierre Bellemare et son complice Jacques Antoine ont inauguré une formule qui allait faire leur succès. Sur des textes du second, le premier racontait des Histoires vraies. On leur avait donné une tranche un peu sinistrée, le soir. À l’époque, dans les années 50, il existait un public potentiel important à cette heure-là, la télé n’étant pas encore hyperinstallée dans les foyers. Encore fallait-il le captiver. Bellemare et Antoine surent rapidement qu’ils tenaient un concept en or.

L’un écrivait,l’autre racontait ;Jacques Antoine et Pierre Bellemare tenaientun concept en or

Plus tard, en 1974, les deux amis officiant alors sur Europe 1, la même opportunité se présenta. Le créneau 13h30-14 heures au quotidien était libre et la station cherchait un programme. Bellemare et Antoine proposèrent Les dossiers extraordinaires. Peu de gens y croyaient : ce fut un triomphe ! Des centaines de milliers d’auditeurs s’arrangeaient pour se rendre disponibles pendant 30 minutes afin de savourer des récits passionnants interrompus par une seule coupure publicitaire, toujours à un moment critique. Le duo exploita le filon à travers des séries qui duraient une ou deux saisons : Les aventuriers, Les dossiers d’Interpol, Histoires vraies, Au nom de l’amour… Au fil du temps, Bellemare fonda une équipe d’auteurs solides, capables de construire des récits haletants. L’animateur-producteur faisait également appel à une documentaliste chargée de fouiller dans la presse internationale et dans les livres la matière susceptible d’intéresser les auditeurs. Ayant été l’objet de quelques plaintes de la part de personnes évoquées à l’antenne, Bellemare devint prudent. Et changea souvent les noms et lieux de ses histoires tout en conservant bien sûr, l’authenticité des faits. Conteur sachant compter, Bellemare n’avait pas son pareil pour décliner ses inventions. Tout en officiant sur Europe 1, il proposa C’est arrivé un jour puis Suspens sur TF1. Par la suite, on le retrouva sur Nostalgie puis RTL avant un retour sur Europe 1 en 2014 au côté de Cyril Hanouna. Retiré en Dordogne, il emballa encore les auditeurs de France Bleu Périgord entre septembre 2016 et juin 2017, avec Les histoires extraordinaires de Pierre Bellemare diffusées chaque jour à 12 h 40 (certaines sont encore disponibles en podcast).

Marc PASTEGER

Il a prévu des livres posthumes

C’est surtout dans l’édition que Pierre Bellemare conteur a fait fortune, dans un premier temps en offrant une sélection de sujets traités à la radio et à la télé. Dans un deuxième temps, il se servit de son seul nom pour vendre des millions (dix environ !) de livres souvent axés sur les faits divers noirs : Derniers voyages, La peur derrière la mort, L’enfant criminel, Quand les femmes tuent, Crimes de sang, L’année criminelle, Instinct mortel, Mort ou vif, Nuits d’angoisse, Issue fatale… Changeant régulièrement d’éditeurs (Fayard, Edition nº1, TF1 Éditions, Albin Michel, Flammarion et, plus récemment, First et Grund), Bellemare en profitait pour améliorer ses revenus. Quand il quitta Albin Michel pour Flammarion, à 80 ans, il nous avait précisé : « J’avais l’impression qu’on ne s’occupait plus bien de moi … » Laissant aux autres le soin d’écrire, Bellemare signait de temps à autre une préface ou une introduction. Mais n’oubliait jamais de mentionner en grosses lettres sur la couverture de ses ouvrages le nom de son ou de ses coauteurs. Il était une marque qu’il gérait habilement. Bellemare nous avait un jour confié qu’il avait mis en route une série de bouquins qui paraîtraient après sa mort afin que sa veuve continue à percevoir de coquettes sommes. Entre tours de force, Pierre Bellemare a réussi à voir, jusqu’à ses derniers jours, l’ensemble de ses livres toujours disponibles sur le marché, sans cesse réédités en grand format ou en poche. Ainsi, ses Dossiers extraordinaires d’il y a plus de 40 ans voisinent avecCriminelles – le mal au féminin, best-seller de l’été dernier, ou le tome 2 des Nouvelles histoires extraordinaires de l’Histoire (qu’il présentait) ou bien encore son Nouvel almanach des histoires extraordinaires 2018-2019. Bref, Bellemare n’est pas près de quitter les librairies.

M.P.

En IMAGES

UN BATELEUR CAPABLE DE SOULEVER DES MONTAGNES

En avril 1955, Europe nº1 vient tout juste de naître. Pierre Bellemare et son éternel complice Jacques Antoine, le futur papa de « Fort Boyard », imagine alors une émission « interactive », faisant appel à la solidarité des auditeurs pour une cause précise soutenue par la station : ce sera « Vous êtes formidables ». Le 14 août 1956, un drame frappe la mine de Marcinelle, près de Charleroi en Belgique. 262 personnes trouvent la mort. Bellemare démarre alors au quart de tour et lance une opération de soutien aux victimes. Les appels affluent de toutes parts et des millions d’anciens francs sont alors récoltés. Les pêcheurs en difficulté, les révoltés de Budapest, les chômeurs, les mal-logés et, plus tard, les victimes de l’Amoco Cadiz, le tristement célèbre pétrolier qui s’est échoué en Bretagne, bénéficieront notamment du talent de ce bateleur hors pair.

Un inventeur de jeux à la radio et à la télé 

En 1954, il lance, toujours avec Jacques Antoine, sur le petit écran «Télé match ». Le principe ? Un candidat « intello » peut se faire repêcher par un candidat sportif. Il s’agit de l’un des premiers jeux télévisés de la télévision française. L’une de ses séquences, « La Tête et les Jambes », est devenue une émission à part entière à partir de 1960. Le futur Premier ministre Laurent Fabius y participera, en 1970, en étant à la fois la tête et les jambes avec l’équitation.

Un vendeur hors pair 


Pierre Bellemare amorce un tournant en 1986 lorsque FR3 et Europe 1 se séparent de lui, pour rajeunir notamment leur image. Il s’intéresse alors au téléachat, après avoir rencontré le créateur d’une émission américaine de ce genre alors inconnu en France.

TF1 est séduite par le concept : il présentera avec une collaboratrice de longue date Maryse Corson (en photo) tous les matins pendant sept ans « Le Magazine de l’objet » qui deviendra ensuite « Téléshopping ». Son fils, Pierre Dhostel a pris le relais.

Bernard MEEUS

Extraits de l' union du 02/06/2018

 Pierre Bellemare

Ecran noir

Pierre Bellemare, monument de la radio et de la télévision, est mort à l’âge de 88 ans


Pierre Bellemare était né le 21 octobre 1929à Boulogne-Billancourt..  

Bellemare, c’était d’abord l’histoire d’une voix, aussi douée pour conter des histoires et captiver ses auditeurs que pour leur vanter les mérites d’une poêle antiadhésive.

Fils d’un courtier en livres précieux, il n’a que 5 ans lorsque son univers familial s’effondre après la mort d’une grande sœur adolescente. «Le chagrin a tué ma mère sous forme d’une grande maladie suscitée par ce choc » et son père a ensuite « littéralement dépéri » , confiait-il.

1 - LES DÉBUTS

C’est par son beau-frère que le lycéen parisien, qui vient de rater son bac, trouve un petit boulot d’assistant auprès de l’animateur-producteur radio Jacques Antoine. À 18 ans à peine, il est censé tenir la comptabilité de sa société. Pierre Bellemare se laisse pousser une moustache (dont il ne séparera plus jamais) pour se vieillir.

Le jeune homme se forme à la technique, devient metteur en ondes, régisseur à Radio-Service. À 25 ans, Jacques Antoine lui confie la présentation de Vous êtes formidable sur Europe 1, qui fait appel à la solidarité des auditeurs. C’est l’époque de l’abbé Pierre (hiver 1954) et pour Bellemare, le début d’une grande carrière sur les ondes et à l’écran.

La même année, il lance Télé matchsur la télévision publique, qui ouvre une nouvelle ère de jeux. Le principe ? Un candidat « intello » peut se faire repêcher par un candidat sportif. Il reprendra ce jeu plus tard dans La Tête et les jambes.

2 - LE PIONNIER

Un an plus tard, le public découvre le charisme de sa voix de conteur dans Les Aventuriers : celui dont on n’arrivait pas à capter l’attention à l’école et qui a songé un temps à devenir prêtre raconte des histoires en s’inspirant de faits divers. Avec le souci d’ « apprendre à être chacun des personnages pour que leurs dialogues sonnent vrai » .

Véritable pionnier de la radio et la télévision, il rapporte en 1957 l’usage du prompteur des États-Unis.

Avec sa société Tecipress, il produit à la radio d’autres émissions du même type : De mémoire d’homme, Les Dossiers d’Interpol ou Histoires extraordinaires.

À l’origine de cette passion, les histoires que lui racontait son père le soir, disait-il : « Je vivais dans l’ombre de Victor Hugo, Jules Verne et Henri Barbusse. »

3 - BOULIMIQUE

Pierre Bellemare, c’est aussi une bonhomie naturelle et charmante. Allure joviale, un tour de taille qui témoigne d’un amour de la bonne chère, il porte des bretelles galonnées qu’il change tous les jours.

Incapable de rester en place, il enchaîne les programmes qu’il présente et/ou produit à tour de bras entre 1954 et 1977 : La Caméra invisible, Le Bon numéro, Cavalier seul, Rien que la vérité, 20 Millions cash, Pièces à conviction, Les Dossiers extraordinaires…

Fin 1976, il est nommé directeur général adjoint d’Europe 1. Mais il quitte rapidement son poste, publie des compilations de récits qui se vendent par millions d’exemplaires et reprend de nouvelles émissions, comme Au nom de l’amour sur FR3 ou La Grande Corbeille sur Europe 1.

4 - TÉLÉACHAT

Champion du contact avec le public, il amorce un tournant en 1986 lorsque FR3 et Europe 1 se séparent de lui, pour rajeunir notamment leur image. Il s’intéresse alors au téléachat, après avoir rencontré le créateur d’une émission américaine de ce genre alors inconnu en France. TF1 est séduite par le concept : il présentera avec Maryse Corson tous les matins pendant sept ans Le Magazine de l’objet qui deviendra ensuite Téléshopping. Fort de son succès, le concept aura même en 1994 sa propre chaîne,Club Téléachat, diffusée sur le câble.

La relève est assurée par son fils, Pierre Dhostel présentateur de M6 boutique, qui n’a pas gardé son vrai nom pour éviter d’être dans l’ombre du père.

5 - CHANSON

À 82 ans, il s’était lancé dans la chanson, avec un album de reprises. En sortant son deuxième disque, fin 2016, reprenant des titres de Vian, Reggiani et Mouloudji, le « monsieur qui racontait des horreurs » disait avoir voulu montrer « un romantisme que personne ne (lui) connaissait » .

Une voix, une passion, des passionnés  

Ses dons de conteur enthousiaste, de narrateur démonstratif et flamboyant, capable de faire vivre sa passion aux lecteurs, aux auditeurs comme aux téléspectateurs, ont marqué des générations et n’ont pas fini de séduire et d’interpeller. Pierre Bellemare a été un homme à part dans le paysage des médias, bousculant les codes, osant l’innovation pour moderniser les programmes et surprendre. Il a été plus qu’une voix soutenant une expression féconde. Il s’est révélé comme une figure de style gagnant ses galons étoilés de passeur d’histoire et de sens.

Il aurait tout aussi bien pu faire vivre hier le troisième titre consécutif de champion d’Europe acquis par les footballeurs du Real Madrid et cette passe de trois réussie par Zinedine Zidane, évoquer avec gravité et respect le Memorial Day à Belleau et le soixante-quinzième anniversaire du Conseil national de la Résistance. Sa polyvalence correspondait aussi à une vraie appropriation des sujets traités pour ne jamais être dans le superficiel et le léger. Sa faculté à animer des jeux comme son habileté à relater ces histoires extraordinaires puisées au fil des siècles et ces enquêtes impossibles prélevées dans les archives criminelles les plus effroyables ont attesté un savoir-être et un savoir-faire hors du commun.

Boulimique de travail, fasciné par les civilisations, convaincu qu’il lui fallait donner envie de partager ses centres d’intérêt, ses questionnements, son pari sur le téléachat, sa conviction que le travail d’histoire est un passage obligé avant de faire vivre le devoir de mémoire, Pierre Bellemare a eu cette aptitude à l’omniprésence sur tous les segments de l’information. Inévitablement, il a suscité des jalousies, des critiques peu flatteuses mais, il a aussi été une référence pour d’autres, plus appliqués à retenir du maître les leçons utiles pour se faire leur propre nom.

Il a été plus qu’une voix soutenant une expression féconde. Il s’est imposé comme un passeur d’histoire et de sens

Hervé CHABAUD

Extraits de l' union du 28/05/2018

  

    

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Pierre BENICHOU

n’est pas qu’une Grosse Tête

S’il est aujourd’hui une des « Grosses Têtes » les plus populaires sur RTL, Pierre Bénichou a surtout été pendant de longues années rédacteur en chef du Nouvel Observateur. Il publie un livre de portaits-souvenirs écrits à cette époque.

A 79 ans, Pierre Bénichou a croisé la route de nombreuses personnalités comme Coluche, Simone Signoret, Serge Gainsbourg, François Mitterrand, Albert Camus...Photographe: Elodie Grégoir

L'ESSENTIEL

•.- Pierre Bénlchou est né le 1" mars 1938 à Oran.

•.- Il entre en 1968 au Nouvel Observateur dont il deviendra le rédacteur en chef pendant 35 ans.

•.- Au début des années 2000, il fait ses débuts à la radio dans les Grosses têtes sur RTL. Après des passages par la télévision, notamment entre 2001 et 2003 dans Vivement dimanche prochain sur France 2, il est aujourd'hui un des piliers de plusieurs émissions de Laurent Ruquier dont les Grosses têtes.

•.- Le5 avril 2017 sort son premier livre, un recueil de portraits souvenirs écrits au fil de sa carrière de journaliste. 26 nécrologies d'Aragon à Lino Ventura en passant par des personnalités aussi différentes que Jean Castel, Simone Signoret, Charles Trenet, Léo Ferré, Coluche, Jean Marais, François Mitterrand, Serge Gainsbourg, Marcel Dassault, Marguerite Duras, François Dolto ...

Pourquoi avoir attendu 79 ans pour écrire votre premier livre ?

J’avais un trop grand respect pour les livres et dans ma tête je pensais que les livres, c’était fait pour être des choses très sérieuses ou très géniales, autant de choses dont je ne me souciais pas… Mais je n’ai pas écrit un livre. C’est un éditeur, qui m’a proposé de republier les petits portraits nécrologiques que j’ai faits quand j’étais au Nouvel Obs. Je parle de gens que j’ai connus, pour la plupart en dehors de l’image solennelle que l’on se fait d’eux. C’est pourquoi il y a un petit air, j’espère, d’intimité, de proximité, dans ces papiers.

Dans toutes les personnalités citées dans le livre, quelles sont celles qui vous ont le plus marquées, dont vous étiez le plus proches ?

Celui qui m’a le plus marqué c’est Aragon, mas je ne le connaissais pas. Ceux dont j’étais vraiment l’ami c’était Coluche, Simone Signoret, Gainsbourg avec qui j’ai beaucoup traîné. Et j’ai mes grandes admirations : Outre Aragon, il y avait Trénet, Ferré. Françoise Dolto occupe aussi une place à part, car c’est quelqu’un dont le hasard a fait que je l’ai un peu découverte. Quand je suis allé faire sa première interview, elle m’avait dit « non, non, ça ne marchera pas, je ne sais pas faire des ça ». On a parlé pendant 4 heures. À la fin, elle me dit « Vous voyez c’est nul ». On a fait la couverture et 6 pages dans l’Obs. Alors qu’elle n’avait publié qu’une thèse avant, elle a publié 22 ouvrages dans les 18 ans qui ont suivi cette interview… Elle disait à son fils Carlos, toi tu as un impresario, moi j’ai Bénichou.

Il n’y a rien sur Camus que vous connaissiez pourtant bien ?

Albert Camus était l’ami de mon père. Le hasard avait fait qu’il s’était rencontré à Oran en 1942 devant le manuscrit de l’étranger que mon père possédait. Ils avaient été prof ensemble dans une école privée que mon père avait créé en Algérie. Je l’ai vu toute ma jeunesse, il était très gentil, très affectueux avec moi. À l’époque je gardais cela un peu secret. En 1957 quand il a eu son prix Nobel de Littérature, j’étais journaliste depuis 6 mois. Je n’ai pas osé dire « Envoyez moi, envoyez-moi je le connais bien ! » Quand il est mort en 1960, j’étais encore très jeune (21 ans).

Mis à part François Mitterrand, il n’y a pas de politique dans votre « panthéon personnel »

Il faut dire que Mitterrand était le meilleur ami de mon oncle, Georges Dayan. La première chose d’ailleurs qu’a faite Mitterrand quand il a été élu, le 11 mai 1981, c’est d’aller sur la tombe de mon oncle au cimetière Montparnasse. J’habitais chez cet oncle, quand je faisais mes études secondaires à Paris. Je voyais François Mitterrand trois fois par semaine. Mais je n’ai jamais été copain avec lui.

On ressent, à travers ces portraits souvenirs, une certaine nostalgie d’une France qui n’est plus la même. Est-ce le cas ?

Oui bien sûr on a toujours la nostalgie de sa jeunesse. Mais en fait rien n’a vraiment beaucoup changé depuis cette époque. On parle toujours politique, gonzesses ! Peut-être que les mœurs se sont un peu libérées, encore que… La publication de ces portraits-souvenirs a un petit intérêt parce qu’ils ont été écrits dans l’instant et que je n’ai fait aucune modification au moment de les republier. Cela permet de montrer comment étaient ces gens célèbres, ces people, dans leur époque le jour de leur mort, et comment était cette époque le jour de leur mort.

Aujourd’hui, vous êtes plus reconnu comme Grosse Tête sur RTL que pour votre carrière de journaliste. N’est-ce pas un peu frustrant ?

C’est la vie ! Un jour mon copain Philippe Labro m’a demandé : « Pourquoi tu ne viens pas chez Bouvard ? ». J’ai mis trois ans à me décider. J’y suis allé et puis Bouvard a été viré. Ruquier est arrivé. Je suis parti avec lui à Europe. Je ne l’ai plus quitté depuis et je m’en suis félicité. D’abord parce que c’est un type merveilleux et ensuite j’avais toujours tendance à faire le clown et là à être payé pour ça… Tellement bien d’ailleurs que c’en est honteux. Dès qu’on met un nez rouge on multiplie par 50 ses émoluments !

 Grégoire Amir-Tahmasseb

Les absents, levez le doigt !, Pierre Bénichou, éditions Grasset, 146 pages, 15,90 euros

Extraits de l' union du .30/04/2017

  

    

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Olivier de BENOIST

L’humour est comme une plaidoirie

19-12-2016 – Olivier DE BENOIST

L’humour est comme une plaidoirie

L’humoriste jouera son nouveau spectacle au Kabaret, à guichet fermé, fin janvier. En attendant, l'ancien étudiant en droit rémois nous fait quelques confidences.


L’humoriste était de passage dans sa cité natale, où il a notamment fait un tour au marché de Noêl.
Daniel Balbo

 

0livier Marie Emmanuel, baron de Benoist de Gentissart, né en 1974 dans la cité des Sacres, était de passage sur le marché, de Noël de Reims. Il est venu s'entretenir avec nous pour évoquer son nouveau spectacle qu'il jouera lors du festival Bulles du rire, à Tinqueux,

•.- Vous avez fait une partie de vos études a Reims. Quel genre d'élève étiez-vous ?

Sans intérêt, ni doué, ni mauvais pour être caricatural. J'étais dans le ventre mou de la classe. Je n'ai pas de souvenir particulier; si ce n'est une enfance heureuse. Ma témérité a été de quitter Saint-Joseph pour faire ma terminale à Clemenceau, Ça a été ma révolution. Quitter le privé pour aller dans Ie public.

•.- Vos études de droit vous ont-elles servi dans l'écriture de vos sketches ?

Evidemment le droit apprend un truc extraordinaire et fondamental c'est la concision et la précision, Chaque mot a un sens et cette richesse des mots me sert pour raconter Quelque chose. L'humour est comme une plaidoirie, savoir comment arriver le plus, vite à la vanne, comment dire les choses avec efficacité.

•.- Vous étiez passionné par la magie, pourquoi vous êtes-vous tourné vers le seul en scène ?

Parce que ce qui était drôle dans la magie, c'était de planter les tours pour faire rire, Un moment donné on m'a expliqué que ce métier s'appelait humoriste. L'émerveillement ne m'amusait pas ... mais rater les tours, ça me plaisait

•.- « 0/40 » est-ce une note que vous a attribué une femme ?

Non, « 0 ... 40 », j'ai juste trouvé le score rigolo comme au tennis et de raconter ma vie de 0 à 40 ans avec les étapes 0/15, 15/30, 30/40 un peu comme les scores du tennis.

•.- Ce nouveau spectacle prend-t-ll les femmes pour cibIe ou avez-vous d'autres victimes ?

C'est moins le cas dans ce spectacle. J'ai décidé de me soigner en allant vers le misogyne anonyme, mais il arrive que pendant le spectacle, il y ait des rechutes. Je parle d'autres choses mais avec toujours la même efficacité qui a fait le succès de mes spectacles précédents. Je pense que le public ne sera pas déçu.

•.- A l'approche de NoêI, quels rapports avez-vous avec vos enfants ?

Ma femme ne me laisse pas du tout participer à l'éducation de mes enfants, je n'ai même pas eu le droit de participer à leut conception. Ah, Ah !

La quarantaine vous a-t-elle apportée la sagesse ou restez-vous espiègle ?

Je répondrais par cette citation : « Quarante ans est un âge cruel, car c'est l’âge auquel nous devenons ce que nous sommes ». Cette phrase est parfaite, car à 40 ans on commence à se trouver, c'est un mélange de sagesse et de sérénité.

•.- Vous arrivez à 40 ans et vous parlez enfin de votre journal intime.

Il est vrai que je parle du journal intime rédigé quand j'étais ado, que j'ai retrouvé dans un placard et qui me permet de faire un clin d'œil aux années 80 et à des objets cultes comme les sachets de Tang ou un magnétophone et une cassette mal rembobinée. Mais ma vie en tant que telle n'a aucun Intérêt, quoi que j'ai lu le livre de Nabila et ça m'a décomplexé.

•.- Vous venez de passer le côté pile, comment allez vous faire face ?

À chaque âge ses plaisirs, j'espère continuer à faire ce métier et à faire rire, vieillir ne me dérange pas du tout. Mon angoisse serait de ne plus intéresser, mais je ne me pose pas la question pour l'instant.

•.- Vous avez écrit « Le Dernier Rempart face à la dictature des femmes », comment ça se passe à la maison ?

Dès que je rentre chez moi c'est le même rituel, ma femme me met des menottes pour éviter que je bouge trop, et elle les desserre quand je vais me coucher pour que je puisse trouver le sommeil. J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer, je ne dors plus dans la cave.

•.- Chaque fois que vous passez a Tinqueux, le spectacle est complet, avez-vous une autre date dans la région ?

Oui, ce Sera le 27 janvier à Bar-sur-Aube. J'ai fait cinq cents dates de tournée en quatre ans et il y a des villes où je n'ai jamais joué, j'adore cette ville et je me rappelle m'y être promené avec mes parents. Quand on me l’a proposé, j’ai tout de suite dit oui.

Daniel BALBO

Extraits de l' union du 19/12/2016

 Olivier de Benoist

« JE SUIS UN HUMORISTE»

« OdB » est Rémois. Désormais, sa vie et sa carrière sont internationales et son agenda bien chargé. Mais il à toujours du temps pour Mag' Info !

En vous présentant, vous dites: « Je suis un humoriste ». Vous avez peur qu'on l'oublie ?

(Rire ...). C'est la première fois que l'on me pose la question ! Un artiste a plusieurs façons de se présenter: comédien, acteur, multicarte... Humoriste, c'est mon métier depuis dix ans: faire rire les gens seul en scène. Avec un peu de fiction, mais d'abord humoriste. je n'ai aucun regret pour le métier de juriste: j'ai fait cinq/six ans de Droit parce que je n'avais pas le courage de me lancer. Ni pour la magie, qui a été le premier moyen de m'échapper du Droit et m'a permis de voir que je faisais rire le public quand je « plantais » un tour. C'est ce qui m'amusait le plus.

Votre famille est rémoise, identifiée et vous avez six frères. Pourtant, votre premier spectacle s'appelait : " Né sous X " ... Pourquoi ?

Oh. ça n'a rien à voir, je trouvais drôle de faire participer le public en me présentant comme un homme qui attend son père et considère que tous les membres du public sont peut-être ses frères et sœurs. En 2011/12, le film Starbuck a traité de cette idée, en racontant l'histoire d'un donneur de sperme, géniteur supposé de plus de 500 enfants! Le film a connu un gros succès dans le monde. Je me suis passionné pour le sujet.

Vous vous moquez des femmes. Si vous aviez eu six sœurs, votre humour eût été différent?

j'ai grandi dans un milieu masculin. Cela m'a donné un regard particulier sur la gente féminine. Avec six sœurs, j'aurais peut-être fait l'inverse.

Le titre de vos spectacles (de Haut débit à Fournisseur d'excès) prouve que vous êtes de la génération Internet. Pourtant, on vous voit peu sur les réseaux sociaux, mais beaucoup devant les sources d'information. Comment l'expliquez-vous ?

Facebook et Tweeter ne me sont pas naturels car ils sont donnant/donnant. Sur ces réseaux, il faut partager sa vie, prendre parti. En revanche, j'ai besoin de m'informer pour mon métier.je cherche en permanence des thèmes de décalage. C'est un cercle vertueux : plus on

Vous dites que vous adorez « couper la salle en deux ». Ça veut dire quoi ?

Cela touche au rapport entre les hommes et les femmes. Quand je prends parti pour les hommes contre les femmes, la moitié de la salle siffle! Il faut une réaction. Dans le « one man show", il Y a deux personnages: l'artiste et le public, avec lequel il faut jouer. Sinon, vous le perdez. forcer sa nature. Je ne deviendrai pas une icône de la mode à 40 ans.

Vous dites être plus populaire en Suisse qu'en France. Les Suisses sont-ils plus machos ?

Je dis ça quand ... je suis en Suisse. En fait, les Helvètes sont très sensibles, ils aiment le texte. Et comme je suis un humoriste à textes, j'ai beaucoup de succès. Mais j'en ai aussi en Algérie ou au Québec !

On vous voit toujours vêtu de noir (même en dehors de la scène). Vous n'aimez pas la couleur ?

C'est un effet de mon éducation à la campagne avec des hommes. Je ne me suis jamais senti concerné par la mode. Le noir, c'est ... transparent. Par exemple, une grande agence de mannequins féminins s'ouvre aux hommes, pour suivre le boom de la mode.

A quand le théâtre ou le cinéma ?

Même si j'en tourne, je n'ai pas vraiment besoin de la fiction pour vivre. J'ai la chance de pouvoir choisir. Doncje fais ce qui me fait plaisir. A ce jour, je n'ai pas de projet pour le théâtre, ni pour le cinéma.

 Extrait de mag'info N° 141 de  05/2015

  

    

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Michèle BERNIER 

J’ai envie de me marrer

La comédienne revient seule en scène avec l’autodérision à la boutonnière.  Pas question de dire « C’était mieux avant », elle prône l’humour comme médicament


«
J’en ai assez de tous ces gens qui pensent que tout est foutu, qu’on ne va pas y arriver…»

Hier, elle bouclait une journée harassante à Marseille sur le tournage d’un nouvel épisode de La stagiaire. Ce matin, dans le train de retour vers Paris, elle carillonne au téléphone. Ainsi va Michèle Bernier, comme dans un shaker de bonne humeur. Après le succès du Démon de midi suivi d’un doublé avec Pas une ride ! , où elle tordait le cou à sa solitude de femme abandonnée au beau milieu de sa vie, elle s’apprête pour son nouveau one-woman-show avec sa complice Marie-Pascale Osterrieth. Cette nana inspire la sympathie, peut-être à cause de ses rondeurs. Un peu «délichieuse » , un peu « attachiante» mais tellement drôle, cash, sincère quand elle transforme le ridicule ou la peine en histoire tendre. DansVive demain, elle prend le contre-pied de tous les saules pleureurs pensant que « c’était mieux avant » . Pas question de s’apitoyer !

« Vive demain » prend le parti d’un monde meilleur, de quoi régler leur compte aux grincheux avec humour ?

Bien sûr, car la vie change, je change. Dans ce nouveau spectacle, je raconte ce qui m’énerve. On est parti de l’idée qu’on en avait marre d’entendre dire que c’était mieux avant. En plus, sur le plan personnel, il m’est arrivé un grand bonheur puisque je suis devenue grand-mère, ma fille a eu des jumeaux. D’où mon envie de concevoir un spectacle très positif. J’en ai assez de tous ces gens qui pensent que tout est foutu, qu’on ne va pas y arriver… Moi, je veux donner de l’espoir à mes enfants et à mes petits-enfants. Je refuse qu’ils pensent que la vie ne vaut pas le coup d’être vécue. D’où ma réflexion drôle et émouvante sur le monde qui nous entoure, que nous avons créé et que je voudrais laisser en bon état pour l’avenir de mes petits.

Du coup, vous évoquez moins votre situation personnelle sur vos émois de femme délaissée mais qui parvient à dédramatiser sa situation…

On passe des caps, heureusement. Mon message est toujours le même: il faut garder du recul, préserver son âme d’enfant et prendre les choses avec distance pour ne pas plonger dans une déprime permanente. Comme soutenait Beaumarchais dans Le Barbier de Séville, « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligée d’en pleurer. » Je pense avoir beaucoup d’autodérision, ce qui est la force des humoristes. C’est parce qu’on connaît bien nos défauts qu’on arrive à en rire, à faire passer des sentiments qui nous concernent tous. Je peux me moquer de moi, c’est important de garder cette idée chaque matin au réveil, quand on se voit dans la glace.

Vous arrive-t-il parfois de ne pas avoir le moral ? On vous imagine à toute épreuve…

Comme tout le monde, je passe par des phases délicates. Mais ma force est de ne pas le montrer ni de me laisser trop envahir. Je me calme dans mon coin, comme un chat, et je réapparais quand tout va mieux.

La scène vous permet-elle de mieux traverser tous les écueils de la vie, évoqués dans vos spectacles précédents ? Ce serait une thérapie par l’humour ?

Vous savez, la scène vous apporte tellement de satisfaction et de joie qu’évidemment elle vous aide à surmonter toutes les épreuves. Elle m’a permis de ne pas rester enfermée chez moi, mais ce n’est pas non plus une thérapie. Je ne vais pas sur scène pour me sentir mieux. Ce serait trop simple. Me concernant, mon rapport à la scène est très sain : j’ai envie de me marrer. J’y évoque mille sujets, je chante, je m’amuse, j’y suis moi-même. Je ne pourrais rien faire d’autre. Parlons-nous. Parler est le plus fort des médicaments. L’horizon s’ouvre, la vision s’élargit et on peut reconsidérer ce qui nous arrive. C’est ce que je délivre comme petit message dans ce spectacle : « Allez-y, racontez ! » Et faites-le en riant car rire est aussi un très bon médicament.

Pour aborder le thème de votre spectacle, qu’est-ce qui va bien selon vous dans notre société ?

Plein de choses ! La médecine, car on est bien soignés, les progrès de la science, l’espérance de vie en meilleure santé, en meilleure forme. Les inventions, la lutte anti-pollution, la volonté d’améliorer le quotidien, vous ne trouvez pas que c’est déjà pas mal, que ça mérite d’être rappelé ?

Que dire aux pessimistes ? Aux nostalgiques ?

Que le monde n’était pas spécialement meilleur avant, mais que oui, nous étions jeunes et que, sans doute, cette donnée change notre perception. On est tout de même tous bien contents des avancées dans la communication, dans les transports… Bien sûr, des pertes sont irréparables, nos parents, des êtres chers, l’enfance disparue avec son lot d’insouciance. Grandir fournit de l’expérience mais aussi du réalisme qui est difficile à avaler. On est confronté au monde réel…

Votre marque de fabrique est d’alterner rire et tendresse : l’un ne va pas sans l’autre ?

Je mélange les deux car les limites sont ténues. On raconte toujours mieux quand on désire créer du lien, ce qui est mon cas face aux spectateurs. Ce lien se niche dans le rire mais aussi dans les sentiments.

« Je suis d’une nature optimiste et je peux à mon petit niveau en faire profiter les autres »

Vous, vous n’avez pas peur de demain ?

Ah non, pas du tout, je ne fais pas partie des trouillards ! Soyons honnêtes : le monde actuel est le fruit de nos actions, donc aussi de nos erreurs. C’est un peu de notre faute. Nous avons profité de la société d’abondance des années 60 aux années 80, sans penser aux conséquences. On a déconné, c’est vrai, et maintenant il faut réparer pour nos enfants.

Comment faites-vous pour bien traduire ce que les femmes de votre génération ressentent, car c’est le cas ?

Je vois que les femmes se reconnaissent dans ce que j’évoque. Elles me remercient. Elles me trouvent plus féministe que les féministes, loin des diktats qui cherchent à les culpabiliser. J’aborde tous les sujets qu’elles affrontent : la crise de la quarantaine vécue par les hommes mais dont elles font les frais, la peur de vieillir, les rides, la mammographie. Je les libère de tous ces sujets. Aujourd’hui, les femmes humoristes sont libres et ne se refusent aucun sujet. Sur ce plan, chacun doit fixer ses limites. Moi, je suis d’une nature optimiste et je peux à mon petit niveau en faire profiter les autres. J’aime la vie. Pourquoi je lui tirerais la tête ?

 Extraits de l' union du 21/10/2018

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Marie BIGARD

« J ’aime mon public, c’est mon pote »

Généreux, c'est l'adjectif qui qualifie le mieux l’artiste aux multiples facettes. Derrière le poids lourd de l'humour se cache un parcours de vie étonnant.


Trois dates régionales pour l’humoriste originaire de l’Aube.

« NOUS LES FEMMES »

•.- à Charleville· Mézières, dimanche 4 février à 17heures, au parc des expositions. Places à 35 €. Infos au 0324328787

•.- à Villers·Cotterêts, vendredi 16 février, à 20h30, salle Germain-Thibaut. Places à 37€. Infos au 03 23 96 95 61

•.-  à Tinqueux vendredi 23 mars à 20h30. Places de 35 à 52€. Infos au 032604'1111 et sur www.le-k-reims.com.

Jean-Marie Bigard déboule dans les Ardennes, la Marne et l'Aisne aux commandes de « Nous les femmes ». Le spectacle qui a franchi les 444 représentations en juin dernier est bien rodé.

Vous êtes natif de l'Aube. Vous faites étape en voisin ?

Reims, les Ardennes, l'Aisne, c'est effectivement un public que je connais. .>- Ce sont des retrouvailles avec des gens très chaleureux. Je suis passé six fois à Reims.

La région n'est uniquement synonyme de scène. Vous avez fait divers métiers à Troyes ?

Oui, j'ai notamment été barman. Je travaillais comme une baleine. Je faisais 17 heures par jour. Vous avez aussi vendu des Traction avant. On a du mal à le croire.

 Et pourtant, si J'ai fait ça pendant cinq ou six ans avec des copains. Je gagnais ma vie. On achetait les Traction 50 francs et on les revendait restaurées 5.000 francs à Paris. J'avais une vingtaine d'années. C'était une époque sympa, la page est tournée mais je n'ai pas de regrets.

Vous auriez aussi pu faire carrière dans le handball ?

 J'ai joué à un haut niveau au handball, j'étais en nationale. Même si je ne pratique plus, je continue à suivre ce sport et les différents matchs.

Vous savez qu'un Sedanais, Benjamin Afgour, est sélectionné en équipe de France ?

Ouais, c'est une excellente nouvelle d'intégrer une telle équipe. Les filles aussi font un très beau parcours.

Le handball vous a aussi permis de surmonter des épreuves très dures comme le décès de vos parents ?

Oui. Oui mais depuis que je suis petit, j'estime que s'il m'arrive un truc dur comme perdre un être cher, il faut être digne de l'événement et être capable de le surmonter. Ça aide à rester debout.

Vous avez été prof d'éducation physique. Vous avez vraiment eu Raphaël Mezrahl comme élève ?

J'ài donné des cours pendant quatre ans, de la classe de 6' à celle de terminale. Les gosses m'adoraient car je voulais les intéresser, J'étais un peu le grand frère. C'était un peu comme barman, tu es d'un côté et le public est de l'autre. C'était un avant-goût de la scène. Quant à Raphaël Mezrahi, oui je l'ai eu comme élève. Il faisait même du stop pour venir au bahut et je le prenais. On est devenu d'excellents amis et on rigole parfois en y repensant.

La scène vous réussit, mais vous avez eu du mal à percer à la télé et au cinéma. Vous êtes un maudit de l'écran ?

 Bouvard m'a pris pour une merde avec son Petit Théâtre. Je suis arrivé le premier pour La Classe et Guy Lux m'a fait entrer en dernier. Mais bon, ça va venir. C'est tout le temps comme ça. Dieu préfère que je parte en dernier. C'est comme le gars au Mans qui démarre en dernier et qui gagne la course.

Vos spectacles connaissent un gros succès populaire. Ils sont méprisés par certains. Pourquoi ?

 J'énerve les intellos bien-pensants. Ça me plaît de les énerver parce que je ne rentre pas dans les cases. J'ai bossé avec les Nuls, pour leur sketch. Peut-être le plus connu celui de Tony Glandyl, et ça, ça énerve encore plus les intellos. Je suis ce mec qui dit bite, poil, couilles et qui réussit le grand écart entre l'amour du public et les mauvaises critiques. J'ai vendu 8 millions de DVD, j'ai 30 ans de carrière et j'ai fait 10 spectacles entièrement nouveaux à chaque fois.

Vous parlez beaucoup de sexe. Comment qualifiez-vous vos textes ?

 Vulgaire, sans tabou, autre ? Je parle au public comme à un pote. C'est l'esprit douche après le match, sans uniforme, sans grade. C'est normal et donc imprévsible.je parle du quotidien avec ma gentillesse.

Et la politique ?

J'en parle, mais mes spectacles sont faits pour oublier les problèmes du Quotidien. Et la politique, c'est chiant. Vous passez â Villers-Cotterêts, une municipalité Front National. Vous me l'apprenez. Je m'en fous. Au contraire, je donne de l'amour et je pense qu'on en a peut-être plus besoin là-bas qu'ailleurs.

Avec votre spectacle « Nous les femmes », vous changez de camp ?

 Absolument ! Je brocarde les mecs. Je pense que c'est mon meilleur spectacle. Le plus rapide à écrire aussi. On s'est enfermé trois jours au Cap Ferret avec Jérôme Barou et Fabien Delettres, sans téléphone, sans femme, sans enfant. Résultat, pour la première, ma' secrétaire s'est amusée à compter les éclats de rire. 700 en 1 h 45.

Vous donnez l'impression de ne jamais arrêter. Quelle est votre actualité ?

En dehors du spectacle, je viens de sortir un parfum, baptisé L'Ogre, Je produis aussi du vin du Pays d'Oc. Plusieurs crus sous l'appellation The Big Cuvée, avec des étiquettes mettant en scène un slip et des grappes de raisins.

Et le prochain spectacle ?

Ce sera un best of, intitulé « Il était une fois Jean-Marie Bigard » avec 20 sketches sélectionnés sur les 150 que j'ai joués. J'ai sollicité le public par internet pour choisir ce best of. L'interactivité, c'est peut-être ça votre signature ? J'aime mon public, j'aime partager avec lui. Je vous l'ai dit, c'est mon pote.

Philippe DUFRESNE

 Extraits de l' union du 29/01/2018

Bigard réinvente Bigard 

« AVEC NOUS LES FEMMES »

Bigard réinvente Bigard 

En tournée avec « Nous les femmes », l’humoriste fera étape au Capitole de Châlons-en-Champagne vendredi 21 avril à 20 heures.

Pour votre dixième spectacle, vous innovez en proposant ce que vous appelez un « One-woman-show ». Mais où est donc passé le Jean-Marie Bigard d’hier ?

La première partie du spectacle, pendant trente-cinq minutes, je suis en femme et je prends la défense des femmes. Il fallait bien que ça arrive. C’est mon dixième spectacle. J’ai trente ans de carrière, 62 ans. J’avais envie de faire une vraie proposition et de ne pas continuer dans le 100 % testostérone. C’est une vraie surprise pour le public et un délice de prendre la défense des femmes.

Pourquoi ça, un délice ?

C’est délicieux de changer d’armée et d’être de l’autre côté. Un jour, un ami m’a dit : « J’ai rêvé que tu faisais un gigantesque pardon aux femmes. » Je lui ai répondu : « Je vais faire mieux, je vais être une femme. »

Et alors, on se glisse comment dans la peau d’une femme ?

Je suis allé dans l’atelier de la meilleure costumière de France, celle qui a réalisé les 83 costumes de la pièce Le Bourgeois Gentilhomme et je lui ai demandé si elle pouvait faire de moi une femme. Elle a dit oui. Elle m’a mis de la mousse sur les fesses, une fausse poitrine et j’ai retrouvé une taille. J’ai ensuite revêtu une robe rouge et un trench noir, ce qui a fait de moi une femme imposante. Je ressemble un peu à Dark Vador. Dans le spectacle, je suis une femme de caractère. Les hommes en prennent plein la gueule. Je ne me justifie pas d’être en femme, je garde ma voix d’homme et ceux qui niquassent dans la salle, je les broie, je les mouline.

Vous étiez connu pour être plutôt « macho » dans vos précédents spectacles. Vous aviez envie de demander pardon aux femmes ?

Je n’ai pas besoin de faire ça. Elles ont très bien compris tous mes sketchs car elles sont plus intelligentes que les hommes. Je suis un peu une Jacqueline Maillan.

«Dans le spectacle, je suis une femme de caractère. Les hommes en prennent plein la gueule»
Jean-Marie Bigard

Vous vous êtes inspiré des femmes de votre entourage pour constituer votre personnage ?

Évidemment. De la mienne entre autres. C’est à cause de la paternité que j’ai eu cette idée. Je suis un bon papa moderne. Je suis un peu papa et maman. Je sais tout faire. Alors j’ai voulu pénétrer le secret des femmes. Ma femme (la comédienne Lola Marois) m’a beaucoup rencardé sur les principaux reproches que les hommes font aux femmes, sur le fait qu’elles passent toujours trop de temps dans la salle de bain, dans les boutiques. Ce qui retarde les femmes, ce sont les miroirs. Il y en a partout et comme elles sont dans le contrôle permanent…

Elle en pense quoi d’ailleurs votre femme de ce nouveau spectacle ?

Elle le trouve formidable comme les spectateurs. Les gens disent que c’est mon meilleur spectacle. J’ai attendu soixante ans pour le faire. Il est d’une efficacité redoutable. C’est un bonheur pour l’auteur et l’humoriste que je suis. Même si j’arrive en femme, je peux dépouiller tout le monde. Elle n’a pas de convenance et se moque de ce qu’on peut penser d’elle.

Diriez-vous que ce spectacle est peut-être plus personnel encore que les précédents ?

Je mêle toujours ma vie. Je crois que les gens ont besoin de mecs qui ne mâchent pas leurs mots, qui vont droit au but et parlent avec le cœur. Ils ont besoin de sincérité. La preuve, j’ai presque 200 dates cette année. C’est énorme.

Vous allez tenir le rythme, vous qui avez eu de gros soucis de santé l’an dernier ?

J’ai failli mourir l’été dernier. Je suis resté entre la vie et la mort pendant six jours. C’est parti d’une opération des dents qui a mal tourné. J’ai fait une septicémie. J’ai eu très peur. J’ai maigri de 17 kg. Ça s’est passé le 2 septembre. Le 30 du même mois, je jouais à Albertville. J’ai arrêté de fumer. Je suis passé de trois bouteilles à trois verres par jour. J’ai bien l’intention d’emmener mes enfants au foot ou au judo dans les quinze prochaines années. J’ai frôlé le crématorium alors on appréhende différemment la vie. Les médecins m’ont dit que j’étais une force de la nature. Que si ça, ça ne m’avait pas tué, plus rien ne pouvait me tuer. Je suis donc immortel.

Par Aurore CHABAUD | 

 Extraits de l' union du 21/04/2017 

 

 « AVEC NOUS LES FEMMES »

Son pépin de santé est derrière lui, Jean-Marie Bigard a repris le chemin de la scène et il a décidé de donner la parole aux femmes.


Originaire de l'Aube, Jean-Marie Bigard se produira à trois reprises dans la région durant les prochaines semaines. Frédéric Spelch/La Provence

« Ma costumière m 'a fait un popotin et une poitrine généreuse, ce qui fait que je retrouve maligne »
Jean-Marie Bigard

•.- Comment allez-vous ?

Très bien grâce à Dieu, car j'ai failli mourir.

•.- Vous avez eu un malaise sur scène, l'été dernier, Que s'est-il passé ?

J'ai fait une greffe osseuse au niveau des dents et j'ai pris un médicament contre-indiqué pour la cicatrisation et j'ai fait un rejet de cette greffe. Avec les saignements, il y a une bactérie qui s'est fixée sur une valve de mon cœur, une endocardite et j'ai été attaqué sur la vésicule biliaire. J'ai passé le 15 Août à l'hôpital avec une septicémie et je suis resté entre la vie et la mort pendant six jours. Je suis ressorti le 2 septembre très affaibli. Les médecins mon dit « Si ce que vous avez eu ne vous a pas tué, vous ne mourrez plus jamais ».

•.- Pour vous, de cette expérience en est-il ressorti une prise de conscience ?

Comme toutes les expériences elles sont là pour me dire quelque chose. C'était un coup de semonce, c'est le Don Dieu qui envoyait un message. Il y a vingt ans quand j'ai su que j'étais diabétique j'ai compris que c'était aussi un message. J'essaie toujours d'être digne de l'événement et de l'obstacle. Résultat des courses, je ne fume plus depuis six mois et je suis passé de trois bouteilles de vin par jour à trois verres. Je me porte comme un charme. Du coup me voilà reparti pour au moins quinze ans à gambader sur la scène.

•.- Vous aveez rendu visite au Pape, vous dites avoir été alerté à deux reprises par le Bon Dieu, cela a-t-il renfoncé votre croyance ?

Je suis croyant depuis très jeune, je ne sais pas pourquoi car mes parents étaient catholiques mais pas pratiquants. Ils m'ont enseigné toutes les belles choses qu'il peut y avoir dans la Bible, notamment l'idée de respecter son prochain. J'ai été élevé dans la confiance de mes parents et ils n'ont jamais été obligés de me punir, je préférerais mourir que de trahir leur confiance.

•.- Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'endosser l'enveloppe corporelle féminine pour votre dernier spectacle ?

Mon copain Alil Vardar m'appelle et me dit « tu vas nous faire ton 10°spectacle. Est-ce qu'à soixante balais tu vas nous faire un nouveau spectacle 100 % testostérone ou est-ce que tu veux faire un cadeau à ton public. Car j'ai rêvé que tu faisais un gigantesque pardon aux femmes ». Je lui ai dit c'est une merveilleuse idée. Je vais faire mieux que ça, je vais être une femme. Je téléphone dans la foulée à Pascale Bordet, la meilleure costumière de théâtre du monde. Elle connaît mon corps et elle aime mes rondeurs et elle me dit « bien sûr Jean-Marie je veux te transformer en femme ». Elle me fait un popotin et une poitrine généreuse, ce qui fait que je retrouve ma ligne. Elle me fait enfiler une robe rouge avec un tissu merveilleux du théâtre qui me tombe bien et pendant 35 minutes je tiens mon public. Ils oublient Bigard au profit de cette femme, C'est là que j'ai commencé à écrire comme une femme, renseigné d'ailleurs par la mienne, ainsi j'ai pu décortiquer tous les reproches que font les femmes aux hommes et inversement

•.- Y retrouve-t-on la marque Blgard ?

Pas d'inquiétude: au bout de 35 minutes je reviens en mec 100 % testostérone et les gens m'applaudissent à tout rompre. Comme s'ils ne m'avaient pas vu commencer le spectacle. Ces applaudissements me mettent les larmes aux yeux.

•.- Qu'évoque pour vous Reims ?

Avant tout, le C.R.E.P.S (organisme formant aux métiers du sport), ça me rappelle mes 18 ans.

•.- Êtes-vous déjà dans l'écriture d'un nouveau spectacle ?

J'ai deux pistes qui me plaisent bien. Je me lève tôt dès 7 heures et je passe deux heures au calme chez moi à écrire.

•.- Pensez-vous que Philippe Bouvard vous a donné du mordant en vous refusant de monter sur scène ?

Sûrement parce que quand je suis parti, j'avais un petit peu envie de pleurer car que j'ai un gros cœur qui tache, j'ai continué à me battre et, deux ans après, il est venu me voir au théâtre. Il ne m'a pas du tout reconnu et il a dit « ce type est formidable, il va aller très très loin ». Je pense que ce ne sont ni les plus grands ni les plus forts qui gagnent, les gagnants sont ceux qui ne s'arrêtent jamais.

•.- Envisager d'être à nouveau papa à 62 ans, est-ce un hymne à la vie ?

Je ne sais pas, on en a parlé un petit peu avec ma femme, car mes jumeaux ont 4 ans et on hésite entre faire un troisième enfant ou adopter. Ma femme est tout à fait, en âge de d'avoir un nouvel enfant. C'est tellement bon d'élever des bébés, c'est une autre pilule pour être immortel. Tu sais pourquoi tu te lèves le matin et tu es remboursé par des câlins et par des « je t'aime ».

•.- Les mêdeçjns vous considèrent comme une force de la nature, est-ce qu'à l'intérieur vous êtes un cœur tendre ?

Bien sûr, tout le monde le voit d'ailleurs j'ai fait pleurer deux fois la France entière : la première fois avec Frédéric Lopez et Anggun que je racontais mes malheurs et ensuite avec Thierry de Mézières à propos de mon accident de santé de cet été.

Daniel BALBO

 Extraits de l' union du 16/01/2017

  

    

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André BOURVIL

Le dernier a l'avoir fait tourner

 « Il l'a par amitié », dit le réalisateur Georges Clair. Mais son film de 1970 a ensuite été saboté en porno.


Il y a 100 ans, le 27 juillet 1917, naissait André Raimbourg. Georges Clair lui a fait tourner son dernier film, «
Clodo », ( qui il été détourné des années plus tard en film pornographique)

Il est ému Georges Clair, au côté de son épouse comédienne, Arlène, en évoquant André Bourvil. Il avait 17 ans, en 1946, quand il rencontre le comédien. Il est subjugué. 24 années plus tard, il lui propose un rôle dans son premier long-métrage, « Clodo ». Une brève apparition. Bourvil, souffrant, accepte avec plaisir. Le film connaîtra, bien malgré son réalisateur, un triste destin. Confidences exclusives.

Un peu confus avec les dates mais la mémoire du cœur intacte. Depuis plusieurs décennies, Georges Clair est le propriétaire, avec son épouse Arlène, du théâtre André Bourvil, dans le XIe arrondissement de Paris. Pour l'instant, nous dit-il, « on ne programme plus ». Sa passion pour Bourvil est intacte. Et l'amitié que le couple lui-portait immortalisée à jamais. Mais pas comme Georges Clair, âgé aujourd'hui de 88 ans, l'aurait souhaité.

Le 27 juillet 1917, il y a 100 ans, naissait André Raimbourg, devenu Bourvil, (nom du village normand de sa maman. Bourville). Pour célébrer ce siècle, Georges et Arlène Clair auraient aimé organiser un voyage de groupe en hommage au comédien et chanteur disparu, sur sa tombe. Cela ne se fera pas. Tant pis.

IL JOUE GRATUITEMENT

Car ils ont pour eux des souvenirs que beaucoup leur envient. En 1970, c'est devant la caméra de Georges que le plus populaire acteur de l'époque tourne sa dernière scène. « Clodo » lui offre son dernier rôle, presque immobile. Quelques instants seulement où une photo de Bourvil, en costume de soldat de la Première Guerre, « ne s'anime dans son cadre que devant un chien, Clodo. « C'était mon chien », nous glisse Georges Clair.


Georges Clair (photo d'archives)

"Après son jour de tournage, Bourvil a pris un cigare et un whisky, Il savait qu'il allait mourir"

Comment Bourvil, qui venait de tourner « Le Mur de l'Atlantique » s'est-il contenté, comme dernière apparition à l'écran, d'un caméo ? Alors très souffrant, il l'a fait par amitié, en souvenir du passé, nous dit le réalisateur. « J'avais 17 ans quand j'ai découvert Bourvil. À l'époque, il animait des attractions dans une salle de cinéma, boulevard Voltaire. Je l'ai trouvé très bon ! Le proprio des lieux lui, n'aimait pas ce qu'il faisait et ne l'a gardé que quelques semaines ! On ne peut pas dire qu'il ait eu du nez ! », sourit Georges. 

 Admiratif, le jeune homme commence à imiter Bourvil, au sortir de la guerre. « Je lui ai écrit une lettre. A laquelle il a répondu. J'ai toujours cette lettre ».

Une amitié naît. Même si les deux hommes ne se voient plus pendant quelques années, ils ne s'oublient pas. La preuve donc, en 1970.

 « Ma femme, comédienne, avait travaillé avec lui dans la salle de l'Alhambra pendant huit mois. Il savait que j'allais tourner mon premier film après quelques courts métrages. Je me suis rappelé à son bon souvenir. Il m'a dit : « si tu veux que je fasse un petit quelque chose en copain, je viendrai. »

Le film s'intitulait donc « Clodo ». « Je le produisais, je le mettais en scène et je jouais dedans aussi, avec mon épouse et des comédiens comme Raymond Souplex et Colette Renard ». Bourvil, malgré son micro rôle, se retrouve en tête d'affiche de ce film à tout petit budget. « C'était un bon petit film sans prétention. Je voulais payer Bourvil, il m'a répondu : « non, je fais ça amicalement. » J'ai donc payé tout le monde sauf lui, Bourvil était tellement gentil ... Pour nous il est comme de notre famille. »

 « Bourvil a tourné durant une seule journée. « On a fait toutes les séquences ce jour-là. On a même fait un pré-tournage. Au moment de ce tournage, il était déjà très malade. n avait perdu ses cheveux et subi une quarantaine de séances de traitement au cobalt. Deux mois après (le 23 septembre 1970) il disparaissait (des suites de son cancer). J'ai da doubler sa voix dans ses scènes, continue Georges Clair. J'ai dû le faire car sa voix était abîmée par la maladie. Et comme j'avais pour habitude de l'imiter ... »

Pourtant, ce sont des souvenirs joyeux de cette journée de tournage que conserve le réalisateur. « On a bu et mangé quand même. Il a pris un cigare et un whisky à la fin du tournage. Je lui ai demandé si c'était bien raisonnable. Il m'a répondu que c'était quand même foutu. Je l'ai raccompagné jusqu’à son Austin, il a admiré la nature autour. On était très ému car il savait qu'il allait mourir.» C'était la dernière fois que les deux hommes se voyaient.

« CLODO ET LES VICIEUSES »

Ces adieux ont été gâchés des années plus tard quand Georges Clair découvre qu'est diffusée dans plusieurs salles une version érotique de son « Clodo » à qui, lui n'avait connu qu'une distribution assez confidentielle dans les cinémas. On est en 1974, le porno fait fureur. Et le petit chien « Clodo » est devenu « Clodo et les vicieuses. »

Des images de scènes pornographiques sont incrustées dans le film. Georges Clair s'est fait flouer ! « Un voyou avait trafiqué avec le distributeur du film. Je ne sais pas comment ils ont osé faire ça ! », s'indigne encore le réalisateur, dont l'œuvre a été sabotée. « J'ai fait un procès et j'ai pu tout faire saisir, mais je n'ai pas gagné un franc. Le comble, c'est qu'ils ont même projeté la version porno à la Cinémathèque alors que ma version a toujours été refusée. J’ai encore des copies de « Clodo et les vicieuses », mais je vais les brûler. Cette histoire m’a fait du tort », regrette-il, encore ému, 45 ans plus tard.

TOUJOURS EN CONTACT AVEC LES FILS
 
Dominique, un des fils se Bourvil. DR

Quand Georges et Arlène Clair ont inauguré le Théâtre André-Bourvil, à Paris dans le XI ème arrondissement, c’était avec le consentement de l’épouse de l’artiste, Jeanne. Aujourd’hui, Philippe et Dominique Raimbourg, les fils de Bourvil, et le couple Clair se « téléphonent de temps en temps ». Le premier est député et pénaliste et a travaillé pour Taubira au gouvernement. Le second est professeur de finance.

Charlotte VANBEVER

 Extraits de l' union du 20/08/2016

  

    

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 Philippe BOUVARD

« Je suis un vieux journaliste relativement heureux »

À la veille de ses 87 ans, Philippe Bouvard nous reçoit dans sa villa de Cannes. Une exclusivité pour notre groupe de presse.

Dans son refuge des hauteurs de Cannes. Philippe Bouvard se repose un peu mais il prépare déjà la rentrée.

« Je vais fêter mes 50 ans à RTL »


De retour à la rentrée. AFP

 À la rentrée. « Allo Bouvard » sera de retour à l’antenne de RTL le samedi et le dimanche à 11h30, Philippe Bouvard a en effet signé pour une 3ème  saison « Cette émission, qui me trottait en tête depuis longtemps, est assez culottée, Elle inverse le schéma habituel du journaliste qui pose des questions à tout le monde,  explique Philippe Bouvard. Je voulais voir si en 65 ans de métier j'avais appris quelque chose, Je me mets à la disposition des auditeurs qui peuvent me poser des questions à tout le monde et en principe ceux d'actualité, Après deux belles saisons avec plus d'un million el demi d'auditeurs chaque samedi et chaque dimanche, Christopher Baldelli, directeur de RTL, à bien voulu me reconduire en pensant que cela me permettrait de filer, au mois de mars 2017 mes 50 ans à RTL, car j'y suis entré en mars 1967.»

L'écrivain, journaliste et animateur se partage entre Paris et la Croisette, où il passe désormais l'essentiel de son temps. L'aboutissement d'une histoire d'amour qui a commencé à l'âge de 8 ans. Il nous a reçus dans la maison de ses rêves qui surplombe la ville.

Le chant des cigales nous accueille dans le paisible quartier résidentiel de La Californie, sur les hauteurs de Cannes, où se niche la villa Katouchka. Cette splendide maison claire avec piscine, dont la mosaïque de fond dessine un tapis persan, est le petit paradis de l'un des journalistes les plus aimés des Français. Philippe Bouvard, Un havre de paix fleuri avec une vue majestueuse sur la baie de Cannes et les îles de Lérins.

« C'est le premier été où je me repose un peu. Je vais sur mes 87 ans, ce qui est un grand âge»
Philippe Bouvard

Le journaliste, qui partage le quotidien des Français depuis près de 65 ans, y réside depuis 27 ans, lorsque certaines de ses activités professionnelles ne l'obligent pas à séjourner à Paris,

Blazer bleu marine, pantalon d'été blanc, chemise à fines rayures de couleur, mocassins blancs, le maître des lieux nous rejoint avec le regard pétillant et son légendaire sourire enfantin, « Existe-t-il plus belle vue au monde ? », nous lance-t-i1 de sa chaleureuse voix, alors que nous contemplons le panorama.

Installé dans le canapé de sa belle terrasse, ce fils unique d'une opticienne, adopté par un tailleur de costumes, revient sur son parcours, évoque sa famille, mais aussi le dernier voyage...

 •. - Vous étiez très jeune lorsque vous êtes tombé amoureux de la Côte d'Azur.

J'avais 8 ans. Pour mon anniversaire, mes parents m'avaient offert, en plein hiver, une petite virée à Cannes. On y arrivait par le Train bleu qui roulait toute la nuit, Le matin, je me suis retrouvé sur la Croisette, émerveillé, voyant pour la première fois la mer et les palmiers. Je me suis dit qu'un jour je reviendrais vivre ici, c'est vraiment une promesse d'enfant, mais qui a soutenu ma vie d'adulte. Devenu journaliste, toutes les occasions ont été bonnes pour venir sur la Côte d'Azur, mêmes les congrès de notaires les moins intéressants. Il suffisait qu'il y ait un événement entre Toulon et Menton pour que je démontre à mon rédacteur en chef que c'était un sujet passionnant. Et puis, j'ai pu acheter une première petite maison dans l'arrière-pays, où j'ai coulé quinze années très heureuses, mais un peu loin de la mer, Or, je me suis aperçu que, quand on prenait de la bouteille, on allait moins vers le paysage et il fallait qu'il vienne vers vous, et je me suis donc rapproché de la mer. Et aujourd'hui, c'est mon premier coup d'œil chaque matin,

•. Quel est le programme de votre été ?

C'est le premier été où je me repose un peu. Je vais sur mes 87 ans, ce qui est un grand âge, Mais je continue à beaucoup travailler. Mon billet dans Nice-Matin est désormais publié 7 jours sur 7. Et, depuis près de 40 ans, j'ai conservé ma collaboration avec Le Figaro magazine. Donc, je suis un vieux journaliste relativement heureux. Je pense avec la sagesse populaire que chaque âge a ses plaisirs. Mon grand âge donne le plaisir de se rapprocher de la nature, des choses plus simples, et de penser davantage, alors que souvent, durant sa vie, on a agi dans la précipitation et sans se poser trop de questions. Mais j'ai arrêté de jouer, ce qui était quand même ma distraction principale, parce que le fisc français m'en a ôté les moyens. Il y a près d'un an et demi que je n'ai pas remis les pieds dans un casino.

•. Cela vous manque ?

Beaucoup ! C'était le seul loisir que je m'offrais, un loisir qui m'a souvent coûté cher. Je m'en offre aujourd'hui un autre, plus enrichissant sur le plan intellectuel et moins appauvrissant sur le plan matériel, c'est d'écouter de la grande musique, Je me mets sur ma chaise longue, l'œil sur la mer, et je réécoute Bach, Mozart, Brams, Haydn ...

 « Je serai enterré à côté de Jean-Claude Brialy »


Dans son salon, il nous a confié qu'il regrettait ne plus pouvoir jouer au casino.

•.- Philippe Bouvard, de quoi êtes-vous le plus fier ?

Il y a un tas de choses dont je n'ai pas à être fier. J'ai été très égoïste. Pris par mon ambition, je lui ai tout sacrifié. Et je ne me suis pas occupé suffisamment des autres.

•.- Vous arrive-t-il de penser à la mort ?

C'est une pensée quasi quotidienne. C'est épouvantable !

 •.- Vous regrettez de ne pas avoir trouvé la foi, dites-vous. Pourquoi ce regret ?

La foi est certainement la consolation, la préparation à l'inéluctable. Quand on nie l'existence de Dieu, on ne le remplace par rien d'autre. Lorsqu'on n'a pas la foi, il n'y a pas de solution de rechange, il n'y a rien à espérer, j'ai pourtant essayé plusieurs fois de trouver la foi ou des gens qui s'intéressent à ma belle âme. Si j'avais trouvé un homme d'église qui s'intéresse à moi, j'aurais peut-être cru en quelque chose.

•.- Quelle serait pour vous la plus belle mort ?

Dans mon sommeil, sans être malade trop longtemps, sans me plaindre . À 86 ans et demi, je ne sais pas de quoi je mourrai, car je n'ai jamais été malade.

•.- Quelles sont vos dernières volontés ?

Je n'en ai pas. Par superstition, je n'ai même pas écrit de testament, Ceux qui font un testament prennent leurs dispositions parce qu'ils ont conscience qu'ils vont bientôt mourir. Moi je ne suis-pas prêt, Mais je serai enterré au cimetière Montmartre à Paris, à côté de mon cher Jean-Claude Brialy.

•.- Quelle est la plus belle aventure qu'il vous reste à vivre ?

Je crois qu'elle est beaucoup plus statique que les précédentes, qu'elle n'est plus du tout professionnelle. Je  pense que je m'achemine tout doucement vers un bonheur que je croyais inaccessible et qui consiste, avec ce qui me reste de vue, à admirer un panorama sans rien dire, en restant immobile et en écoutant Mozart.

« En octobre, ie vends tout, mes livres et souvenirs »

 
Dans sa bibliothèque de la Côte d'Azur.

« J'ai encore des contrats pour un an, nous confie le journaliste. je suppose que dans un an, je prendrai ma retraite, » mais c'est un autre événement que Philippe Bouvard nous annonce en exclusivité. « Au mois d'octobre, à Drouot, tous mes livres et tous mes souvenirs vont, être vendus. Pendant mes 65 ans de métier, j'ai accumulé plein de choses et notamment plein de manuscrits. Je vends tout ! Parce que j'ai vendu ma maison du XVII° arrondissement de Paris. Elle est très jolie avec un jardin, mais elle est trop grande et a trop d'escaliers. Je l'ai vendue il y a quinze jours. »

Philippe Bouvard s'avoue un peu marqué par cette vente. « Mais je l'ai vendue à une famille sympathique avec des enfants, ajoute-t-il, Ce qui a été mon cadre de vie pendant 40 ans.je ne voulais pas qu'il devienne celui de n'importe qui. Je leur souhaite d'y être aussi heureux que je ne l'ai été. Mais... c'est un déchirement !  Et de se séparer dé toutes ses archives. « Faute de pouvoir les garder ! Une partie sera vendue et· l’autre sera détruite. J'étais sans doute le seul journaliste à conserver tout ce qu'il avait écrit et enregistré depuis le premier jour de son parcours. »

 

« Heureux de connaître mon arrière-petit-fils » 


Avec Colette, sa femme, et un de ses petits-fils, en 1994.DF

Philippe Bouvard est marié depuis 63 ans avec Colette. De ce mariage sont nées deux filles : Nathalie et Dominique. « J'étais un papa moins attentif que le grand-père que je suis aujourd'hui ne l'est, confie le journaliste. Je voyais mes  filles quand je pouvais et je ne pouvais pas souvent. Mes petits enfants sont des garçons, des surdoués qui poursuivent de très hautes études, Je suis très attentif à leurs études, à leur vie amoureuse ... Je leur consacre plus de temps que je n'en ai consacré à mes enfants … Et je suis heureux de connaître mon arrière-petit-fils. »

Textes et photos de notre envoyé spécial Nicolas DEWAELHEYNS

 Extraits de l' union du 07/08/2016

  

    

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 Paul BOCUSE

Monsieur PAUL est mort

Paul Bocuse, surnommé le « pape » de la gastronomie française, qu'il a incarnée le monde entier, est mort hier à 91 ans dans sa célèbre auberge de Collonges-au-Mont-d’Or


L’ « Auberge » trois étoiles à Collonges, les brasseries à Lyon, mais aussi des adresses au Japon et aux Etats-Unis, Paul Bocuse laisse derrière lui, un empire de plusieurs dizaines de millions d'euros. AFP

LES PETITES PHRASES DE PAUL BOCUSE

 Farceur et friand de bons mots, Paul Bocuse, « empereur » de la cuisine française, avait le sens de la réplique et parfois la dent dure.

.-• « La vie est une farce, je l'ai compris à 19 ans, pendant la guerre. Lorsque mes copains tombent à côté de moi, je me demande " Pourquoi pas moi ? " La chance, la santé, le travail et une dérision profonde deviennent mes maîtres mots. »

•.- « La vie peut s'arrêter à chaque seconde. Alors il faut travailler comme si on allait mourir à 100 ans et vivre comme si on devait mourir demain. »

•.- « Bien faire un travail ne prend pas plus de temps que de le faire mal. »

•.- « Vous avez fait de piètres études? », lui demande un animateur. C( Oui mais j'ai mes deux bacs: le bac d'eau froide et le bac d'eau chaude », répond-il.

•.- Son coq tatoué sur le bras? « C'est mon copain ! Lorsque quelqu'un m'enquiquine, je lui parle à voix basse. Cela me calme et surtout déstabilise l'adversaire. »

•.- « La véritable cuisine sera toujours celle du terroir. En France, le beurre, la crème et le vin en constitueront toujours les bases. »

•.- « la cuisine c'est la paix dans le monde. »

•.- « J'adore les femmes et nous vivons trop longtemps de nos jours pour passer une vie entière avec une seule. »

•.- « De ma vie je ne regrette rien, sauf peut-être la peine que j'ai pu faire aux femmes de ma vie. J'espère qu'elles me pardonneront. »

C 'est dans la commune de Collonges-au-Mont -d'Or, lovée dans une boucle de la Saône, près de Lyon, qu'il était né le 11 février 1926, dans une lignée de cuisiniers remontant à 1765. Et c'est le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, ancien maire de Lyon, qui a annoncé la nouvelle sur Twitter. « Monsieur Paul, c'était la France. Simplicité & générosité. Excellence & art de vivre. Le pape des gastronomes nous quitte. Puissent nos chefs, à Lyon, comme aux quatre coins du monde, longtemps cultiver les fruits de sa passion », a écrit M. Collomb sur le réseau social. Raymonde Bocuse, l'épouse du défunt, leur fille Françoise Bocuse Bernachon et Jérôme Bocuse, fils de Paul né d'une autre union, ont fait part de leur « peine immense Il dans un communiqué. « Notre "capitaine" s'est éteint ce 20 janvier à 10 heures, à l'aube de ses 92 ans. Bien plus qu'un père et un époux, c'est un homme de cœur, un père spirituel, une figure emblématique de la gastronomie mondiale et un porte-drapeau tricolore qui s'en est allé, » ont-ils dit.


« 
C'est le phare de la gastronomie mondiale qui s'éteint. Il a éclairé de nouveaux horizons inexplorés avant lui » Alain Ducasse, 61 ans, trois fois trois étoiles au Guide Michelin

DÉBUT CHEZ LA MERE BRAZIER

Selon une source proche, Paul Bocuse, qui souffrait depuis plusieurs années de la maladie de Parkinson, « est parti paisiblement Il lors de sa sieste matinale dans l'auberge, qui détient trois étoiles au Guide Michelin et où rien ne laissait soupçonner le décès à la mi-journée, le personnel restant souriant.

« Aujourd'hui, la gastronomie française perd une figure mythique qui l'aura profondément transformée. Les chefs pleurent dans leurs cuisines, à l'Élysée et partout en France. Mais ils poursuivront son travail, » a salué le Président Emmanuel Macron dans un communiqué, en adressant ses condoléances à la famille et aux proches du défunt, ainsi qu'au monde de la gastronomie française.

Apprenti dans le restaurant lyonnais triplement étoilé de -la mère Brazier à partir de 1946, le jeune Paul se forme également à l'école de Fernand Point à Vienne, son Ilmaître à penser ». Meilleur ouvrier de France en 1961, trois étoiles au Michelin sans discontinuer depuis 1965. il transforme l'auberge familiale des bords de Saône en temple de la gastronomie, devenant. au fil des ans et de ses voyages, le patron d'un puissant groupe.

Bourreau de travail et premier chef à Quitter ses fourneaux pour s'installer au Japon, au Brésil et aux États-Unis, il joue les globe-trotteurs, entraînant dans son sillage d'autres chefs qui voient en lui leur « père spirituel ». Le patron du guide Gault & Millau (qui avait élu Bocuse « cuisinier du siècle » en 1989) Côme de Chérisey, a salué « le grand homme mais surtout celui avec qui Henri Gault et Christian Millau ont lancé la Nouvelle cuisine. Il a été à l'origine de ce big bang dans la gastronomie française et mondiale. »

LE BOCUSE D'OR, CRÉÉ EN 1987, TREMPLIN POUR LES CHEFS

« C'est un monument de la cuisine, c'est quelqu'un qui a mis en avant ce métier », a renchéri Régis Marcon, chef triplement étoilé en Haute-Loire et lauréat du Bocuse d'Or 1995, concours de cuisine international, créé par Bocuse en 1987. Lyon, qui a servi de tremplin à de nombreux chefs. « Pour moi, c'était un peu un papa parce que j'ai· perdu le mien très jeune. Il m'a donné la chance non seulement de participer mais aussi de gagner le Bocuse d'Or et pour moi cela représente beaucoup. Mon fils, qui est né neuf mois après, on l'a ·appelé Paul, ce n'est pas pour rien, » a ajouté celui qui préside aujourd'hui le Bocuse d’Or France.

LALLEMENT ET MILLE SALUENT "UN MAÎTRE"

 « C’était notre papa, notre père spirituel à tous, le maitre de nos saveurs et de nos goûts », estimé le Rémois Arnaud Lallement, directeur et chef de l'Assiette champenoise, unique 3 étoiles de Champagne-Ardenne. Le jeune cuisinier avait rencontré Paul Bocuse alors qu'il était encore enfant et accompagnait son père, Jean-Pierre Lallement, en cuisine. « On se sentait très proches de lui. C'était un homme charmant qui savait tout faire et a tout inventé. » Arnaud Lallement lui sait gré, notamment, d'avoir « sorti la cuisine gastronomique des sous-sols des restaurants pour aller en salle à la rencontre des gens ». Enfin, le chef champenois salue celui qui, bien avant que ce soit la mode, a imposé une « nouvelle cuisine avec des produits des terroirs, une cuisine bio raisonnée qu'il a portée à des sommets », telle sa fameuse soupe aux truffes VGE qu'il avait inventée en l'honneur de l'ancien président de la République.

Ce savoureux potage a aussi la préférence de Philippe Mille, chef des Crayères rémoises (2 étoiles), qui s'était classé 3° et premier Français du Bocuse d'Or en 2009. « C'est lui qui m'a donné envie de faire ce métier. Il restera comme celui qui a ouvert les portes et a su nous transmettre son extraordinaire savoir-faire. C'était un homme de rigueur et de passion, mais aussi, de partage. Pardessus tout il aimait les gens. C’est pour cela qu’il cuisinait si bien.

Gilles GRANDPIERRE

Extraits de l' union du 02/02/2017

  

    

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Les BOGDANOV

Deux revenants à l’écran

Les deux frères sortent un nouveau livre de vulgarisation et relancent leur émission « Temps X » sur internet.

 

À travers leur nouveau – petit mais épais – livre, les frères Bogdanov promettent de faire le « tour de la science en 80 minutes » . Mais qui sont réellement ces faux jumeaux passionnés, devenus les rois de la vulgarisation scientifique ? C’est Grichka seul, bavard et avenant, qui nous parle de ce Science Minute, d’expérimentations, de Temps X et de son frère Igor…

Ce livre-ci est à destination de toute la famille…

Oui, vraiment. Mon filleul a 9 ans et il est complètement fasciné ! C’est vrai que, parfois, il faut se dire que c’est comme le tour de France : il y a beaucoup de plat, mais parfois ça monte ! On a les étapes de montagne dans ce livre et c’est plus difficile. Mais quand on vainc la difficulté, on est heureux.

Vous n’avez jamais hésité à parler d’extraterrestres. Est-ce que cela dessert votre travail scientifique ?

Il y a deux types de scientifiques : ceux qui fonctionnent sur la base de vérité des faits, sans aller au-delà; et ceux qui fonctionnent sur les vérités de raison et là, c’est la théorie qui l’emporte. Et quand on est face à la première catégorie de scientifiques, on a d’énormes problèmes ! (Rires) Ce n’est  pas facile, mais on accepte !

Quelle découverte aimeriez-vous faire demain ?

Nous sommes conseillers scientifiques pour un laboratoire de biochimie moléculaire. Ce laboratoire se préoccupe de l’allongement de la vie, pour trouver des recettes qui permettent d’augmenter l’espèce de vie en bonne santé. Aujourd’hui, l’espérance de vie en bonne santé diminue… Le but est d’inverser. J’aimerais participer à la découverte du secret de la longévité.

Expérimentez-vous sur vous-même ?

Non… Mais il y a une partie expérimentale dans le laboratoire sur des souris. Ils sont arrivés à multiplier par trois la longévité de vie d’une souris, ce qui équivaut à 250 ans d’un humain. Depuis six mois, on sait donc faire ça !

On va relancer Temps X grâce à un partenariat avec Google, avec les combinaisons,le vaisseau...

Vous seriez prêts à jouer les cobayes, quitte à vous mettre en danger ?

Ça ne va pas jusque-là ! Ce n’est pas de la folie. On reste quand même dans des limites !

Avec votre frère Igor, vous passez tout votre temps ensemble ?

On est très liés, en tant que faux jumeaux, avec les avantages des vrais – la ressemblance, la compatibilité intellectuelle et émotionnelle – sans l’inconvénient de la dépendance. On est très libres l’un de l’autre. Du point de vue des caractères, c’est très différent. Moi je suis beaucoup plus la tête dans les étoiles et Igor les pieds sur terre. Ça se voit dans nos études et dans le comportement familial. Igor est quand même marié et père de 5enfants… On parle d’un sixième mais qui n’est pas vraiment à lui, c’est une légende. De ce côté-là, il me bat 5 à zéro ! (Sourire) Moi je regarde ses enfants avec affection et d’ailleurs ils m’appellent « papa » de temps en temps les plus petits. Ils le font plus ou moins exprès. C’est drôle.

« Bogda, Bogda, Bogdanov » : tout le monde connaît cette chanson parodique par Hanouna. Ça ne vous a jamais vexé ?

Non, parce qu’on le connaît depuis bien longtemps. Son comportement est potache, d’un lycéen qui fait des blagues. Et on a accepté de rembobiner le film et de redevenir comme dans la cour d’école, la «fashion victim ». Quand on part de ce principe-là, rien ne vous atteint plus ! On était complices dès le départ de cette chanson. Et cette caricature avec le menton, ça fait partie de l’image qu’on projette volontairement.

« Temps X », c’est une émission que vous aimeriez encore refaire ?

Justement votre question tombe bien : on va relancer « Temps X » grâce à un partenariat qu’on vient de construire avec Google (sur internet donc). En utilisant tout : les combinaisons, le vaisseau… C’est prévu pour avril. On va essayer de la faire coïncider avec le 21 avril, date à laquelle on avait lancé « Temps X » sur TF1 en 1979.

« Science minute, le tour de la science en 80 minutes », Igor et Grichka Bogdanov, éd. Guy Trédaniel.

Extraits de l' union du 25/03/2018

  

    

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Michel BOUJENAH

J’adorerais jouer un méchant !

Puisqu’il n’avait pas envie de raconter sa vie, Michel Boujenah a décidé   de l’imaginer, c’est plus passionnant ! Il revient sur scène en septembre.

Vous revenez en septembre avec «Ma vie encore plus rêvée », c’est votre one-man-show de 2014 revu et corrigé, c’est ça ?

J’ai la chance de jouer un auteur vivant et que je connais bien. Nous discutons des modifications à apporter. Disons que ça mûrit plus comme une plante que comme un bon vin ! Le monde a changé autour de nous depuis la création du spectacle, il faut s’adapter.

Les gens me disent que je ne fais pas mon âge. OK, bon je fais peut-être plus 55 que 65, mais ce sont des rôles d’homme mûr que je dois faire

Vous pensez aux attentats par exemple ?

C’est très compliqué de faire rire avec les attentats. J’ai adapté la citation de Desproges, je pense qu’on peut rire de tout, mais pas n’importe comment. Pour certains sujets, il faut davantage travailler que pour d’autres ! La télé a fait de l’humour une industrie. Aujourd’hui, il y a 150 one-man-shows à Paris par jour ! Plus il y en a, plus le risque existe qu’il y en ait qui ne soient pas très fins. On peut avoir affaire à des erreurs ou à des horreurs ! Vous savez, Coluche était plus malin que certains qui se produisent aujourd’hui. C’est aussi une question d’intelligence et de talent. Je dis simplement qu’il y a des gens qui s’habillent du costume de l’humour pour dire des choses ignobles.

Vous pensez à qui ?

Je ne sais pas. Enfin, j’ai un trou.

Vous avez réussi à imposer votre personnage, un homme profondément gentil et peut-être naïf aussi. Vous n’auriez pas préféré jouer les gros méchants ?

J’adorerais ! Je l’ai fait un peu pourNombril du monde. Il y a quelques jours encore, j’ai croisé Olivier Marchal et je lui ai demandé d’écrire pour moi un voyou qui a l’air gentil, mais qui se révèle un vrai méchant.

Vous avez eu 65 ans. Vous envisagez parfois d’arrêter ?

Vous voulez que j’arrête ?

J’ai pas dit ça !

Non, je n’envisage pas de m’arrêter. Je n’ai pas de problèmes physiques. Et je ne vois jamais ce qui est passé, mais plutôt ce qui est devant moi. J’ai envie et aussi besoin de monter sur scène. Et on me donne encore le droit de le faire ! J’aurai sans doute envie d’arrêter un jour, c’est envisageable, mais c’est pas le moment ! Monter sur scène, écrire, dire des choses, c’est toute ma vie !

On ne vous voit plus tellement comme acteur au cinéma, pourquoi ?

Pas le temps. C’est du boulot, le cinéma. On m’a proposé des choses vraiment pas mal que j’ai dû refuser. On m’a aussi proposé des choses bof bof, et là, c’est plus facile. Il y a aussi que je ne peux plus aujourd’hui jouer des rôles comme si j’avais encore 40 ans. Les gens sont gentils, ils me disent que je ne fais pas mon âge. OK, bon je fais peut-être plus 55 que 65, mais ce sont des rôles d’homme mûr que je dois faire.

Si vous n’avez pas le temps, c‘est aussi parce que vous faites vos propres films comme réalisateur, non ?

J’écris le quatrième. Le cinéma, j’étais comme un joueur de foot et maintenant, je suis passé coach. Mais j’ai encore plein de choses à apprendre. Tout n’a pas été d’une égale qualité dans ce que j’ai fait d’ailleurs.

Vous jouerez dedans cette fois-ci ?

Non, je ne joue pas dans mes films, parce que le metteur en scène n’écrit pas pour moi. Il n’a pas envie.

À quelle heure vous levez-vous quand vous écrivez vos films ou vos spectacles ?

Généralement très tôt, j’adore travailler quand tout le monde dort. Mais parfois, je me lève et j’y arrive pas. Et là, je me remets au lit. C’est un bonheur absolu, j’ai l’impression d’être un hors-la-loi. Je suis très puritain en réalité, il faut que je travaille, c’est une obligation morale… De toute façon, toutes les bonnes idées viennent toujours en travaillant !

Si vous avez le choix entre manger avec Roland Giraud ou avec André Dussolier, c’est avec qui ?

Pourquoi vous me demandez ça, c’est horrible !

Eh bien, parce que c’est horrible…

Non, je peux pas choisir ! Que Roland prenne André sur ses genoux et qu’il lui donne à manger. C’est resté des potes. Avec André, on était d’ailleurs déjà très liés avant de faire Trois hommes et un couffin.

Qu’est-ce que vous n’avez jamais dit de peur d’être honteux ?

Un jour en vacances, je me balade avec un copain, un chien nous attaque. Je me suis caché derrière lui. Et puis après coup, j’ai eu honte, je n’en ai pas dormi pendant une semaine. Le chien était agressif, mais c’est moi qui aurais dû protéger le copain. Chaque fois que je dois avoir du courage, je repense à ce chien !

Michel Boujenah dans « Ma vie encore plus rêvée » au théâtre de la Gaîté Montparnasse, à Paris. À partir du samedi 9 septembre. Du mardi au samedi, à 21 heures. Dimanche, à 15 heures. Entre 18 € et 41 €.

SAM CHRISTOPHE

Extraits de l' union du 22/04/2018

  

    

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Dany BOON

Mon histoire à l’envers

Dany Boon a mis beaucoup de son parcours personnel dans « La Ch’tite Famille »,   son nouveau film qui sortira le 28 février. Des avant-premières sont prévues dans la région


Dany Boon renoue avec ses racines dans «La Ch'tite Famille». L’acteur et réalisateur viendra présenter son sixième long métrage ce mercredi à Epernay et à Reims.
 Jean-François Frey/L’Alsace/MAXPPP

*.- Avec votre nouveau film « La Ch’tite famille », vous remettez en route la machine de Bienvenue chez les Ch’tis ?

Non je raconte une tout autre histoire. À la différence de «Bienvenue chez les Ch’tis » qui reprenait un peu le spectacle « A’s baraque » en ch’ti ; d’ailleurs personne n’en voulait de ce spectacle. J’ai supplié la boîte Universal à l’époque de le prendre, ils n’en ont pas voulu. C’était TF1 qui avait récupéré les droits, en me disant qu’ils voulaient aussi les droits du suivant, celui en français. Ce qui est fou, c’est que le succès avait été énorme. Évidemment quand je donne « La Ch’tite famille», c’est plus facile de trouver des producteurs, que j’avais déjà, et le budget. Sur « Bienvenue chez les Ch’tis », c’était compliqué. Les gens me disaient « on ne comprend pas», on lit le scénario, on veut bien le financer, mais on ne le comprend pas. À chaque fois je répondais, ne vous inquiétez pas c’est plus facile à entendre qu’à lire. J’ai attendu dix ans pour refaire un film sur les Ch’tis parce que je voulais une histoire forte.

*.- N’avez-vous pas la pression, dix ans après le succès de « Bienvenue chez les Ch’tis », avec un nouveau film sur les Ch’tis ?

Je n’ai aucune pression. Quand les gens restent à la fin du film pour échanger, c’est déjà gagné.

C’est un film très personnel. J’ai mis du temps à l’écrire. J’ai fait une première version en 2011, ensuite en 2014

Je suis très heureux du rire et de l’émotion que véhicule le film. On sent que les gens ont aimé. Je suis toujours angoissé de le présenter ici, dans la région. S’il y a bien des gens que je n’ai pas envie de décevoir, c’est les miens. D’ailleurs j’avais fait « la Maison du bonheur » avant « Bienvenue chez les Ch’tis » pour voir si j’étais capable de réaliser un film. Je suis ravi de la réaction du public, de leurs réflexions. Mon métier c’est ça, et le film il fera le nombre d’entrées qu’il mérite.

C’est votre film le plus personnel ?

Oui c’est un film très personnel. J’ai mis du temps à l’écrire. J’ai fait une première version en 2011, ensuite en 2014, et j’ai toujours un peu repoussé le tournage, avec Line qui m’appelait régulièrement pour me dire mais quand est-ce qu’on tourne? J’ai fait Saint-Luc à Tournai comme dessinateur, mon personnage est designer. J’ai pris le contre-pied de ce que j’ai fait en arrivant à Paris. C’est mon histoire à l’envers. J’ai assumé mes origines modestes, mon Nord natal, mon accent, et ce que je suis et le personnage, c’est l’inverse. C’est comme si j’avais suivi tous les mauvais conseils que j’ai eus en arrivant à Paris, de perdre mon accent, de ne pas faire province, de devenir une sorte de comique parisien comme tous les autres à l’époque. Il y a beaucoup de choses personnelles sur la famille, le rapport qu’on a avec ses parents. Au fond, on reste toujours les enfants de nos parents et inversement, nos parents nous voient toujours comme des enfants.

Le casting a-t-il été facile ? Était-ce une évidence de reprendre des acteurs de « Bienvenue chez les Ch’tis » ?

Il n’y a que Line pour jouer ma mère, elle a des expressions de ma mère. Guy était une évidence. Valérie jouait déjà un personnage ch’ti dans des vidéos pour les «Enfants de la télé » que j’avais faites avec elle. Après ça s’est fait naturellement.

Auriez-vous pu être designer comme le personnage principal du film ?

Je story-boarde des fois pour mes films et je dessine pour mes enfants, c’est le côté pratique quand mes enfants me demandent de dessiner un chien, ça ressemble à un chien. Et l’été, j’aime bien faire un peu d’aquarelle.

La Ch’tite famille   en bref


Vidéo

L’HISTOIRE - Dany Boon campe le rôle d’un architecte et designer ch’ti qui a menti sur ses origines pour s’intégrer dans un univers parisien snob et branché. Victime d’un accident, il se retrouve vingt ans en arrière et ses origines resurgissent.

LA SORTIE DU FILM - Elle aura lieu mercredi 21 février dans la région Hauts-de-France, soit, à un jour près, dix ans après la sortie de « Bienvenue chez les Ch’tis». Le film sortira dans

le reste de la France une semaine plus tard, le 28 février.

AVANT-PREMIÈRES À ÉPERNAY ET REIMS - Le réalisateur nordiste et une grande partie des comédiens du film ont enchaîné les avant-premières dans la région Hauts-de-France. La tournée des cinémas continue, Dany Bonn et sa bande seront présents au cinéma Le Palace d’Épernay, mercredi 21 février à 19 heures (infos : www.le-palace.fr) et au Gaumont Millésime de Thillois Dany Boon ce même mercredi à 20 h 30 (infos : www. cinemasgaumontpathe.com).

COMMENTAIRE

- En 2017, bon nombre de comédies françaises ont fait l’objet, à tort ou à raison, de polémiques. Avec celle de Dany Boon, on est sûr que ça ne sera pas le cas. C’est une bonne comédie familiale, touchante, voire émouvante par moments, qui donne le sourire.

Certes, tout n’est pas parfait. On a du mal à entrer dans le film. Dès les premiers dialogues dans un Ch’ti d’ailleurs un peu forcé, on se dit qu’on repart pour un Bienvenue chez les Ch’tis 2. Les gags sont éculés et déjà vus. Les nombreux clichés sur les Parisiens prétentieux et les Nordistes « babaches » aussi.

Mais on oublie vite ces défauts au fur et à mesure que le film avance, le tout grâce à un scénario rondement mené. On finit par plonger dans l’histoire en douceur grâce à quelques bonnes trouvailles humoristiques et à quelques personnages, dont celui de Laurence Arné, excellente dans le film, auxquels on finit par s’attacher. Dix ans après l’incroyable succès de « Bienvenue chez les Ch’tis, ce nouveau film mettant en scène les Hauts-de-France pourra faire grincer des dents les allergiques aux clichés sur les gens du Nord mais plaira très certainement au public et aux amateurs de bonnes comédies françaises.

VINCENT PIHEN

 Extraits de l' union du 18/02/2018

  

  

 

Dany-Boon

Adore être sur scène

Son film « Raid Dingue» est en salles depuis hier, ce qui n'empêche pas Dany Boon de continuer le one-man-show, Il sera dans la Marne en novembre et la réservation est ouverte


« Je ne m’attendais pas du tout à ça. Je révais d’être artiste, de faire rire, de raconter des histoires. »

Il ne l'avait pas revu dans l'exercice depuis' cinq ans. Happé par le cinéma, Dany Boon s'offre un retour aux sources avec son nouveau one-man-show, « Dany de Boon des Hauts de France. » Rencontre avec un humoriste et comédien populaire, qui a su garder les pieds sur terre,

•.- Maintenant que vous avez fait plus de 20 millions d'entrées avec « Bienvenue chez les Ch't!s », vous avez décidé de prendre un nom à panicule ? Pourquoi ce choix de titre pour votre spectacle ?

J'ai écrit ce sketch quand les régions de France ont changé de nom. Je trouvais ce nom tellement drôle et absurde et vu que ce sketch est assez fort, j'ai trouvé ça marrant d'appeler mon spectacle comme ça. D'ailleurs, j'y parodie même la chanson de Michel Sardou, « Ne m'appelez plus jamais France » est devenu « Ne m'appelez plus jamais biloute ».

•.- Cinq ans que vous n'aviez pas fait de one-man-show. La scène vous avait manqué ?

C'est chouette de remonter sur scène. C'est un sacré truc. On se remet en question tous les soirs, Je fais un peu d'impro lors des avant premières mais je n'avais pas fait de spectacle depuis cinq ans. C'est quelque chose. J'adore être de retour sur scène. Ça donne une autre « DANY BONN DES énergie.

•.- Vous fêtez également vos vingt-cinq ans de carrière. Qu'est-ce qu'on se dit quand on regarde les vingt-cinq années passées ?

On se dit « Bon anniversaire ». Et puis surtout, on ne voit pas le temps passer quand on fait rêver les gens et que votre carrière avance. J'ai fait du cinéma, du théâtre, j'ai beaucoup voyagé. Depuis « Bienvenue chez les Ch'tis », le cinéma m'a un peu happé. C'est d'autant plus chouette de retrouver le contact avec les gens et de faire rire en direct.

•.- Vous aviez une appréhension à retrouver la scène ?

J'avais une grosse angoisse. Avant de monter sur scène, j'ai un trac fou. Il y a beaucoup de nouveaux sketches. C'est nouveau à 80 %. Je ne savais pas si ça allait plaire et faire rire. J'ai la chance à chaque fin de spectacle d'avoir une standing ovation. Les gens se lèvent et pas seulement pour quitter la salle. Quand je vois ça, je me dis qu'il faut que j'arrête et que ce one-man-show soit le dernier si le public est content.

•.- Sur ce spectacle, vous êtes entouré de femmes. La vôtre, Yaël Boon, à la collaboration artistique et Isabelle Nanty à la mise en scène.

Ça fait cinq ans que je bassine ma femme en lui lisant textes. Son regard est très important. Je suis bien entouré pour ce spectacle. Ces femmes portent un regard bienveillant sur mon travail et sur mon physique. Je blague dessus d'ailleurs dans le spectacle. Je dis que «je rêvais d'être un beau jeune premier, finalement je suis un moche avant dernier. Souvent on me dit : « qu'est-ce qu'elle est belle votre femme et vous aussi, qu'est-ce que vous êtes drôle »: Ça m'amuse.

•.- Qu'est qu'elles, apportent de plus, Justement, à votre travail ?

Sans Isabelle Nanty à la mise en scène, je n'aurais pas pu assurer. Quant à ma femme, elle porte un regard sur mon écriture et fait partie intégrante du spectacle.

•.- C’est ça qui aide à garder les pieds sur terre malgré le succès ?

J'ai les pieds sur terre mais c'est grâce à une troisième femme : ma mère. C'est grâce à la manière dont elle m'a éduqué que j'arrive à penser à l'essentiel. Je ne suis pas très fana de la notoriété, Je suis content d'être connu ce qui me permet de faire ce métier dans de très bonnes conditions et de vivre sans me soucier du quotidien, en ne travaillant que l'artistique.

•.- Vous pensiez un jour devenir aussi populaire auprès du grand public ?

Je ne m'attendais pas du tout à ça. Je rêvais d'être artiste, de faire rire, de raconter des histoires. J'aimais dessiner aussi, j'étais heureux quand je dessinais, j'avais mon monde bien à moi. J'aimais aussi faire de la musique car je joue un peu de guitare.

•.- Justement, Ils pensent quoi vos enfants de leur papa ?

Mes enfants sont assez fiers. C'est rigolo car ma fille de 6 ans m'a dit il n'y a pas longtemps : « J'ai vu une affiche où tu étais mal habillé (celle de Radin), eh bien je t'ai fait un bisou. »

•.- Quelles sont tes valeurs que vous voulez leur transmettre ?

Je veux leur donner le souci des autres, On fait tout pour donner un maximum de foi, d'éducation à ses enfants, leur donner de quoi se débrouiller pour être autonome. C'est important de le faire avec amour et de passer du temps avec.

Propos recueillis par AURORE CHABAUD

Extraits de l' union du 02/02/2017

  

    

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Isabelle BOULAY

 Je suis une ouvrière   de le chanson

Quelques mois après la sortie de son nouvel album, « En vérité », la chanteuse québécoise démarre sa tournée française cet automne. Elle sera le 08 octobre à Sainte-Ménehould avant de se produire le 18 octobre à l’Olympia.

Isabelle Boulay revient pour la première fois, depuis sa tournée en 2011-2012, avec un album de chansons originales.

L’ESSENTIEL  

ISABELLE BOULAY EST NÉE le 6 juillet 1972 au Québec

DANS LES ANNÉES 90, LUC PLAMONDON lui offre le rôle de Marie-Jeanne dans Starmania. Elle tiendra le rôle pendant 350 représentations.

CES ALBUMS SE SONT VENDUS À PLUS DE 4,5 MILLIONS D’EXEMPLAIRES avec parmi ses grands succès « Je t’oublierai », « Parle-moi », « Un jour ou l’autre », « Quelques pleurs », «Mieux qu’ici bas »

ELLE A PARTICIPÉ AUX ENFOIRÉS, CHANTÉ AVEC LES PLUS GRANDS dont Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Serge Lama, Francis Cabrel, Serge Reggiani, Kenny Rodgers, Dolly Parton, Johnny Hallyday…

Si vous aviez sorti en 2014 un album de reprises de Serge Reggiani, votre dernier album de chansons originales remonte, lui, à 2011. Comment appréhendez-vous ces retrouvailles avec votre public ?

J’ai très hâte comme à chaque fois. Pour moi, la tournée, c’est me mettre en marche. C’est comme si les chansons prenaient toute leur vie, appartenaient enfin à ceux pour qui je les ai faites. C’est le moment du vrai partage, plus tangible que celui de la sortie d’un album.

Le public français est-il très différent du Québécois ?

Le public québécois est peut-être un peu plus, réservé tout au long du concert. Les gens sont dans une espèce d’état de recueillement parfois. Ils se manifestent beaucoup plus à la fin. Sinon, il n’y a pas tant de différences. Les gens qui viennent assister à mes spectacles, au fond, ils se ressemblent beaucoup.

Vous dites souvent qu’il y a un avant et un après votre album sur Reggiani. Qu’est-ce qu’il a changé en vous ?

Embrasser un répertoire comme celui-là, ça affirme certaines choses. Ça nous rend encore plus exigeant, ça nous transforme. C’est comme si cela avait quelque part encore plus déterminé le fait que je sois une interprète. C’est sûr que je suis une chanteuse mais je me rends compte que ce qui me passionne vraiment, c’est l’interprétation. C’est faire corps avec une chanson, l’incarner, l’habiter. Pour moi, les maîtres c’est Piaf, Reggiani, Barbara, Ferret. Dans les générations comme les nôtres, j’admire des gens comme Julien Clerc, Francis Cabrel, Carla Bruni, Cœur de pirate, Louise Verneuil, Raphael, Benjamin Biolay, La Grande Sophie… pour moi ce sont des gens qui font partis des artistes qui vont marquer leur génération et qui vont perdurer dans le temps. Ils sont un peu des héritiers des artistes de l’époque de Reggiani, Barbara.

Votre nouvel album est fait de belles rencontres, notamment avec Carla Bruni où ce fut assez surprenant.

J’aurai pu passer par Julien Clerc pour demander une chanson à Carla, mais j’attendais le moment de la rencontrer. Et un jour, on était dans les coulisses d’un Téléthon. Je me suis dit que c’était le moment ou jamais de prendre mon courage car quand on admire quelqu’un on est toujours un peu timide, on a une espèce de réserve à l’approcher. Je suis donc allé vers elle et en fait elle est venue vers moi en même temps. Elle m’a pris les mains et elle m’a dit : « Vous, j’adore votre voix, qu’est ce que j’aimerai vous faire une chanson, une vraie bonne chanson ». J’étais ravie ! Ça m’a beaucoup touché.

Dans une de vos chansons, vous rendez un bel hommage au monde ouvrier. Pourquoi ce choix ?

C’est une chanson qui me touche beaucoup parce que j’ai été élevé dans un terreau ouvrier. On a eu des villes au Québec qui se sont construites autour des mines. À l’époque où j’ai commencé l’école secondaire, vers 12-13 ans, il y avait un exode de gens parce que les mines fermaient. La ville est devenue une ville fantôme. Je me souviens qu’il y avait des hommes qui venaient au restaurant de mes parents et qui buvaient leur chagrin. Perdre son travail c’est perdre une partie du sens de sa vie, de sa dignité. C’est une chose à laquelle je suis très sensible. Je me dis si un jour je ne pouvais plus chanter, je me sentirais un peu désœuvré comme ces gens-là. Quand mes parents ont vendu leur restaurant et bar, mon père est retourné sur des chantiers de forestiers et ma mère à sa machine à coudre. J’ai des parents ouvriers. J’ai toujours abordé mon métier de cette façon, comme une espèce d’artisanat. Je suis une ouvrière de la chanson.

Vous avez participé pendant trois ans à l’équivalent de The Voice au Québec. Les télés-crochets de ce type ne donnent-ils pas une visions erronnées de votre métier aux candidats ?

Cette émission était une manière pour moi, de tendre la main. J’y allais un peu comme une « fée Marianne ». C’est vrai qu’il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. Ce n’est pas magique. Ce qu’il faut se demander quand on a envie de faire ce métier-là, c’est : « Est-ce que j’ai quelque chose à offrir, est-ce que les gens vont s’attacher à moi ». Ça, c’est un truc qui ne nous appartient pas et qui n’est jamais acquis. Même pour quelqu’un comme moi. Il n’y a pas de garantie à vie dans la relation avec le public. Après, ces télécrochets restent d’abord une chance fantastique d’être vue et entendu. Les gens qui y participent, viennent se mesurer à eux-mêmes, à un rêve enfoui.

Isabelle Boulay, « En vérité », dimanche 8 octobre, 17 heures, Cité Valmy, Ste-Ménéhould

GrégoireE AMIR-TAHMASSEB

Extraits de l' union du 24/09/2017

  

    

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Jacques BREL

  Dans ses chansons, il montre ses faiblesses

Ce mardi, cela fera 40 ans que Jacques Brel est décédé. Gardienne de la mémoire   du chanteur, sa fille France vient de sortir l’intégrale de ses chansons et textes.


France Brel présente les deux ouvrages édités par la Fondation Jacques-Brel qu’elle chapeaute depuis 1981.

 De la fenêtre de la Fondation Jacques-Brel qu’elle anime depuis 1981, France Brel peut observer les passants posant avec la statue de son père récemment installée au cœur de Bruxelles. Remontant de la Grand-Place, ils sont encore nombreux à accueillir son souvenir. Jacques Brel est mort le 9 octobre 1978, il y a 40 ans, mais son souffle demeure. Sa fille est la gardienne du temple. En prévision de l’événement, elle a rénové les lieux et restauré les films de ses concerts. Brel chanteur, Brel auteur, elle a collationné toute son œuvre, sans jamais intervenir ni juger les initiatives d’autrui.

Il était hypersensible, bourré d’énergie, exalté, et puis soudain le silence abyssal, en décalage. Mon père, c’est à la fois une  flûte traversière et du syncopé en jazz
France Brel

Bonjour France Brel. Entre le Brel chanteur et le Brel auteur, quel est celui selon vous qui a le plus d’importance ?

Le plus connu est le Brel chanteur mais il n’est que la prolongation du Brel auteur. Le Brel chanteur est une évidence, mais lui aurait tellement voulu être reconnu comme auteur. Les textes enregistrés sont là, du Brel chanteur, œuvres intégrales, qui permettent de le découvrir, comme dans un coffret musical. On y a enregistré huit chansons en flamand. Le Brel auteur englobe tout le reste, avec en plus des textes peu connus, de jeunesse dans une cohérence chronologique. On voit mieux ainsi qu’il est porteur de mots, d’idées et d’émotion depuis l’enfance et jusqu’au bout. J’ai retrouvé des chansons des années 50 en y ajoutant des commentaires personnels sur sa biographie. Je fais parler Jacques avec plus de 300 citations. Je fais intervenir les témoins de sa vie, musiciens, amis. En fait, je me suis rendu compte qu’il avait envie et besoin d’écrire depuis qu’il était tout jeune. Il écrit « le livre de famille » qui est un cadeau fait à sa mère hospitalisée, à 13 ans. Il voulait perpétuellement donner, ce qui caractérise sa personnalité.

JACQUES BREL AURAIT VOULU ÊTRE RECONNU COMME AUTEUR

Peut-être aurait-il pu être romancier: y aurait-il eu un rendez-vous manqué ?

La belle affaire ! Qui peut le dire ? Il a réussi tellement d’autres choses. Il s’est en tout cas astreint à l’écriture des chansons, en concordance avec la musique, ce qui n’est déjà pas facile. Comment raconter une scène en trois minutes et demie ? Il l’a fait et fort bien fait ! Sans doute, aurait-il voulu écrire sur la longueur avec l’ambition d’en signer de nouvelles… Je mentionne son goût pour Maupassant. Des nouvelles, oui, car resserrées et fulgurantes… comme dans ses chansons. Dans beaucoup d’interviews, il exprime son envie d’écrire un roman mais il ne le fera jamais.

Pour vous, que nous dit Brel dans ses chansons ?

Il nous dit « Je suis comme vous » mais pas que la vie est belle ou compliquée. On se sent tous concernés. Celui qui écoute s’accroche à un mot, une figure mais sans leçon de morale. Il montre ses faiblesses et ses enthousiasmes, comme nous. C’est pour cela qu’on se retrouve en lui.

Flamboyant, torturé, expansif, la vision n’a pas changé depuis 40 ans: elle reste correcte ?

Je n’ai pas de vision de Jacques Brel. J’ai la prétention et je l’assume : parfois, j’ai la sensation de le comprendre intimement. Il était hypersensible, bourré d’énergie, exalté, et puis soudain le silence abyssal, en décalage. Mon père, c’est à la fois une flûte traversière et du syncopé en jazz. J’arrive parfois à suivre le fil rouge de ce qu’il ne va pas dire. Ma perception reste la même. Et mon propos aussi : Jacques a écrit et chanté ses cris ; je les transmets. Depuis la création de la Fondation, j’ai beaucoup laissé les autres l’interpréter à travers des livres, des thèses, des études, mais aujourd’hui je prends la plume pour évoquer mes souvenirs, autrement.

Il reste le chantre de deux «diamants » pour chacun : l’amour et la liberté !

Il a besoin de liberté. L’amour reste le plus simple à transmettre. Quand on parle d’amour, on touche tout le monde. Il en est conscient. Souvent des amours malheureuses, d’un bohémien qui a entendu plein de confessions et d’aveux d’hommes et de femmes rarement bien dans leur peau. Au fil de ces tournées, il rencontre des tas d’hommes en souffrance. Il a écouté la vie des gens et s’en imprégnait.

La jeune France qui monte sur le bateau de Brel pour un tour du monde et qui découvre à bord Maddly Bamy laisse finalement apparaître une évidence : ce n’est pas banal d’être la fille de Jacques Brel ! Comment avez-vous vécu cette situation ?

Être la fille de Brel, pour moi, c’est une responsabilité. Je rectifie aussi certaines approximations sur son compte : quand il dit « j’ai quitté la Belgique et toute ma famille était contre moi » , c’est un peu outrancier. En tout cas, je n’aurais pas voulu avoir un autre père.

IL N’AVAIT PAS PEUR DE LA MORT

Quand est-il mort vraiment selonvous : quand il quitte la scène, le 4 octobre 1978 ou quand il apprend son cancer ?

Le virage fondamental se situe quand il vient en Belgique se faire opérer de son cancer en novembre 1974. Il est persuadé qu’il va rester dans l’opération. Il remonte sur son bateau mais n’est plus le même homme. Il est mort comme beaucoup avant de mourir. Il avait fondu. Il n’avait pas peur de la mort.

Le bateau, l’avion, la chanson furent des équipages ?

Oui, un vaisseau avec le public ! On embarque avec lui. Il avait besoin de contacts, tel un solitaire avec les autres à proximité. Jacques était un individualiste qui veut partager, une bière ou une conversation. Il faut qu’il y ait échange.

Brel prétend un jour que « ne plus chanter ne serait pas une grosse douleur »…

Je le crois. Il est parti sans regrets. Il connaissait ses limites. Quand il annonce sa décision de quitter la scène, elle était mûrement réfléchie. Mais il est allé jusqu’à la dernière goutte. Il disait : « Les bravos, ça ne nourrit pas » . C’est merveilleux d’avoir un père qui n’était accro ni à la gloire, ni à l’argent, ni à la reconnaissance. Ça ne comptait pas.

Les deux livres sont en librairie au prix de 9,90€ pour « Brel chanteur » et 39,90 € pour « Brel auteur ».

Fondation Jacques Brel, 11 place de la Vieille Halle aux Blés à Bruxelles. Infos sur www. jacquesbrel.be.

Bernard MEEUS

Extraits de l' union du 20/11/2016

 

Jacques BREL

Il y a 50 ans, il raccrochait

Automne 1966 : jacques Brel annonce qu'il s'en va ! Sa fille France, qui avait alors 13 ans, assistait au concert. Elle revient sur ce moment exceptionnel,


Jacques Brel dans sa loge de l’Olympia en octobre 1966, lors de l’une des dernières représentations, avant l’annonce qu’il mettait un terme définitif à sa carrière. AFP

Personne n'avait pressenti son départ, Et pourtant l À 37 ans, parvenu au sommet de la gloire, Jacques Brel quitte la scène devant un public médusé. Il termine avec « Madeleine ». Ce soir-là, pour son, ultime récital, il part sans rappel mais revient saluer en peignoir une salle en délire. Au premier rang, on reconnaît Dalida, Hugues Aufray et Adamo.

On a eu l’impression à l'époque que Brel était parti sur un coup de tête. Y avait-Il pensé ? En avait-il parlé avant ? Est-ce qu'il préparait ce départ ?

Ça ne se préparait pas, mais ça couvait. Mon père avait commencé le métier de chanteur alors qu'il ne le souhaitait pas. Son ambition était d'écrire des textes chantés par d'autres. Mais comme tout le monde au début trouvait ses textes très mauvais et qu'il devait gagner sa vie, il s'est décidé à les interpréter lui-même. Dans son esprit, être chanteur n'était pas un métier. Il cherchait une activité sérieuse ». Et dès 1955, il disait dans ses interviews « Je chante, oui, mais je vais bientôt arrêter ». Il avait décidé que c'était terminé mais le public, lui, n'a jamais imaginé une chose pareille. Ça ne lui posait pas de problèmes.

Avait-il mis ses proches dans la confidence un peu plus tôt ?

Ses proches, c'étaient ses musiciens. Je me souviens que mon père avait décidé que ses filles allaient le suivre en tournée une semaine par an durant les vacances scolaires. Un soir, le 21 août 1966, nous sommes à Vittel. Il règne un drôle d'atmosphère. Il vient d'informer ses musiciens. Et je l'apprends par ce biais. Pour lui, le plus important à ses yeux était de savoir ce qu'allaient devenir ses musiciens. C'était sa seule préoccupation, tout le reste lui était égal. Il a toujours su qu'un jour sa « carcasse », comme il le disait, serait fatiguée et qu'il, aurait envie de faire autre chose. Il a des idées. A Marseille, il rencontre André Cayate qui lui fera tourner « Les risques du métier » quelques mois après. Le réalisateur débarque dans sa loge. Brel avait déjà cela dans un coin de sa tête. Il voulait rompre avec l'habitude du tour de chant. Il n'aimait pas la routine, il détestait s'ennuyer. C'est ce qui l'a fait quitter l'usine de Bruxelles. Il avait fait le tour mais il ne renonce pas à l'écriture.

« Quand il s'est rendu compte qu'on parlait de lui en termes de rentabilité, de contrats, il est parti »
France Brel

Et pourtant, il a 37 ans, est reconnu, avec le public à ses pieds : en fait, pour lui, la gloire est-elle importante ?

Brel ne connaît ni la gloire ni la célébrité. Il ignore ces mots et cela ne fait pas partie de ses valeurs. Il sait que la gloire est comme le sable, elle vous coule entre les mains. Un soir, sur FR3 Limoges. il a cette phrase « C'est étrange, personne ne voulait que je commence et personne ne veut que je termine ». On a dit « Brel a le retour du public », mais il n'a jamais chanté pour l'obtenir. Il n'allait pas rester pour les compliments ou pour qu'on lui dise merci. Mon père n'a jamais eu de plan de carrière. Les cachets mirobolants, son nom en grand en haut de l'affiche ne l'intéressaient pas, Il savait très, très bien que ce n'est pas ça qui nourrit une vie. Pour lui, vivre, c'était être digne ! Ses adieux ressemblaient à une nouvelle aventure. Et il l'a prouvé, il a travaillé comme un fou ensuite. Il a tourné des films. Il a monté « L'homme de la Mancha ». Il ne tenait pas compte de la presse, de l'incompréhension, qu'il allait gagner moins d'argent. Il était fatigué. Le dernier soir, il dit « Au revoir ». Et rien n'est calculé, c'est ça qui fait sa force. On est allé le chercher dans loge, s'est épongé. Le public ne voulait pas sortir. Il revient en chaussettes.

C'était le 17 mai 1967 à Roubaix, son dernier concert. Néanmoins, pour terminer la série de l'Olympia, qui avait commencé le 6 octobre, il avait organisé quelques jours plus tôt un grand repas sur scène avec un traiteur.

Était-il stressé par moment crucial ?

Pas du tout 1 Si on regarde bien le, film des adieux, il dit derrière le rideau. « C'est pour toi que je le dis !» Il s'adresse â Bruno Coquatrix, Il dit : « Ceci représente quinze années d'amour. Je vous remercie » à Coquatrix ! Mon père se demandait simplement « Pourquoi on ne laisse pas les gens faire ce qu'ils aiment ? ». Il n'est pas stressé, Il a cette phrase : « Ceux qui m'aiment bien me disent « Fais ce que tu veux ! » A-t-il parfois exprimé des regrets, après ce fameux soir ? Non, car Jacques a toujours été un grand pitre devant un public, même déjà à l'école. Il possédait cette espèce de charisme qui peut faire rire. Il l'a déployé dans les grandes salles puis il a replié la voile. Mais il n'a pas changé, jamais.

Et pourtant, sa sortie a été vécue comme un événement exceptionnel incroyable même : il ne voulait rien concéder !

Certains furent même très agressifs. Mais jacques a agi en parfaite cohérence avec lui-même. Jacques était né avec sa guitare dans un Paris qui ne voulait pas de lui. Puis il a vu l'arrivée du disque, des juke-boxes, des maisons de disques, de la publicité et de la faune des directeurs artistiques qui prétendent expliquer au chanteur ce qui plaît ou pas. Jacques aurait-il survécu à ces changements ? Quand on lui aurait dit que « La valse à mille temps » était trop longue et qu'il fallait la raccourcir ? Ou que « Le plat pays » ne rimait à rien ? Il ne voulait pas ce grand n'importe quoi. Il était arrivé à une époque charnière, l'après-guerre, où des troubadours comme lui ou Brassens mettaient des mots justes dans des cabarets. Le disque devenait une industrie. Et quand il s'est rendu compte qu'on commençait à parler de lui en termes de rentabilité, de contrats, il est parti.

Et vous avez-vous été admirative devant sa décision ?

Je comprenais ! Je suis admirative depuis toute petite. Il avait entièrement raison. Pourquoi composer ? Seul son impresario Charley Marouani s'est élevé contre son attitude. Mais mon père, était un homme libre, totalement libre.

« AMSTERDAM ÉTAIT ÉPOUSTOUFLANT » se souvient ADAMO


Adamo a eu la chance d'assiter aux adieux de Jacques, Brel. Il s'est dit très impressionné. DR

Salvatore Adamo avait 23 ans quand il assista aux adieux de Brel. Il en garde une forte impression. Il n'était pas dans la confidence. « Ce fut une surprise totale, pour moi et pour le public. Je me souviens du tonnerre des appels, Il a fini par réapparaître dans son peignoir bleu à rayures blanches. » Il comprend parfaitement sa démarche. « Brel voulait changer de mode de vie.» Il songeait déjà à son futur brevet de pilote. Il voguait vers d'autres aventures que la chanson. « Il fut littéralement saisi par l'énergie » dégagée par Brel comme une apothéose : « Il s'est vidé de tout ce qu'il pouvait donner. Il est même allé au-delà du maximum. » Moi, j'ai ressenti des frissons de la première à la dernière chanson. Je l'ai parfois revu par la suite mais on ne parlait pas de cette soirée. Un jour, il est venu m'écouter chanter au Japon, de retour des Marquises, avec Charley Marouani et Henri Salvador. Après coup, je me rends compte que ce tour de chant était d'une folle intensité. J'ai trouvé admirable de sa part de partir ainsi au sommet de son talent, Et s'il me reste un titre en tête ce soir-là, c'est bien « Amsterdam », qui était époustouflant.

B.M.

Bernard MEEUS

Extraits de l' union du 20/11/2016

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C

 

Christian CABROL - Enfant du sud de l’Aisne
Le professeur se livre à cœur ouvert

CABU - Il était d’une gentillesse désarmante

Philippe CANDELORO  - Si Nelson arrête…

Patrick de CAROLIS –  « La télé doit nous élever »

 Tony CARREIRA - Entre FRANCE et PORTUGAL

Ingrid CHAUVIN - Accepter l’âge et les blessures de la vie

Claire CHAZAL - En direct

Marie-Anne CHAZEL - à l'affiche de « Représailles »
Plongée an cœur des Chœurs  de l'armee russe

Karen CHERYL - Ce n’est qu’un pan de mon histoire

Julien CLERC - C’est par les scènes que j’ai progressé
L’émerveillé

Cœur  de PIRATE - « J'ai un sens très fort de la survie »

COLUCHE - Révolutionnaire et irremplaçable
Véronique COLUCCI - Les Restos du cœur en deuil

Annie CORDY - « Ça ira mieux demain »

Julien COURBET - Je dis aux gens   de me faire confiance

Michel CYMES -  « La première personne que j'ai peur de lasser, c'est moi ! »
« Le cerveau est mon 2ème organe préféré » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christian CABROL

Christian Cabrol, enfant du sud de l’Aisne

Le professeur Cabrol, pionnier de la greffe cardiaque, décédé hier à 91 ans, était fier de ses racines axonaises.

 
Christian Cabrol répétait souvent qu’il était fils de fermier, petits-fils d’un vigneron et d’un médecin de campagne.

BIO EXPRESS

 •.- 1925 : Christian Cabrol naît le 16septembre à Chézy-sur-Marne.

.- 1968 :  dans la nuit du 26 au 27avril, il réussit la première greffe du cœur en Europe.

.- 1982 : le 9 mars, première greffe cœur-poumons en Europe.

.- 1986 : le 10 avril, première implantation d’un cœur artificiel en France.

.- 1994-1999 : député européen.

« Fils d’agriculteur, je suis né dans une ferme du sud de l’Aisne. J’aime cette terre et les gens qui la peuplent, qui la dessinent, et qui la font vivre. Je connais leur courage. Ils m’ont donné le sens et le goût du travail. L’Aisne est mon pays natal. C’est le berceau de ma famille. J’y ai grandi, ma mère y habite encore. » Cette déclaration d’amour pour l’Aisne a près de 25 ans. C’était en 1993 quand le professeur Cabrol était candidat (RPR) dans ce qui sera sans doute un de ses rares échecs, les élections législatives en Thiérache.

Mais au-delà du discours politique, l’attachement pour sa terre natale du célèbre chirurgien décédé ce vendredi 16 juin à l’âge de 91 ans, était bien réel.

Né le 16 septembre 1925 dans la ferme familiale à Chézy-sur-Marne, près de Château-Thierry, Christian Cabrol aimait raconter à qui voulait bien l’écouter son histoire familiale. Celle de ses grands-parents maternels vignerons de champagne à Charly-sur-Marne, de son oncle, lui aussi vigneron à Crouttes, sans oublier ses parents fermiers et Émile Cabrol, son grand-père paternel, médecin de campagne à Chézy-sur-Marne. C’est ce dernier qui lui donnera l’envie de devenir médecin, sans préjuger un seul instant qu’il deviendrait le grand professeur Cabrol, celui qui a effectué la première greffe de cœur en Europe en 1968, la première greffe cœur poumons en Europe en 1982 et procédé avec succès à l’implantation d’un cœur artificiel en 1986.

DEUX ÉCHECS AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN 1993 ET 1997

Cette notoriété parisienne ne lui a jamais fait oublier son département. Il y revenait régulièrement. Pour le plaisir tout d’abord afin de venir se reposer le week-end dans sa maison de Chézy-sur-Marne. Il pouvait ainsi passer devant l’école primaire où il fit ses études et qui porte aujourd’hui son nom. Christian Cabrol aimait aussi revenir à l’occasion de débats, conférences pour y défendre les causes pour lesquelles il s’est toujours battu, le don d’organes et la greffe. Ses amis lui organisaient d’ailleurs régulièrement une petite fête pour les dates anniversaires de sa première greffe du cœur.

La politique l’amènera aussi deux fois à s’investir dans son département natal. Sans succès par contre. S’il a été conseiller municipal et adjoint au maire à Paris (sous Jean Tiberi), député européen, ses deux expériences axonaises furent en effet un échec. Candidat RPR aux législatives en 1993 et en 1997, il sera battu à chaque fois.

Grégoire AMIR-TAHMASSEB

  

    

 Extraits de l' union du 17/06/2016 

 

Le professeur se livre à cœur ouvert

Sommité du monde médical, il est l'auteur de la première greffe du cœur en Europe et de quelque 40 000 opérations en 40 ans d'activité. Au soir de sa vie, Christian Cabrol se confie.

BIO EXPRESS

 •.- 16 septembre 1925. Christian Cabral naît à Chézy-sur-Marne dans l'Aisne. L'école communale du village porte son nom.

•.- 1952-1955, il rédige sa thèse en deux tomes sur le poumon qui fait toujours autorité. Professeur en anatomie, il poursuit sa formation de chirurgien aux Etats-Unis.

•.- 1968, il réalise avec ses équipes la première, greffe du cœur en Europe ; en 1982, la première greffe cœur-poumons; en 1986 : l’implantation avec succès d'un cœur artificiel.

Il est estimé de nombreux Français de plusieurs générations. Son humanité et sa modestie sont la marque des plus grands. C'est à la Pitié-Salpêtrière, son hôpital de cœur, que Christian Cabrol reçoit, dans son bureau de l'Adicare, l'association « pour le développement des innovations en cardiologie, recherche et enseignement », qu'il a fondée en 1985 et qu'il préside toujours. C'est là que l'APHP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) lui a fêté chaleureusement ses 90 ans en octobre 2015, .en présence de trois cents invités, dont l'actrice devenue son amie, Mireille Darç, que Christian'Cabrol a opérée.

Son propre médecin

 Avec Marie-Hélène Bayer, sa fidèle secrétaire à ses côtés depuis quinze ans, Christian Cabrol apparaît massif et lumineux dans son costuma noir rayé, même si son ouïe est plus dêlicate et sa mémoire plus capricieuse.

 Les jeudis libres sans école, le petit Christian accompagne souvent, son grand-père paternel Émile, médecin dans la campagne du sud de l'Aisne. C’est là, au milieu des vignes du champagne, près de Château-Thierry, que le grand-père, originaire du Tarn, s'était posé après ses études à Paris. « IL avait une voiture: il était libre. Je pensais qu'il se levait tard. J'ignorais que la veille, il avait fait des accouchements toute la nuit. J'ai toujours voulu faire médecin comme lui », raconte Christian Cabrol, « D'habitude, je restais dehors pendant les visites. Ce jour-là, il pleuvait et je suis rentré. J'ai entendu la conversation avec le grand-père malade. Faudra une opération; lui a dit mon grand-père. Ça va ti coûter combien ? Je veux point ça. Avec cet argent-là, on fera une grange, C’était ça, la médecine d'autrefois. »

« Il faut aimer les gens pour les soigner, c’est essentiel »
Christian CABROL

Son père est agriculteur, frappé jeune par une grave maladie, ses grands-parents maternels sont vignerons à Charly-sur-Marne. « Ma mère Lucienne a été le personnage essentiel. Toute la responsabilité reposait sur elle. Une vie dure parfois épouvantable quand la récolte est ruinée par un orage. Je disais à mon grand-père: « Je veux faire médecin comme toi pour te remplacer ». Un jour il m'a dit : « Non, il n'y a pas d'avenir à la campagne. Je veux que tu sois chirurgien. »

Formation aux Etats-Unis

Ses études de médecine conduisent naturellement à Paris et son professeur d'anatomie, Gaston Cordier. le prend sous son aile. Ses études d'anatomie finies, Christian Cabrol file aux États-Unis pour parfaire sa chirurgie. À Minneapolis dans le service de Walton Lillehei, l'anatomiste français découvre les avancées médicales outre-Atlantique, la chirurgie à cœur ouvert et va de révélation en révélation. « Les Américains ont trouvé les premiers les moyens d'entrer dans le cœur, avec la circulation extracorporelle du sang avec des tubes et, des pompes », vulgarise le professeur, Il Dans leur laboratoire, je suis tombé avec des champions pour mener avec eux des expérimentations. J'ai vécu la création d'une chirurgie nouvelle. » Et le professeur aux mains immenses mais capable du geste le plus fin, de verser une larme en se rappelant que son nom, celui « d'un petit Frenchie », figure aussi sur le tableau d'honneur du laboratoire américain.

 De retour en France, il mène une carrière immense de chirurgien pionnier, pendant quarante ans avec toutes ses équipes, et collaborateurs. Dont son élève et ami Guy Guiraudon « devenu Champion du traitement des troubles du rythme cardiaque au Canada ». Une carrière faite de doutes, d'échecs, et bien sûr de victoires contre la maladie et la mort, À raison de 7 à 10 opérations par jour, cinq jours sur sept, le « De Gaulle de la chirurgie », l'un de ses surnoms pour avoir voué sa carrière à l'Assistance publique, a réalisé plus de 40.000 interventions - dont 400 greffes. Ses anciens patients sont nombreux à lui témoigner toujours leur précieuse reconnaissance. Le cœur artificiel constitue  « l'évolution normale, un espoir fabuleux, même si ça prendra encore du temps. La greffe et le cœur artificiel sont deux voies essentielles pour la guérison des malades », analyse le professeur.

 Et comment se porte votre propre cœur Christian Cabrol ? « Il est tout autour, mon cœur, il est partout dans cet institut », répond dans un grand sourire dont il a le secret, Christian cabrol. Qui n'a plus opéré depuis vingt-cinq ans et sa mise à la retraite à 65 ans. Mais il conserve une aura et une estime indéfectible à la Pitié, dans la communauté médicale et bien entendu, dans l'histoire de la chirurgie française. Sans oublier son combat tout naturel pour le don d'organes. Toute sa vie, le professeur Cabrol a fait sienne la devise « Croir, vouloir, continuer » d'un autre Picard célèbre, le général Leclerc. La photographie dudit général trône dans le bureau du médecin, tel un guide spirituel.

Qu'on soit riche ou pauvre, qu'on soit puissant ou misérable, le célèbre cardiologue n'a jamais dérogé au principe de l'égalité devant les soins. « Il faut aimer les gens pour les soigner, c'est essentiel », termine le professeur. Cette jolie phrase pourrait être l'épitaphe qui symboliserait le mieux « L'itinéraire d'un chirurgien d'exception », selon la préface de Simone Veil dans le livre « Au cœur de la vie ». Une chance et un immense privilège de rencontrer un tel homme d'exception.

Nicolas TOTET

Au cœur de la vie, itinéraire d'un chirurgien d'exception - Professeur Christian Cabrol -  Flammarion, 2012

 Extraits de l' union du 13/03/2016

  

    

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CABU

Jean-Luc Porquet. : Il  était d’une gentillesse désarmante

Le journaliste du Canard enchaîné a publié chez Gallimard « Une vie de dessinateur » un ouvrage intense dans lequel il retrace toute la vie du Châlonnais. Non sans émotion.


Pour cet ouvrage Jean-Luc Porquet a passé en revue l’ensemble des archives de Cabu. Un travail titanesque. Francesca Mantovani

EN BREF

*.- JEAN-LUC PORQUET a travaillé de nombreuses années avec Jean Cabut au « Canard enchaîné ».

*.- À LA MORT DU DESSINATEUR, Véronique Cabu ouvre la totalité des archives de son mari.

*.- LE 3 OCTOBRE DERNIER, le journaliste dévoile l’ouvrage « Une vie de dessinateur ».

*.- L’OPUS de près de 400 pages retrace toute la vie du Châlonnais.

Vous rappelez-vous de votre première rencontre avec Cabu ?

C’était en 1974. J’avais une vingtaine d’années et lui était déjà une vedette. Je travaillais pour leClampin libéré qui avait pour ambition d’avoir l’humour deCharlie Hebdo et les informations du Canard enchaîné. On s’est rencontré à Lille.

Pierre Mauroy, maire de l’époque, avait fait rayer de la carte tout un quartier populaire du Vieux-Lille pour laisser place à un grand trou plein de flotte. Devaient arriver d’immenses bâtiments qu’on appelait le Diplodocus. Nous avons fait appel à des dessinateurs pour illustrer et Cabu est le seul qui s’est intéressé à nous.

C’est Véronique, sa femme, qui me dit : « Si tu fais ce bouquin, j’ouvre toutes les archives»

Qu’est ce qui vous a immédiatement frappé ?

Il était d’une gentillesse désarmante. Il était toujours attentif aux gens, même avec les emmerdeurs. Il écoutait tout le monde. C’était comme une éponge.

Que se passe-t-il dans votre tête le 7 janvier 2015 face à l’horreur ?

J’étais en état de sidération. C’était tellement inimaginable. Encore maintenant, je n’y crois pas. En travaillant sur ce livre pendant deux ans et demi, c’est comme s’il était vivant. La mort, on finit par l’occulter.

Comment intervient le déclic pour cet ouvrage ?

C’est Véronique, sa femme, qui me dit : « Si tu fais ce bouquin, j’ouvre toutes les archives. » Ce qu’il faut savoir, c’est que Cabu gardait tout depuis l’âge de 11 ans : courriers, notes, agendas, croquis, etc. Il y avait une matière première incroyable, avec des choses totalement inédites. C’est Jean-François Pitet qui jouait le rôle de l’archiviste.

Qu’avez-vous découvert ?

Une vedette locale qui a commencé à L’union à 15 ans, qui courrait les bals pour draguer les filles, qui dessinait lui-même ses cols de chemise.

Une anecdote vous revient en particulier ?

Nous avons rencontré Marie-Thérèse, sa sœur, qui nous a parlé de la grande fête du foyer qui se déroulait chaque année à Châlons. Cabu, bien habillé, demandait au public une lettre au hasard après un discours d’introduction. Il dessinait alors des célébrités dont le nom commençait par la fameuse lettre. Elle me raconte donc l’histoire et je retrouve tous les éléments dans les archives, comme le brouillon du texte d’introduction et qui corrobore donc cette version.

Il disait souvent qu’il avait réussi à gagner sa vie en dessinant des petits Mickey. Que retiendrez-vous de tout ce que vous avez eu entre les mains ?

S’il y a un dessinateur au XX e siècle, c’est lui. Au-delà de ça, il savait tout faire. Il a fait du grand reportage. Jean-Luc Godard disait qu’il était le meilleur journaliste. Et pourtant, il n’a pas fait sa star quand d’autres se la pètent pour moins que ça. Il a géré son propre génie avec une grande intelligence. Il disait souvent qu’il avait réussi à gagner sa vie en dessinant des petits Mickey.

Y aura-t-il une suite à cet opus ?

Si on voulait publier l’intégrale de Cabu, on prendrait trois mètres de rayonnage. Et on ne pourrait de toute façon pas être complet tellement il a fait de dédicaces et de dessins à des milliers de personnes. Des souvenirs qui vont perdurer à travers les années.

GAUTHIER HÉNON

 Extraits de l' union du 01/11/2018

  

    

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Philippe CANDELORO

Si Nelson arrête…

Animateur, conducteur et speaker de la tournée de l’équipe de France de patinage, le « titi » parisien est toujours dans son élément sur et autour de la glace. Et ça devrait durer.


     D’Artagnan habite toujours le double médaillé olympique de bronze, qui en savoure le prix.
Christian Lantenois

REPÈRES

*.- NAISSANCE : 17 février 1972 à Courbevoie (Hauts-de-Seine).

*.- PALMARÈS : Double médaillé de bronze olympique à Lillehammer (1994) et Nagano (1998). 1 er titre de champion de France en 1994 (trois autres suivront), laissant, enfin,derrière le Rémois Éric Millot.

*.- CRÉATEUR DE SPECTACLES avec son épouse Olivia.

Avec son épouse Olivia, c’est un peu le chef d’orchestre de la tournée de l’équipe de France, entamée par Tours, Châlons puis Laon. Entre deux répétitions, le consultant de France Télévisions – depuis novembre 2005 – a lâché le micro. Et la pression, un peu.

La France sort d’une saison riche. Comment expliquer cette continuité dans les résultats ?

La danse, globalement, a été toujours été plus forte avec des couples potentiellement médaillables aux JO et aux Mondiaux. Avec les Duchesnay, Moniotte-Lavanchy, Annissina-Peizerat, Delobel-Schoenfelder, Péchalat-Bourzat et aujourd’hui, Papadakis-Cizeron. Qui ont, eux, une ascension fulgurante. À 22 ans à peine, ils sont déjà champions du monde, après seulement trois ans de circuit international. Ils ont grimpé très vite… À PyeongChang, ils étaient bien meilleurs en technique que les Canadiens Virtue-Moire, mais peut-être moins expérimentés.

La Fédération nous a demandé de respecter l’état physique des patineurs. Et en artistique ?

C’est plus difficile d’avoir cette régularité parce qu’il y a des triples sauts, des quadruples à faire. Sur un saut, vous remettez tout en cause à 20 ou 15 secondes de la fin d’un programme. Là, c’est plus difficile d’assurer des titres mondiaux tous les ans. Chez les filles, aujourd’hui, on a encore des chances de se placer dans le haut niveau. Chez les garçons, si vous ne faites pas cinq quadruples dans le libre, techniquement, moralement et physiquement, ça devient très compliqué de finir dans le Top 5 mondial.

C’est ce qui change par rapport à votre époque…

Pour gagner les Championnats du monde ou une médaille, il fallait sortir un quadruple mais ce n’était pas indispensable… La note artistique comptait beaucoup, c’est moins vrai aujourd’hui. Le public ne voit pas toujours la subtilité dans les programmes, surtout quand ils sont linéaires. Ce qui a plu durant ma carrière, c’est que je racontais des histoires et les gens entraient, devant leur télé, dans celles-ci…

Le Candeloro de 2018 préfère, avec le recul,D’Artagnan ou le Parrain ?

Tous ont contribué à mes médailles. Après, il y a eu le Samouraï, Brave Heart... À chaque fois, j’ai essayé de créer des histoires pour en faire une collection. Pas sûr que les gens se souviennent avec quel programme le Japonais Yuzuru Hanyu est devenu double champion olympique, à Sotchi comme à Pyeongchang… De temps en temps, je refais d’Artagnan puisque que l’on est sur les 20 ans, après Nagano. La Fédération nous a demandé de respecter l’état physique des patineurs, pour qu’ils aillent au bout de la tournée (18 avril) sans se blesser. On attaque déjà la saison prochaine.

Serez-vous encore consultant télé l’an prochain ?

Mon contrat va jusqu’à la fin 2018, je présume qu’ils (France Télévisions) ont acheté les droits pour encore longtemps… Le seul truc qui pourrait me faire arrêter, c’est si Nelson (Monfort) n’était plus à mes côtés.

C’est la condition sine qua non…

Il serait compliqué de repartir avec un autre journaliste. Notre duo, voire notre trio (avec Annick Dumont), fonctionne bien. Maintenant, il se peut que France Télévisions, en pleine restructuration et par soucis d’économie, fasse aussi des coupes sèches. Sur certains championnats, ils ont du mal à débloquer des fonds pour acquérir une plate-forme avec des caméras qui nous filment pendant les commentaires en bord de piste. C’était le cas il y a 4-5 ans à Sotchi… Avec Nelson, j’aimerais faire découvrir, de l’intérieur, les champions de la discipline car on a du mal à reconnaître les stars. On a de très grands champions, notamment en France. Aujourd’hui, dans le Top 10 mondial, huit sont Asiatiques – là où il y a le business, je l’ai encore vu à Pyeongchang –, ça n’aide pas à s’identifier au champion (rires).

Quid de ceux qui vous interpellent sur vos réflexions anti-féministes ?

Le tour de cou (perdu par Gabriella Papadakis durant le programme court des JO) ? C’est une situation un peu malheureuse. Elle a eu le réflexe de camoufler car, pendant, on n’a rien vu. En même temps, j’ai trouvé l’image assez jolie… J’ai toujours essayé de défendre le sport au féminin. Ce qui est un peu compliqué en télé, c’est de pouvoir continuer à m’exprimer comme avant, avec cette liberté d’expression… Après, je n’insulte pas les gens, je reste poli. Que l’on me traite de sexiste, je ne comprends même pas ce mot-là.

Que vous inspire le film « Moi, Tonya », tiré de la rivalité entre Tonya Harding et Nancy Kerrigan ?

Il est très bon. (Le film évoque l’histoire de la Nord-Américaine Tonya Harding, luttant pour l’or olympique avec sa compatriote Nancy Kerrigan, et de la blessure d’avant JO de cette dernière par le clan de la première). À l’époque, j’étais sur place à Lillehammer (1994), et même tranquille puisque j’avais obtenu une médaille une semaine avant. C’est plus Katarina Witt ou Surya Bonaly qui ont été pénalisées parce que cette histoire a pris tellement d’importance que le reste des JO était un peu de côté… C’est plus un vrai documentaire, avec cette mère méchante. Comme celle de Bonaly, qui avait des mots, parfois, très durs. Mais, sans elle, peut-être que Surya ne serait jamais parvenue à ce niveau-là…

Suivez-vous votre marionnette aux Guignols ?

Je n’ai pas l’impression qu’ils continuent à s’intéresser à moi. À la limite, tant mieux… Aujourd’hui, il vaut mieux avoir un « foutage de gueule » de Canteloup que des Guignols… Il faut avoir beaucoup d’autodérision quand vous êtes un personnage public. Sinon, vous ne pouvez pas vivre.

CHRISTOPHE DEVAUD

Extraits de l' union du 10/04/2018

  

    

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Patrick de CAROLIS

 « La télé doit nous élever »

Dans « Les ailes intérieures », il raconte ses années à France Télévisions. On en apprend un peu plus sur l'homme et sur le professionnel.


« a vie a parfois la rugosité d’une toike de jute », écrit Patrick de Cariolis dans son livre

Le grand public l'associe pour toujours à la présentation du magazine de France 3, « Des racines et des ailes » Grand, élancé. Patrick de Carolis a toujours prêché pour une télé de haut vol. Il fête bientôt ses 63 ans. Il a disparu des écrans. Mais il a beaucoup à dire sur la télévision où il accumula pas mal d'expérience. Le temps est venu pour lui de livrer le fond de sa pensée. Empruntant à Paul Valéry le titre de « son témoignage de vérité ». de Carolis ne nourrit aucune amertume. Au contraire, entre lui et la té- lé, la passion reste vive.

La télé fut l'affaire de votre VIe. Mais quelle télé ? La télé culturelle ? Pas celle d'aujourd'hui qui doit parfois vous faire enrager ?

C'est vrai que j'ai eu la chance, pendant près de quarante ans, de faire la télévision que j'ai eu envie de faire. J'ai créé un certain nombre de magazines un peu plus culturels que d'ordinaire. Une télé de service public se doit d'avoir des ambitions culturelles et pas seulement axées sur l'audimat. Celui-ci n'est pas le but, mais la conséquence d'un travail bien mené. Elle doit combattre l'ignorance, la bêtise. J'ai essayé de faire-des émissions qui donnaient du sens et aussi du plaisir. C'était le mariage et de la connaissance.

Vous avez créé « Des racines et des ailes » et avant cela Zone Interdite ». deux références

J'ai lancé « Des racines et des ailes » il y aura bientôt 20 ans et elle continue son parcours. Elle met en lumière un passé fécond mais dans lequel il ne faut pas s'enfermer. Il faut regarder l'avenir avec confiance. Le titre le disait bien : puisons dans le passé ce qui nous constitue tout au long de l'aventure humaine à travers les siècles et tournons-nous vers demain en déployant nos ailes ! J'ai toujours transmis ce message à mes enfants : sachez d'où vous venez, quelles sont vos racines et après tracez votre vie! Cette vie, ils la mènent dans l'audiovisuel mais sans le papa.

Un de mes fils a créé un site, « j'aime mon patrimoine » le second est jardinier-paysagiste et réalise des vidéos de conseils en jardinage. Le troisième est dans le cinéma. La quatrième est photographe-plasticienne et veut se faire une place dans la réalisation. Vous voyez, l'image est importante dans cette famille. Je suis content de l'évolution du magazine. Louis Laforge puis maintenant Carole Gaessler mènent bien « Des racines et des ailes », en conservant l'ADN. « Zone interdite » je l'avais créée en 1993 sur M6 comme une fenêtre sur la société. L’affirmation était claire du point de vue journalistique : il fallait aller au-delà de ce qui est classiquement autorisé. Le titre est sorti d'un film soviétique d'Andreï Tarkovski. A l'époque, pour eux, la zone interdite, c'était l'accès à la liberté et à l'Occident. Je trouvais l'expression très parlante.

Vous avez dirigé France Télévisions de 2005 à 2010 : une période tout en contrastes, faite de succès et de sanctions : la télé est-elle un univers impitoyable ?

Mes convictions sont restées les mêmes, ainsi que mon engagement. J'ai mis en place un programme avec plus de culture. J'ai eu à gérer des imprévus comme la suppression de la publicité après 20 heures, France Télévisions avait bien travaillé. J'ai eu des blessures, notamment en fin de mandat, malgré un bilan positif du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) mais qui ne m'a pas soutenu. Je n'ai pas été reconduit, soit, mais je croyais en la parole de Nicolas Sarkozy qui m'avait promis « de juger sur les résultats ». Je défendais un bilan d'équipe et, si j'avais été renouvelé, je n'aurais pas voulu construire la suite sur la dépouille de mes collaborateurs dont je devais me séparer. Fin de l'aventure.

On découvre aussi vos racines !

Italiennes par mon père 1 Et provençales par ma mère avec une enfance à Arles. Je suis un homme du Midi sous des allures un peu froides parce que j'ai une grande silhouette et que je suis parfois perdu dans mes pensées. J'ai la chaleur des gens du Sud, je me sens très latin.

Regardez-vous encore beaucoup la télé ? Vous ne laa trouvez pas abrutissante ?

 J'ai changé d'univers : je dirige le Musée Marmottan-Mollet à Paris et j'abreuve mon regard des Nymphéas. J'ai des sorties culturelles. Je regarde les infos. Je me tiens informé, mais la télé n'est plus mon mets quotidien. On ne peut pas en vouloir à la télé privée qui doit rapporter. En revanche, le service public doit servir la culture qui est une de ses missions,

Il ne faut pas fragiliser ce pilier. Il a sa place à côté du divertissement et de l'information.

Propos recueillis par Bernard MEEUS

« Les ailes intérieures ». par Patrick de Carolis, Plon, 243 pages, 18,40 €

Extraits de l' union du 04/12/2016

  

    

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Antoine de Caunes

Je suis le produit de la pop culture

 

De retour à la radio avec l’émission Popopop, diffusée sur France Inter, Antoine de Caunes reste une figure incontournable du paysage médiatique français.


S’il cultive toujours distance et discrétion, Antoine de Caunes n’en porte pas moins un regard lucide sur le monde des médias.

BIO EXPRESS

*.- ANIMATEUR de télévision et de radio, Antoine de Caunes s’est fait connaître au début des années 80 en participant aux « Enfants du rock », sur Antenne 2.

*.- IL PARTICIPE ENSUITE aux débuts de l’aventure Canal +, en 1984, une chaîne à laquelle il est toujours demeuré fidèle.

*.- SA SÉRIE DOCUMENTAIRE, « La Gaule d’Antoine », vient d’être lancée sur la chaîne cryptée.

*.- DEPUIS LA RENTRÉE 201, il anime l’émission Popopop sur France Inter, de 16 heures à 17 heures, du lundi au vendredi

 Vous revoilà à la radio avec Popopop, une émission sur la pop culture. Pourquoi ce choix ?

Il se trouve que je suis un auditeur de France Inter, que j’y ai des amis et que j’aime à la fois le temps, le ton et la liberté qu’on y trouve. Quand on est venu me chercher, ça s’est donc fait naturellement. Et je suis ravi d’avoir accepté. Cette émission me procure un plaisir absolu : on peut inventer ce qu’on veut, avoir une idée le matin pour l’après-midi ou changer un truc une heure avant.

Quelle est votre propre définition de la pop culture ?

Pour moi, la pop culture est le produit des cultures alternatives ou de protestation des années 60-70, qui se sont démarquées des cultures officielles en leur temps et qui, paradoxalement, forment la culture mainstream d’aujourd’hui. Le meilleur exemple, ce sont les comics américains, qui sont devenus des têtes de gondole pour les studios, mais qui, à l’époque, étaient juste une alternative à la BD classique, des magazines lus par quelques gamins. Cette pop culture concerne aussi, évidemment, la musique, le dessin, le cinéma…

Est-ce que vous vous revendiquez vous-même de cette pop culture ?

Comme tous les gens de ma génération, je suis un mélange de culture classique et de tout ce qu’a apporté la pop culture. La génération précédente sortait de la guerre. Ces gens aspiraient à un monde paisible, calme et donc un peu ennuyeux pour les jeunes de mon époque. On n’avait pas envie de se contenter des valeurs liées à une petite vie pépère. La pop culture nous y a grandement aidés.

Vous allez bientôt partir à la découverte des régions dans le cadre d’une nouvelle émission pour Canal +. En quoi cela va-t-il consister ?

On est partis de l’idée que chaque chaîne avait son émission patrimoniale comme « Des racines et des ailes » et que ce serait drôle de jouer avec les codes de ces émissions. On ne va donc pas tout à fait faire découvrir les mêmes individus, les mêmes endroits que dans «Des racines et des ailes »… Mais on va se marrer. Et je peux vous dire qu’il y a dans les régions autant de farfelus quand dans les grandes capitales où on avait tourné auparavant.

LE SEUL ENDROIT OÙ JE PEUX PRATIQUER LA TÉLÉVISION QUE J’AI ENVIE DE FAIRE

Quel regard portez-vous sur la « province » ?

Je passe le plus de temps possible en Normandie, donc la province ne m’est pas étrangère. Pour l’émission, j’essaie d’arriver un peu comme un ethnologue, dans la peau d’un Français très content de lui, un peu hautain, qui pose son regard sur le monde et observe les autres en se disant : «Pourquoi ces gens-là parlent si bizarrement ? » C’est un peu mon « Rendez-vous en terre inconnue ».

Sur Canal, vous êtes le dernier représentant d’une époque. En êtes-vous nostalgique ?

J’étais là le 4 novembre 1984 et je suis toujours là. Alors, bien sûr, je me suis baladé entre-temps, mais ça reste ma maison mère, malgré les turbulences que la chaîne a pu traverser. C’est aujourd’hui le seul endroit où je peux pratiquer la télévision que j’ai envie de faire. Et pour prendre plaisir à faire de la télé, il faut que je puisse travailler à ma main, avec le petit commando qui m’accompagne depuis des années. C’est ce que m’offre Canal.

Vous avez publiquement fustigé les émissions de télé-réalité. Pourquoi ?

Parce que je suis convaincu qu’on joue avec le feu en diffusant ces conneries. La télévision est un médium qui, certes, a perdu de son pouvoir au profit d’internet mais qui a toujours une place prépondérante dans la vie de beaucoup de gens. Je pense que depuis la privatisation de TF1, en 1986, on est passé d’une télévision qui s’était fixée pour mission d’informer et de divertir à un objet qui devait rapporter de l’argent. Pour faire rentrer cet argent, il a fallu drainer le maximum de spectateurs par le biais du plus grand dénominateur commun : la facilité, la vulgarité, les jeux du cirque.

Or, ces émissions de télé-réalité ont une incidence culturelle. Les gens qui consomment ça tous les jours sans second degré, qui pensent que l’important c’est d’avoir son quart d’heure warholien et que c’est marrant de voir des individus traités comme des rats de laboratoire subissent les effets de tout ça en matière de goût, de culture et d’éducation. Je ne suis pas pour une télévision morale, mais là c’est vraiment n’importe quoi…

Que vous inspire la tendance au lynchage de certaines émissions de télévision ?

C’est la disparition d’une forme de bienveillance. L’arrivée des réseaux sociaux, du commentaire immédiat, la recherche effrénée du buzz ont transformé les choses. Cela donne des moments bizarres, des clashes, des moments de tension. Il fut un temps où les seuls moments de tension étaient chez Michel Polac, mais c’était le produit de débats d’idées. Alors que là, on va provoquer le petit dérapage qui va être repris et consommé de manière éphémère dans les heures qui suivent. Avant d’être oublié le lendemain.

Samuel RIBOT

Extraits de l' union du 17/12/2017

  

    

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Tony CARRElRA

Entre FRANCE et PORTUGAL

Le chanteur fait carrière depuis vingt-cinq ans entre les deux pays. Il se produira début février à Châlons.


Tony CATTEIRA sera sur lza scène du Capitole, à Châlons-en-Champagne, ,début février

Au Portugal, c'est LA star qui réussit à faire venir quelque 500.000 fans à l'un de ses concerts. Une vedette de la chanson qui est également connue en France, c'est d'ailleurs chez nous qu'il a fait ses premiers pas et sorti un tout premier album en 1988, Et c'est le bouche-à-oreille au sein de la communauté portugaise implantée dans l'hexagone qui a rendu populaire Tony Carreira.

Antonio Manuel Mateus Antunes, c'est son vrai nom, n'avait que 10 ans lorsqu'il est arrivé en France. Né en 1963 au Portugal, il a débarqué en banlieue parisienne dans les bagages de ses parents, un papa maçon et une maman femme de ménage, qui ont dû émigrer.

Le chanteur de variétés aux deux langues, a sorti une vingtaine d'albums et vendu plus de 4 millions de disques

Aujourd’hui, Tony Carreira navigue, plus que jamais, entre la France et le Portugal. Le chanteur de variétés aux deux langues, qui a sorti une vingtaine d'albums et vendu plus de quatre millions de disques, remplit sans problème le Zénith de Paris ou l'Olympia mais aussi le Pavillon Atlantique à Lisbonne. C'est d'ailleurs dans cette salle qu'il a fêlé ses vingt-cinq ans de carrière.

Un concert entièrement en portugaisavec grand orchestre et un public qui chante à l'unisson. On mesure d'ailleurs la popularité du téné- breux Tony en écoutant cette immense salle interpréter ses plus grands succès ~ sa place. La gent féminine est au premier rang mais ses messieurs marmonnent aussi les paroles. Même si l'on ne maîtrise pas le portugais, la langue est chantante et la mélodie entraînante, De jolis moments émaillent le spectacle, comme un duo avec sa fille Sara ou une reprise de Comme toi de Jean-Jacques Goldman. Tout de noir vêtu. Tony Carreira fait le show et ses fans sont aux anges.

Ce concert aux vingt-quatre chansons a fait l'objet d'une captation et le DVD sort dans un coffret qui comprend également un album sorti en 2015. Mon Fado est un CD de quatorze titres destiné au public français et réalisé notamment avec Serge Lama. Tony Carreira chante dans les deux langues et mélange des chansons inédites et des reprises comme Sodade de Cesaria Evora qu'il interprète avec Yura Silva ou encore C'est la vie dans un duo complice avec Adamo, revisite également de grands airs entraînants de la chanson portugaise, c'est un peu son fado à lui..

« Mon Fado » (comprenant le DVD du concert, un documentaire inédit et un CD) est paru chez Sony Music. À noter que Tony Carreira se produira dimanche 11 février, à 17 heures, au Capitole de  ChâIons·en·Champagne.

Olivier BACHELARD

Extraits de l' union du 29/12/2017

  

    

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Ingrid CHAUVIN

« Accepter l’âge et les blessures de la vie »

Ingrid Chauvin rayonne dans la saga « Demain nous appartient », diffusée chaque jour sur TF1. La comédienne évoque la maturité et sa « carrière de femme accomplie qui commence »

« Quand on est actrice, ce n’est pas forcément évident de prendre de l’âge
Fabien Malot / Telsete / TF1

Non, tout n’a pas changé à la télé. Ingrid Chauvin elle-même a l’impression de jouer dans « Demain nous appartient » comme elle a pu le faire dans « de grosses sagas de l’été auparavant ». Depuis Sète, où elle s’est installée en famille, la resplendissante actrice, qui affiche à la ville la même force que ses personnages d’héroïne, évoque cette nouvelle aventure. Avant de passer le pas de sa porte et de retrouver son fils Tom, pour le « bain et le câlin »…

Ingrid, plantez-nous un peu le décor de « Demain nous appartient ». Vous y incarnez l’héroïne, Chloé. Qui est-elle ?

Chloé est une mère de famille, une femme aussi forte que fragile qui ira jusqu’à braver les interdits pour sauver ses enfants. C’est tout pour ses enfants, tout pour les autres. On démarre la série avec une collision entre deux bateaux et elle part à la recherche de son fils : était-il sur le bateau ? C’est le parcours de cette femme qui va se battre pour défendre son enfant. Ça commence comme un thriller.

Chloé est mère de grands enfants. C’est la première fois qu’on vous voit mère d’ados à l’écran…

Oui, et ça faisait partie de l’acceptation. C’est la première fois qu’on me voit dans cette maturité-là. C’était important pour moi aussi de commencer ma carrière de femme accomplie.

Avez-vous craint tout de même que ces rôles-là ne viennent pas à vous, qu’on ne pense plus à vous au fil des années ?

Ça fait plaisir en tout cas de les recevoir ! Effectivement, quand on est actrice, ce n’est pas forcément évident de prendre de l’âge. Ma vie personnelle m’a un peu abîmée aussi… mais je dirais que juste le fait de ne plus être du tout sur le physique et de proposer autre chose permet de trouver des rôles plus intéressants. On parle plus de sentiments, de psychologie des personnages et on n’est plus obligée d’être jolie ! C’est intéressant d’accepter l’âge et les traumatismes, les blessures de la vie qui nous construisent différemment et qui, du coup, proposent une image de nous différente.

Avez-vous eu peur à un moment d’être enfermée dans des rôles de femmes sexy, qu’on ne mette en avant que votre physique ?

Je pense que ça s’est fait naturellement. J’ai été exploitée évidemment beaucoup à l’époque de « Dolmen » pour ma plastique, mais je pense que les gens ont appris à découvrir la femme que j’étais. Le fait de rester quelqu’un d’abordable, de simple, aide. Je n’ai jamais nui aux femmes non plus. Il y a eu un public féminin, masculin, des grands-parents, des ados qui m’ont suivie. Je dirais que peu importe le physique, les gens ont vu autre chose. Ils ont vu l’arrière-plan. Du coup, c’est ce qui reste et permet de vieillir avec eux.

Dans « Demain nous appartient », tous les ingrédients d’une saga de l’été sont présents. Et vous vous y connaissez plutôt pas mal en saga, après « Méditerranée » et « Dolmen », le plus gros succès du genre en 2005…

(Rires) Je ne sais pas si j’ai du flair car malheureusement, on ne peut jamais savoir si ça va fonctionner. Mais dès que j’ai lu les scénarios de « Demain nous appartient », je voulais absolument connaître la suite. J’étais happée par l’histoire. Et vraiment touchée par mon personnage. Je déborde d’énergie malgré les journées intenses de travail.

C’est en effet un autre rythme. Ici, vous tournez une saga quotidienne…

Les journées sont plus intenses… Mais à part ça, je dois vous avouer que j’ai l’impression de tourner « Dolmen ». J’ai l’impression de repartir quelques années en arrière et d’être encore inscrite dans ces grandes sagas familiales qu’on adorait. Le rythme de tournage est certes plus intense, mais on travaille exactement de la même manière. On a la chance en plus de travailler dans des décors naturels, plus spectaculaires les uns que les autres. Les journées sont plus longues, mais on travaille de la même façon. La difficulté reste de jouer des scènes pour dix épisodes différents, en une seule journée. Psychologiquement, il faut une grosse concentration pour se repérer dans l’histoire, savoir où on en est. Mais on a la chance d’avoir des coaches qui nous guident sur l’étape psychologique et nous rappellent ce qui s’est passé juste avant.

Certains voient en « Demain nous appartient » un potentiel concurrent à « Plus belle la vie ». Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas qu’on puisse comparer cette saga à « Plus belle la vie » car on n’est pas du tout dans le même registre. À part pour le montage et l’horaire de diffusion peut-être.

ELLE SE LANCE AUSSI DANS LES LIVRES POUR ENFANTS

« Je lance en octobre ma collection de livres pour enfants qui s’appelle " Les contes d’Ingrid ". J’ai adapté Tom Pouce … Forcément, il fallait bien un petit clin d’œil de départ ! Et La belle au bois dormant . D’ailleurs je me suis entraînée sur Tom (son fils âgé de 1 an, ndlr), c’est rigolo. J’ai enregistré ma voix en studio et j’ai pris des voix différentes à chaque fois qu’un petit personnage intervenait dans l’histoire. Du coup, les parents pourront soit lire les histoires à leurs enfants, soit leur faire écouter le CD. Et pour l’avoir testé avec Tom, ça marche plutôt bien. Mais pas forcément pour l’endormir ! (sourire) »

Charlotte VANBEVER

Extraits de l' union du 10/09/2017

  

    

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Karen CHERYL

Ce n’est qu’un pan de mon histoire

Isabelle Morizet : « Le chapitre de ma vie sous les strass et les paillettes n’était que le premier tome de mon histoire. »


J’ai refermé ce livre avant que l’aventure ne devienne mélancolique et laborieuse.»
Max PPP

À SAVOIR

*.- RETROUVEZ ISABELLE MORIZET tous les samedis et les dimanches, sur les ondes d’Europe 1, de 16 à 17 heures.

*.- AINSI QUE TOUS LES SAMEDIS, sur France 3, à partir de 13 h 25, dans Les grands du rire, et tous les dimanches, sur France 3, à partir de 13 h 35, dans Les grands du rire, l’émission du dimanche.  

Elle fut une icône de la chanson. Isabelle Morizet, de son vrai nom, a désormais une autre vie  à la télé et à la radio où, depuis plus de dix-huit ans, elle mène des entretiens sur les ondes d’Europe 1.

Depuis la rentrée, on vous retrouve, chaque dimanche, dans une nouvelle émission, L’Émission du dimanche. Comment nous présenteriez-vous ce rendez-vous ?

En fait, l’émission du samedi après-midi sur France 3, Les grands du rire, rencontre un tel succès, est devenue à ce point incontournable, que la direction de la chaîne a souhaité doubler l’aventure en fixant aux téléspectateurs un autre rendez-vous le dimanche.

À l’instar de sa grande sœur, cette émission, présentée elle aussi par Yves Lecoq et infusée d’une même nostalgie bon enfant, met en lumière des artistes appartenant à des horizons très divers. À l’inverse du samedi où, dans la chronique Étoiles de légende avec mon confrère et ami Henri-Jean Servat, on ne parle que de variétés, de chansons et d’artistes, le dimanche, notre rubrique Les mystères de l’Histoire revient sur des destins d’hommes et de femmes dont la gloire est entrée à jamais dans la légende. On a déjà évoqué la mort de Marilyn, on consacrera bientôt une séquence au mariage de Grace Kelly, à Jackie Kennedy, à Coco Chanel… Le tout traité de façon romanesque, avec des pépites inattendues.

En plus de la télévision, parallèlement, vous faites également de la radio, sur les ondes d’Europe 1…

La radio est un média qui me passionne. J’en fais depuis dix-huit ans maintenant, mais ma gourmandise reste intacte. (Rires) J’ai la chance d’avoir ma propre émission, Il n’y a pas qu’une vie dans la vie diffusée tous les samedis et tous les dimanches. Cette émission est un voyage. J’entraîne mon invité là où, d’ordinaire, il ne s’aventure pas en interview. On pose les armes, on franchit la rivière et, au cours de ces promenades mises en scène de façon inédite, car je me documente beaucoup, il se révèle !

J’aime cette méthode douce, tout l’inverse d’une interview coup de poing. Elle permet d’évoquer la chair des choses, apporte de vraies révélations. Les plus grands noms de la chanson, du cinéma, de la politique, de la philosophie ont répondu à mes questions, de Michel Onfray à Vanessa Paradis, de Simone Veil à Johnny Hallyday, de Juliette Binoche à Alain Souchon ou Nolwenn Leroy… Je viens d’enregistrer François Berléand et rencontre bientôt Philippe Besson. Récemment, la direction d’Europe 1 a rediffusé l’entretien que m’avait accordé Pierre Bergé. Cette émission, c’est un peu ma Légion d’honneur !

On vous connaissait, hier, sous votre nom d’artiste, Karen Cheryl. Pourquoi, aujourd’hui, préférez-vous vous présenter sous votre nom de naissance, Isabelle Morizet ?

Lorsqu’Europe 1 m’a confié une émission, d’emblée, j’ai souhaité être une intervieweuse qui met ses invités dans la lumière et non l’inverse.

Je tenais à être neutre, médiatiquement vierge. J’ai donc choisi l’anonymat de mon vrai nom, pour ne pas créer d’interférence sur ce que l’on connaît, ou plutôt ce que l’on croit connaître, de Karen Cheryl.

C’est-à-dire ?

Karen Cheryl est mon histoire, mais elle appartient aussi au public sans qui rien n’aurait été possible. J’ai beaucoup de gratitude, je ne veux rien oublier, rien effacer, mais ce n’est qu’un pan de mon histoire. Je tenais à être neutre, médiatiquement vierge. J’ai donc choisi l’anonymat de mon vrai nom

Au fond de moi, j’ai toujours été Isabelle Morizet, quelqu’un qui lit, réfléchit, se pose beaucoup de questions, écoute, observe. Le chapitre de ma vie sous les strass et les paillettes n’était que le premier tome de mon histoire. J’ai refermé ce livre avant que l’aventure ne devienne mélancolique et laborieuse.

Mais la suite ne fut pas simple. Lorsque j’ai eu l’envie de faire de la radio, de donner la parole aux autres, partout, on me disait : « Mais vous n’avez aucune légitimité! » Ça a duré sept ans. Mais je suis une femme obstinée. Je sais maintenant que j’ai eu raison !

Que peut-on vous souhaiter ?

Que la vie qui est la mienne aujourd’hui et qui me passionne me permette longtemps encore d’aller à la rencontre de personnalités hors-norme sur l’antenne d’Europe 1. Mais mon plus grand bonheur sera que mon fils s’épanouisse dans la vie qu’il a choisie. Je suis très fière de lui. À 22 ans, il fait des études d’ingénieur en informatique, spécialisé dans l’intelligence artificielle, dans une grande université en Californie. On est très complices lui et moi. J’aime sa détermination et son intelligence imaginative déjà connectée à 2030 !

Ma sœur, Sophia Morizet, vit, elle aussi, aux États-Unis (elle est d’ailleurs de nationalité américaine). Elle compose des musiques pour de nombreuses chaînes de télévision et pour des séries très connues, par exemple Léo Matteï, avec Jean-Luc Reichmann, et Munch, avec Isabelle Nanty, diffusées sur TF1. On correspond tous les jours par Facetime. Grâce à mon fils et ma sœur, j’ai toujours un peu de Californie dans le cœur.

BERTRAND DECKERS

Extraits de l' union du 19/11/2017

  

     

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Claire Chazal

En direct

Ses angoisses, le temps qui passe, les hommes de sa vie, le « 20 heures » : Claire Chazal   ne tait rien dans « Puisque tout passe ; fragments de vie », publié chez Grasset.  


« J’ai vraiment profité du fait d’être une femme, même s’il faut toujours se battre
 Photo News

 Elle a pris son stylo pour se raconter sans fard, à une période de sa vie « particulièrement difficile, dans laquelle il y a la mort de ma mère, après celle de mon père, le départ – violent – de TF1 et la soixantaine qui arrivait. Et moi qui suis dans ce vide, obligée de mettre des mots qui se mettent facilement sur le papier » . Dans Puisque tout passe, fragments de vie, on découvre une Claire Chazal fragile, sincère, en lutte constante contre ses angoisses. L’icône ne fait pas semblant. Tout en élégance, dans les mots et dans la tenue, rencontre avec la reine Claire.

Pour le grand public vous apparaissez, à travers ce livre, finalement différente de l’image, «comme tout le monde » en fait : fragile, parfois désarmée…

Oui bien sûr, même si je pense que le public perçait certains mystères je pense. C’est vrai que je rentrais dans leur foyer et que j’exerçais un métier où il faut être neutre, ne pas montrer ses émotions, qu’il faut essayer de rester très calme. D’ailleurs, je n’ai pas un tempérament très agité… Forcément j’imagine que j’ai renvoyé cette image de sérénité, voire un côté lisse.

Lisse, on a entendu ça de vous… mais si vous aviez été lisse pendant vingt-quatre années de JT, vous seriez passée plus inaperçue…

Ah oui, ce n’est pas faux ! Parce que c’est quand même une alchimie très mystérieuse : quel est l’effet qu’on produit sur le public, pourquoi on devient populaire… Je me suis posé plein de fois la question. Mais je n’ai pas de réponse si ce n’est celle que les choses ne glissent pas sur moi, que les gens m’intéressent.

Et la notoriété, à un moment donné, ça devient difficile à vivre ?

Je n’y ai trouvé que du réconfort. J’aime ce statut, même si je n’ai pas cherché ça. Quand je vois la quête de certains jeunes aujourd’hui qui est d’être connu, connu sur rien d’ailleurs… De notre temps, ce n’était pas du tout ça. J’aime beaucoup la chaleur humaine que ça dégage, ça ne contraint pas ma vie. Ça n’empiète pas sur ma liberté, quasi pas.

Votre maman disait de vous que vous êtes courageuse. Vous, vous auriez aimé qu’elle continue : la plus belle, la meilleure… Dans tout votre parcours, il y a cette envie d’être la meilleure ?

Oui, je pense. Dans la danse, je n’aurais pas pu. En travaillant j’aurais pu progresser mais dans cette discipline, comme le piano etc., il y a une part de don, en plus du travail bien sûr. C’est sûr que cette excellence-là, je n’ai pas su l’atteindre (sourire). Mais je l’ai cherchée dans ma vie. Dans ma vie en général mais surtout dans ce qu’on me donnait à faire, dans mon métier, dans la place que j’occupais dans la société. À l’école déjà, il y avait ce côté bonne élève… J’avais de l’ambition, je savais que je progresserais. Je ne savais pas où, car je n’avais pas du tout l’idée de faire de la télévision. Ce n’est pas mon idéal, ni une vocation. Ça a été mon métier et ma passion d’emblée par contre.

Vous évoquez dans le livre la libération de la parole des femmes. Vous-même, à vos débuts – en remplaçant un homme, Ladislas de Hoyos, à la tête des JT du week-end de TF1 –, n’avez jamais été bousculée par la gent masculine, peut-être un peu misogyne ?

Lui, je crois, m’en a voulu beaucoup. Mais je n’avais absolument pas intrigué pour prendre sa place. Ils m’ont appelée, tous sont venus me chercher alors que je faisais le journal de la nuit. Je n’ai pas voulu évincer qui que ce soit. Je le dis au passage, même si on s’en fiche complètement, mais jamais on ne peut reprocher à quelqu’un de prendre sa place. Jamais je ne reprocherai à Anne-Claire Coudray de présenter le journal de 20heures de TF1. Elle était là, me remplaçait, on lui a demandé d’être titulaire et voilà. Même chose pour moi qui ai remplacé quelqu’un àEntrée libre. Bref, quand j’arrive à TF1, je suis très bien accueillie. Oui, je suis une femme mais ils avaient cette volonté de mettre une femme à l’antenne. J’ai vraiment profité du fait d’être une femme, même s’il faut toujours se battre. Je n’ai pas eu le même salaire que les hommes, mais j’étais très bien payée progressivement. Je me suis battue contre les autres, mais pas parce que j’étais une femme.

Mon métier je l’aime. Il se trouve qu’il faut mobiliser ses forces et sa concentration ,donc c’était un combat

À l’époque, quand on vous propose d’incarner les journaux du week-end de TF1 – deux autres chaînes vous voulaient également – vous étiez déjà prise d’angoisses. Pourtant, vous y allez…

C’est le paradoxe de cette vie : le tempérament de quelqu’un de réservé, timide, angoissé, phobique, inquiète depuis toujours. Cette fille-là a fait un truc inimaginable en fait!

Ces démons, cette peur, cette anxiété chronique, comment la contrôlez-vous ?

Je la contrôle, parfois moins bien, ça dépend des périodes. Il y a des périodes où je ne contrôle pas du tout et là traverser la rue est une épreuve. Peut-être, il y a eu des moments de dépression que je n’ai pas diagnostiqués.

Dans ces moments-là, avant une interview par exemple, rien ne vous rassure. Même pas le fait que vous connaissez depuis trente ans la personne que vous allez interviewer, François Hollande…

Cette interview était loin d’être une première, je le connais bien, je prépare. Il n’y avait aucune raison… Ça doit révéler autre chose : peut-être aussi un moment de grand doute. C’est le cas quand arrive ce 14 juillet 2015 (annonce de son départ à venir de TF1, NDLR) où je pense que je sens que mes jours sont comptés. Ou plutôt que j’en ai une espèce de conscience…

Vous dites avoir toujours eu l’angoisse de ce dernier JT. Pourquoi ne pas avoir vous-même décidé de partir ?

Parce que ce que je ressentais n’était pas lié à mon métier. Mon métier je l’aime. Il se trouve qu’il faut mobiliser ses forces et sa concentration, donc c’était un combat. Mais je ne me serais pas libérée de mes peurs en arrêtant ce métier. J’aurais vécu moins bien.

.  Les hommes de sa vie, PPDA, son fils…

La peur qui est en vous, qui vous a été en grande partie transmise par votre maman, avez-vous eu peur que votre fils, François en hérite ? Il a plutôt l’air de savoir se débrouiller à l’étranger…

J’espère en tout cas, parce qu’il est mystérieux en même temps ! J’espère que je ne lui ai pas transmis ça en tout cas ! Je n’ai pensé qu’à ça. Mais enceinte, j’étais vraiment dans une allégresse, je n’ai pas du tout eu de peur pendant ma grossesse. Les peurs sont venues après, on est un peu démuni face à un petit bébé. J’ai pris sur moi, même si ça transparaît. Je le voyais sur le visage de ma mère. Mon fils, quand je ne suis pas bien, il le voit. Mais dans le mode de vie, j’ai plutôt privilégié, j’espère, la quête du bonheur, du plaisir, même si j’accorde beaucoup d’importance au travail.

Vous évoquez quelques hommes de votre vie, dont PPDA, le père de votre fils. Et cette période où votre relation était à « moitié secrète »… Une période particulièrement difficile à gérer, avec la notoriété ?

C’est vrai que c’est un peu la difficulté parce que moi j’étais très heureuse et je me suis efforcée de ne pas en parler en dehors de mes amis. C’était un peu une contrainte. Mais j’ai essayé de cacher notre relation à l’extérieur pour des raisons familiales essentiellement, parce qu’il y avait une autre famille à côté.

Ce qui fait de vous quelque part une femme comme les autres…

Oui peut-être. (sourire) Ce sont des situations un peu hors normes mais qui existent, c’est sûr ! Moi personnellement, je m’étais préparée à ça (la maternité, ndlr), c’était ma volonté. Je savais que j’avais les moyens, que je serais organisée. Mais il fallait le cacher.

Extraits de l' union du 24/06/2018

  

    

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Marie-Anne CHAZEL

à l'affiche de « Représailles »

L'actrice partage l'affiche de « Représailles » avec Michel Sardou: En tournée à travers la France, après son succès à Paris, cette comédie sera jouée à Saint-Quentin et a Chalons-en-Champagne.


Marie-Anne Chazel joue le rôle de l'épouse de Michel Sardou dans « Représailles », pièce à l'affiche à Saint-Ouentin et à Châlons-en-Champagne
.

« En scène, Michel Sardou reste Michel Sardou même s'il interprète un rôle. Du coup, il ne disparaît jamais totalement derrière son personnage »
Marie-Anne Chazel

•.- Pourquoi avoir choisi cette pièce ?

Je connaissais déjà l'auteur Éric Assous. Nous nous étions croisés à l'occasion de la pièce « Le bonheur » il y a quelques années. J'aime beaucoup son écriture tout comme j'apprécie aussi la metteur en scène Anne Bourgeois. Et puis je retrouve Michel Sardou pour la troisième fois. Comme dans le film « Cross » de Philippe Setbon et la pièce « Comédie privée » de Neil Simon, je tiens encore le rôle de son épouse. Cette pièce traite du mariage et du mensonge dans le mariage avec drôlerie et finesse à travers des personnages hauts en couleur;

•.- N'y a-t-il pas une certaine lassitude à multiplier les représentations ?

Absolument pas. Même si la pièce est très écrite, elle a permis un travail d'improvisation lors des répétitions. Quand on joue, on se tient les uns aux autres. Le rythme est important. La pièce repose aussi sur l'emballement des situations. Chaque soir, on redécouvre notre texte. Le théâtre est un travail un peu obsessionnel mais aussi très passionnant. Certains comédiens peuvent jouer des centaines de fois un rôle et toujours trouver quelque chose à modifier dans leur jeu.

•.- Vous partagez l'affiche avec Michel Sardou. Est-ce délicat de jouer à côté d'un monument de la chanson comme lui ?

Il y a une vraie différence à partager la scène avec quelqu'un reconnu dans -un autre domaine que le théâtre. Michel Sardou a un public très large alors que le mien est beaucoup plus un public de théâtre. Il a une vraie fidélité de son public. Certains ont vu la pièce plus d'une vingtaine de fois. De même, ce public est présent de la première à la dernière représentation à Paris comme en tournée. C’est touchant. En scène, Michel Sardou reste Michel Sardou même s'il interprète un rôle. Le public l'attend. Du coup, il ne disparaît jamais totalement derrière son personnage. Mais attention, le public ne vient pas voir un show Sardou mais bel et bien une pièce de théâtre. De plus, avec la chanson du film « La famille Bélier », il a conquis un public beaucoup plus jeune qui découvre aujourd'hui le théâtre.

•.- Après avoir joué la pièce l'an dernier au théâtre de a Mlchodière à Paris, vous êtes en tournée. Le public de province est-Il différent ?

Oui, il est différent et particulièrement depuis les attentats de l'an dernier. Le public de province a alors cessé de venir à Paris. Il apprécie donc que nous nous déplacions vers lui et attend notre passage avec une certaine impatience. Au final, l'accueil est très chaleureux. Et comme la pièce est très drôle, le public rit beaucoup et le rire est fédérateur.

•.- La via d'une pièce en tournée est-elle différente de la vie parisienne ?

La pièce en elle-même ne change pas. Le texte, les décors, le déroulement sont les mêmes. Par contre, la salle est différente chaque soir surtout du côté de la technique. Nous alternons entre petits théâtres et salles plus grandes. Le public est lui aussi différent chaque soir.

•.- Est-ce plus fatigant ?

Oui et non. Être en tournée nous procure une vie très différente. A Paris, le théâtre n'est présent que le soir. En journée, nous sommes pris dans des tas d'autres choses aussi bien personnelles que professionnelles. En tournée, nous nous consacrons en totalité au théâtre. Entre les opérations de communication, de promotion, les transits entre deux villes et la découverte chaque soir d'une nouvelle salle, nous n'avons pas le temps de nous ennuyer. C'est aussi cela qui fait le charme des tournées, on peut aussi en profiter pour revoir des amis ou de la famille.

•.- Dans la mémoire collective vous restez Zézette du « Père Noël est une ordure », Gigi des « Bronzés » ou encore « Dame Ginette » des  « Visiteurs ». Ces rôles ont-ils éclipsé le reste de vôtre carrière et cela vous gêne-t-il ?

Absolument pas. J'ai eu une sacrée chance de rencontrer ces rôles lorsque j'étais jeune. Même si je le pouvais, pour rien au monde Je ne souhaiterais m'en départir. Le public m'a toujours suivie. Et ça continue. Je rencontre encore des jeunes qui viennent de découvrir ces films. C'est un beau cadeau qui dure depuis 40 ans.

Bruno DAUZA

Extraits de l' union du 14/01/2017

  

    

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 Julien CLERC

C’est par les scènes que j’ai progressé

Mercredi sur la scène de Foire en Scène, Julien Clerc revient sur cinquante ans de carrière et sur son travail de composition.


Après tout ce temps, je reste un artiste créatif; ça, ça compte beaucoup pour moi.»
BOBY

Julien Clerc, cinquante ans de carrière, ce n’est pas rien. Si vous deviez retenir cinq événements et dates de celle-ci, quels seraient-ils ?

D’abord, ce fut la musique. Quand mes parents se sont séparés, de facto ils ont installé un système de deux foyers. J’avais été confié à la garde de mon père, ce qui était rare, mais je voyais ma mère au cours des week-ends.

À ces deux foyers correspondaient deux femmes, et deux musiques. Il y avait la musique classique à la maison, à Bourg-la-Reine, chez mon père et ma belle-mère qui m’a élevé en partie. Quand j’allais chez ma mère, le week-end, il y avait les autres musiques, la chanson française et le jazz. Par ces deux femmes qui ont été autant mes deux mères, la musique s’est installée tout de suite

Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir continuer à chanter ma musique, et être capable d’en produire, d’inventer des mélodies

La deuxième date serait la sortie du premier disque en mai 1968. Une signature chez Pathé-Marconi et le fait d’avoir rencontré, quelques mois auparavant, Étienne Roda-Gil. Le premier disque, La Cavalerie, avec toute l’équipe de départ (Étienne Roda-Gil, Maurice Vallet, Jean-Claude Petit aux arrangements – qui a mis sa patte dès le début en marquant mes compositions, et il y a aujourd’hui des retentissements de son travail qui se retrouvent dans la production de Calogero car ce sont ses arrangements-là qu’il a écoutés quand il était jeune adulte – et moi-même).

Troisième date : des dates de scène car c’est par elles que j’ai progressé. Je pense à Hair parce que ça m’a fait gagner du temps en célébrité. Le fait d’avoir accepté de jouer dans cette comédie musicale – après avoir refusé pendant un certain nombre de semaines – m’a aidé car il s’agissait d’un spectacle totalement nouveau. Participer à un opéra rock était un choix important. Quatrième date : Bercy, au milieu des années 1980. J’étais le premier chanteur français à faire Bercy.

Et la dernière ?

Aujourd’hui car c’est l’année des cinquante ans de carrière. On n’est pas si nombreux à avoir fait une carrière de cette longueur. Mais c’est surtout le fait qu’après tout ce temps, je reste un artiste créatif ; ça, ça compte beaucoup pour moi. Je pourrais continuer à faire des tournées en chantant mon ancien répertoire. Revenir tous les cinq ans… Ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est de pouvoir continuer à chanter ma musique, et être capable d’en produire, d’inventer des mélodies car c’est le métier que je me suis choisi.

Est-il exact que vous avez rencontré Étienne Roda-Gil en 1967 à l’Écritoire, après que vous avez lancé à la cantonade : « Qui veut m’écrire une chanson ? »

C’est exact ; il était là. J’ai eu de la chance. J’écrivais des musiques mais je n’avais pas de paroles. Il fallait bien que je trouve un parolier; ce fut une chance inouïe de tomber sur celui-là ce jour-là ; j’aurais pu tomber sur un très mauvais parolier. Pas aussi novateur, pas aussi atypique. Ça a marqué toute la suite parce qu’il a mis la barre très haut.

Qu’avait-il de différent ?

Il a mis des paroles qui n’étaient pas dans le mainstream. C’est ce qui a fait ce style. Quand j’ai décidé de travailler avec d’autres auteurs – parce que je voulais renouveler et que je pensais qu’il ne fallait pas continuer à travailler toujours avec le même parolier sinon un jour on risquait de tourner en rond – il avait mis le niveau tellement haut que quand j’ai demandé des paroles à d’autres, ils ont fait attention.

Extraits de l' union du 03/09/2018

 L’émerveillé

Pour ses cinquante ans de carrière, Julien Clerc revient sur une carrière   qui s’est passée « de la plus belle des manières ». Entretien avec un perfectionniste.

Julien CLERC en concert

*.- OÙ ? Au Splendid, boulevard Léon-Blum à Saint-Quentin.

*.- QUAND ? Jeudi 3 mai.

*.- INFOS : www.saint-quentin.fr/111-splendid.htm

Cinquante ans de carrière. Cinquante ans de chansons. Qu’en retenez-vous ?

Ce que je retiens, c’est que j’ai pu les occuper à vivre la vie que je m’étais choisie. Ce qui n’est pas donné tout le monde : faire de la musique et inventer des chansons. J’ai la chance d’être toujours là. C’est du travail, mais il a été récompensé. Ces cinquante ans se sont passés de la plus belle des manières. Avec émotion, avec les gens. Je fais sans doute le plus beau métier du monde. La musique est un vecteur merveilleux. Et cinquante ans après le début, je suis toujours créatif. On n’est pas nombreux à avoir fait ça.

À vos débuts, vous pensiez à la longévité ?

Je ne pensais pas que ça durerait autant. Je ne me suis pas trompé d’engagement. J’ai des défauts comme tout le monde mais j’aime la musique et j’ai réussi à en faire ma vie. C’est sans doute un art mineur mais populaire. On est obligé de créer tout le temps. Mon esprit n’a jamais été ailleurs. J’ai compris très tôt que j’étais fait pour une chose et qu’il fallait que je développe ça au mieux. La nature m’a donné deux choses : la possibilité d’inventer de la musique et une voix très personnelle. Il fallait que je travaille ces deux choses-là. J’ai centré ma vie là-dessus et sur ma vie de famille.

Ça m’amuse de faire de la route pour chanter. Ce côté vagabond est agréable C’est ce qui vous a permis de ne jamais tomber dans la lassitude ?

Je ne me suis jamais lassé de chanter. Quand le public a posé ses yeux sur une chanson, c’est une chance très grande. Je suis difficile avec mes auteurs et je ne le regrette pas. J’ai la chance de ne pas être parolier. C’est un gage de longévité. Je ne suis que musicien et interprète. Je continue à être émerveillé et j’ai cet amour de la scène. Je fais partie de cette génération, qui a été dressée à être tout le temps sur la route, à sillonner le pays pour aller chanter. Ça m’amuse de faire de la route pour chanter. Ce côté vagabond est agréable.

On a la chance d’être aussi dans un pays assez petit où on est obligé de se battre. Il faut constamment refaire ses preuves. J’ai toujours cette envie. C’est un bon aiguillon.

C’est ce qui aide à garder les pieds sur terre ?

On est obligé de continuer à travailler pour vivre. Ça nous tient vivant surtout quand on a la volonté de faire ce métier comme il faut, de revenir aux fondamentaux, de faire des tournées. C’est comme le vin, il y a des crus plus ou moins bons. Ça nous prolonge. Le tout, c’est de rester fidèle à l’idée qu’on se fait de ce métier. Je prends toujours des cours de chant car je prétends continuer à évoluer vocalement. Je veux peaufiner, avoir une voix irréprochable. C’est très réjouissant pour soi-même avant de l’être pour les autres.

Ça vous demande des sacrifices ?

Quand je suis en tournée, ce qui compte, c’est le spectacle. Je dors le plus possible, je m’entretiens. C’est ça qui fait que le soir, vous pouvez donner le meilleur de vous-même, rendre heureux et faire plaisir aux autres.

Est-ce qu’après cinquante ans de carrière, on a toujours le trac ?

Bien sûr. Ça ne s’en va jamais. Je n’ai jamais vomi avant de rentrer sur scène. Je suis toujours très heureux d’y aller. J’attends ça avec impatience mais comme les footballeurs, j’ai un petit rituel avant. C’est le seul moment de votre vie qui vous rend différent des autres êtres humains. Ce trac disparaît sur scène mais peut revenir si je fais plusieurs erreurs. Je dois être extrêmement concentré.

Vous semblez perfectionniste ?

Je le suis. Avant de faire ce métier, je passais pour quelqu’un de dilettante. Tout a changé quand je me suis lancé dans la musique.

Comment avez-vous imaginé le spectacle de vos cinquante ans ?

Il y aura de la mise en scène, des images et une vingtaine de chansons, que des singles, mes numéros un. Mais je propose aussi chaque soir une liste de huit titres, jamais la même dans laquelle le public en choisit quatre. Ce qui fait que j’ai un tour différent chaque soir.

Aurore CHABAUD

Extraits de l' union du 16/04/2018

  

    

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Plongée an cœur des Chœurs  de l'armee russe  

L'ensemble originaire de Saint-Pétersbourg prépare actuellement sa première tournée en France qui passera parla Champagne-Ardenne en 2016


 
Entre les chœurs somptueux, les musiciens virtuoses et les danseurs et danseuses talentueux, le public se régale durant ce grand spectacle mettant à l'honneur la culture russe. Photos Gauthier HÉNON

 A peine les imposantes portes du palais des officiers de Saint-Pétersbourg franchies, le colossal escalier, taillé dans le marbre finlandais et dans les pierres russes, se déploie face aux spectateurs. De rares spectateurs. « Il s'agît d'un bâtiment appartenant à l'armée. Il est habituellement interdit au public », assure Serguei le gardien des lieux.

C'est donc dans ce site historique que répètent les Chœurs de l'armée russe, l'ensemble militaire qui sillonnera la France en 2016, en passant par la Champagne-Ardenne. « C'est un bâtiment qu'à fait construire Nicolas Il entre 1895, et 1897. Il souhaitait rassembler sous un même toit les officiers des différente composantes », poursuit le gardien du palais.

En 1936, la salle de bal est transformée afin d'accueillir de grandes réunions mais surtout des spectacles. Et un en particulier celui des Chœurs de l'armée russe. L'ensemble militaire historique prépare actuellement sa grande tournée dans l'Hexagone. L'occasion d'aller découvrir en avant-première le spectacle qui s'annones comme une très belle.

Les tonalités s'entremêlent et s'accordent pour se marier

Soudain, le rideau s'ouvre, laissant il apparaître l'orchestre. Vingt-cinq musiciens élégants, précis. Baguette en main, Evguény Kazanovski, le chef d'orchestre, impose la cadence. Avec autorité et charisme. Les chœurs entrent alors en scène, vêtus du costume traditionnel. Les tonalités s'entremêlent, s'accordent pour se marier à merveille.

Rapidement les danseurs et danseuses entrent en scène. Les planches se mettent alors à trembler sous les claquettes et les pas synchronisés des artistes. La salle vibre. L'ensemble - 25 musiciens, 30 choristes et 25 danseurs - appuyés par une quinzaine de techniciens, enchaîne alors les grands tableaux retraçant l'histoire de la Russie.

Les scènes de guerre bien évidemment où l'on préfère jouer la carte de l'humour que celle de la gravité. Comme, par exemple, quand un soldat blessé refuse de se faire soigner par un médecin mais ne manque pas d'inviter à danser sa collègue, tout en affichant un immense sourire.

Le spectacle ne manque pas de clins d'œil occidentaux comme cette interprétation étonnante de Tea for Two, titre indécrochable de La Grande vadrouille, pendant que des images du film sont projetées. « Nous avons discuté avec nos collaborateurs français pour savoir à quel film nous pouvions -rendre hommage. Quand ils nous ont cité celui-ci, nous avons été tout de suite d'accord car nous l'adorons », assure Sergey Isakov, capitaine dans l'armée russe et directeur de l'ensemble.

Autre attention portée aux spectateurs française, La Marseillaise est entonnée avec force et détermination. « Nous essayons de chanter l'hymne des pays où nous nous déplaçons. »

« Un élan de patriotisme très soutenu »

Et quoi de mieux pour un final en apothéose qu'une interprétation magistrale de Kalinka ? Après une heure trente de show intense et renversant, les rideaux se referment et les spectateurs redescendent lentement sur terre après l'ébouriffant périple à travers le temps.

« Il y a beaucoup de discipline mais également de la place pour créer. C'est cela qui est intéressant pour nous » , souffle une danseuse en sortant de la scène. « En Russie, nous arrivons à attirer tous les types de public possibles car il y a un élan de patriotisme très soutenu, tout âge confondu », insiste Sergey Isakov.

Les Chœurs de l'armée russe espèrent susciter la même ferveur où ils seront en tournée à partir de mars prochain. Une tournée qui passera par la Champagne-Ardenne. La date devrait être révélée prochainement.

Gauthier HÉNON


Les différentes composantes de l'armée russe sont représentées dans ce spectacle.


Les chorégraphies sont millimétrées.

SAINT-PETERSBOURG, la Venise du Nord

  3 OUESTIONS À SERGEY ISAKOV

« Montrer la culture russe »

Capitaine dans, l'année russe et directeur des chœurs. Grand responsable de l'ensemble, SERGEY ISAKOV dévoile le fonctionnement et ne cache pas son excitation à l'idée de faire une grande tournée en France.

 •.-  En France, on connait bien  Chœurs les de l’armée rouge. QueIle est la différence avec les Chœurs les de l’armée russe ?

L'armée rouge n'existe plus depuis 1938. Il y a ensuite eu l'armée soviétique, puis l'armée russe. Notre ensemble permet à ceux qui pratiquent un instrument ou dansent de pouvoir continuer une fois qu'ils entrent dans l'armée. Il y a donc des militaires mais aussi des salariés de l'administratif. C'est' l'occasion de montrer les traditions et la culture russe, avec ses chants, ses danses et ses costumes, à travers un grand spectacle.

•.- Etes-vous déjà venu en France ?

Nous sommes déjà venus pour suivre des délégations de ministres russes par exemple mais cela sera notre première tournée en France. En 2014, nous avons fait 428 concerts (la formation peut se diviser en plusieurs parties pour donner plusieurs concerts) et déjà 360 cette année.

Tout ça principalement en Russie. Les artistes sont donc très contents de partir sur les routes et de découvrir de nouvelles villes tous les jours,

•.-  Comment la troupe se renouvelle-t-el1e au fil années ?

En général, la carrière d'un artiste dure vingt ans ici. Nous organisons des concours de recrutement en fonction des départs des uns et des autres. Il y a cinq personnes qui postulent pour une place en moyenne,

 La géante culturelle russe


La ville ne manque pas de merveilles architecturales.

Joyau situé au nord-ouest de la Russie, la ville de Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 par le tsar Pierre le Grand. Elle a été la capitale de l'Empire russe de 1712 jusqu'en mars 1917, ainsi que de la Russie dirigée par les deux gouvernements provisoires entre mars et octobre 1917.Particularité, Saint-Pétersbourg a Pétrograd de 1914 à 1924, puis Leningrad de 1924 à 1991. Elle retrouve alors son nom original suite à un référendum.

Colossale en termes de superficie, la ville est la deuxième plus grande d'Europe, la cinquième côté population, avec plus de cinq millions d'habitants. La géante culturelle russe ne manque pas de bijoux et compte des merveilles architecturales comme la forteresse Pierre-et-Paul, la Cathédrale de la Résurrection, la Cathédrale de la Trinité ou encore le palais d'Hiver. L'Ermitage est un autre géant de la ville. Avec plus de 60000 pièces bichonnées par 2500 salariés, il s'agit du plus grand musée du monde, attirant chaque année plus de trois millions de visiteurs, Le fleuve de la Neva, se désarticulant en canaux et en affluents dans la ville, permet à Saint-Pétersbourg d'hériter un joli surnom : la Venise du Nord.

Les REPERES

Des répétions dans un palais : L'ensemble travaille actuellement son spectacle dans le palais des officiers à Saint-Pétersbourg

Vladimir Poutine parmi les spectateurs des Chœurs de de l'armee russe  

Les artistes russes ont enchaîné plusieurs centaines de concerts depuis leur création. Parmi les spectateurs, ils ont notamment compté Vladimir Poutine. le président de la Russie, qui les a vus plusieurs fois.

EFFECTIF

L’ensemble comprend une centaine d’artistes

TOURNEE

En 2016 la formation   enchainera  35 dates en France

Le CHIFFRE : 86

Comme le nombre d’années d’existence des Chœurs de l’armée russe. Il s’agit du deuxième plus vieil ensemble du pays, juste derrière celui de Moscou qui a un an de plus.

La PHRASE

« Les Chœurs de l'armée russe permettent de montrer la culture russe, la force de nos militaires tout en restant ouvert sur des choses plus modernes »
             Serguey lsakov, capitaine

 Extraits de l' union du 11/10/2015

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cœur  de PIRATE

« J'ai un sens très fort de la survie »

« En cas de tempête, ce jardin sera fermé » est le titre du quatrième disque de la chanteuse de 18 ans. On part à l'abordage de san cœur de pirate, qu'elle dévoile avec une sincérité désarmante.

On vous a quittée jurée de l'émission « Nouvelle Star » et ail vous retrouve enfin chanteuse ! Pourtant, je ne pensais pas du tout sortir de nouvel album. J'ai eu une période de vide après ma dernière tournée, je ne savais pas quoi faire de mon corps et de mon esprit, je n'avaisplus l'adrénaline des concerts ... J'ai décidé d'arrêter de boire de l'alcool pendant un bon moment afin de me recentrer et de savoir qui [étais vraiment. Et là, toutes les émotions et les angoisses du passé sont remontées. Je me suis dit qu'il fallait tout extérioriser. Puis, lors de Nouvelle Star, Yadam Andrés, un jeune Vénézuélien, a interprété l'une de mes chansons, cétait assez touchant. On lui doit ce disque, en quelque sorte! Car je me suis rendu compte que j'avais peut- être encore un rôle à jouer dans la vie des gens qui m'écoutent. C'est vraiment un album que j'ai fait pour mes fans

 Que signifie ce drôle de titre, « En cas de tempête, ce jardin sera fermé » ?

C’est une phrase que l'on trouve à l'entrée des squares, à Paris. En 2011, je faisais souvent des crises de panique. Un jour, je suis tombée dessus et ça m'a soulagée instantanément. Depuis, c'est un peu devenu un mantra, mais il s'agit aussi d'une métaphore. Ce jardin est ce que je suis. A l'époque, à chaque fois que des choses s'écroulaient autour de moi, je me refermais sur moi-même. Je ne parlais à personne, je gardais tout à l'intérieur, et ensuite, ça explosait. Les chansons de cet album, ce sont toutes les choses que je n'ai pas pu exprimer à des moments où j'aurais dû parler. Je suis contente de pouvoir les partager aujourd'hui, même si le processus a été compliqué ...

 Sur cet album, vous ne vous épargnez pas ...

Sur mes disques précédents, j'avais tendance à jouer la victime et à blâmer l'autre. J’étais plus jeune, je ne comprenais pas ce qui me poussait à aller vers des gens qui n'étaientpas bons pour moi. Cet album-là est une introspection, une analyse de mes propres démons. Le côté psychologique est très important. Faire de la musique a toujours été une thérapie, chez moi. J'ai la chance de pouvoir extérioriser mes sentiments. Mais cest vrai que ce disque me fait un peu plus mal, car j'y affronte tous mes traumatismes, tous mes problèmes, comme la dépendance affective. On trouve pas mal de chansons d'amour et, si on les écoute bien, on se rend compte que la personne s’oublie complètement. J’en parle notamment dans Somnambule. Cet album m'a vraiment fait avancer. J'avais pensé que, en devenant mère, en 2012,j'avais progressé, mais je me suis aperçue que je n'avais rien compris !

« Cela demande du courage de se montrer sensible et de faire face à ses émotions. »

 D’où viennent ces blessures ?

Quand j'étais petite, à l'école, j’étais le souffre-douleur. Ça a duré plusieurs années ... J'ai dû faire face, et j'ai constaté que je répétais ce schéma dans mes relations amoureuses en étant attirée par des gens qui me maltraitaient. J'ai souvent écouté mon cœur, cela m'a mise dans des situations fâcheuses, alors j’essaie d'avoir une autre approche aujourd'hui. Je suis dans l'optique de réfléchir un peu plus et d'écouter ma raison. J'ai été très fougueuse dans ma vie, j'ai eu beaucoup d'aventures amoureuses en peu de temps, et là, j'apprends à me calmer ! Le véritable amour, c’est celui qui se construit petit à petit. Je commence à être plus sage.

Il en faut du courage pour se dévoiler en musique ...

Oui. Je crois que cela demande beaucoup de courage et de force de se montrer sensible, de faire face à ses émotions. Ça permet dévolue en tant qu’être humain. La raison pour laquelle je chante, écris et compose, c'est que je sais que ça va aider ceux qui m'écoutent. Lorsque je mets un disque d'un artiste qui vient vraiment me chercher, je suis infiniment reconnaissante envers cette personne. J'ai envie de susciter ça chez les gens.

Et vous vous sentez comment maintenant ?

J'ai beaucoup de mal à faire confiance, mais je ressens une forme de résilience. J'ai même un sens de la survie très fort en moi, maintenant. D'ailleurs, comme on peut l’entendre avec mes nouvelles chansons, la  musique est joyeuse, légère alors que les paroles traitent de sujets graves. C’est notamment le cas de Je veux rentrer, qui parle d'agression sexuelle au sein d'un couple. Ce paradoxe est une façon de dire que Ibn peut s'en sortir. Bien sûr, ces chansons seront difficiles à chanter sur scène. Je ne sais pas comment je vais faire. Cela va forcément remuer des choses en moi. J'ai hâte de voir comment je vais réagir. ..

Quel regard portez-vous sur vos dix ans de carrière !

J'ai de la chance d'être toujours là. J'ai réussi à accomplir beaucoup de choses. Je suis très reconnaissante envers ceux qui m'écoutent depuis le début. Mon besoin de briller n'est plus aussi fort qu'avant. Je suis arrivée dans le monde de la musique par accident, je ne pensais pas en faire mon métier mais, aujourd'hui, je vis le rêve que je ne pensais pas avoir et je ne me verrais pas faire autre chose. J'aimerais bien composer pour des films, des jeux vidéo, et aider d'autres artistes à trouver leur place sur scène. Ça me plairait d'être dans la transmission. Je suis très contente de tout ce que j'ai accompli, et même de mes erreurs. J'ai réussi à survivre, d'une certaine façon, et à me remettre debout. Au début de ma carrière, personne ne m'a donné de conseil. De toute façon, je ne les aurais pas suivis. J'ai tout appris toute seule, ça a été utile. C'est essentiel de se faire confiance, de ne pas se dénaturer. J'écoute beaucoup mon intuition. Elle m'a rarement trompée.

 Quelle maman êtes-vous pour Romy ?

Elle a 5 ans et demi. Ça va super bien. J’essaie d’être présente le plus possible pour elle. C’est la meilleure chose qui me soit arrivée! Devenir maman m'a beaucoup aidée. Avant la naissance de Romy, j'avais des crises de panique, je n'en ai plus. Ma mère m'a initiée au piano très jeune et je l'ai vécu comme une contrainte, alors [évite de me comporter de la même façon avec ma fille, qui n'est pas trop dans la musique. Elle s'appelle Romy, car ma mère me faisait regarder Sissi impératrice quand j'étais enfant. Je lui chante Mistral gagnant le soir, avant qu’elle s'endorme. C'est une chanson qui me parle beaucoup. Quand Renaud l'a composée, il était à Los Angeles, loin de sa fille. Je me retrouve énormément dans ses paroles. Même si j'emmène Romy quand je suis en tournée, si elle n'a pas école.

 Que souhaitez-vous pour la fête des Mères ?

Que tout le monde puisse être en contact avec sa mère QU, si ce nest pas possible, ait au moins une pensée pour elle. Je m'entends très bien avec la mienne, mes parents sont encore ensemble. J'ai eu une enfance très heureuse avec eux.

 Vous sentez-vous proche du mouvement féministe actuel ?

Oui, j'ai toujours dit que j'étais féministe. C’est important, d'autant plus que j'ai une fille : c'est essentiel de lui transmettre ce combat-là.

CD En cas de tempête, ce jardin sera fermé (Mercury/ Universal). Sortie le 1er juin.

Valérie ROBERT

 Extraits de l' union du 27/05/2018

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 COLUCHE

Rrévolutionnaire et irremplaçable

Le 19 juin 1986, Coluche disparaissait au guidon de sa moto. Trente ans après, beaucoup cherchent son « remplaçant ».

 

« Coluche, c'est Coluche! Il est irremplaçable. » Trente ans après la disparition de l'humoriste, ses pairs dont Guy Bedos qu'il appelait « Papa », sont unanimes. Aucun humoriste n'a repris le flambeau de son humour gouailleur et populaire.

 •.- 1 - GUY BEDOS : « Un gavroche du rire du peuple »

 « Coluche était une sorte de Pierrot populaire, un Gavroche du rire du peuple à la télévision, sur les planches de théâtre et même au cinéma. Nous partagions une certaine insolence. II m'appelait Papa. C'est un personnage irremplaçable et il n'a aucun remplaçant. Coluche, c'était Coluche ! Point. II a amené sur scène cet humour populaire qu'il incarnait et que l'on ne retrouve pas aujourd'hui. Comme disait Desproges, il ne faut pas confondre les comiques et les humoristes. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de comiques que d'humoristes.

 •.- 2 – STEPHANE GUILLON : « Son insolence me fascinait »

 « L'apport de Coluche est indéniable : aujourd'hui encore, il y a des formules, des phrases qui sont devenues cultes, ce qui est très rare. Aucun autre humoriste ne connaît cela. Coluche avait la grâce. Son insolence me fascinait, avec une vraie mise en danger. II disait tout haut ce qu'on disait tout bas. Avec une violence inouïe. »

•.- 3 - ANNE ROUMANOFF : «Une gouaille bien française. »

 « Coluche n'a pas été remplacé. Personne n'a réussi à fédérer comme il le faisait la critique sociale, réussissant à exprimer ce que les gens pensaient, de façon à la fois directe et subtile. Coluche était un représentant du peuple et une incarnation de la classe moyenne, avec une gouaille bien française. Ses textes ne sont pas démodés, avec des vannes très efficaces. Il était le reflet d'une époque, il incarnait la contestation de mai 68. Il est très Français, critique, jamais content et surtout dupe de rien. Le public l'a bien compris : Coluche garde une place à part dans le cœur des Français. »

•.- 4 - PIERRE BENICHOU: « On cite COLUCHE comme LA FONTAINE. »

« Coluche est tellement entré dans les mœurs qu'on le cite comme La Fontaine ou Corneille, génération après génération. Coluche a été un précurseur en dépassant l'humour de chansonnier. Il n'a pas d'héritier : tous croient qu'on peut faire du Coluche ! Son humour était à la fois très populaire et terriblement élaboré, très écrit. Avec courage, il a ouvert les vannes de l'humour, avec une liberté totale, en guerre contre le politiquement correct. Aujourd'hui, certains de ses sketches poseraient sans doute problème aux grincheux. Par-dessus tout, il détestait qu'on prenne les Français pour des cons. Coluche était plus à gauche que quiconque encarté dans un parti de gauche ! Il aimait trouver des solutions aux problèmes : le succès des Restos du cœur est malheureusement le plus grand échec de Coluche... ,.

•.- 5 - OLIVIER MONGlN : « La révolution sociale du rire. »

« Coluche a fait la révolution sociale du rire en parlant de la société, de la vie quotidienne. Il a fait comprendre le premier qu'on peut rire d'autres choses que· du Général de Gaulle », résume l'essayiste Olivier Mongin, ancien directeur de la revue Esprit, et auteur d'un ouvrage de référence « De quoi rions-nous? La Société et ses comiques» (Plon, 2006), « Avec Coluche, on est toujours au bord de l'ironie et du sarcasme. Son humour est très anar, annonciateur de celui de Canal. Tout un chacun peut se retrouver dans ses sketches et ses bons mots. La grande force de Coluche, formé à l'école du café-théâtre, a été un langage populaire et un humour corporel. Les humoristes actuels n'y parviennent pas. »


Coluche, profession bouffon

Michel Colucci, bouffon professionnel, avait 41 ans. Il préparait un nouveau spectacle pour sa rentrée au Zénith, après une parenthèse de près de 5 ans pendant laquelle il avait fait de la politique, du cinéma, de la radio, des blagues et même créé les Restos du Cœur, inventés pour une saison en 1985 et, hélas, toujours très actifs.

Le 24 juin, l'homme à la salopette à rayures avait eu un « bel enterrement » à Montrouge (Hauts-de-Seine), où se pressaient motards, gens du show-biz, anonymes et politiques, comme un résumé de sa vie, Trente ans après, ce clown à l'esprit pétomane, conserve une popularité intacte. Il faut dire qu'il disposait d'une arme de séduction massive, une drôlerie parfois limite mais sans limite. « Je suis capable du pire comme du meilleur. Mais, dans le pire, c'est moi le meilleur », disait-il.

Il est né le 28 octobre 1944 à Paris, près de la porte d'Orléans, d'un père ouvrier (mort quand le gamin avait 3 ans) et d'une mère femme de ménage. Il n'était pas allé bien loin pour commencer sa carrière d'homme de spectacle, en 1959, rue d'Odessa, au Café de la Gare (Montparnasse). Ce café-théâtre, dirigé par Romain Bouteille, a été un vrai conservatoire du spectacle : Les Dewaere, Miou-Miou, Gérard Lanvin, Renaud. Anémone, Josiane Balasko. Michel Blanc y ont également débuté.

Individualiste forcené, Coluche monte en 1972 sa propre troupe, « Au vrai chic parisien » . Il va alors enchaîner les spectacles (L'Olympia en 1973 en lever de rideau de Dick Rivers, en vedette en 1975, Bobino en 1975, le Théâtre du Montparnasse en 1978 puis en 1980 où il drainera 60000 spectateurs).

De son vivant, le rondouillard gouailleur ne fait pas l'unanimité. Il divisait la France en deux el la ligne de partage ne recouvrait pas forcément un simple clivage politique. Ainsi, la décision de se porter candidat à « l'érection pestilentielle »  en 1981 (sous l'étiquette du « candidat nul) suscita des remous à droite et à gauche. Ce farouche opposant à « l'establishment » vit se dresser contre lui les professionnels de la politique de tout bord et il préféra jeter l'éponge. Après la parenthèse politique, l'artiste retourna à son vrai métier, celui de « premier amuseur public de France » comme l'avait qualifié l'lntenational Herald Tribune.

Ce « métier », il l'exerça sur scène, à la radio (RMC, d'où il est renvoyé pour insolence envers la famille princière de Monaco, RFM et surtout Europe 1), au cinéma (24 films. tous comiques, à l'exclusion de « Tchao Pantin » de Claude Berri en 1983 qui lui vaut le César du meilleur acteur), et aussi à la télévision (notamment un faux journal télé sur Canal).

Coluche aurait 71 ans. De quoi nous ferait-il rire ? « Il se permettait beaucoup plus de choses que je ne pourrais me permettre aujourd'hui », a dit récemment Jamel Debbouze.

En Images


Fondée en '985, l’association nationale « Les Restaurants du Cœur – Les Relais du Cœur» est une association loi de 1901. Reconnue d'utilité publique par décret du 7 février 1992.

 
Le 25 Décembre1985, devant une foule de curieux. les deux humoristes se disaient oui lors d'un faux mariage.

 
En 1984, il obtient un César du meilleur acteur pour son rôle dramatique dans «Tchao Pantin », de Claude Berri
.

« Coluche dans le texte »

 Syndicalisme, chômage, sondages … : Trente ans après, des pensées, bons mots et aphorismes  de Coluche, qui font écho à l’actualité.

- « A la télé, ils disent tous les jours ; « il y a trois millions de personnes qui veulent du travail. » C’est pas vrai, de l’argent leur suffirait ! »

- « Entre deux cons alcooliques sui ne sont pas d’accord, je suis toujours pour celui de la CGT. »

- « Le travail c’est bien une maladie, puisqu’il y a une médecine du travail. »

- « On n’est pas payé pour ce qu’on vaut. mais. pour ce qu'on rapporte. »

- « D’aucun diront que le syndicalisme est à la société moderne ce que le mercurochrome est à la jambe de bois. A ceux-là, je dirai, rappelez-vous de l'essentiel : le capitalisme, c'est l’exploitation de l'homme par l’homme. Le syndicalisme, c'est le contraire. »

 - « Le pain baisse, le chômage augmente. Faites-vous un sandwich pas cher : mettez un chômeur entre deux tranches de pain et sauvez  la France ! »

- « En France, les réformes économiques ont autant d'effet que des piqûres dans des prothèses de fesses. »  »

- « Les sondages c'est pour que les gens sachent ce qu'Ils pensent. »

- « Tous les étrangers seraient bien mieux dans leur pays … La preuve : nous on y va bien en vacances !»

- « Les hommes polltiques, on devrait les faire souffler dans le ballon pour savoir s’ils sont le drolt de  conduire la France au désastre. »

 •.- Citations extraites de « Le Pavé de Coluche » (Editions du Cherche Midi)

« L'Amendement Coluche »

•.- L'artiste disparu est également à l'origine de l’amendement Coluche» (qui sera voté après sa mort) qui instaure une déduction pour les dons aux Restos du Cœur  et autres organismes nourrissant les personnes en difficulté.

•.- Le Chiffre : 1975

C’est l’année où Coluche est véritablement devenu célèbre grâce à sa parodie du Schmilblick.

•.- La Phrase

« Les sportifs, le temps qu’ils passent à courir, ils le passent pas à se demander pourquoi ils courent. Alors, après on s’étonne qu'ils soient aussi cons à l'arrivée qu'au départ ! »

•.- Difficiles années

Dans les années 80, Coluche n'était pas toujours très en forme : il divorça, apprit que son pote Patrick Dewaere s'était suicidé (1982) avec le fusil qu'il lui avait offert, a abandonné la scène plongé dans la drogue. Jusqu'à son comeback au premier plan médiatique avec les Restos du Cœur qui ouvrent le 21 décembre 1985.

 Extraits de l' union du 19/06/2016

Véronique COLUCCI

2018-04-07 – Les Restos du cœur en deuil


Véronique Colucci a présidé les Restos du cœur de 1998 à 2003. AFP 

Véronique Colucci, qui a fait des Restos du cœur un acteur majeur de l’aide alimentaire en France après la mort de son ex-mari Coluche, fondateur de l’association, est décédée dans la nuit de jeudi à vendredi. Véronique Colucci est morte à 69 ans des suites d’une longue maladie. Elle a eu deux fils, Romain et Marius, de son mariage avec Coluche, disparu en juin 1986, l’année suivant la création des « Restos ». Elle a, entre autres, été à l’initiative du lancement en 1989 de la tournée des « Enfoirés », troupe d’artistes longtemps menée par Jean-Jacques Goldman et qui continue d’organiser chaque année des concerts de soutien très courus. Les Restos du cœur, qui ont, depuis leur création, servi plus de deux milliards de repas, ont exprimé dans un communiqué leur « immense tristesse d’apprendre (sa) disparition ». C’est un « moment douloureux », souligne l’association en assurant « sa famille, ses enfants et petits-enfants » et « ses proches » de son « entière affection ».

 Extraits de l' union du 07/04/2018

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Annie CORDY

« Ça ira mieux demain »

Annie Cordy a quitté Paris pour s'installer à Cannes, dans la douceur de la Côte d'Azur. Elle se repose mais ne désarme pas: à bientôt 90 ans, elle est toujours prête à célébrer la vie


« firiôral est essentiel et l'activité quelle qu'elle soit, c'est tout bénéfice pour le moral », confie Annie Cordy. AFP

FIDÈLE A SES RACINES

Annie Cordy a accordé l'entretien exclusif que nous vous proposons aujourd'hui à nos confrères du Soir mag, l'hebdomadaire belge, qui appartient au même groupe de presse que L'union L'Ardennais, fête cette année ses 90 ans d'existence. Entre Annie, Cordy et l'hebdo, c'est une longue histoire d'amitié qui s'est nouée au fil du temps. Meme si elle se fait très rare dans les médias, lorsqu'elle a été contactée, elle n'a pas hésité une seconde à accorder cet entretien qui, précisons-le, a été réalisé par courriel.

Vous fêterez vos 90 ans le 16 juin prochain. Annie Cordy, êtes-vous sensible aux dates charnières et au calendrier qui file à toute vitesse ? À moins que vous n'ayez pas vu le temps passer

Je n'ai pas vu le temps passer ... Et puis le passé c'est le passé, je ne m'y accroche pas. Si tu ne t'intéresses qu'au passé, c'est une petite mort, c'est violent à dire, mais c'est exactement ça ... J'ai de beaux souvenirs, mes chers disparus (et ils sont nombreux) restent gravés dans mon cœur, mais je m'intéresse surtout aux vivants, je suis d'aujourd'hui et de demain. Je ne sais jamais quelle heure, quel jour, quelle année nous sommes. Vous me rappelez mon âge, même ça, je l'oublie ... quelle importance

« Ce qui ne changera jamais c'est qu'on ait du talent ou moins de talent, il faut travailler et travailler encore, se remettre en question, tenter encore et toujours de s'améliorer. »

Vous aurez 90 ans en juin mais vous avez déjà 67 ans de carrière : qu'aimeriez-vous qu'en retienne ?

La première fois que je suis montée sur scène professionnellement, j'avais 16 ans, à la Capitale, à Bruxelles, il y a 74 ans. Roooh là là... au secours ! Ce que le public retiendra, je l'espère, c'est ce partage de moments hors du temps, l'échange d'ondes positives qui nous a fait oublier eux comme moi tous nos soucis le temps d'un spectacle. Cette complicité qui nous unit depuis si longtemps me tient chaud, pourvu que ce soit pareil pour ceux qui m'ont croisée tout au long de mon parcours (je n'aime pas le mot carrière), spectateurs ou partenaires.

Votre ami Charles Aznavour chante toujours à 93 ans : est-ce le privilège des grands artistes de ne jamais ralentir ?

Charles fait ce qu'il veut ! Il n'y a là aucun privilège, chacun fait comme il l'entend, certains artistes, même au sommet de leur art, préfèrent lever le pied ou changer leur fusil d'épaule, mais c'est pareil dans toutes les activités. La plupart d'entre nous, artistes, vivons pour notre métier et que pour ça. Je ne veux pas m'exprimer à sa place, mais je crois que Monsieur Aznavour est comme moi, son art, c'est sa passion ! Quand on a la chance d'exercer un si beau métier et que le public vous suit, quel privilège !

Comment a évolué le métier depuis 50 ans ? En bien ou en mal ?

Le Métier avec un grand M, notre métier, a évolué avec son époque, et c'est bien, on a fait de tels progrès. Nous travaillons dans de meilleures conditions le son, la lumière, les effets spéciaux. Les techniciens nous permettent de nous exprimer sur scène de façon plus spectaculaire dans le vrai sens du terme. On est, du coup, plus détendus. 1e me souviens d'un gala (c'est un mot vintage !) un été, sur une place de village. La scène était faite d'un plancher soutenu par d'énormes tonneaux serrés les uns contre les autres. Le début de mon tour de chant prévu en fin d'après-midi fut repoussé de quelques heures par les organisateurs, mais ils n'avaient pas prévu d'éclairage. Qu'à cela ne tienne, mon mari, Bruno a placé sa Cadillac entre les rangées de chaises et nous a éclairés pleins phares! On appelait ces expériences les galas-galères mais ces anecdotes agrémentaient nos repas entre amis. Ce qui ne changera jamais c'est qu'on ai du talent ou moins de talent, il faut travailler et travailler encore, se remettre en question, tenter encore et toujours de s'améliorer. On peut avoir de la chance, mais on risque d'être une étoile filante, un one shot. Ça, je ne vois pas comment ça peut changer. Il faut l'aimer ce métier. J'aime cette nouvelle génération tellement diversifiée qui nous suit.

Quelle est votre botte secrète pour garder cette énergie positive qui semble toujours vous accompagner ?

 Ma devise - La passion fait la force - répond à votre question. Il faut toujours être au top pour le public. Il ne faut pas le décevoir, mes soucis restent au vestiaire. Du coup, ça déteint sur ma vie privée.

 À quoi ressemblent vos journées à Cannes où vous êtes désormais installée ?

Mes journées à Cannes ne sont pas différentes, à part cette belle lumière du midi er ce climat clément (pas facile à dire, climat clément !) qui me permettent de piquer une tête très souvent. Sinon, je lis des scénarios. Je travaille sur de nouveaux projets avec des gens inventifs et pleins d'enthousiasme. Et croyez-le ou pas, je déballe encore des cartons même si mon déménagement date de quelques années. J'accuse un retard considérable dans mon courrier, mais j'y arriverai. Côté détente, je fais de vrais efforts pour lâcher prise ... un peu et j'y arrive ! Une partie de Scrabble, une balade au marché matinal ; et je me promets de revenir à la peinture délaissée depuis plus de 40 ans ! Ma nièce Mimi m'a offert tout le matériel nécessaire,

UN SOUVENIR ÉMU DE LUIS MARIANO

Est-ce qu'on se sent plus fragile, l'âge aidant ? Ou doit-on simplement faire abstraction de tout ce qui freine ou alourdit ? Quelle est la bonne option ?

Oh la la ... je ne fais pas vraiment attention à tout ça. Si je fais « aïe » le matin un peu plus que la veille. J'adapte mes activités, on peut faire abstraction, on le fait, mais chacun est différent, tout dépend de notre résistance au mal. Le moral est essentiel et l'activité quelle qu'elle soit, c'est tout bénéfice pour le moral. Je crois que l'intérêt qu'on porte aux autres et aux choses nous permet d'oublier un peu nos bobos !

Vous avez longtemps entretenu une image de boute-en-train: l'optimisme est-il votre moteur ?

Boute-en-train ? Ça ne me définit pas vraiment, optimiste, positive, oui, mais dans la vie je suis plutôt calme et posée. Ma timidité me pousse à m'effacer. Faire la fête ce n’est pas mon truc. Sur scène, en véritable Gémeaux, c'est mon autre moi qui se dévoile (c'est grave docteur ?).

Quelle est votre plus belle période en tant qu'artiste ? Votre chanson préférée, votre salle préférée ?

Les années passées avec Luis Mariano sont les plus belles, je crois. Mais j'ai pris beaucoup de plaisir à partager la scène et l'écran avec tous mes partenaires. Je n'ai aucun mauvais souvenir. Je pourrais énumérer la liste de ceux et celles qui ont fait un bout de chemin avec moi mais ça remplirait un annuaire, Je garde le contact avec certains d'entre eux, mais je n'ai oublié personne. J'ai beaucoup de chance de les avoir côtoyés. Ma chanson préférée ? Ça ira mieux demain pourrait être mon hymne, mais comme Stranger In The Night était notre chanson avec mon mari. Elle reste un tendre souvenir dans mon cœur. La salle ? L'ABC, à Paris ! j'y ai joué souvent, je connaissais le quartier, le bistrot voisin. L'ABC était un vrai théâtre.

Que diriez-vous aux gens qui ont peur de l'avenir, qui se lamentent ou qui s'isolent ?

 Ne vous isolez pas : les autres vous apporteront tellement. Remplissez votre existence par le travail ou l'amour des autres. Regardez autour de vous, Quelque chose ou quelqu'un est fait pour vous. Ouvrez grand les yeux ...

Amuser les gens, les distraire avec des chansons populaires, c'est votre credo. Au fond, tout au long de cette formidable carrière, vous a-t-il manqué quelque chose ? Quelle serait la morale de votre parcours, que nous pourrions partager ?

Au début de mon parcours, les tournées. les spectacles m'ont éloignée de mon cocon familial, Heureusement, très jeune, j'ai rencontré mon mari qui m'a accompagnée partout. Je me suis adaptée à notre vie de saltimbanque. Je n'ai pas de regrets (pas de remords non plus). Conclusion. il faut toujours voir le verre à moitié plein !

Bernard MEFUS

Extraits de l' union du 18/03/2018

  

    

  Répertoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julien COURBET

Je dis aux gens   de me faire confiance

Bisseuil (Marne) Ce soir, débute le festival Rire en Champagne. Après Sylvain Vanstaevel,   Julien Courbet tiendra le haut de l’affiche.

De Julien Courbet, on connaît bien entendu l’animateur radio aux millions de fidèles, le touche-à-tout de la télévision qui aura présenté, voire produit, des dizaines d’émissions depuis 1993. Mais depuis 2013, le patron de Ça peut vous arriver sur RTL a ajouté une nouvelle corde à son arc : humoriste. Histoire d’écorner son image de gendre idéal, sérieux et propre sur lui, Julien Courbet fait le tour des salles de province, avec succès. Il sera présent ce vendredi soir au festival du Rire en Champagne pour présenter son nouveau one-man-show, Jeune et joli, à 50 ans…

Arrivé à 50 ans, on sent qu’il se passe un truc en soi. On est sur un fi.l D’un côté, la jeunesse, de l’autre, la vieillesse

Comment trouvez-vous le temps de faire des blagues ?

« Je ne dors pas beaucoup ! (rires)Non, plus sérieusement, je profite de mes week-ends, des vacances toute l’année pour écrire. Ce n’est pas si long d’écrire les sketchs. En général, je m’enferme pendant trois ou quatre jours pour les faire. Le plus long, ce sont les réunions pour savoir de quoi on va parler, quel sera le fil conducteur. C’est pour ça que je suis en permanence avec un dictaphone sur moi. Je note tout ce que je peux voir. »

Justement, votre nouveau spectacle « Jeune et joli » aborde le thème de la cinquantaine, c’est le sujet qui vous préoccupe en ce moment ?

« Autant, la quarantaine, c’est passé tout seul, mais arrivé à 50 ans, on sent qu’il se passe un truc en soi. On est sur un fil. D’un côté, la jeunesse, de l’autre, la vieillesse. Et le but c’est d’essayer de ne pas tomber du mauvais côté. On a envie de rattraper le temps perdu mais le corps dit non. On se retrouve comme ça les jambes en l’air pour mettre ses chaussettes car on ne peut plus se plier comme on veut. En plus, cinquante ans, c’est vingt ans de mariage, j’aborde le thème de la sexualité, on a aussi deux ados dans la fleur de l’âge… Et puis on a envie de plaire ! Est-ce que l’on peut encore plaire à une femme à 50 ans ? On essaye de se faire beau  mais souvent, c’est à côté. »

C’est donc un spectacle réservé aux quinquagénaires ?

« Non. Cela parlera aux quinquas, bien sûr, mais aussi à leurs enfants qui les regarderont en se disant : C’est tout toi, ça . Mais je fais aussi d’autres sketchs dans le spectacle, notamment des anecdotes sur les pubs que j’ai faites pour les fenêtres. Les acteurs ont droit aux parfums et aux bijoux, les sportifs aux voitures de course et les montres et quand il s’agit de barbecue ou de pot d’échappement, on fait appel aux animateurs télé. C’est sûr que je n’ai pas le public de Kev Adams, je ne vais pas parler d’internet ou de sites de rencontre.»

La particularité du festival de Bisseuil, c’est sa petite jauge et sa proximité avec le public. Cela vous oblige-t-il à adapter le spectacle ?

« Je ne vais quasiment pas à Paris. Je préfère faire des petites salles de 300, 400 personnes en province où je peux voir les gens qui me regardent, qui discutent, qui critiquent. Quand on est à Paris, on est coupé du monde. Là, je peux discuter un peu avec eux. »

Je ne vais quasiment pas à Paris. Je préfère faire des petites salles de 300, 400 personnes en province où je peux voir les gens N’est-ce pas difficile d’être comique sur scène avec votre image plutôt sérieuse ?

« C’est le problème en France. On ne peut pas admettre que l’on puisse faire deux choses en même temps. Sur une affiche, entre Florence Foresti ou Gad Elmaleh et moi, les gens viennent prendre leur ticket pour les autres. Le public se demande toujours ce que je vais raconter. Est-ce que ce sont des scènes sur mon expérience à la télévision, sur les pubs… Je dis aux gens de me faire confiance, c’est un vrai spectacle que je fais. La preuve, si je continue, c’est que ça marche. La pire torture, ce serait d’avoir 200 personnes devant soi qui ne rigolent pas pendant 1 h 30. Je tourne un peu moins que les autres mais vraiment ça me plaît. »

 Extraits de l' union du 22/06/2018

  

    

  Répertoire  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel CYMES

« Le cerveau est mon 2ème organe préféré »

Toujours aussi présent dans les médias, le médecin de France 5 l'est également en librairie avec deux ouvrages.

Le journaliste et médecin, qui fêtera ses 60 ans en mai, vient de sortir deux livres« Les échanges sociaux apportent du bonheur, cela fait des sécrétions dans le cerveau et ça augmente l'espérance de vie. »
MICHEL CYMES

•.- Michel Cymes, le premier livre est destiné aux enfants et sort dans la maison d'éditions d'une ancienne animatrice, Maureen Dor.

C'est une copine. Elle m'a contacté pour un livre de vulgarisation pour les gosses. Ça tombait bien, j'ai moi-même un gamin de 5 ans qui m'a dit un soir: «Papa dessine-moi un cœur ». Je lui ai dessiné un cœur simplifié pour lui montrer comment il marche et j'ai parlé des pannes. Puis j'ai fait pareil avec d'autres organes. Donc, quand Maureen m'a appelé, j'avais déjà beaucoup à lui fournir. On travaillait ensemble le matin, elle m'enregistrait et filait les enregistrements à la dessinatrice professionnelle qui a fait le livre avec moi. Aujourd'hui, mon fils est fier d'être à l'origine et tous les soirs il me demande de lui lire une page du bouquin !

•.- Qu'est-ce qui est le plus dur à faire comprendre à des gosses de cet âge-là ?

Sans doute justifier qu'un docteur doive faire mal pour soigner. Les piqûres par exemple ... Ici, à dessein, les commentaires sont assez compliqués, mais c'est pour que les parents puissent s'approprier le discours avec leurs mots à eux... Apparemment, ça marche bien, on réfléchit dé- jà à une série de fascicules aussi à des dessins animés.

•.- L'autre bouquin, actuellement en téte des venes, s'adresse aux adultes. Le cerveau, c'est votre dada, non ?

Je dirais comme Woody Allen que c'est mon 2' organe préféré du corps humain. Le but est de rassurer, d'aller contre l'idée reçue qui veut que plus on vieillisse, moins bien le cerveau fonctionne! C'est un organe vivant. qui évolue toute la vie et qui peut monter de nouvelles connexions à tout âge ... pour autant qu'on fasse attention à lui! Alors. oui, on vieillit, oui, le cerveau met plus de temps à mémoriser, mais on peut quand même le faire mieux fonctionner . chaque jour, le chouchouter et gérer son vieillissement. Mais il faut prendre le temps de le faire travailler.

•.- L'idée forte aussi, c'est que l'ennemi du ceMau, c'est la solitude, non ?

C'est sûr que toutes les études montrent que si on a beaucoup de relations sociales, le risque de l'apparition de maladies dégénératives est moindre. Les échanges sociaux apportent du bonheur, cela fait des sé- crétions dans le cerveau et ça augmente l'espérance de vie.

•.- A l'heure où on fait appel à une sorte de -, « cerveau extérteur» plutôt que de retenir certaines choses, doit-on craindre une mauvaise évolution ?

Ça joue sur la mémoire sans doute. Mais je ne suis pas si pessimiste. Il y a 20 ans quand on avait besoin d'on renseignement, on n'allait . pas nécessairement consulter l'encyclopédie Universalis pour le trouver, aujourd'hui en deux clics, c'est fait, on a I'info et cette info est un enrichissement pour le cerveau aussi. Mais il ne faut pas oublier de travailler sa mémoire. Par exemple, si vous allez faire les courses, notez-les, mais mettez la liste dans votre poche et essayez de ne pas l'utiliser.

Un petit mot sur Marina Carrère d'Encausse, votre comparse, à qui un magazine a demande si supporter votre humour était un exploit : elle a répondu que vous radotiez un peu 1

La salope ! Oui, je l'ai lu. Elle est un peu plus jeune que moi. C'est vrai que je répète les mêmes vannes, mais c'est de l'humour répétitif. Et elle, elle se marre toujours autant à la 2' fois, alors ... Sans blague, une grande complicité nous unit 1

•.- Vous allez, dit-on, participer à un « Meurtres à, », un téléfilm, c'est vrai ?

C'est en cours de réflexion, oui.]e vais aller au bout de mon envie. Je ne sais pas encore où le film sera tourné, mais ce sera un rôle de médecin, de toute façon.

•.- C'est vrai que vous avez une gueule d’acteur !

Vous trouvez ? Ben oui, vous ressemblez à Michel Creton, non ? C'est vrai qu'avant que je fasse de la télé moimême, on me prenait souvent pour lui.

Sam CHRISTOPHE

Extraits de l' union du 19/03/2017

 

 

 Michel CYMES

 « La première personne que j'ai peur de lasser, c'est moi ! »

Jamais à court d'idées pour faire passer des messages de santé, Michel Cymes, le plus célèbre des toubibs cathodiques, revient avec un livre qui propose de vivre mieux et plus longtemps.
Michel CYMES continue d’exercer à l’hôpital deux demi-journées par semaine 

L’ESSENTIEL

•.- Michel Cymes est né le 14 mai 1957 à Paris.

•.-  Ce médecin de formation est surtout connu pour ses activités d'animateur de télévision et de radio.

•.- Il présente notamment le Magazine de la santé sur France 5, avec Marina Carrère d'Encausse.

•. Depuis novembre 2012, il co-anime avec Adriana Karembeu l'émission les Pouvoirs extraordinaires du corps humain, sur France 2.

•.- En janvier 2016, Michel Cymes apparaissait à la 9° place du Top 50 des personnalités préférées des Français, publié chaque année par le JDD.

•.- Le Magazine de la santé au quotidien, des prime times avec Adriana Karembeu, des chroniques radio, des bouquins ... Vous n'avez jamais eu peur de lasser le public ?

La première personne que j'ai peur de lasser, c'est moi ! Le jour où je vais commencer à me voir partout, j'arrêterai. C'est vrai que je peux avoir peur de saouler les gens, mais tant que je peux utiliser ma popularité pour faire passer des messages de santé, faire en sorte que les Français aillent mieux, je continuerai.

•.- Dans quel autre domaine pourriez-vous vous illustrer ?  Le divertissement ?

Non, En fait, chaque fois qu'on me propose quelque chose à la télévision, je me pose une question:

« Le lendemain de la diffusion, serai-je toujours crédible pour annoncer à un patient qu'il a un cancer ?

Dans le cadre d'une émission de divertissement, ce ne serait pas le cas.

•.- A propos du régime sans gluten, vous parlez de mode ...

Oui, il faut rappeler qu'I % de la population est réellement intolérante au gluten! Mais je considère que les gens qui bannissent le gluten de leur alimentation, même en l'absence de prescription médicale, cherchent à se faire du bien, à prendre soin d'eux. S'ils se sentent mieux ainsi. c'est le plus important !-

« Dès lors que je peux participer à une mission cie santé publique, j’y vais sans hésiter»

•.- Une récente étude australienne affirme qu'il n'existe aucune preuve scientifique de l'efficacité de l'homéopathie. Qu'en pensez-vous ?

Je suis d'accord. Mais je pense aussi que si des gens se sentent mieux en avalant des granules homéopathiques, ils n'ont pas' de raison d'arrêter, De toute façon, l'homéopathie ne leur fera pas de mal.

•.- Vous qui êtes réputé pour aimer les blagues grivoises, vous n'avez pas consacré de chapitre à la sexualité ?

Je voulais attendre de voir si le bouquin marcherait pour en écrire un autre «spécial sexe» (rires) ! Non, en réalité, si je n'aborde pas cette question. c'est pour ne pas heurter les très nombreuses personnes qui n’ont pas de vie sexuelle ou une vie sexuelle peu épanouissante. Car, s'il n'y a rien de plus simple que d'acheter une clémentine (Michel Cymes fait l'éloge des qualités nutritionnelles de ce fruit dans le livre, ndlr), parvenir à l'orgasme est parfois très compliqué.

•.- Que pensez-vous de la loi santé ?

II y a de bonnes choses, comme le sport sur ordonnance (qui permettra aux médecins traitants de prescrire des activités physiques aux patients atteints d'.affections de longue durée, ndlr), Quant au tiers payant généralisé, il va encore noyer les médecins sous la paperasse, alors que tous n'ont pas les moyens d'avoir une assistante.

•.- Parmi les mesures, on compte aussi les salles de shoot. Votre avis ?

C'est pour moi évident qu'il faut qu'elles existent, dans la mesure où c'est un 'moyen d'encadrer les toxicomanes, de les accompagner, de les amener vers le sevrage,

•.- Vous avez été sollicité par François Hollande pour faire partie du Comité des onze Tricolores, qui rassemble des personnalités ambassadrices de l'Euro 2016 chargées de mobiliser les Français dans différentes thématiques, Quel va être votre rôle ?

Dans ce comité, je suis responsable de la santé. Mon idée, c'est d'essayer de faire bouger les Français qui, je le rappelle, sont sédentaires aux deux tiers, Je vais leur faire faire de l'exercice physique, pas du sport, Marcher 10000 pas par jour, même 6 000, c'est déjà pas mal.

•.- En acceptant cette mission, n'avez-vous pas peur d'être marqué politiquement ?

C'est un risque, en effet. Mais j'aurais accepté cette proposition de la même manière sous Sarkozy 1 Dès lors que je peux participer à une mission de santé publique, j'y vais sans hésiter.

•.- Et lorsque vous avez fustigé Nicolas Sarkozy qui avait critiqué l'instauration du paquet de cigarette neutre, vous a-t-on accusé de faire de la politique ?

Oui, sur Twitter, je me suis fait traiter de gauchiste, d'antl-Sarko, on m'a dit que j'étais à la solde de Hollande... Sauf qu'encore une fois, j'aurais poussé le même coup de gueule si une personnalité de gauche avait dit la même chose !

• Au dernier classement Des cinquante personnalités préférées des Français, vous étiez à la 9ème  place ... Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Déjà, la place d'animateur préféré m'avait scotché, et là, je me suis retrouvé au coude-à-coude avec des mythes. Quand je pense qu'Aznavour, Johnny Hallyday, Lucchini, Sardou sont derrière moi... Mais vous savez, le jour où le JDD a sorti le classement, j'ai fait une chose : je suis allé au gymnase Japy, dans le 11° arrondissement de Paris, avec mon fils. C'est là qu'en 1942 mon grand-père paternel, un juif polonais, a été convoqué par la police française. Ma grand-mère lui avait dit de ne pas y aller, mais il lui a répondu: « La France est mon pays, j'ai servi dans l'armée française, je ne vois pas pourquoi je n'irai pas. » Mon grand-père s'est donc rendu au gymnase. Il y a été arrêté, puis emmené à Auschwitz d'où il n'est jamais revenu. Soixante-quinze ans plus tard, c'est là que je suis allé. Pour lui dire Que son petit-fils venait d'être reconnu par la France.

« Le bien-être est un tout »

 Vous venez de sortir un livre dans lequel vous dispensez des conseils en matière de santé et de bien-être. En quoi est-il différent des autres ouvrages sur ce thème ?

•.- L'idée du livre, c'est de dire aux gens :

«  Je vous comprends, car je vis les mêmes choses que vous. Moi aussi, j'ai besoin de me mettre un coup de pied au derrière pour faire de l'exercice physique. Moi aussi, j'aime bien boire un petit coup, etc. » Et de leur donner plein d'arguments pour qu'ils se décident à prendre en main leur santé. Pour cela, je me suis appuyé sur des études scientifiques tout ce que j'avance est donc prouvé - auxquelles j'ajoute ma touche perso d'humour pour que ce soit agréable à lire !

Vous donnez des conseils pour mieux s'alimenter ou vaincre le mal de dos, mais aussi en matière d'éducation ou de psychologie ... Vous ne craignez pas de sortir de votre champ de compétences ?

•.- Le bien-être est un tout. L'être humain n'est pas qu'un assemblage d'organes, Pour vivre mieux et plus longtemps, il faut aussi entretenir son moral, prendre soin de son cerveau, Soigner son psychisme, booster l'estime de soi, sont des moyens de prolonger sa vie. Les études le montrent: les personnes qui ont le moral vivent plus longtemps !

Propos recueillis par ANNE-50PHIE DOUET (Agence locale de presse) «Vivez mieux et plus longtemps » éditions Stock.

 Extraits de l' union du 08/05/2016

  

    

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 D 

Mireille DARC - Le dernier testament de Mireille
Elle avait surmonté   tant d’épreuves 
La disparition d’une figure du cinéma
« On a vraiment craint le pire »

Danielle DARRIEUX - Elle était LA star avant Bardot et Deneuve
Le cinéma français perd une « amoureuse »
Elle
 a soufflé ses 100 bougies

Djamel DEBOUZZE - « Plus le temps passe, plus j’ai envie de rire »

Alain DELON - Delon n’aime que Delon par Vincent Quivy
La gloire, le mythe et les tourments

François-Xavier DEMAISON - Tous les soirs, le public me surprend

Gérard DEPARDIEU - Il se raconte dans "Monstre"

Veronic DiCaire - « Chaque voix à son défi »

David DOUILLET - Je n’aime que la gagne

Michel DRUCKER –  Je suis devenu saltimbanque
 « Seul avec vous »
Mes souvenirs sont les vôtres

Yves DUTEIL - « Le respect, c’est le début de l’humanité »

Anny DUPEREY - Je suis la revanche de ma mère

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mireille DARC

Le dernier testament de Mireille DARC

France 2 diffuse son ultime documentaire, Excision: le plaisir interdit


Mireille Darc, actrice, réalisatrice, photographe, Mme Pascal Desprez à la ville était une femme de cœur

On connaissait tous la star de cinéma, l’égérie de George Lautner avec qui elle tourna douze film, dont La Grande sauterelle, qui restera son surnom et Le Grand Blond avec une chaussure noire où on apparition dans une robe dos nu jusqu'aux fesses confirma son statut de sexe-symbole.

 Révélée d'abord à la télévision, en 1960 dans La Grande Bretèche, de Claude Barma cette Toulonnaise au carré blond et aux jambes interminables était montée à Paris pour suivre des cours de théâtre après avoir obtenu un prix d'excellence en danse classique. C'est dans Pouic-pouic avec Jacqueline Maillan et Louis de Funès qu'elle fit ses vrais débuts sur le grand écran trois ans plus tard. Une actrice qui avait tourné aussi sept films avec Alain Delon, dont elle partagea la vie pendant quinze ans, mais qui avait dû mettre sa carrière entre parenthèse après une première opération à cœur ouvert, en 1980 puis à la suite d'un grave accident de voiture, en 1983. Ce qui ne l'avait pas empêchée de redevenir une star de télé grâce aux feuilletons de l’été de TF1 Les Cœurs brûlé, Les Yeux d'Hélène, Terre indigo, Le Bleu de l'océan et même Franck Riva, feuilleton qui avait DeIon pour héros.

Prostitution, pardon, excision  

Mais, derrière la figure de proue du cinéma français, se cachait un femme engagée, passionnée autant par l'image que par les autres. Certe on ne la voyait pas dans de associations caritatives médiatiques. Pour marquer on intérêt envers les plus démunis, les plus seuls et les plus éprouvés par la vie, elle avait préféré, dès les années 90, passer derrière la caméra en compagnie souvent de Nathalie Amsellem.

C'est avec une grande humanité qu'elle a ait filmé de ex-détenues dans De l’ombre à la lumière; les acteurs de film pornographique dans Une vie classée X ... Elle avait aussi abordé des sujets plus abstrait comme le pardon (Pardonner) ou la mort (Voyage vers l'inconnue), deux documentaire que France 2 rediffusera ce soir à la suite de celui sur l'excision ainsi que celui sur les femmes SDF: Elles sont des dizaines de millier ans abri, et Brèves Rencontre, où elle avait donné la parole à des prostitués pour Envoyé spécial.

Elisabeth PERRIN

Extrait de l'union du 24-11-2017

Elle avait surmonté   tant d’épreuves 

Mireille Darc a connu de lourds problèmes de santé au cours de son existence. Trois hémorragies cérébrales en 2016 l’avaient laissée très affaiblie.


Vaincue par les problèmes de santé qui ont marqués ses dernières années, Mireille DARC s'en est allée à l'age de 79 ans. Elle incarnera à jamais le charme des années d'insouciance. Elle disait : "
Tout disparait, il ne reste que l'amour."

Elle souffrait depuis l’enfance d’un souffle au cœur. Dans la nuit du dimanche au lundi 28 août, vers 2 heures du matin, Mireille Darc est partie en un souffle, brisant le cœur de ses proches, mais entourée de tout leur amour.

À son chevet se trouvaient son époux, bien sûr, l’architecte Pascal Desprez, mais aussi le grand amour de sa vie, Alain Delon, dont elle partagea l’existence pendant quinze ans. L’acteur a tenu à rester présent auprès de Mireille jusqu’à la fin. La réalisatrice et comédienne s’est éteinte à l’âge de 79 ans à son domicile parisien, le cœur et le corps usés par de très graves problèmes de santé, dont les suites de trois hémorragies cérébrales survenues consécutivement en septembre 2016.

Mireille Darc avait toutefois pu quitter l’hôpital en décembre de l’année dernière. Mais très affaiblie et les muscles atrophiés par une trop longue immobilisation, elle était alitée depuis de nombreuses semaines dans son appartement transformé en suite médicalisée. Elle était entourée d’une équipe d’infirmières et de kinés et recevait régulièrement la visite de son cardiologue, Marc Dufour.

UNE VALVE CARDIAQUE IMPLANTÉE EN 1980

Si son corps était fatigué, elle était encore très lucide et aimait converser avec les proches qui lui rendaient visite. Jusqu’à récemment, quand, inéluctablement, le corps prit peu à peu le pouvoir sur l’esprit. « Ces derniers temps, Mireille dormait tout le temps et ne se réveillait plus que pour manger », a confié le photographe Richard Melloul, qui avait illustré sa biographie Mireille Darc, une femme libre (éd. Flammarion). Trois jours avant sa mort, Mireille ne parvint plus à se réveiller et plongea dans un coma dont elle n’allait plus sortir. « L’entourage de Mireille s’attendait au pire », a confié le photographe.

L’actrice à la beauté sculpturale a connu de nombreux ennuis de santé dans son existence. Victime depuis son plus jeune âge d’une malformation cardiaque lui interdisant toute grossesse, Mireille Darc, qui vivait alors avec Alain Delon, est victime d’un malaise en 1979 lors d’un dimanche à la campagne.

Très affaiblie et les muscles atrophiés par une trop longue immobilisation, elle était alitée depuis de nombreuses semaines

Le couple était en randonnée, quand soudain, l’actrice eut du mal à suivre, ses joues sont devenues pâles et ses lèvres exsangues. Alain s’inquiète, Mireille rassure, mais elle est bel et bien victime d’une embolie pulmonaire. Quelques mois plus tard, en 1980, elle subit une opération à cœur ouvert réalisée par le célèbre cardiologue Christian Cabrol. Le pionnier de la greffe cardiaque lui implante une valve et lui sauve la vie. L’opération est un succès, même si Mireille ne peut toujours pas connaître la joie d’enfanter sans risquer de mourir. Son couple avec Delon n’y survivra pas, lui qui voulait tant avoir d’autres enfants.

Le 7 juillet 1983, alors qu’elle se remet à peine de cette rupture sentimentale, Mireille Darc est victime d’un effroyable accident de la route dans le tunnel du Val d’Aoste (nord-ouest de l’Italie). Elle réchappe de peu à la mort, mais sa colonne vertébrale est fracturée et elle doit rester enfermée pendant trois mois dans une coquille à l’hôpital de Genève. Elle y recevra la visite quotidienne d’Alain Delon, devenu son meilleur ami. Elle racontera tous ces événements en 2005 dans une première biographie, Tant que battra mon cœur (éd. XO).

ELLE A CHOISI DE MOURIR À LA MAISON

Le 13 mars 2013, dans le plus grand secret, elle subit une nouvelle opération à cœur ouvert, à l’âge de 75 ans. Cette fois, l’opération se passe mal, Mireille subit une hémorragie et doit rester 17 jours en réanimation. Mais, comme à chaque fois, Mireille, qui est une battante, surmonte l’épreuve, se relève et revient au meilleur de sa forme. En février 2016, notre collègue Bernard Meeus la rencontre. « J’ai eu ma part d’épreuves comme chacun. Mais je ne me plains pas : je suis vivante après deux opérations au cœur, un accident de voiture et un deuil dans ma vie (son premier mari Pierre Barret décédé en 1989). J’en ai réchappé. J’ai eu une très bonne étoile dans ma vie, un bon guide, confie celle qui se dit encore libre et apaisée ».

Las, quelques mois plus tard, à la mi-septembre 2016, celle qu’on avait surnommée « la grande sauterelle » doit être hospitalisée d’urgence suite à deux hémorragies cérébrales, ainsi qu’une autre à l’abdomen. Elle endure aussi des complications pulmonaires et cardiaques. Elle fait carrément un arrêt cardiaque de 26 secondes. Mais le cœur repart et la volonté est intacte. Une troisième hémorragie cérébrale, dix jours plus tard, le 28 septembre, n’a pas davantage raison d’elle, même si son entourage est désormais en proie au doute et à l’inquiétude. « Il y a eu un grand moment de panique, Mireille ne voyait plus. Elle ne parlait plus », confie alors son époux, Pascal Desprez. Mireille toutefois se remet doucement, et peut quitter l’hôpital le 28 décembre, elle qui aurait tant voulu fêter Noël à la maison. C’est de là en tout cas que Mimi a choisi de partir, quelques mois plus tard, libre et apaisée…

Alain Delon, son amour, son amant, son ami

Ils prenaient des nouvelles l’un de l’autre régulièrement, indissolublement liés, accrochés comme le lierre sur le mur, complices et attentifs. L’un(e) s’inquiétait  et téléphonait ; l’autre le ou la rassurait. Jamais ils ne se perdaient de vue. Toujours, ils savaient pouvoir compter l’un sur l’autre. Mireille Darc et Alain Delon ont vécu une belle histoire d’amour durant quinze ans. Il se tenait à ses côtés dans la nuit de dimanche à lundi. Il n’a jamais cessé de lui témoigner son amour et son indéfectible attachement. Il venait à son chevet à chaque épreuve. Mireille Darc restait la première dans son cœur. Elle le laisse aujourd’hui inconsolable. Ils se rencontrent en 1968, sur le tournage de Jeff. Il sort de l’affaire Markovic. Il est sous tension. Elle l’apaise. Ils vont former le plus beau couple du cinéma français. Ils sont au sommet de l’âge et de la séduction et ils se complètent dans le glamour, avec une aura inégalée. L’eau et le feu incarnés par deux stars totales qui attirent la lumière. Ils tournent ensemble Borsalino et Les Seins de glace. Mais un obstacle infranchissable brise leur belle harmonie : Mireille Darc ne peut avoir d’enfant sous peine de grand danger alors qu’Alain Delon en rêve.

Ils finissent par se séparer en réinventant leur relation de la plus belle des manières, à la vie à la mort, dans les coups durs, comme son accident de voiture dans le nord de l’Italie ou ses interventions cardiaques, tout autant que dans les beaux moments d’amoureux intensément choyés. Leur vie commune les mène de Paris à Marrakech, en passant par la maison de Douchy où Mireille Darc élève Anthony Delon comme s’il était son propre fils. Ils font la une des magazines. Ils manifestent publiquement leur magie réciproque. Au fond, ils partagent leur âme. Delon s’épanche, rend hommage, jamais ne critique.

Après lui, elle retrouvera l’amour avec Pierre Barret, directeur de L’Express et d’ Europe 1. Mais celui-ci décède des suites d’une greffe de foie. Elle rencontre alors en 1996 son futur mari, l’architecte parisien Pascal Desprez, aux antipodes de l’acteur. Ils s’offrent pourtant une dernière sortie, pour se prouver que rien ne s’efface. Mireille Darc ne se montre plus au bras d’Alain Delon mais bien sur scène, avec lui et seulement lui, dans une pièce qu’ils ont choisie de concert. Début 2007, à Paris, ils se donnent la réplique, heureux comme jamais de se retrouver dans ce projet commun, en jouant Sur la route de Madison au théâtre Marigny. L’œuvre, tirée du film de Clint Eastwood avec Meryl Streep, est une ode romantique à l’amour pur et vibrant. Mireille Darc et Alain Delon savourent cette chance. Il dira un jour à son propos : « C’est sans doute, parmi toutes les femmes que j’ai aimées, celle qui me connaît le mieux."

BerenardMEEUS

Pierre DE VUYST

Extrait de l'union du 03-09-2017

La disparition d’une figure du cinéma des années 60-70

Actrice populaire et réalisatrice engagée, Mireille Darc est décédée hier à 79 ans. Après de nombreux rôles au cinéma, elle avait réussi son retour à la télévision dans les années 90.


 On se souviendra longtemps du casque blond de Mireille Darc, actrice emblématique du cinéma des années 60-70. AFP

Mireille Darc

*.- Née Mireille Aigroz le 15 mai 1938 à Toulon- (France)

*.- 1960 Première apparition à la télévision dans La Grande Bretèche

*.- 1962 Au théâtre dans Les femmes aussi ont perdu la guerre

*.- 1963 Premier rôle important dans Pouic - pouic aux cotés de Louis de Funès et Jacqueline Maillan

*.- 1964 . Premier rôle-principal dans Les Barbouzes de Georges Lautner

*.- Entre 1968 et 1971 Joue dans plusieurs films, dont Borsalino et Mort d'un pourri, aux côtés d'Alain Delon qui devient son conjoint jusqu'en 1980 .

*.- 1972-1974 Le grand blond avec une chaussure noire avec Pierre Richard, puis Le retour du .grand blond.

*.- 1990 à 2003 Joue dans des mini-séries TV aux côtés d'Alain Delon

*.- 2006 Faite Chevalier de la Légion d'honneur par Jacques Chirac

*.- 2015 Réalise un documentaire sur les femmes sans abris pour France 2 et devient Officier de la Légion d'honneur

*.-  28 août 2017 Décède à 79 ans à Paris

Un carré blond, une spectaculaire robe noire, des films populaires, puis un retour réussi à la télévision. Mireille Darc, actrice emblématique des années 60-70, réalisatrice, est décédée dans la nuit de dimanche à lundi à Paris, à 79 ans, son ami Alain Delon à son chevet. Elle avait formé avec l’acteur un couple très en vue pendant une quinzaine d’années, après leur rencontre sur le tournage de « Jeff » (1968).

Brigitte Bardot pleure une petite sœur de cinéma qui avait gardé son âme d’enfant

Les deux acteurs s’étaient retrouvés sur les planches en 2007 pour jouer « Sur la route de Madison » au théâtre Marigny. Mireille Darc, surnommée « La grande sauterelle » après la sortie du film éponyme en 1967, avait tourné dans une cinquantaine de longs-métrages pour le cinéma, dont près d’une quinzaine avec Georges Lautner. Née le 15 mai 1938, Mireille Aigroz – qui choisit son pseudonyme en référence à Jeanne d’Arc – affiche une ambition à toute épreuve lorsqu’elle débarque à Paris de Toulon en 1959, avec pour bagage un diplôme d’art dramatique du Conservatoire. Entre baby-sitting et mannequinat, la jeune provinciale, « maigre, brune et plate » , selon ses propres mots, accepte toutes les propositions, au théâtre comme à la télévision. Silhouette élancée, casque blond platine coupé au carré, la jeune comédienne conquiert rapidement le grand public, avec son allure de vamp garçonne au grand cœur et désinvolte. En 1963, elle a déjà une dizaine de films à son actif quand elle tourne pour la première fois avec Lautner, qui en fait une vedette avec « Des pissenlits par la racine », puis « Les Barbouzes » un an plus tard. En 1972, la comédie « Le grand blond avec une chaussure noire », d’Yves Robert avec Pierre Richard, la montre dans une robe noire signée Guy Laroche, dénudant largement son dos. Son image de sex-symbol s’installe durablement, l’actrice est volontiers comparée à Brigitte Bardot et même à Marilyn Monroe. Elle essaie de changer de registre, avec « Les Seins de glace » de Georges Lautner en 1974, ou « L’homme pressé » d’Édouard Molinaro en 1977. Mais son image de vamp un peu niaise lui colle à la peau. Avec Delon, elle joue dans plusieurs films dont « L’homme pressé », « Mort d’un pourri », ou « Borsalino ». Dès l’annonce du décès de l’actrice, les réactions ont afflué. Brigitte Bardot a confié pleurer sa « petite sœur de cinéma qui avait gardé son âme d’enfant » , une femme qui « donnait plus qu’elle ne recevait » et une « délicieuse actrice ». Françoise Nyssen, ministre de la Culture a salué « une grande figure du cinéma français » , « une femme de courage et d’engagement ».

La comédienne avait été opérée à cœur ouvert en 1980

Au début des années 80, le couple que Mireille Darc forme avec Alain Delon se sépare. L’actrice connaît une traversée du désert professionnelle et de gros ennuis de santé. Atteinte depuis l’enfance d’un souffle au cœur, elle subit en 1980 une opération à cœur ouvert, avec implantation d’une valve cardiaque. Elle sera de nouveau opérée en 2013. Fin 2016, elle restera hospitalisée trois mois, pour deux hémorragies cérébrales consécutives. Délaissée par le cinéma, Mireille Darc était revenue sur le devant de la scène dans les années 1990 par la télévision, renouant avec la popularité dans des rôles de femme décidée et indépendante dans plusieurs séries comme « Les cœurs brûlés » ou « Les yeux d’Hélène ». À la même époque, elle se lance dans la réalisation de documentaires, sur les greffes d’organes, le cancer, la prostitution ou, plus récemment, en 2015, les femmes SDF. Le dernier portait sur l’excision. Il doit être prochainement diffusé sur France 2

Extrait de l'union du 29-08-2017

Gala

 Mireille DARC

« On a vraiment craint le pire »

Alain Delon révèle que Mireille Darc a de nouveau failli mourir très récemment


Invité du 20 heures de France 2 hier soir(12/2016), Alain Delon a révélé que le cœur de Mireille Darc s’était arrêté pendant son hospitalisation.

Fin septembre, Mireille Darc était hospitalisée d’urgence après une double hémorragie céré­brale. Au micro de RTL, son époux tentait alors de se montrer rassurant. « Là, c’est vrai qu’il y a eu un grand moment de panique, confiait Pascal Desprez. [Mireille Darc] ne voyait plus, elle ne parlait plus, j’ai eu la peur de ma vie. Elle va mieux »

Suivie de près, depuis, l’ac­trice de 78 ans n’était pas sortie d’af­faire pour autant. Hier soir, lors de son passage au JT de France 2, Alain Delon a rapporté qu’elle n’avait quitté l’hôpital que ce samedi. « Elle va mieux. Elle va bien, a souligné l’acteur. Elle est rentrée à son domicile hier matin et elle va beaucoup mieux. Elle reparle. Parce qu’elle ne parlait plus. On a vraiment craint le pire. Ça a été difficile. Elle est restée trois mois à l’hôpital. »

Évoquant les problèmes cardiaques de son ancienne compagne, Alain Delon a égale­ment révélé qu’elle avait frôlé la mort il y a encore deux semaines de cela. « Le problème, ce n’est pas ce qu’elle faisait ou ce qu’elle avait, a ajouté Alain Delon. Le problème c’était la faiblesse du cœur. Il y a 15 jours, je peux le dire maintenant son cœur s’est arrêté. 26 secondes. Il est reparti. Dieu merci. »

L'interview exclusive de Mireille Darc sur sa folle histoire d'amour avec Alain Delon

L'ACTRICE NOUS AVAIT RACONTÉ SON COUP DE FOUDRE, EN 1996

 Entre Mireille Darc et Alain Delon, c'est 15 ans d'amour, et toute une vie d'amitié. Il y a quelques années, l'actrice qui lutte aujourd'hui pour se remettre sur pied nous avait raconté cette folle histoire. Comment elle avait arrêté sa carrière pour lui, et comment aimer cet homme l'avait guérie de la jalousie. Exclusif

La première fois que Mireille Darc vit Alain Delon, c'était en 1960, rue François 1er, à Paris.« On s'est croi­sés, Alain m'a regar­dée, je l'ai regardé, on s'est souri, et puis voilà. Ça n'a pas fait tilt. Je l'ai trouvé superbe, mais je ne me suis pas dit : « Oh ! c'est l'homme de ma vie. Ensuite il m'a proposé de tourner avec lui un film qui s'appelle Jeff. C'était en 1968. »

Le tournage se passe au mieux. Et au fil des jours Mireille Darc s'intéresse de plus en plus à l'homme derrière l'acteur. Bien sûr, c'est un comé­dien déjà culte, mais elle découvre quelqu'un d'à la fois « roma­nesque, roman­tique, tendre et en même temps très fort ». Elle est sous le charme. Elle parle de charisme, de magnétisme, de "quelque chose qui vient de l'intérieur, une force". 

Alain Delon ne se livre pas d'emblée. Il est secret, mysté­rieux. Mireille Darc aime cela. Et puis il sait rendre celle qui partage sa vie unique. Elle s'en fout pas mal qu'il entre le premier ou pas dans les restau­rants, qu'il tienne la porte ou pas, ces poli­tesses de forme ne sont rien face à l'atten­tion qu'il lui porte, la vraie. C'est tout ce qui compte pour elle. A longueur de jour­née, elle voit les femmes se pâmer, se décom­po­ser devant lui, elle fait avec. Et puis elle le sait de confiance. « Vivre avec Alain m'a guérie de la jalousie », résume-t-elle.

Pendant les 15 ans de leur vie commune, Mireille Darc décide d'arrêter son métier. Elle s'occupe des parfums Delon, de construire des maisons… Le quotidien avec Alain Delon n'a justement rien de quotidien. A ses côtés, elle fait des choses un peu folles, un peu « dingues » selon son expression.

La séparation de Mireille Darc et Alain Delon, en 1983, ne met pas un coup d'arrêt à leur amour. Il le transforme. Entre eux, elle dit qu'il reste une forme de télépathie. Que quand elle a le cœur gros, quand ça ne va pas, il le sent et l'appelle. Dans les moments difficiles, elle peut compter sur lui. Toujours. « Si j'avais cessé toute relation avec lui, nous a-t-elle confié, cela aurait voulu dire que je reniais tout ce que je lui avais promis durant notre histoire. Les choses que j'ai pu lui dire et celles que j'ai pues entendre.  »

Extrait de Gala du 12/12/2016

  

    

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 Danielle Darrieux

Elle était LA star avant Bardot et Deneuve

Deux décennies avant Brigitte Bardot et trente ans avant Catherine Deneuve, Danielle Darrieux a incarné une certaine idée de la Française type : élégante, piquante, féminissime.

 
Danielle Darrieux avec Catherine Deneuve, sa « triple » fille au cinéma. 

Vingt ans avant B.B, une autre comédienne aux initiales doubles avait fait craquer le grand public. Danielle Darrieux, légende du cinéma français, est morte centenaire, mardi dernier, à son domicile de Bois-le-Roi, dans l’Eure.

La moue boudeuse de Danielle Darrieux faisait la joie des photographes

Danielle née à Bordeaux, « le jour même où partout en France on vend du muguet », a connu une carrière exceptionnellement longue puisqu’elle avait à peine 14 ans pour son premier film et a tourné jusqu’à ses 93 ans ! Sur ces quasis huit décennies, elle fait 103 films et une trentaine de pièces. Elle est l’archétype de la beauté féminine pour toute la génération qui a vécu la seconde Guerre mondiale.

Elle a été l’inoubliable partenaire de Charles Boyer dans « La ronde » (1951), celle de Jean Gabin dans « La Vérité sur Bébé Donge » (1953) ou celle de Gérard Philipe dans « Le Rouge et le Noir » (1954).

Danielle Darrieux, dont la moue boudeuse faisait la joie des photographes, a aussi tourné aux États-Unis, comme dans « L’affaire Cicéron » de Joseph Mankiewicz, en 1952.

MAYERLING, SON PREMIER RÔLE TRAGIQUE

Fille d’un médecin et d’une mère mélomane, elle souffle ses quatorze bougies sur le plateau de son premier film « Le Bal », de Wilhelm Thiele en 1931. Elle devient alors l’une des rares Françaises à mener une carrière internationale : Allemagne, Tchécoslovaquie, Hongrie…

De « Mayerling » (1935), son premier rôle tragique, à « Battements de cœur » (1939) d’Henri Decoin, son premier mari, elle est la coqueluche de l’avant-guerre. En plus d’être une excellente comédienne, Danielle révèle aussi un autre grand talent : elle a non seulement une jolie voix, mais elle chante divinement.

EN 1942 À BERLIN PAR AMOUR

Plus tard, en 1967, elle est d’ailleurs la seule à chanter elle-même dans « Les demoiselles de Rochefort » où elle joue la mère de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac.

Mais revenons un peu en arrière pour évoquer les années de guerre qui ne seront pas très faciles pour Danielle. Elle divorce en 1941, se remarie en 1942 avec le diplomate milliardaire et play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, qu’elle quitte en 1948 pour le scénariste Georges Mitsinkidès.

L’actrice n’interrompt pas ses activités en France. Sous l’Occupation, elle tourne pour la Continental, la société de production allemande installée à Paris. Et elle fera le controversé voyage à Berlin en 1942 avec d’autres acteurs français. Elle prétend que c’est par amour qu’elle a accepté cette « invitation », histoire de voir Rubirosa, lequel, soupçonné d’espionnage, avait été arrêté par les Allemands ! Danielle passe la fin de la guerre en résidence surveillée à Megève, et estime n’avoir été qu’« un peu embêtée » à la Libération.

Quoi qu’il en soit, elle commence une seconde carrière. On la voit dans le « Ruy Blas » de Jean Cocteau, ou dans « Madame de… », le chef-d’œuvre de Max Ophüls, qui reste son film préféré.

Celle qui avait déjà fait un séjour à Hollywood où elle s’était « ennuyée » retourne aux States en 1971 mais à Broadway cette fois pour une comédie musicale sur Coco Chanel. « On m’avait demandé de remplacer Katherine Hepburn, je me suis dit : si j’en sors vivante, je n’aurai jamais plus le trac ».

Elle retrouve une dernière fois Catherine Deneuve pour être la doyenne du casting de « Huit Femmes » de François Ozon, dernière œuvre marquante de sa filmographie. À 85 ans, elle est pour la 3 e fois, la mère de Deneuve à l’écran. «Danielle n’est pas une vieille dame, assène Catherine Deneuve à l’époque. Elle est la seule femme qui m’empêche d’avoir peur de vieillir… »

Un hommage encore plus beau que tous ceux qui ont émaillé ces derniers jours.

SAM CHRISTOPHE

Extrait de l'union du 22/10/2017

Le cinéma français perd une « amoureuse »

 Actrice légendaire du cinéma, Danielle Darrieux est décédée mardi à plus de 100 ans


Danielle Darrieux sur scène en 2003 dans «
 Oscar et la dame en rose », d’Éric Emmanuel Schmitt. AfP

« Elle s'est endormie, on peut dire », a confié son compagnon Jacques Jenvrin. Son état s'était « un peu dégradé récemment, après une petite chute. » Danielle Darrieux, qui a tourné plus de cent films, était devenue centenaire en mai. « Sa bouche en cœur, ses grands yeux innocents, sa coquetterie. Sublime dans Mme de.  Une amoureuse » a tweeté l'ancien président du festival de Cannes Gilles Jacob.

Danielle Darrieux avait incarné, avant Brigitte Bardot et Catherine Deneuve, une certaine idée de la féminité à la française : élégante, piquante, absolue. Cette comédienne à la carrière hors pair - huit décennies à l'écran et à la scène - a été un archétype de la beauté féminine pour toute une génération. Elle a été la partenaire de Charles Boyer dans La ronde (1951), de Jean Gabin dans La Vérité sur Bébé Donge (1953) ou de Gérard Philipe dans Le Rouge et le Noir (1954). Danielle Darrieux, dont la moue boudeuse faisait le bonheur des photographes, a aussi tourné aux États Unis, comme dans L'affaire Cicéron de Joseph Mankiewicz, en 1952, un an avant que Max Ophüls ne lui offre son plus beau rôle dans Madame de ... adapté du roman de Louise de Vilmorin.

Née le 1er mai 1917 à Bordeaux, fille d'un médecin, elle devient avant la guerre l'une des rares actrices françaises à mener une carrière internationale. Hollywood lui ouvre rapidement les portes. Elle tourne La coqueluche de Paris avec Douglas Fairbanks en 1938. L'actrice n'interrompt pas son activité en France sous l’occupation, tournant pour la Continental, la société de production allemande.


Archétype de la beauté féminine avant-guerre, Danielle Darrieux a été l'inoubliable partenaire de Jean Gabin et de Gérard Philipe

IL FAUTSAVOIR JOUER DE MOI

En 1958, elle joue Marie-Octobre de Julien Duvivier, un succès. D'autres suivront comme Les Demoiselles de Rochefort (1967), où elle est la seule à savoir chanter. « Je suis un instrument, il faut savoir jouer de moi alors on sait en jouer ou on ne sait pas », dit-elle au réalisateur Jacques Demy. « Un instrument, oui, mais un stradivarius », rétorque-t-il. À la scène, elle a triomphé à Broadway, à Paris, à Londres. En 2003, l'infatigable comédienne se lance un nouveau défi, créant Oscar et la dame rose, un monologue d'Eric-Emmanuel Schmitt qu'elle interprète seule sur scène et lui vaut de remporter un Molière.

Extrait de l'union du 20/10/2017

Elle a soufflé ses 100 bougies

Avant Brigitte Bardot et Catherine Deneuve, Danielle Darrieux a incarné une certaine idée de la Française.


Une photo de Danielle Darrieux prise dans les années 30. AFP

« J'allais au studio comme on va à l'école, j'étais paresseuse et je le suis restée »
Danielle Darrieux

« Je suis née le jour même où partout en France on vend du muguet », s'amusait, dans ses souvenirs, cette actrice aux 103 films et à la trentaine de pièces, archétype de la beauté féminine pour toute une génération. Elle vit aujourd'hui dans l'Eure. Selon son entourage, « elle n'est plus en mesure de se déplacer mais physiquement elle va bien », Danielle Darrieux a été l'inoubliable partenaire de Charles Boyer dans « La ronde » (1951), de Jean Gabin, dans « La Vérité sur Bébé Donge » (1953) ou de Gérard Philipe dans « Le Rouge et le Noir » (1954).

Danielle Darrieux, dont la moue boudeuse faisait la joie des photographes, a aussi tourné aux États-Unis, comme dans « L'affaire Cicéron » de Joseph Mankiewicz. en 19S2.

Née le 1 er mai 1917 à Bordeaux, fille d'un médecin et d'un couple mélomane, elle souffle ses quatorze bougies sur le plateau de son premier film «le Bal», de Wilhelm Thiele, en 1931. Elle devient alors l'une des rares Françaises à mener une carrière internationale : Allemagne, Tchécoslovaquie, Hongrie.

De « Mayerling » (1935), son premier rôle tragique, à « Battements de cœur » (1939) d'Henri Decoin, son premier mari. elle est la coqueluche de l'avant-guerre d'autant qu'à ses talents de comédienne s'ajoute une très jolie voix. On l'appelait alors DD. On disait aussi « La fiancée de Paris ».

Après une carrière riche de succès, elle a inspiré les jeunes réalisateurs comme François Ozon « Huit femmes » 2002). « C'est la seule femme qui m'empêche d'avoir peur de vieillir », disait Catherine Deneuve, partenaire dans ce film.

À l'occasion du centenaire un colloque se tiendra à l'université Bordeaux Montaigne du 3 au 5 mai et un hommage lui sera rendu à la cinémathèque de Toulouse en novembre. En 2009, la Cinémathèque française avait organisé une grande rétrospective de ses films.

Extrait de l'union du 01/05/2017

  

    

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Jamel DEBBOUZE

« Plus le temps passe, plus j’ai envie de rire »

Jamel Debbouze lancera sa tournée 2018 dans la région. Rencontre avec la célèbre icône du rire.


La toute première date de la nouvelle tournée de Jamel Debbouze c'est samedi prochain à Châlons-en-Champagne

Vous n’étiez pas remonté sur scène depuis six ans. Qu'est-ça qui vous a donné envie de revenir ?

 Je prends mon temps entre chaque spectacle. J'ai besoin de reposer corps et esprit, et d'être en jachère comme une terre ! Comment surprendre le public si je ne me surprends pas moi-même ? Je dois regarder et analyser le monde, Il faut qu'il me déstabilise, qu'Il m'éclate ... Et je suis toujours occupé par le Jamel comedy club et le Marrakech du rire !

Comment avez-vous conçu ce nouveau spectacle ?

Cela fait deux ans ou deux ans et demi que j'y réfléchis. j'ai des petites idées, que je note. Elles mûrissent ou non. Rien n'est figé, je me laisse porter. Je raconte mon histoire : j'ai été confronté au show-business, à mon arrivée à Paris, au choc des cultures ... Je parle de transmission. Je n'ai rien inventé d'extraordinaire. Je crois que j'évoque des sujets universels : ma vie, ma famille, ma vie d'artiste. Je parle aussi du monde qui m'entoure : Trurnp, Macron, le racisme ... Ça me bouscule, ça me fascine, ça me fait réagir.

Et je donne mon avis sur tout cela. Philippe Caubère l'a fait !

Vous êtes une Icône de la comédie en France. Pourquoi cette appétence pour l'humour, et comment durer dans ce métier ?

Soit on est drôle, soit on l'est pas! Il faut avoir la nature pour cela, et remarquer des choses que les gens ne voient pas.

Il faut garder la passion et avoir viscéralement envie de faire rire. On ne doit pas chercher à durer, mais faire les choses naturellement et le plus longtemps possible. Si on se dénature, on ne se distingue plus! C'est tout un travail. Je fais mon métier sans me poser de questions. Je veux être en phasé avec tout ce que je dis et continuer à l'assumer dans quarante ans 1 Je ne triche pas, je ne mens pas. Je continue à m'amuser, et ça marche !

C'es