Les années folles revivent : au musée des Beaux-Arts de Reims

Elle fera date dans l'histoire du musée des Beaux-Arts de Reims et fait déjà référence parmi les spécialistes de la période. L'exposition « Années folles, années d'ordre : l'Art Déco de Reims à New York » est à voir absolument    


Mario Rossi, adjoint à la culture de la ville de Reims et Catherine Delot co-commissaire de l'exposition, admirent la coupe de champagne prêtée par la reine Elizabeth.


La Sainte Face de la chapelle Art Déco de l'exposition de 1925, prêtée par le musée du Vatican.

Apothéose des années folles Art Déco à Reims, l'exposition « Années folles, années d'ordre : l'Art Déco de Reims à  New-York », au musée des Beaux-arts est exceptionnelle. Reconnue d'intérêt national parle ministère de la Culture, elle est déjà une référence Française. Par son ampleur (700 mètres carrés), par la qualité des œuvres présentées et par le splendide écrin réalisé qui métamorphose littéralement le musée rémois. Un musée dans le musée et un musée dans une ville musée puisqu'il suffit de flâner un peu pour admirer les façades des années 20 entre la bibliothèque Carnegie, le Grand Théâtre ou l'hôtel de ville.


Petit salon qui fût au Grand Thèâtre de Reims

Deux ans pour réunir les œuvres

« Nous voulons faire de Reims le lieu ressource incontournable sur l'Art Déco en France »,affiche en toute confiance Mario Rossi, l'adjoint à la culture de la ville. Le centre d'un réseau de villes liées à l'Art Déco. A commencer par Saint-Quentin, la plus proche, avec laquelle un échange d'expositions est déjà programmé.      

Mené par David Liot et Catherine Delot, commissaires de l'exposition, le travail de recherche et l'œuvre admirable de scénographie due à Didier Blin, donnent a voir plus de 250 objets, affiches, tableaux, dessins, gravures, statues, meubles, vases, service de table, argenterie, tapis, robes, maquettes, tissus, émaux, vitraux, œuvres d'une soixantaine d'artistes majeurs de la période.

De Carlo Sarrabezolles à Jean Dunand, d'Antonin Daum à Jean Goulden, de Sonia Delaunay à René Lalique, de Louis Majorelle à Max Sainsaulieu, de Raymond Subes à Jacques Gruber, de Paul Poiret à Paul Jouve, ils ont presque tous travaillé à Reims. ou pour de grandes familles de la région dont les descendants ont contribué avec enthousiasme à la collecte d'œuvres conservées dans les collections particulières.

Un écrin pour chaque objet


Splendide robe 1920 prêté par Nadine Heidseieck et ayant appartenue à sa mère

« Nous avons mis deux ans à réunir les œuvres en provenance notamment du Mobilier national, du musée des années 30 de Boulogne-Billancourt, du musée de l'Ecole de Nancy ou bien de nos propres collections », indique Catherine Delot qui salue le travail colossal réalisé par les équipes techniques du musée, tandis que Mario Rossi rend hommage aux techniciens de la ville.

Rien, en effet n'a été laissé au hasard dans la mise en valeur des œuvres. De leur place dans le cheminement du visiteur à l'éclairage, en passant par des détails subtils dans la réalisation de véritables écrins adaptés à chacune.

De la rupture de la Grande Guerre, de l'Art Nouveau à l'Art Déco dans tous ses états, le luxe, la nature magnifiée ou inventée, les grands paquebots transatlantiques qui relient dans l'imaginaire Reims à New York, le renouveau de l'art sacré avec les merveilles de l'église Saint-Nicaise, l'antiquisant et enfin les années d'ordre qui s'ouvrent déjà sur notre monde contemporain, tout retient l'attention.

La première flûte à Champagne de Lalique, un bureau de Majorellè, l'affiche inaugurale des Galeries rémoises, les tissus simultanés de Sonia Delaunay, l'argenterie du Normandy, les boîtes en émail de Jean Goulden, les robes de Paul Poiret, le paravent géant de Jean Dunand, le coffret du jubilé d'argent du roi George V, cadeau des maisons de Champagne contenant la coupe la plus ancienne d'Angleterre sortie pour la première fois de l'un des châteaux écossais de la reine Elizabeth, la Sainte Face de la chapelle Art Déco de l'exposition de 1925 prêtée par le musée du Vatican... émerveillent.

Françoise Kunzé    Photos :  Gérard PÉRON

A voir jusqu'en février 2007

L'exposition « Années folles, années d'ordre : l'Art Déco de Reims à New York » est visible au musée des Beaux-Arts de Reims jusqu'au 11 février 2007, de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures (fermé le mardi et les jours fériés).

Le catalogue de l'exposition (256 pages au prix de 39 euros), recueille les dernières connaissances des spécialistes français référents.

David Liot, conservateur du musée, présentera les différentes facettes du style Art Déco dans une conférence à la médiathèque Cathédrale, mercredi 25 octobre 2006 à 18 h 30.

Un parcours Art Déco dans la ville est proposé par l'office de tourisme de Reims.              .

Toutes les informations sur le site Internet : www.reimsart-deco.fr


Étonnamment moderne, ce vitrail de Jacques Simon
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René Lalique, le Cupidon du bijou

C'est l'un des régionaux de : l'étape. « Le Cupidon du bijou », selon le Rémois André Garcia qui a exploré, trois années durant, l'œuvre de René Lalique, joaillier hors pair devenu l'un des maîtres-verriers les plus réputés de l'Art Déco.

Comme Lalique, Garcia est enfant d'Ay, près d'Epernay. Et comme lui, ce spécialiste du Champagne, auteur d'ouvrages de référence (dont un « Que sais-je ») a le souci du détail.

Pour écrire la courte biographie. de Lalique - à paraître bientôt -, Garcia est allé à la source. Corrigeant les dates (souvent erronées) du maître, né en 1860, mort en pleine gloire le l" mai 1945, rencontrant ses ultimes héritiers, aujourd'hui octogénaires, nés des rejetons reconnus ou pas, de l'insatiable René, amoureux éperdu des femmes.

Car s'il eut ses servitudes, Lalique a traversé la vie comme on s'amuse. À cheval sur deux siècles, deux écoles, deux passions, deux conditions. Au crépuscule du XIX° siècle, les vignerons Lalique sont richissimes. Le phylloxéra les éreinte. Jules, le père, devient colporteur, quitte Ay pour la capitale. N'y revient que pour marier Olympe, qui lui donne un fils. Enfance misérable mais tranquille, sur fond de galipes.

Verre moulé cire perdue

À 16 ans, le jeune René monte à Paris. Apprentissage chez Aucocq, le joaillier du moment, puis Cartier et Boucheron. À 22 ans il réinvente le bijou. La grâce de la corne, de l'émail, de la nacre supplante la pesanteur de l'or.

L'objet est ciselé, délicat, audacieux. Lalique avait 1.000 idées à la minute. Il créée des bracelets aux guêpes, des bagues oiseaux. Comme dans les chefs-d'œuvre de l'École de Nancy, la faune et la flore fournissent des motifs inépuisables.

À 30 ans, il a pignon sur rue, place Vendôme. Comme l'Art nouveau bat son plein, Lalique se lance dans le travail du verre. Et le réinventé. Flacons de parfums, bouteilles, vases, bouchons de radiateur, flûtes à Champagne...

Les Lalique sont partout, dans les Transatlantiques, les hôtels, les trains, sur les édifices publics, les vitraux de Saint-Nicaise à Reims, les fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées (aujourd'hui disparues).  Verre pressé-moulé, verre à double fond, cires perdues : ses techniques révolutionnaires l'installent au Panthéon de l'Art Déco.

Même partiel, l'expo rémoise lui rend un juste hommage. Il serait temps : « A Ay et Reims, aucune rue ne porte son nom », note André Garcia. Un oubli, sans doute.

Gilles Grandpierre

 
André Garcia, le biographe de Lalique, entouré de quelques pièces du maître : « Le plus cher des Lalique, une cire perdue, s'est vendu en l991 à 382.000 € aux États-Unis ».

Extrait de l'union du 23/10/2006