Police NATIONALE   
 

JUSTICE - Police municipale - POMPIERSSECURITE

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Presse

 

 

 Les missions de la police scientifique 

« Nous traitons trois ou quatre grands crimes par an »
Souvenirs d’un enquêteur

2017
Police secours appelle à l’aide

Le drone, nouvel outil des forces de l’ordre pour repérer les infractions routières

Un nouveau labo pour la police scientifique inauguré à Reims

Des chiens anti-stups en milieu scolaire

FICHES POUR RADICALISATION

2016

Le Flash-Ball est nécessaire
Des indices qui finissent par parler
Cazeneuve dégaine à Reims son arsenal antiterroriste
Ils attendent Cazeneuve de pied ferme

Nos journées sont imprévisibles
Les cambriolages toujours en ligne de mire de la compagnie de gendarmerie départementale de Reims
Joseph Merrien. nouveau patron de la Police marnaise
Dans le rude quotidien de la brigade cynophile
Éric Pérignon, nouveau patron du service régional de police judiciaire
Le patron de la PJ rémoise parle
Reims, un choix stratégique pour le GIGN
Une antenne du GIGN bientôt installée à Reims
Ras-le-bol des policiers à Reims et Châlons

2015

Voyage au cœur de police-secours
La police scientifique de REIMS a dévoilé ses secrets

2011

Surveillance, protection... efficacité ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Nous traitons trois ou quatre grands crimes par an »

 Arrivé en 2015, le colonel Félicité s’apprête   à quitter la tête de la section de recherches. Entretien.


Jean-Baptiste Félicité, mardi matin, dans les locaux de la section de recherches, à Reims. M.L.

Il était arrivé le 1 er août 2015. Trois ans plus tard, le lieutenant-colonel Jean-Baptiste Félicité quittera cet été ses fonctions de commandement de la section de recherches (SR) de Reims pour aller prendre la tête de la SR de Bordeaux. Les SR sont des unités de la gendarmerie à qui sont confiées les enquêtes judiciaires longues et complexes – criminalité organisée, trafics de stupéfiants, crimes de sang, etc. Mardi, le lieutenant-colonel Félicité, à la tête d’un service comprenant une trentaine d’enquêteurs chargés d’opérer sur les quatre départements de l’ancienne région Champagne-Ardenne (Marne, Ardenne, Aube et Haute-Marne), a accepté de s’exprimer sur les principales caractéristiques de la criminalité locale.

À quelle délinquance vous êtes-vous confronté depuis trois ans ?

La région est une grande zone de passage. Outre les locaux, nous devons faire face à des délinquants d’Europe de l’Est mais également de la région parisienne. L’an dernier, des vols de tabac en quantité très importante, commis notamment à Esternay (Marne) et réalisés par des commandos bien préparés, nous avaient obligés à poursuivre nos investigations à proximité de la capitale.

La criminalité ou délinquance organisée s’active généralement sur des niches très lucratives, tels que les vols de produits phytosanitaires, de pots catalytiques, etc. C’est l’économie circulaire, tout se recycle (sourires). Même si chaque dossier a sa petite histoire, la coopération internationale entre services d’enquête est assez dynamique. La clé, c’est qu’il faut que chacun y perçoive le même intérêt.

Chaque année a-t-elle eu ses dominantes ?

Oui. En 2015, plusieurs attaques à l’explosif de distributeurs automatiques de billets s’étaient soldées par plusieurs interpellations. En 2016, après les attentats du Bataclan, nous avions dû renforcer notre activité dans la prévention de la radicalisation en participant au suivi de certaines cibles. La gendarmerie avait été responsabilisée dans le suivi de certains objectifs. Mais évaluer à distance la dangerosité de quelqu’un reste une mission compliquée.

L’année 2017, enfin, aura pour nous été marquée par des affaires de trafics de stupéfiants, incluant parfois des ramifications internationales. L’une, déclenchée à la suite du contrôle sur notre secteur d’un menuisier allemand domicilié en Espagne, avait inclus un directeur d’enquête allemand et des gardes civils espagnols.

Le dark web n’est pas un champ évident à investir. On voit bien que la délinquance utilise la technologie, et cela nous oblige à nous adapter

En matière d’homicide, comment se caractérise l’ancienne région Champagne-Ardenne ?

C’est une zone qui, en la matière, reste modeste. Habituellement, les Ardennes sont davantage concernées mais ce début d’année change la tendance (allusion aux récents drames survenus à Mourmelon et Vitry-le-François, NDLR). En moyenne, la SR a trois ou quatre grands crimes par an – où les faits ont été très violents, où un auteur est à identifier, etc.

Avez-vous pu constater un essor de la cybercriminalité ?

Le « dark web » n’est pas un champ évident à investir. On voit bien que la délinquance utilise les nouvelles technologies, cela nous oblige à nous adapter. Un exemple : en Haute-Marne, des douaniers avaient contrôlé des Lettons qui descendaient de Hollande vers l’Espagne. L’expertise de leurs téléphones, où avaient été trouvées des photos de liasses de billets, puis de leurs ordinateurs a permis d’établir un trafic de stupéfiants ainsi qu’un blanchiment d’argent en bitcoins. Ils vendaient de la drogue sur le dark web, recevaient des commandes de clients domiciliés dans toute l’Europe. La drogue était adressée par envois postaux. Ils en avaient écoulé pour trois millions d’euros en un an.

Comment ces évolutions contribuent-elles à modifier vos techniques d’enquête ?

Notre devoir, c’est d’être le plus pointu possible en termes d’éléments de preuves. En matière de médecine légale, par exemple, nous avons récemment bénéficié, et pour la première fois à la SR, d’une virtopsie (autopsie virtuelle, réalisée par scanner) réalisée sur le plateau de médecine légale dont dispose la gendarmerie à Pontoise.

Mathieu LIVOREIL

Extraits de l'union du 28/06/2018

  

    

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Souvenirs d’un enquêteur

Patron de la section de recherches de Reims puis coordonnateur national   de la lutte contre la criminalité, Joël Vaillant fut, dans les années 90, au cœur des grandes affaires criminelles.


Joël Vaillant a suivi les affaires criminelles les plus sensibles, dont celles impliquant Françis Heaulme, Emile Louis, Patrice Alègre et Alfredo Stranieri. M.L.

1.673 meurtres non élucidés entre 2003 et 2015

En France, 10 411 meurtres ont été commis entre 2003 et 2015 - un nombre moindre que durant les précédentes décennies. Durant cette période, le taux d’élucidation fut de 84 %, ce qui laisse aujourd’hui encore 1 673 crimes non élucidés. « Ont-ils été commis par 1 673 personnes ? », fait mine devant nous de s’interroger Joël Vaillant. « Ce sont aussi 1 673 familles qui ne savent pas ce qui s’est passé. Il faut continuer à travailler dessus, on ne va pas aller expliquer à ces gens-là que cela fait partie des pertes et profits ! Comme disait Sartre, mieux vaut le désespoir que l’incertitude. » Après son départ de la gendarmerie, Joël Vaillant avait adhéré à l’association VIES (victimes-en-serie.org).

 C’est Stéphane Bourgoin, le spécialiste des tueurs en série, qui nous a mis le mois dernier sur sa piste : « Si vous voulez parler de l’évolution des techniques d’investigation, allez voir le gendarme Vaillant ! » Âgé de 71 ans, cet ancien colonel coule à Reims une retraite heureuse mais demeure insatiable sur le sujet des tueurs en série, et des progrès à faire pour les détecter plus vite.

L’ancien colonel, qui avait débuté sa carrière à Châlons-en-Champagne en… 1968, commanda la section de recherches de Reims (1985-91) avant de devenir, au sein de la direction générale, le coordinateur national dans la lutte contre la criminalité – et la lutte antiterroriste. Il quittera la gendarmerie en 1999 pour devenir directeur de la sécurité « d’une grande banque française » avant, en 2005, de prendre sa retraite. Face à nous, il résume : « Dans les années 90, toutes les grandes affaires criminelles françaises me sont passées entre les mains. »

Durant sa riche carrière, Joël Vaillant eut notamment à travailler sur trois crimes qui se révéleront avoir été commis par des tueurs en série : Fabienne Leroy, 20 ans, montée dans la camionnette de Michel Fourniret et Monique Olivier, le 3 août 1988, sur un parking de Châlons-en-Champagne ; Sylvie Rossi, 30 ans, qui prit Francis Heaulme en auto-stop à Reims une nuit de juillet 1989 ; et, bien sûr, l’affaire des « disparus de Mourmelon ». À l’époque, personne ne songeait à l’hypothèse d’un serial killer. Un autre temps…

Comme l’a écrit Stéphane Bourgoin, tout le monde ou presque pensait dans les années 80 qu’« un tueur en série, ça n’existe pas »…

La problématique des crimes sériels n’existait pas dans l’esprit des enquêteurs et magistrats, c’est vrai. Chaque crime était traité comme un fait isolé. Aujourd’hui, ce qui est enseigné, c’est qu’il est nécessaire de se poser la question pour chaque nouveau crime : est-ce le premier d’une série ? Fait-il partie d’une série ? Envisager toutes les hypothèses mais n’en privilégier aucune, comme on dit.

L’imagination des criminels pour réaliser leurs fantasmes ne connaît pas de limites

Le principe même des cellules d’enquête, où des enquêteurs se dédient exclusivement à un dossier, n’existait pas…

Oui. Ça a décollé dans les années 90. Lorsque j’étais à la coordination nationale, j’en ai géré jusqu’à 70-80 cellules. En fonction des faits à élucider – vols en série, crimes multiples ou même un fait unique ayant un fort retentissement –, on choisissait les profils. Un directeur d’enquête, c’est comme un chef d’orchestre à qui on met des instrumentistes : un informaticien, un spécialiste des filatures, un technicien… Cela paraît aujourd’hui banal. Regardez pour la disparition de la petite Maëlys : tout de suite, une cellule a été créée. Gendarmes et magistrats sont au courant donc pas de déperdition des moyens ni de temps.

Comment les mentalités ont-elles évolué ?

Il a fallu mettre les moyens, créer de nouveaux outils. Jusqu’au début des années 2000, les rapprochements entre les homicides reposaient essentiellement sur le mode opératoire des agresseurs et leur signalement, cela à partir de deux fichiers distincts, le Système de traitement des infractions constatées (Stic) de la police et le Système judiciaire de documentation et d’exploitation (Judex) de la gendarmerie. Mais ils n’ont pu établir des liens de sérialité lorsqu’un tueur en série changeait de mode opératoire, variait les profils de ses victimes et agrandissait son rayon d’action. Regardez Francis Heaulme : il a tué un enfant dans le Var, battu à mort une jeune femme dans la Marne, massacré de dizaines de coups de couteau deux personnes âgées dans les Ardennes, violé et tué une adolescente près de Metz. Aucun lien ne pouvait être fait. Les tueurs en série – et il y en aura toujours – peuvent évoluer, se perfectionner.

Le Salvac (Système d’analyse des liens de la violence associée aux crimes, créé en 2003 et importé du Canada) est un outil plus fin pour effectuer des rapprochements…

Oui. Un enquêteur, après chaque meurtre, doit remplir 168 items. Mais alimenter ces bases de données demande énormément de rigueur. Parmi les autres innovations importantes, citons aussi le fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles et violentes (Fijaisv), qui présente l’avantage pour les enquêteurs de disposer de la liste des personnes condamnées pour agressions sexuelles domiciliées dans leur ressort.

LE FBI DISTINGUAIT LES TUEURS ORGANISÉS DES TUEURS DÉSORGANISÉS

Vous défendez depuis longtemps l’apport des sciences comportementales…

Oui ! Sur une scène de crime, il faut se demander quel est le rituel du tueur, sa « signature ». Le mode opératoire peut évoluer ; le rituel, non. La symbolique qui imprègne la scène de crime permet de cerner la psychologie de l’auteur, on peut y lire sa colère, ses pulsions. Dans le cadre de l’affaire Chanal, nous étions allés passer une semaine au FBI et j’avais vu comment ils travaillaient sur le profilage, etc, c’était extrêmement instructif. Il faut bien le rappeler : l’imagination des criminels pour réaliser leurs fantasmes ne connaît pas de limites et leurs facultés d’adaptation sont insoupçonnables.

Qu’aviez-vous appris avec le FBI ?

Eux distinguaient les tueurs organisés et les tueurs désorganisés. Les organisés – tel que Fourniret – partent « à la chasse » avec leur kit de tueur, etc. D’autres, comme Francis Heaulme, commettent des agressions spontanées avec une arme d’opportunité, laissent la scène de crime en l’état et n’emportent pas de trophée. Il y a bien d’autres distinctions : les psychotiques, les marginaux, les pseudo-utilitaires, ceux qui ont une motivation sexuelle…

La gendarmerie possède désormais des spécialistes des sciences comportementales…

Oui, mais ce recours peut encore être intensifié. C’est comme lorsque vous êtes devant un tableau. Si vous n’y connaissez rien, vous direz seulement « c’est beau » ou « ce n’est pas beau ». Si vous vous y connaissez en histoire de l’art, vous saurez si c’est du cubisme, du romantisme, quelles ont été les techniques ou les peintures utilisées. Devant une scène de crime, c’est pareil. Si vous trouvez un mégot qui n’a pas été fumé par la victime, qu’est-ce que cela signifie? Qu’il a pris son temps, qu’il s’est délecté, qu’il est sûr de lui.

TROUVER UN ÉQUILIBRE ENTRE BESOIN DES ENQUÊTEURS ET RESPECT DES LIBERTÉS

Établir un profil, c’est capital. Cela aide aussi lors des interrogatoires : gueuler sur un suspect signifie que vous n’avez pas grand-chose contre lui, et lui peut avoir le sentiment de ne pas être écouté. 90 % des tueurs en série ont des antécédents, ils ne seront pas déstabilisés. Et à mon époque, les interrogatoires n’étaient pas filmés. Comme disait Freud, « les yeux sont le miroir de l’âme ».

Si des progrès ont été faits depuis un quart de siècle, où doit-on encore progresser ?

Les trois piliers de l’enquête sont les constatations, les témoignages directs et indirects et, enfin, l’exploitation des autres éléments – qui montre la qualité de l’enquêteur. Pour les constatations, le recours à un médecin légiste sur les lieux de découverte d’un corps, contrairement aux pratiques d’autres États européens, n’est pas systématique. En France, il est encore trop souvent fait appel à un médecin généraliste. L’exigence des protocoles pour rechercher, prélever, conserver puis exploiter traces et indices n’est pas toujours respectée. D’autres pistes existent : l’ADN mitochondrial (transmis par la mère et partagé par une fratrie), travailler à une meilleure interconnexion entre fichiers, y compris avec ceux d’autres pays – un tiers des tueurs en série tue dans plusieurs pays – bien que le traité de Prüm (2005) ait permis des avancées. Mais il faut trouver un équilibre entre les besoins des enquêteurs et le respect des libertés individuelles.

En france, aucun fichier ne recense les cas de disparition


Le 6 septembre dernier, des gendarmes à la recherche du corps de la petite Maëlys. AFP

 Le 21 décembre dernier, le procureur de la République de Chambéry (Savoie) annonçait que les enquêteurs allaient examiner « toutes les disparitions inquiétantesdans la région » susceptibles d’être imputables à Nordahl Lelandais, déjà mis en examen dans deux affaires. Une actualité qui a réveillé certains souvenirs de Joël Vaillant. S’il existe une centralisation nationale, via l’OCDIP, de l’ensemble des informations relatives aux personnes disparues, « aucun fichier ne recense les cas de disparition », rappelle le colonel honoraire de la gendarmerie.

En décembre, Mtre Corinne Hermann, l’avocate de la famille d’Estelle Mouzin, disparue en 2003 à l’âge de 9 ans, regrettait dans Le Monde que « les enquêteurs ne savent pas traiter ces affaires, il n’y a pas de juges spécialisés, qui savent comment enquêter. Pis, les juges changent tous les deux ou trois ans. » Cette avocate, spécialiste des affaires non élucidées et également criminologue, ajoutait : « Aujourd’hui, ces dossiers ne sont pas traités, on n’y croit pas ; il faut faire du chiffre, les forces s’épuisent, alors on passe à un autre (…) En France, nous n’avons pas les outils donc c’est compliqué de faire des liens. »

Des propos qui font écho à ceux de Joël Vaillant : « À mon époque, il y avait un manque de réactivité. Vous veniez dire que votre femme a disparu, on peut vous répondre qu’elle est majeure et qu’elle fait ce qu’elle veut » Or, la loi prévoit qu’en cas de désaccord entre l’enquêteur et le déclarant, ce dernier peut exiger de soumettre le litige au procureur. « Comme disait Locart (fondateur en 1910 du premier laboratoire de police scientifique, NDLR) , Le temps qui passe, c’est la vérité qui s’enfuit Si je vous demande qui vous avez croisé ce matin dans votre rue, vous pouvez vous le rappeler ; si je vous le demande dans deux semaines, il n’y a aucune chance ! La réactivité, c’est la clé ! »

LES AUTRES POINTS

Joël Vaillant, contributeur du livre-somme de Stéphane Bourg

Stéphane Bourgoin est aujourd’hui LE spécialiste des tueurs en série. Parmi sa bibliographie, son plus fameux ouvrage reste « Serial Killers - Enquête mondiale sur les tueurs en série », hallucinante enquête de 1 100 pages. Le gendarme Vaillant, qui fut véritablement parmi les premiers enquêteurs à tenter d’appréhender le phénomène, y signe un chapitre intitulé « La détection des tueurs en série » Avec ce sous-titre toujours d’actualité « La France peut et doit mieux faire »

La réactivité, c'était la clé !

Difficile d’évoquer une aussi riche carrière sans se souvenir de meurtres élucidés. Lorsqu’il commanda la section de recherches de Reims, Joël Vaillant eut à travailler sur « le meurtre d’un jeune Maghrébin dans un petit village des Ardennes, sur la voie publique et en pleine nuit ». « On avait mis les moyens : on a entendu tous les habitants du village et mis des patrouilles de nuit lors des nuits suivantes pour interroger les automobilistes - l’un nous a appris qu’il avait vu, la nuit du meurtre, deux hommes marcher. La victime n’avait pas de papiers mais une clé. Alors, avec des serruriers, on a vérifié tous les foyers du département. Et la clé fonctionnait dans un foyer, à Charleville-Mézières. Tous ceux qui y résidaient ont été entendus. Une semaine après le meurtre, je parle avec le président de l’association des Marocains qui me demandait si c’était un crime raciste. Je lui explique qu’a priori, non, et que nous avons cinq suspects. Je les lui montre, il s’arrête sur l’un d’eux, qui était d’origine maghrébine, et me dit : Lui ! Je l’ai pris en stop la nuit du meurtre, vers 5 heures ! Juste après le meurtre. C’était lui. Et il avait tué cet homme parce que celui-ci avait couché avec sa femme. »

Extraits de l'union du 19/04/2018

  

    

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Police secours appelle à l’aide

Nouveau motif de grogne dans certains commissariats : la réforme des cycles de travail.


Intervenir sur les accidents de la route est l'une des mossion de Police Secours
Rémi Wafflart

LES FAITS

*.- LA France s’était engagée auprès de la Commission européenne à modifier les cycles de travail de la police nationale d’ici au 1 er janvier 2017.

*.- PLUSIEURS PROPOSITIONS ont été mises sur la table, dont celle du cycle du «vendredi fort » (voir ci-dessous), qui aurait supposé, selon la direction centrale de sécurité publique, une augmentation de 33 % des effectifs.

*.- LES MODIFICATIONS des cycles horaires devaient être négociées avec les syndicats département par département.

*.- LA MISE EN ŒUVRE a été reportée au 1 er juin puis au 1 er septembre 2017.

*.- TROP COÛTEUX, le cycle du « vendredi fort » a été globalement écarté, ce que perçoivent différemment les syndicats de police.


Nos propositions restent lettre morte. Le dialogue social mené avec l’administration n’est qu’un march de dupes

Christian POUS

Faut-il s’attendre à une action forte dans les rangs de la police nationale de la région d’ici aux prochaines semaines ? « Nous y réfléchissons sérieusement », assure Christian Pous, fonctionnaire au commissariat de Reims et représentant de l’Unité SGP Police Force ouvrière dans la Marne, mécontent que la Direction centrale de la sécurité publique vienne de refuser le cycle de travail que son syndicat préconise. Bien qu’il ne veuille – pour l’instant – en révéler la teneur, Christian Pous sait déjà vers quoi devrait tendre ce mouvement de colère qui pourrait bien participer du retentissement annoncé de la rentrée sociale.

La nouvelle pomme de discorde, par exemple dans les commissariats de Châlons-en-Champagne et de Reims, – « mais c’est une affaire qui touche toute la France », insiste M. Pous –, trouve donc son origine dans la réforme des cycles de travail des brigades de roulement, les primo-intervenants (police secours) qui interviennent en toutes occasions et à toute heure du jour et de la nuit. Réforme rendue obligatoire pour cause de non-conformité des périodes minimales de repos fixées par une déjà vieille directive européenne. Pour faire simple, les temps de repos entre deux services ne doivent pas être inférieurs à une durée de onze heures, ce qui n’est pas le cas quand un fonctionnaire termine son service à 21 h 10 et reprend le lendemain dès 5 heures…

UN SEUL WEEK-END EN FAMILLE SUR SIX

Le cycle habituel, généralisé sur l’ensemble de l’Hexagone, dit « 4/2 » (quatre jours de travail – deux jours de repos) n’offre qu’un week-end sur six de repos aux fonctionnaires concernés. Christian Pous l’assure, le moral des policiers n’est déjà pas au mieux de sa forme. «Depuis quelques mois, de plus en plus de fonctionnaires font part de leurs difficultés personnelles auprès des médecins des services de prévention. Comparativement à la même période de l’année dernière, nous avons dû faire face à davantage d’arrêts maladie le mois dernier. » On le sait, les taux de divorce et de suicide sont particulièrement élevés dans la police. « Dans un contexte particulièrement difficile de menace terroriste, les policiers agressés, blessés, insultés, menacés, épuisés n’ont-ils pas le droit de prétendre à concilier une once de vie familiale avec leur vie professionnelle ? », interroge Christian Pous.

L’HYPOTHÈSE D’UN CHANGEMENT RADICAL

Car pour lui et son syndicat, la réponse au problème est l’instauration du cycle dit du «vendredi fort » qui permettrait à chaque agent concerné de bénéficier d’un week-end sur deux et d’un mercredi sur deux. Une révolution ! « Une telle mise en place était possible à Reims et à Châlons », assure le syndicaliste.

À Reims, police secours tourne avec trois brigades de vingt personnes. M. Pous propose de passer à quatre brigades de dix-huit personnes, en tenant compte de quelques aménagements et notamment de l’évolution des effectifs au 1 er septembre dans la Marne grâce au jeu des mutations.

Mais Christian Pous regrette l’absence d’unité syndicale sur ce dossier. « On nous reproche de vendre du rêve ! » Les syndicats Alliance et Unsa Police comptent une voix de plus qu’Unité SGP-FO. Dans certains tracts, Alliance a notamment accusé Unité SGP-FO d’avoir « vendu le vendredi fort à tous les collègues tout en sachant que ce cycle ne pourrait pas être mis en place dans tous les services. »

CHOISIR ENTRE LA PESTE ET LE CHOLÉRA

Le nerf de la guerre, ce sont les effectifs. À Charleville-Mézières, Olivier Colinet, membre du syndicat Alliance, le sait bien. « Nous sommes allés voir le préfet l’an passé pour lui dire qu’il fallait un minimum de vingt fonctionnaires supplémentaires pour un bon fonctionnement de la sécurité publique. Dans la police nationale, tout le monde souffre. Les services d’investigation sont proches de l’agonie, les brigades de roulement sont les plus sollicitées mais on ne leur donne pas les moyens. Revenir sur un travail de type 4-2 ne satisfait personne. On ne peut pas non plus réduire la taille des équipes. Les collègues ont eu le choix entre la peste et le choléra, on se résigne. »

Le meilleur des cycles est celui de la journée forte, mais on n’a pas les moyens de le mettre en place
Olivier Colinet, Alliance 08

Au commissariat de Laon, un fonctionnaire, dont on sait seulement qu’il n’est pas syndiqué, explique que le cycle en vigueur est un « 4-2 inversé ». Pour seul commentaire, il dit : « Vous savez, au départ tout le monde râle, mais on finit par s’adapter. » Reste que si le cycle dit du vendredi fort semblait séduisant pour beaucoup de policiers français, il a fortement inquiété dans les milieux dirigeants.

BOMBE À RETARDEMENT

D’abord chez les commissaires de police dont le syndicat indépendant (SCIP) a eu tôt fait d’annoncer qu’un renfort d’effectif de 25% à 33 % serait nécessaire pour sa mise en place. Argument repris par les politiques, notamment au Sénat dont un rapporteur spécial considérait en novembre dernier que la réforme des cycles était « une bombe à retardement » et « qu’il aurait été plus raisonnable de ne pas ajouter le cycle du vendredi fort au catalogue, tant il présente toutes les caractéristiques du cadeau empoisonné laissé à la majorité suivante afin d’apaiser les troupes et de contenter certaines organisations syndicales . » 

POURQUOI LE VENDREDI FORT

L’expression « vendredi fort » vient de ce que son cycle s’articule sur deux brigades, divisées pour chacune d’entre elles en deux groupes. Il y a un toujours un groupe en service sauf le vendredi ou deux groupes sont présents en même temps.

3 Questions à


Fabrice POLI
Secrétaire Régional d’Alliance Gd  Est

Ça n’ira pas mieux en septembre

Quel est votre sentiment sur le cycle de travail validé par la Direction centrale de la sécurité publique applicable dès le mois de septembre ?

Une fois de plus, que ce sont les policiers qui passent en dernier. Le nouveau dispositif a d’abord pour vocation de maîtriser les dépenses publiques et de répondre ainsi à la recommandation établie en 2013 par la Cour des comptes. Ensuite, il va permettre au droit français de se mettre en conformité avec une directive européenne qui date de 2003! En réalité, je pense que Manuel Valls, en son temps, a profité de ce décalage d’avec le droit européen pour mettre le pied dans la porte et ouvrir ce grand chantier dans cette perspective budgétaire puisqu’au final, on permet aux responsables territoriaux de choisir les cycles de travail les plus économes en veillant à l’équilibre des services. Certes, les fonctionnaires en roulement n’auront plus la « bascule de huit heures » sauf que la durée totale de leur repos sera inférieure à ce qu’ils connaissent actuellement.

La formule dite du vendredi fort n’était-elle pas la plus avantageuse ?

Elle est la plus avantageuse pour les policiers… à condition que les effectifs suivent. Ce qui n’est pas le cas, à moins d’augmenter les impôts ou de dégrader d’autres services, voire d’en fermer, pour permettre aux services généraux (police secours) de fonctionner avec une brigade de plus. Sinon, on peut aussi faire moins de patrouilles mais c’est le service rendu à la population qui en pâtira, ce qui n’est pas non plus le but recherché. Le problème, c’est qu’en lançant la réflexion et la consultation, l’administration a fait rêver les policiers ! On n’aurait peut-être pas dû changer le système, les gens avaient fini par s’y habituer.

Mais les choses vont-elles aller mieux en septembre ?

Non, ça n’ira pas mieux en septembre. On a un vrai problème de gestion des ressources humaines et nous n’avons pas de vision à long terme car on ne maîtrise ni les départs à la retraite (celle-ci est fixée à 57 ans, mais on ne sait pas longtemps à l’avance qui la prendra de façon anticipée, qui va rester et qui va partir), ni les demandes de mutation.

Je ne suis pas optimiste pour l’avenir. Sur la période 2012 – 2015, la police nationale, en France, a encore perdu 159postes. Cela peut paraître peu, mais ce déficit est très, très loin du recrutement annoncé et qui était censé combler les réductions réalisées par Sarkozy. Il aura fallu les attentats pour que l’on commence à recruter de façon positive mais entre le début des recrutements et la prise de fonction opérationnelle, il y a un battement de plus de deux ans. Or, dans tous les services on réclame des effectifs alors qu’on va commencer à ralentir les recrutements. En réalité, je crains qu’on nous réserve des surprises et qu’on nous resserve la soupe des redéploiements

Les autres points

QUELQUES UNITÉS TRAVAILLENT SELON LE CYCLE DU VENDREDI FORT

« Sur 1 050 services de police en France, 129 fonctionnent selon le cycle du vendredi fort. C’est bien la preuve que c’est possible », témoigne Christian Pous. « Oui, mais parce qu’il y a eu des redéploiements. Oui au vendredi fort à condition qu’il ne dégrade pas les autres services », répond Fabrice Poli.

ÉPIDÉMIE D’ARRÊTS MALADIE DANS PLUSIEURS COMMISSARIATS

Fin février et début mars, plusieurs unités de police secours du sud de la France avaient dû faire face à des successions d’arrêts maladie pour cause de burn-out. Une centaine de fonctionnaires de Sète, Agde, Montpellier, Béziers, Perpignan avaient eu recours à ce stratagème pour réclamer les modifications d’horaires qui leur auraient permis de ne plus travailler qu’un week-end sur deux. L’épidémie a vite gagné des villes du Nord, telles que Roubaix, Tourcoing, Valenciennes, Denain.

LES INTERVENTIONS DE POLICE SECOURS

Les plus nombreuses sont dues à des différends familiaux, violences intrafamiliales, accidents de la route, ivresse sur la voie publique, surveillance des quartiers, surveillance des habitations dans le cadre des opérations tranquillité-vacances, transferts de détenus, etc.

Jean-Michel FRANÇOIS

Extraits de l'union du 09/08/2017

  

    

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Un nouveau labo pour la police scientifique inauguré à Reims

Visite guidée du plateau technique inauguré jeudi et réservé aux « Experts » locaux.

Grâce à différents procédés optiques ou chimiques, les opérateurs de la police technique et scientifique parviennent à révéler des traces. R.Wafflar

Tout le monde, dans le vaste hôtel de police, se souvient de la date du début des travaux : 30 septembre 2016. Ce jour-là, une mauvaise manipulation avait accidentellement déclenché une alerte incendie, obligeant à une évacuation des personnels. « Ça fait des souvenirs », souriait jeudi matin un policier. Autour de lui, les plus hauts gradés de la maison, d’autres venus de « la maison d’en face » – la gendarmerie, qui possède à Châlons-en-Champagne son propre laboratoire – ainsi que quelques magistrats et élus. Ce petit monde était réuni à l’occasion de l’inauguration du nouveau laboratoire de police technique et scientifique (PTS).

Pour résumer : un plateau sécurisé de 110 m2, répartis en cinq espaces – stockage et séchage des scellés, imagerie, laboratoire, salle balistique – généreusement doté en coffres-forts afin de conserver les éléments sensibles – drogue, cash, etc. Ce chantier, d’un coût estimé à 320 000 euros, répondait à une nécessaire mise aux normes européennes. Bien que déjà opérationnels, équipements et personnels doivent encore être accrédités par un organisme dépendant du ministère de l’Intérieur.

1 - BluStar

Dotée d’une cabine de séchage, cette salle est notamment consacrée à la recherche de « traces » qui pourraient constituer autant d’indices. Parmi les révélateurs les plus utilisés par les effectifs de la PTS sur les scènes de crime, le BluStar, produit vu et revu dans les séries télé et qui, dans l’obscurité, permet de mettre en évidence le sang, effacé ou invisible à l’œil nu.

Dotée d’une cabine de séchage, cette salle est notamment consacrée à la recherche de « traces »

2 - Imagerie

Ici, lumières et ondes permettent la recherche des empreintes digitales ou génétiques – celles-ci, une fois révélées, partiront ensuite en laboratoire avant d’être confrontés aux données des fichiers. Le Faed (fichier automatisé des empreintes digitales), qui compile environ six millions d’identités, soit tous ceux qui, depuis 1987, ont été suspectés d’avoir commis un crime ou un délit. Créé en 1998, onze ans après le Faed, le Fnaeg (fichier national automatisé des empreintes génétiques) comprenait, fin 2015, 3,3 millions d’identités.

3 - Laboratoire

Présenté comme la pièce maîtresse du nouveau plateau technique, ce laboratoire doté d’équipements spécifiques permet de révéler des traces très anciennes. Selon les supports – verre, papier, etc. – les produits de révélation varient. L’odorologie est une autre option à la disposition des enquêteurs. Depuis 2003, la police judiciaire prélève des traces de sueur laissées sur les clés, armes, téléphones, et les fait expertiser par des chiens renifleurs au sein du service central de l’identité judiciaire (SRIJ), basé à Écully (Rhône). Les protocoles à respecter – passages du chien devant le bon échantillon olfactif aligné au milieu d’autres, enregistrement de la séquence sur une vidéo qui sera ensuite placée sous scellés, etc. – sont organisés de manière suffisamment stricte pour que la démonstration puisse avoir valeur de preuve devant les tribunaux.

4 - Balistique

Ici, on fait « parler » les armes afin d’établir, éventuellement, des connexions entre plusieurs affaires. En quoi consiste l’examen d’une arme ? Chacune possède sa propre empreinte. Tout, là encore, est compilé dans un fichier : le Fnib (fichier national d’identification balistique). Les spécialistes disposent de plusieurs outils pour les faire parler – microscope électronique à balayage, etc.

Toutes ces expertises permettent de reconstituer la carte d’identité de l’arme : marque, manufacture, provenance, numéro de série, caractéristiques de tir (stabilité, vitesse, réaction) ainsi que la signature du canon.

Sur une arme à feu, le diamètre du canon est évidemment inférieur à celui du projectile.

Lorsque le coup part, la balle passe en force dans le canon, lequel strie alors le projectile de façon unique. Une trace qui peut apparaître lors des tirs de comparaison, effectuée dans les sous-sols du commissariat dans des caissons spécifiques et évitant à l’opérateur d’être en contact direct avec l’arme.

Une précaution qui n’a rien de superflu: en 2007, après une saisie effectuée dans une cache de l’ETA, un opérateur avait empoigné l’arme pour son tir de comparaison. Sa main droite avait été arrachée.

 Mathieu Livoreil

Extraits de l'union du 22/05/2017

  

    

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Des chiens anti-stups en milieu scolaire

Une douzaine de collèges et lycées ont accepté de participer au dispositif.


En plus des classes, et si le chef d’établissement l’autorise, le chien inspecte aussi les parties communes (casiers, vestiaires, toilettes...) Archives Maxppp

AUCUN CONTACT ENTRE LE CHIEN ET LES ÉLÈVES

« Il n'y a aucun contact entre le chien et les élèves. C'est un impératif absolu », insiste le procureur. « Les élèves quittent la classe en laissant leurs affaires, le chien ne vient qu'après. S'il ne marque pas, le contrôle est fini. S'il marque, on appelle l'élève concerné pour qu'il nous montre ses affaires. En cas de saisie, il est convoqué dans les 48 heures pour audition. » Bilan à ce jour : quelques petites prises de cannabis (traitées judiciairement par des mesures à visée pédagogique). Si le chef d'établissement l'autorise, le chien inspecte aussi les parties communes (vestiaires, toilettes, casiers.. .), toujours hors-présence des élèves.

Le cours avait déjà commencé quand quelqu’un toqua à la porte. Il s’agissait du chef d’établissement en personne, venu annoncer aux élèves que la police était présente dans le lycée pour une détection de produits stupéfiants, et qu’ils allaient devoir sortir en laissant leurs affaires soumises au flair d’un chien. La même scène s’est renouvelée dans trois autres classes de seconde.

Parvenue aux oreilles de L’union, l’intervention n’était pas liée à une enquête judiciaire mais pilotée par le procureur de la République de Reims dans le cadre d’un programme de sensibilisation aux produits stupéfiants. Depuis la dernière rentrée scolaire, ce sont en fait une douzaine de lycées et collèges relevant du ressort du parquet – aussi bien publics que privés – qui ont fait l’objet d’une telle opération, avec l’accord des chefs d’établissements.

« J’avais initié ce dispositif lors de mon précédent poste à Vienne, dans l’Isère, et j’ai voulu le reconduire après mon arrivée à Reims l’été dernier », explique le procureur Matthieu Bourrette.

« La détection se fait systématiquement en présence du chef d’établissement, car nous sommes chez lui»
Matthieu Bourrette, procureur

« L’usage de produits stupéfiants est très répandu chez les jeunes. On doit faire de la pédagogie dans les établissements scolaires. Des spécialistes de la police et de la gendarmerie interviennent déjà mais à mon sens, ces actions de sensibilisation doivent être complétées par une action de contrôle. L’objectif n’est pas de faire du chiffre en matière de stupéfiants mais marquer, de manière pratique, la notion de l’interdit. »

Faire intervenir les forces de l’ordre en milieu scolaire est sensible. Pas question d’y aller à la hussarde. « Ma proposition a été répercutée auprès des chefs d’établissement. Libre à eux d’accepter ou non. Une douzaine ont répondu favorablement. Je les ai réunis en novembre pour leur expliquer en détail le dispositif. » Tout est strictement encadré, avec l’engagement de ne pas médiatiser telle ou telle opération pour « ne pas stigmatiser l’établissement » concerné. « C’est un diptyque : d’abord une action de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants, puis une détection les semaines suivantes dans les classes qui ont fait l’objet de cette sensibilisation, de la 4e à la terminale. La détection se fait systématiquement en présence d’un magistrat du parquet et du chef d’établissement, car nous sommes chez lui. »

Combien d’établissements volontaires lors de la prochaine année scolaire ?

Cette opération sera reconduite lors de la prochaine année scolaire.« Je souhaite la rendre pérenne. À Vienne, j’étais passé de sept à quinze établissements. D’expérience, je sais qu’il y a des réticences au début, je le comprends, mais au fur et à mesure, la confiance s’installe. Les chefs d’établissement voient bien comment on travaille : on arrive discrètement sans gyrophare ni deux-tons, on dit bonjour, on ne casse pas les portes, on ne retourne pas les classes, on ne menotte pas l’élève pris avec du produit. »

Matthieu Bourrette est resté sept ans à Vienne, mais il a cessé l’opération après la quatrième année. « Le parquet n’avait plus besoin de s’impliquer. Les gens finissent par se connaître. Les chefs d’établissements avaient suffisamment confiance envers leurs interlocuteurs de la police ou de la gendarmerie pour prendre eux-mêmes l’initiative de tels contrôles administratifs, qu’ils ont le droit de demander. » Le procureur espère observer la même évolution à Reims.

« Bilan positif » témoigne un chef d’établissement

Il fait partie des chefs d'établissement qui ont répondu favorablement à la proposition du procureur. Il ne le regrette pas - ( le bilan est positif ) - et accepte d’en parler mais sous anonymat conformément au protocole établi par le parquet. « La drogue est un problème de santé publique, qui se pose dans tous les établissements scolaires. Or, face a ce problème, on est souvent dans le discours, peu dans l'action. J'ai donc donné suite à la proposition du procureur. Evidemment, je me suis heurté à beaucoup de questions - comment cela allait-iI se passer ? – mais jai été rassuré par son discours, Il était dans le pédagogique, pas  dans le répressif. La décision de participer au dispositif à été validé én conseil de direction. »

Quatre classes de seconde ont été retenues. Les actions de sensibilisation ont eu lieu en février, la détection inopinée courant mars. « Même ce jour-là, avant le début de l'opération, la magstrate du parquet a tenu aux élèves un discours synthétique sur la problématique des stupéfiants. Il était alt pédagogue, pas moralisateur, de même que celui des policiers avec lesquels de nombreux élèves ont pu ensuite discuter dans la cour. » De cette action inédite dans son lycée, le chef d'établissement en tire la conclusion qu'elle l'a « renforcé ». « Je l'ai vécu comme un soutien des services de la police et de la Justice. Ce travail d'équipe a permis de mieux les connaître et d'avoir désormais des interlocuteurs à qui s'adresse sur ce sujet sensible. » La décision prise, il en avait informé l’associatIon des parents d’élèves. « Elle m’a soutenu. Depuis, les retours sont très positifs, au point que certaines familles me demandent : Quand est-ce que les autres vont y passer elles aussi ? »

 Fabrice CURLIER

Extraits de l'union du 26/04/2017

  

    

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Fichés pour radicalisation

Depuis 2014, un fichier national recense les personnes suivies pour radicalisation. Le préfet de la Marne décrit le processus, identique pour chaque département


Selon les autorités. Il est de plus en plus de signalement de radicalisation... Remi Wafflart

L'ESSENTIEL

•.- Le fichier des personnes signalées pour radicalisation comporte actuellement 37 personnes dans les Ardennes, 105 dans l'Aisne (tous deux au 23 février dernier), et 134 dans la Marne (au 21 mars 2017). Nationalement, elles sont près de 12 000.

•.- Ce fichier national a été Instauré en avril 2014 et le dispositif a été renforcé par la mise ne place du dispositif Stop Djihadisme en 2015.

•.- Denis Conus, préfet de la Marne, détaille le fonctionnement du fichier, comment on y rentre, on en sort.

 « Nous avons parfois trois signalements en une semaine. Et ensuite trois seulement en un mois... » prévient Denis Conus, préfet de la Marne. Au début du quinquennat Hollande, tous les préfets étaient obnubilés par les chiffres du chômage. Depuis trois ans leur obsession tient dans le suivi des signalements pour radicalisation. Un dossier qui préoccupe fortement les Français depuis la vague d'attaques terroristes.

POURQQUOI ?

 Le dispositif de vigilance renforcée a été créé en avril 2014 car, selon Denis Conus. « Le gouvernement a alors vu que nombre de Français ou de résidents Français se trouvaient sur le théâtre d'Irak et de Syrie, et que certains souhaitaient revenir. Face à cela le gouvernement a créé le numéro vert d'appel de signalement de radicalisation islamiste. De plus, il a fallu s'inquiéter de ceux qui souhaitaient y aller : les velléitaires. »

UNE RËVOLUTION ?

Jusque-là, les fichiers s'empilaient et les différents services ne communiquaient que peu entre eux. Là, « changement radical » pour le préfet de la Marne, « le Premier ministre a décidé que dans chaque département serait établi un fichier unique FSPRT (Fichier de traitement des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste. »

QUI EST INSCRIT ?

Les personnes inscrites dans ce fichier ne sont pas justement des « fichés S ». II a d'abord été constitué « à partir du stock existant de gens déjà fichés, ceux membres de réseaux armés, suivis par la Sécurité intérieure. car prêts à passer à l'acte », détaille Denis Conus. « Après, y sont entrés celles et ceux en dérive, ayant des projets d'acquisition d'armes, fréquentant des personnes dont on sait qu'elles sont dans des réseaux, ou ayant des communications avec la Syrie... »

QUI PRÉVIENT ?

« La plupart du temps ce sont des mamans affolées qui appellent », relève le préfet de la Marne. Les appels arrivent au sein de la cellule départementale où « l'anonymat est absolu » assure le représentant de l'État « C'est donc l'entourage qui s'inquiète mais aussi l'employeur d'une personne qui s'interroge ou les services accueillant du public. » En effet, dans la Marne, « 1.800 personnes (forces de l'ordre, agents des services sociaux, de l'Éducation nationale, assurance maladie ...) ont été formées à détecter les indices de basculement. »

QUELS SIGNES ?

Les indices de radicalisation sont multiples selon le préfet Conus : « rupture des liens sociaux, jeunes qui ne vont plus en cours, changement dans la vie familiale, amicale, dans les relations professionnelles. Quelqu'un qui, tout d'un coup, annonce ne plus vouloir travailler le vendredi ... Lorsque des enfants commencent à être voilés à l’école. L'un des meilleurs baromètres est lorsqu'une personne ne veut plus avoir de rapport avec les femmes ... »

Qui décide d’inscrire une personne ?

« Quand nous avons un signalement, il faut se méfier », glisse Denis Conus « et pas confondre la radicalisation avec une pratique religieuse de droit commun. La République respecte l'engagement spirituel. C'est pour cela que ce sont les services de renseignements qui réalisent « un environnement » avec les moyens techniques nécessaires : comportement, travail, famille, amis, environnement activités, casier judiciaire, passé, fréquentation ... De plus, avec l'état d'urgence, nous pouvons réaliser des perquisitions. Nous en avons fait 57 dans ce cadre dans la Marne pour confirmer la radicalisation ou relativiser les choses. C'est très compliqué pour les services de renseignements, mais c'est leur métier. Moi, je peux penser qu'en apparence il y a problème et eux me disent non, ou le contraire ... C'est pour cela qu'un certain nombre de profils restent longtemps dans le fichier. Avant de les en sortir (une vingtaine déjà dans la Marne), nous les laissons quelques mois en observation ... »

QUEL SUM ?

« Nous sommes en état de droit, même si nous sommes en état d'urgence. Il ne faut pas porter atteinte à la liberté d'autrui », rappelle le préfet Conus. « L'autorité administrative que Je suis ne peut porter atteinte aux libertés, seule l'autorité judiciaire peut le faire. Alors, chaque semaine, nous faisons un point. Et tous les mois, avec les procureurs de la République, nous voyons s'il faut donner une dimension judiciaire à chaque cas. Au fil du temps, nous évaluons les situations. Aujourd'hui une centaine de personnes sont suivies activement dans la Marne. »

DÉLATION ?

Certaines personnes pointent du doigt ce dispositif de signalement, y voient une forme de délation. « Non, c’est contribuer à la protection de chacun, et de la personne signalée », rétorque Denis Conus.

« En France, certains considèrent tout ce qui touche la sécurité est l'affaire des forces de l'ordre mais devant l’ampleur du phénomène elles ne peuvent le faire tout seul. Donc, les mamans, frères et sœurs, la famille, mais aussi tous services qui reçoivent du public ne doivent pas hésiter à signaler des comportements. D'ailleurs, et cela montre la solidité de notre esprit républicain, nous avons extraordinairement peu de signalements abusifs, les quelques cas que nous avons sont souvent liés à des divorces difficiles. »

Quelles réponses ?

« Elles peuvent éventuellement être judiciaires. Après, c'est un suivi du renseignement sécuritaire » concède le préfet. « Le centre de réinsertion et de citoyenneté (unique "centre de déradicaIisation national") répond à des critères très précis. D'abord le volontariat et que les personnes n'aient pas été impliquées dans des actes graves. Pour l'instant, nous n'avons pas de volontaires pour ce centre. Pour les mineurs, nous nous devons de les protéger de par la loi. Nous en suivons une trentaine avec l'Éducation nationale, les services sociaux, les substituts chargés des mineurs ... »

Efficace ?

Avoir beaucoup de personnes suivies, c'est bien au final ? « Je ne peux répondre cela. Mais je constate que depuis le début de ce dispositif, les personnes fichées savent que la puissance publique les suit. Et certaines s'interrogent ... Je pense que ce suivi est utile, car une grande partie des radicalisés est désormais suivie et les plus dangereux sont en prison et en procédure judiciaire », assure le préfet de la Marne.

 

« L'autorité administrative que je suis ne peut porter atteinte aux libertés. »
Denis Conus. Préfet de la Marne

3 QUESTIONS à

DANIEL VERDA

 SOCIOLOGUE A LA SORBONNE
CHERCHEUR À L'IRIS

" Stop-djihadisme est un pare-feu "

Vous sensibilisez des personnes en contact avec le grand public au fait religieux et â la radicalisation. Qu’elle est la frontière ?

Mon travail consiste en effet à former des travailleurs sociaux, des médecins, des professeurs ... aux faits religieux et à leur dimension éminemment sociale de manière à ce qu'ils soient en mesure de distinguer ce qui relève d'une pratique conforme, voire pieuse, de comportements déviants qui imposent une réponse coercitive. Mon travail consiste aussi à rappeler les grands principes laïques et à mettre en garde contre des usages déviants qui voudraient faire de cette loi une religion alternative ou un bouclier hostile aux religions.

Former des agents des services publics qui ne sont pas membres des forces de l'ordre est-elle une réponse adaptée pour lutter contre la radicalisation, que ce soit pour la détecter comme pour essayer de l'enrayer ?

Former à la radicalisation n'a guère de sens en soi. Le ministère de l'Intérieur a publié une sorte de guide des « indices de basculement » qui aident à se repérer dans le dédale des symptômes terroristes au risque de dévoyer les missions initiales des professionnels qui, au lieu d'identifier les jeunes susceptibles de se radicaliser, devraient plutôt concentrer toutes leurs forces à lutter contre les inégalités, les discriminations et les souffrances psycho-sociales qui, de mon point de vue, font le lit de la plupart des actes de terrorisme en France ce qui, bien entendu, ne les justifie aucunement.

A l'inverse, faire appel au grand public, via la plate-forme Stop Djihadisme, est parfois perçu comme un acte de dénonciation avec des travers possibles. Le risque n'est-il pas plus grand que le bénéfice escompté ?

Les injonctions publiques sont telles pour les phénomènes de radicalisation qu'on assiste à une forme d'hystérie politique qui assigne à chacun la mission de devenir un informateur si ce n'est parfois un délateur. Cependant la plate-forme Stop-djihadisme a une certaine pertinence dans la mesure où elle a su mettre en place des pare-feu qui évitent justement, grâce à des cellules d'appui, d'amalgamer mécaniquement, pratiques religieuses et radicalisation. Ce n'est pas parce qu'un jeune se passionne pour le Coran ou la Bible que c'est un terroriste en puissance.

THOMAS SAURET REPÉRÉ PAR UN DOUANIER

« Le douanier est un chasseur dans l'âme », nous confiait il y a quelque temps Jean-Louis Bouvier, directeur des douanes en Champagne-Ardenne. L'arrestation, début février à Montpellier, de l'Ardennais Thomas Sauret en est la parfaite illustration. Car à l'origine, c'est un douanier au repos qui a repéré le jeune homme, suspecté d'avoir voulu commettre des attentats, notamment à la tour Eiffel. Le 9 novembre 2015, un agent de la brigade de Charleville-Mézières, qui ne travaille pas, repère un individu « qui tient des propos ne laissant pas de doutes sur sa radicalisation. » Il alerte sa hiérarchie. La cellule régionale de renseignement et d'orientation des contrôles de Reims transmet alors une fiche de signalement sur Thomas Sauret au groupe opérationnel de lutte contre le terrorisme. Quelques jours plus tard, la DGSI (Direction générale des services intérieurs) informe les douanes de Champagne-Ardenne que le signalement a permis l'arrestation du jeune homme à Roissy alors qu'il était en partance pour la Turquie. L'Ardennais est alors assigné à résidence, chez son père aux Hautes-Rivières. Les services de sécurité intérieure maintiendront leur vigilance sur Thomas Sauret qui sera arrêté le 10 février dernier dans la région Montpelliéraine ainsi que avec trois autres personnes.

Grégoire AMIR-TAHMASSEB

Frédéric GOUIS

Extraits de l'union du 23/03/2017

  

    

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Le Flash-Ball est nécessaire

La polémique sur l'utilisation par les forces de l'ordre de Flash-Ball passe mal chez les syndicats de police qui manquent d'alternative à cette arme non létale


Ce Flash-Bali possède un double canon superposé, chacun de 44 mm. Il tire des projectiles en caoutchouc. Archives Hervé Oudin

LES FAITS

•.- Après qu'un leune homme a perdu l'usage d'un œil la semaine dernière dans une manifestation à Rennes, des personnalités politiques de gauche, des intellectuels et des artistes réclament l'interdiction de l'usage des lanceurs de balles de défense (LBD).

•.- En février. à Reims, un supporter bastiais avait lui aussi perdu l'usage d'un œil lors d’une échauffourée avec les forces de l'ordre. Selon lui, sa blessure serait due à un tir de Flash-Bali, ce que contestent les autorités. • Des syndicalistes de la police de la région réagissent à cet appel et indiquent que les LBD ne sont utilisés que dans des situetions de légitime défense.

Sébastien Zymek, secrétaire marnais du syndicat de police Alliance, en service à Reims, n'a pas oublié cette soirée qu'il a vécue lors d'une fête de la musique, un 21 juin. « C'était il y a plus d’une années. Avec un collègue, nous 'nous sommes retrouvés face à un quelqu'un que nous voulions interpeller et qui nous menaçait à l'aide d'une boule de pétanque. j'ai tiré au Flash-Ball, je l'ai touché. Il a pu s'enfuir, ce n'est pas ce jour-là que nous l'avons arrêté. Si je n'avais pas tiré, c'est nous qui nous prenions la boule de pétanque. C'est la seule et unique fois de ma vie que j'ai utilisé cette arme, ce qui prouve qu'on ne s'en sert pas si souvent. » Le syndicaliste comprend mal la polémique autour du Flash-Bali dont il conditionne l'usage à de la légitime défense, voire au « dernier recours » à disposition d'un fonctionnaire menacé. « On dit que les policiers tirent à tort et à travers, mais les gens qui sont en face de nous sont de plus en plus agressifs. On le voit à Paris, des groupes de casseurs sont là pour en découdre avec les force de l'ordre. » Analyse partagée par Stéphane Morain, secrétaire départemental de l'Unité SGP-FO de l'Aisne , selon qui cette arme « n'est utilisée que dans les situations d'urgence ». Reste que le Flash-Bali, ou d'une manière générique, le lanceur de balles de défense, alimente régulièrement la polémique. C'est encore le cas depuis qu'un jeune homme a perdu l'usage d'un œil lors d'une manifestation la semaine dernière à Rennes. Evènement qui n'est pas sans rappeler celui survenu à Reims le samedi 13 février où un supporter bastiais a lui aussi perdu un œil lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. La police des polices a été saisie de cette affaire dans laquelle le jeune homme affirme avoir été victime d'un tir de Flash-Ball, alors que le procureur de la République assure qu'il s'est blessé en chutant sur un poteau. Version que soutient Christian Pous, secrétaire marnais de l'unité SGP-FO, selon qui la thèse du tir de Flash-Bali ne tient pas. Au qui prévalait après les attentats de janvier 2015 « où tout le monde nous aimait ». « Nous sommes l'une des professions les plus contrôlées et les plus sanctionnées. Il ne faudrait pas que cette polémique soit un frein au bon fonctionnement général de la police.

« II ne faut pas croire que les policiers sont heureux de ce qui arrive », enchaîne Stéphane Morain. « En cas de problème, c'est Ie fonctionnaire qui va au tribunal. » Il rappelle le cadre « strict » de l'utilisation du Flash-Ball, par des « personnels volontaires, formés et habilités tous les deux ans, est interdit de s'en servir à une distance de moins de sept mètres, mais au-delà de dix mètres, le Flash-Bail est imprécis. Plus la distance augmente, moins il est précis. » Sébastien Zymek indique que « le modèle super pro (celui qui a deux canons superposés) est en train d'être remplacé par un LBD 40/46 plus long et plus précis. Dans un contexte de stand de tir, on peut toucher une feuille A4 à quarante mètres. Mais une telle situation ne se présente jamais sur le terrain où les gens sont toujours en mouvement ». « Tous les personnels habilités ne disposent pas de ce nouveau modèle, comme c'est le cas chez nous », précise Stéphane Morain. Et tous se demandent bien comment ils pourraient intervenir sur certaines situations s'ils n'avaient que leur arme individuelle.

Léonard (PS) : « revoir la doctrine d'emploi »

Député socialiste des Ardennes, Christophe Léonard est membre de la commission de la défense nationale et des forces armées. À ce titre, il a pu auditionner le Défenseur des droits, Jacques Toubon. Lequel a demandé l'an dernier que le Flash-Ball ne soit plus utilisé dans un contexte de manifestation publique. Si l'élu ardennais loue l'expérience de l'ancien ministre, s'il a bien compris aussi que le ministre actuel de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, rejette tout moratoire sur le Flash-Bali au motif qu'il serait « contre-productif et pourrait avoir des conséquences dangereuses. » 

Christophe Léonard refuse, le « tout ou rien» quant à l'usage de cette arme. « Je suis surtout pour que son emploi soit cadré afin d'éviter les accidents inutiles, surtout lorsqu'ils concernent des personnes mineures. » « Les événements récents doivent conduire à revisiter la doctrine d'emploi et d faire évoluer la formation. Nous savons faire cela. Rien n'interdit aux parlementaires de conduire un travail sur ce sujet. »

Pour neutraliser rn individu à distance

•.- Il fait partie des armes dites intermédiaires comme le pistolet à impulsion électrique.

•.- Les unités de la gendarmerie nationale et les services de police nationale en, sont dotés.

•.- Il a été conçu pour neutraliser à distance un individu dangereux par le tir d’un projectile en caoutchouc à effet cinétique.

Le CHIFFRE : 7

Nouveaux lanceurs de balles de d »fense ont été propis à la brigade anti criminalité de Reims par le ministre de l’Intérieur.

LA PHRASE

« Avant le déclenchement du tir et en fonction des circonstances propres è chaque situation, il convient de prendre en compte l'environnement de la personne visée afin de limiter les risques de dommages collatéral

Extrait de la circulaire conjointe police/gendamerie du 2 septembre 2014.

 

J-M FRANCOIS

 Extraits de l'union du 04/05/2016

  

    

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Des indices qui finissent par parler

Au pôle de police scientifique de Toulouse, les experts s'échinent à isoler les indices pour confondre braqueurs de banque, meurtriers ou' simples cambrioleurs


Un technicien du pôle criminalistique de Toulouse examine des empreintes digitales sur l'écran de son ordinateur. AFP

A l'Institut national de la police o scientifique de Toulouse, un pôle unique en France car il regroupe les spécialistes de criminologie sur un même site, la police nationale s'attaque à des affaires du type de celle du « gang des égoutiers », résolue récemment par la gendarmerie nationale. 

En 2015, les 16 policiers du Groupe d'enquête criminelle ont relevé 4.663 traces papillaires, provenant du derme des doigts ou des paumes d'un suspect

Ces malfaiteurs chevronnés, inspirés du « casse du siècle » à Nice, avaient emporté 2,5 millions d'euros, en mars 2011 d'une banque à Bessières, en Haute-Garonne, en empruntant un tunnel de 22 mètres creusé à partir d'une canalisation. Pour Dominique Deharo, directeur adjoint de l'lNPS de Toulouse; « c'est la preuve scientifique qui est au centre aujourd'hui ». La police scientifique permet de poursuivre les auteurs «parfois plusieurs mois ou années après les faits », se félicite le procureur de Toulouse, Pierre-Yves Couilleau. « On se constitue une banque de données qui finit par parler.» Sur les bords du canal du Midi, sont ainsi regroupés tous les services de criminologie de la police spécialités (graphologie, vidéo, téléphonie et informatique). « Un vrai gain de temps. On peut monter directement les prélèvements dans les laboratoires », constate Anne-Marie Toussaint Badie, chef du Groupe d'enquête criminelle (GEC) chargé de la petite et moyenne délinquance, « Récemment, un homme en garde à vue qui niait une agression a été confondu en quatre heures avec l'identification de ses empreintes » par le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), témoigne un scientifique.

À leur retour d'une scène de cambriolage, les enquêteurs remettent leurs prélèvements papillaires au Service régional d'identité judiciaire (SRlJ). Ils n'auront qu'un étage à gravir pour déposer les éventuels prélèvements ADN, à l'INPS. En plus de 5500 sorties en 2015, les 26 policiers du GEC ont relevé 4663 traces papillaires, provenant du derme des doigts ou des paumes d'un suspect « Chaque cambriolage est l'occasion de recueillir des indices sur lesquels on s'appuie », souligne le directeur départemental de la sécurité publique, Jean-Michel Lapez, En 2015, les scellés comptaient plus de 30800 pièces, Un tiers des cambriolages commis en zones police sont ainsi élucidés, 20 % quand les effractions ont lieu en zones gendarmerie,

Des chimistes font apparaitre des traces invisibles

Au Service régional d’identité judiciaire, le bandeau jaune « scène de crime », bien connu des séries télévisées, affiche la couleur, Une « traceuse » s'active sur son ordinateur pour encoder les caractéristiques de traces papillaires. Des soprtes de spermatozoïdes apparaissent à l’écran. « On les appelle comme ça », sourit l’adjointe du service. Ces signes permettront un rapprochement avec le fichier national. La condition ? «Douze caractéristiques communes. Mais c’est l’œil humain qui identifiera.» Â côté, une pancarte « Danger labo Chimie » annonce l’entrée d'un laboratoire où les chimistes vont faire apparaître des traces invisible grâce à de la colle et à un four. Une salle de séchage est .destinée notamment aux vêtements ensanglantés. «L'humidité est l’ennémi de la preuve », Insiste Godelroy David, agent spédalisé de police technique.

 Extraits de l'union du 17/04/2016

  

    

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02-04-2016 – Cazeneuve dégaine à Reims son arsenal antiterroriste

Le ministre de l’Intérieur présentait ce vendredi à Reims les nouveaux équipements qui dotent les forces d’intervention de la police et de la gendarmerie.


Gilets pare-balles, casques lourds, fusils d'assaut HK-G36 et boucliers souples font partie des nouveaux équipements.
 
Dans le sous-sol de l’hôtel de police de Reims : « Dans la lutte contre le terrorisme, il faut de l’humilité... »Christian Lantenois

L’ESSENTIEL

•.- Bernard Cazeneuve s'est rendu hier à la compagnie de gendarmerie de Reims et à l'hôtel de police de la ville pour présenter les nouveaux moyens dont disposent les policiers des brigades anticriminalité (BAC et les gendarmes des pelotons de surveillance et d'intervention (PSIG).

•.- Cet arsenal consiste essentiellement en gilets pare-balles, casques lourds, fusils d'assaut HK-G36, boucliers souples ou véhicules d'intervention. Déployé d'ici fin juin, ce dispositif représente un coût de 17 M€ au plan national.

•.- Le ministre à exhorté policiers et gendarmes à faire « tomber les cloisons », « Les chapelles doivent se parler et s'unir », a-t-il lancé.

« Je ne veux pas que dans nos forces, il y ait le moindre manquement. Vous devez être exemplaires », a asséné ce vendredi 1er avril le ministre de l’Intérieur aux policiers et gendarmes d’élite de la Marne rassemblés à l’hôtel de police de Reims. Bernard Cazeneuve effectuait sa cinquième visite dans le département en un an, mais celle d’hier s’inscrivait davantage dans un cadre sécuritaire qu’administratif comme ce fut le cas à la préfecture de Châlons, le 23 février dernier.

L’attentat de Bruxelles, le prochain transfèrement en France de Salah Abdeslam, coauteur de la tuerie du Bataclan, ou l’interpellation de Reda Kriket, soupçonné de préparer un « grave attentat » en France, imprimaient à ce nouveau détour marnais une urgence rappelée avec force par le patron de la Place Beauvau : « La situation est d’une intensité inédite. Il faut y apporter une réponse déterminée parce que la menace est plus élevée qu’elle ne l’a jamais été ». Bernard Cazeneuve trouve dans ce « combat de longue haleine » la nécessité du « renforcement » des moyens attribués aux policiers et gendarmes qui, les premiers, interviennent sur les lieux d’attentats, les « primo-intervenants » dit-on dans le jargon des forces de l’ordre.

« Vous méritez considération et respect… »

Déjà évoqué à Rouen et Paris, ce plan BAC-PSIG 2016 se veut la contrepartie du « courage  » témoigné par les policiers et gendarmes d’élite : «  Les Français ont été témoins de ce que vous étiez capables de faire pour les protéger, de votre sang-froid à toute épreuve. Cela demande de la considération et du respect  ». Les 17 millions d’euros que représente l’achat de ces nouveaux matériels en sont la preuve sonnante et trébuchante. L’arme la plus spectaculaire de cet arsenal est le fusil d’assaut HK-G36, un engin d’une valeur unitaire de 1 000 euros et dont 1 274 exemplaires doteront, d’ici fin juin, les BAC et les PSIG « sabre », du nom de ces pelotons d’intervention de la gendarmerie aux moyens renforcés. Fin juin, ce devrait être aussi la date ultime de livraison de 10 000 casques lourds avec visières balistiques et d’autant de gilets pare-balles à plaques céramiques, plus mobiles, plus performants et deux fois plus légers que les gilets traditionnels d’intervention (11 kg au lieu de 25). D’autres « équipements » intègrent cette dotation dont des boucliers souples, des grenades dites de « désencerclement », des protège-tibias ou des protections d’épaules.

Sous les regards attentifs du ministre et des personnalités venues l’accueillir (dont le maire de Reims Arnaud Robinet, la présidente de Reims Métropole Catherine Vautrin, le préfet de Champagne-Ardenne Denis Conus ou le sénateur de la Marne Yves Detraigne), quelques-uns de ces matériels ont donné lieu à de brèves démonstrations, d’abord dans l’enceinte de la compagnie de gendarmerie rémoise, puis dans le parking souterrain de l’hôtel de police. Dans les deux cas, gendarmes et policiers ont simulé une attaque terroriste avec prises d’otage et blessés. L’utilisation des matériels présentés hier nécessitera enfin la formation des personnels, «  soit six heures de formation pour 75 cartouches  », a expliqué un policier de la BAC rémoise où travaillent actuellement vingt-cinq fonctionnaires de police.

Treize fusils d'assaut pour la Marne


Devant le fusil d’assaut HK-G36. Chrlstian Lantenois

Pas de jaloux.Soucieux de ménager les susceptibilités, Cazeneuve s'est rendu dans la foulée à la gendarmerie et au commissariat de police où il a confirmé les nouveaux moyens qui doteront le PSIG « sabre » de Châlons-en-Champagne et la BAÇ rémoise.

Aux gendarmes, reviennent ou reviendront donc d'ici l'êtê trois fusils d'assaut HK-G36, onze gilets pare-balles, un bouclier balistique, seize casques lourds et un véhicule Sharan aménagé (VW) capable de transporter sept gendarmes.

A la brigade anticriminalité : trois véhicules rapides, six HK-G36, 34 casques lourds, 34 gilets pare-balles, 76 bouchers souples, sept pistolets à impulsion électrique (PIE) et sept lanceurs de balles de défense (LBD). Enfin, le ministre a également confirmé l'installation à Reims au 1er juillet d'un peloton d'intervention interrégionale de gendarmerie» (PI2G) fort d'une trentaine d'hommes.

Gilles Grandpierre

Extraits de l'union du 02/04/2016

    

     

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Ils attendent Cazeneuve de pied ferme

  Le ministre de l’Intérieur est, aujourd’hui, à Reims pour présenter de nouveaux équipements pour les forces de l’ordre. Les policiers, très sollicités depuis un an, en attendent plus.

LES FAITS

•.- Envisagée une première fois le jeudi 24 mars, la visite de Bernard Cazeneuve à Reims avait été reportée après les attentats de Bruxelles.

•.- Le ministre de l’intérieur doit, cette fois, bien venir ce vendredi 1er avril pour présenter les nouveaux moyens mis en place en région dans le cadre des menaces terroristes.

Ils ne devraient pas être reçus par leur ministre, mais les syndicats de police seront particulièrement attentifs à la venue de Bernard Cazeneuve ce vendredi à Reims. Car pour les représentants régionaux du premier syndicat de la profession, il faut aujourd'hui aller au-delà des simples effets d'annonce. « Il faut être honnête, on va toujours vous dire de notre côté que ce qui est proposé est insuffisant, reconnaît Fabrice Poli, d'Alliance police nationale. Il y a eu des efforts après les attentats à Paris, mais on a surtout l'impression que les choses se sont accélérées depuis le 13 novembre. Entre Charlie et le Bataclan, il ne s'est pas passé grand-chose … »

« On va renforcer des services au détriment d'autres »

Et encore, le policier attend de voir ce que vont donner concrètement les renforts annoncés. « On va renforcer des services au détriment d'autres car les recrutements ne vont pas être parfaitement opérationnels tout de suite. Ils vont surtout venir combler les trous de ceux qui auront été bougés. On sent une montée en puissance d'emplois jeunes qui permet peut-être de laisser croire à un sentiment de sécurité mais nous savons, en interne, que ce n'est pas toujours le plus efficace. »

Lors de sa venue, Bernard Cazeneuve présentera donc le nouveau matériel dont disposeront les policiers de la brigade anti criminalité (BAC). « Cela va dans le bon sens mais il faut noter que plus d'un an après Charlie Hebdo, le matériel n'est concrètement toujours pas là, déplore Fabrice Poli. Et pour la BAC, ce n'est pas encore tout de suite, car là le ministre vient juste avec du matériel de démonstration. Il faudra encore attendre un peu, pour que cela soit effectivement le cas. Concernant les moyens, le syndicaliste note aussi des incohérences. « Sur le secteur de Reims, on a fait une quarantaine de perquisitions administratives. Or, sur tout le Grand-Est, il n’y a pas un seul chien policier formé à la recherche d'armes et de munitions. Nous sommes donc obligés de faire des perquisitions manuelles avec le risque que des choses nous échappent. Pourtant, on sait qu'avec un chien, cela va vite et surtout c'est très efficace pour trouver des kalachnikovs, de la poudre ... »

« Se pose aussi le problème du renseignement. Ce travail de fond qui permet de repérer en amont des personnes potentiellement dangereuses. Le retour d'expérience des frères Kouachi nous montre qu'il y a un axe Saint-Dizier - Reims - Charleville-Mézières qui peut servir potentiellement de base arrière à pas mal d'individus radicalisés. Les policiers n'ont pas les moyens, le temps sur le terrain de faire un travail approfondi. Il y a eu la semaine dernière un engagement du renforcement du renseignement territorial. II faut voir ce que cela va donner. La seule chose que l'on sait, pour un département comme la Marne, c'est qu'il devrait y avoir en tout vingt-cinq postes supplémentaires, tous services compris. On ne sait pas comment cela va être réparti entre le renseignement et les autres services … »

« On est dans l’incapacité de boucler la frontière »

Juste avant d'arriver à Reims, le ministre de l'Intérieur se fera présenter le contrôle des flux avec la Belgique au péage de Coutevrault, en région parisienne. Une surveillance des frontières qui laisse très perplexe le représentant régional d'Alliance. « On sait que l'axe franco-belge est important mais on est aujourd'hui dans l'incapacité de boucler totalement la frontière. Entre la mobilisation autour du risque d'attentat, qui est très chronophage en termes d'emploi, l'agitation sociale qui mobilise des effectifs, Calais où on a parfois dix à onze unités de CRS présentes sur les soixante que compte la Fronce... il y a un moment où on atteint des limites: Les policiers ne sont pas extensibles ! »

 

AVEC LES GENDARMES ET POLICIERS

•.- Bernard Cazeneuve assistera la présentation et la démonstration des matériels dont seront dotés le peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie de Châlons et la brigade anti criminalité de la Marne.

•.- Il s'agit de gilet pare-balles, casques et boucliers plus lourds, fusils d'assaut HK-G36,véhicules

•.- Le CHIFFRE : 16.6 M€

Sont débloqués en 2016 au niveau national pour renforcer l’équipement des policiers et gendarmes

•.- LA PHRASE

« À mes yeux, la police de terrain, la police du quotidien, celle des commissariats constitue la pierre angulaire de notre sécurité collective. Je continuerai à consacrer toute mon énergie pour obtenir, dans un contexte budgétaire pourtant difficile, toutes les avancées necessaires à l’amélioration de vos conditions de travail. »
       
B. Cazeneuve, 29/02/2016

 

 Grégoire AMIR-TAHMASSEB

 Extraits de l'union du 01/04/2016

  

    

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Nos journées sont imprévisibles

 Comptables, mécaniciens, plongeurs ou maîtres-chiens ...Le major Patrick Rogissart, recruteur à Reims, passe en revue la palette des métiers exercés par les gendarmes.

Impossible de passer devant le centre de recrutement rémois sans s'arrêter: tous les mois, une nouvelle scène de crime est reconstituée avec beaucoup d'humour par l'équipe du major. Une façon de présenter le travail de police scientifique des gendarmes. C.M,

•.- Quels métiers peut-on exercer au sein de la gendarmerie ?

Il y a d'une part la branche opérationnelle, où on va recruter des sous-officiers et officiers de gendarmerie, qui assurent la sécurité publique, font des enquêtes judiciaires. Et d'autre part les personnels administratifs et techniques. Comme dans le reste de la fonction publique, on a des personnels en catégorie A, les officiers, qui sont nos cadres supérieurs. En catégorie B, les sous-officiers sont nos encadrants, et nos exécutants sont des gendarmes adjoints volontaires, qui sont en catégorie C.

•.-Il est donc possible d'exercer des fonctions très variées ?

Un sous-officier de gendarmerie, à l'issue du concours et de sa formation dans une école de gendarmerie, va être au service du public. faire des enquêtes judiciaires. Le gendarme adjoint, qui est un exécutant est recruté pour le seconder. Ce sont eux que l'on voit sur les routes, sur les enquêtes. Dans le domaine administratif et technique, on va recruter des spécialistes dans le domaine des ressources humaines, des comptables, des mécaniciens, des secrétaires, des cuisiniers ...

•.- Quels profils cherchez vous en ce moment ?

On a toujours des besoins spécifiques dans toutes les catégories. Pour les officiers, le concours est en fin d'année. Pour nos sous-officiers, deux concours sont organisés. Et pour nos gendarmes adjoints volontaires, c'est un concours permanent. Ces derniers représentent la plus grande partie du recrutement: ils seront 7.000 à intégrer la gendarmerie, cette année dans toute la France.

•.- Quelqu'un qui commence comme gendarme volontaire pourra-t-il ensuite gravir les échelons ?

Oui, il y a chez nous un ascenseur social. Enfin, c'est plus exactement un escalier social ! Car il ne suffit pas d'entrer pour se laisser monter. On donne la possibilité à des gens qui entrent sans diplôme de pouvoir évoluer dans la hiérarchie et de passer des concours d'un niveau supérieur. Cela nécessite un investissement personnel pour gagner en responsabilités.

•.- Est-ce que vous cherchez un type de candidats en particulier ?

Pas du tout ! À noter qu'il n'y a plus de condition de taille pour entrer dans la gendarmerie. Le profil d'un candidat gendarme adjoint, aujourd'hui, c'est quelqu'un de titulaire ou non d'un diplôme, entre 17 et 26 ans, qui est « de bonne moralité », comme on dit (sans casier judiciaire, ndlr) et qui réussit les épreuves de sélection. Ce sont des QCM, qui se passent tous les mercredis à Châlons. On teste la personnalité, la connaissance générale et la pratique du français.

•.- Quelle question les candidats vous posent-ils le plus souvent ?

Ils me demandent : quel est le quotidien d'un gendarme ? Mais il n'y a pas de journée type, parce qu'on travaille en fonction de l'événement. Je raconte souvent l'une de mes journées : j'étais invité à boire le café chez le député-maire, en Haute-Saône. Je n'ai pas fini le café, on est parti sur un accident de la route. Un poids lourd s'était couché sur quatre voies de circulation. il faisait -15°C dehors. Il fallait constater, assurer la sécurité. Et après je suis intervenu sur une enquête judiciaire importante, qui m'a conduit quatre ans, à témoigner devant une cour d'assises à propos d'un homicide. Notre journée de travail est imprévisible !

•.- Comment devient-on plongeur ou cavalier ?

Le but, c'est d'abord de faire découvrir le métier général. Mais au bout de quelques années, les sous-officiers peuvent se spécialiser dans différents domaines. Des jeunes filles souhaitent devenir cavalières à la Garde républicaine, des garçons veulent intégrer les unités de sécurité routière à moto. Il y a les maîtres-chiens ... À Dienville, dans l'Aube, on a aussi, par exemple cinq plongeurs qui sont spécialistes en investigation criminelle subaquatique.

Une prépa intégrée au niveau bac+S

Pour les étudiants en Master 2, une prépa est accessible, sur critèrès sociaux, dans l'objectif de passer les concours de catégorie A. Chaque année, seize étudiants sont retenus au niveau national. Une formation sur mesurepour devenir officier après ses études. « C'est vraiment de la préparation individualisée, pour pousser les candidats à réussir. Et ça marche. Dans la Marne, on a par exemple un lieutenant à la tête de 35 personnels qui a fait l’école des officiers, via la classe préparatoire » fait valoir le major Rogissart, à Reims. Pour préparer sa candidature, le plus simple est de s'adresser aux centres d'information et de recrutement, à Reims ou Amiens.

 

SAUF EXCEPTION, UN RECRUTEMENT NATIONAL

•.- L'essentiel du recrutement est national: on n'est pas nécessairement affecté dans sa région d'origine. Mais certains spécialistes peuvent être recrutés pour un poste précis, par exemple « cuisinier à Chaumont ». Dans ce cas, une annonce d'emploi classique est publiée.

•.- Le CHIFFRE : 96.000

Gendarmes en France, dont 2.200 en Champagne-Ardenne.

•.- LA PHRASE

« Ce qui fait la différence avec notre collègue de la police, c’est le statut militaire. On doit être disponible et accepter de loger sur notre lieu de travail. En contrepartie, on a un logement de fonction. »

Major Rogissart, centre d'information et de recrutement de Champagne-Ardenne.

Propos recueillis par Charles MONTMASSON

Plus d’infos : en Champagne-Ardenne : 10 rue Gambetta à Reims. tél 03 26 07,98 88. Sur Fatebook . « Recrutement gendarmerie Reims-officiel ». En Picardie. 1 Rue Caumartin. à Amiens. tél. 0820 220 221.

 Extraits de l'union du 23/03/2016

  

    

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Les cambriolages toujours en ligne de mire de la compagnie de gendarmerie départementale de Reims

La visite du patron de la gendarmerie de Champagne-Ardenne a été l’occasion, pour la compagnie départementale, de faire le bilan de 2015


Le commandant Michaël Capron (à gauche) et une partie des représentants des brigades de gendarmerie.

Dans la salle polyvalente de la caserne Battesti, « la tournée d'inspection » du colonel Olivier Courtet, patron des gendarmes de Champagne-Ardenne, a été l'occasion de présenter le bilan 2015 de l'activité de la compagnie départementale de Reims. C'est son commandant, Michaël Capron, qui a pris la parole en présence des représentants des brigades de Vitry-les-Reims, de Fismes, de Gueux, de Taissy, du peloton de surveillance et d'intervention ainsi que de la brigade de recherches. Catherine Vautrin, en qualité de présidente de Reims Métropole, était également présente, tout comme les maires de Fismes, Bazancourt ou de Crugny.

Une hausse de 10% .des vols chez les particuliers

L'analyse des résultats pour l'exercice écoulé ne peut être dissocié « du contexte sécuritaire dégradé qui nous a impactés », souligne le commandant Michaël Capron. Notamment en janvier 2015 avec les risques terroristes et leurs « connexions sur le bassin rémois ». Les axes sont la N31, la N51 et l'A4 ont donc concentré une bonne partie de leurs efforts, tous comme les centres commerciaux de Thillois et Champfleury.

L'autre pan de leur action consiste à lutter contre la délinquance quotidienne. Si les crimes et délits sont sensiblement les mêmes en 2015 qu'en 2014, avec 2.690 faits répertoriés contre 2.684, le taux de résolution de

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points, Une bonne partie de la délinquance « est toujours issue de la grande couronne du bassin parisien. » C'est dans les atteintes aux biens et dans les cambriolages que le bât blesse. « C'est sur ce point que nous devons progresser. Il y a eu 380 cambriolages en 2015 contre 400 en 2014. Les vols dans les locaux commerciaux ont baissé mais ceux des particuliers ont augmenté de 10%. »

Ce qui participe très largement « au sentiment d'insécurité » même s'il s'agit d'un phénomène « national » qui n'est pas propre à Reims. Le nombre de morts sur les routes a sensiblement diminué puisque la gendarmerie a constaté, dans sa zone de compétence, quatre décès en 2015 contre 12 en 2014. « Les actions que nous menons sur les routes ont des conséquences car elles nous laissent moins de temps pour être ailleurs, notamment là où il y a des cambriolages. »

Les atteintes aux véhicules sont par ailleurs, « stables voire en légère baisse ». Quant aux atteintes volontaires à l'intégrité physique, le commandant explique que leur nombre a été gonflé « par des séparations entraînant des dénonciations calomnieuses de violences. » Les gendarmes travaillent 8 h 50 heures par jour avec un taux de présence externe de 64 %.

La gendarmerie, à commencer par le colonel Olivier Courtet, se félicite des protocoles de participation citoyenne. Ils doivent permettre un meilleur échange entre les citoyens et la gendarmerie, constituer une chaîne d'alerte, développer J'esprit civique des administrés et rassurer les personnes vulnérables. Dix protocoles ont été signés l'an dernier portant le total à 26 communes dans l'arrondissement de Reims. Fismes doit signer le sien le 14mars.

« Je n'ai pas attendu aujourd'hui pour savoir le travail qui a été fait ici et pour donner mes consignes. La compagnie tourne bien et fonctionne » a assuré le colonel Olivier Courtet, à la fin de son discours.

Deux postes en plus à Fismes

Le Plan 5000, qui prévoit la création de 5.000 emplois de policiers et de gendarmes d'ici deux ans, se concrétise avec la création de deux postes de sous-officier à la brigade de Fismes. Ils devraient entrer en fonction dans les jours qui arrivent.

En outre, comme déjà évoqué le 13 janvier par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, un peloton d'intervention interrégional de gendarmerie (PI2G) va s'implanter à Reims. Au total, 32 militaires y seront affectés. « Ils s'installent à Reims non pas parce que la ville connaît des problèmes, mais parce qu'elle est un point stratégique dam le grand Est, entre Paris et Strasbourg, et c'est une bonne chose pour nous, » a souligné Catherine Vautrin ……

Jean-Marie CORNUAILLE

Extraits de l'union du 18/02/2016

  

    

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Joseph Merrien. nouveau patron de la Police marnaise

Originaire du Var et âgé de 51 ans, ce commissaire divisionnaire est le nouveau directeur départemental de la sécurité publique du 51. Portrait.


Joseph Merrien est en poste à Reims depuis le 14 mars. Remi Wafflart

Sa pointe d'accent traduit tou'iours sa jeunesse toulonnaise. A Reims depuis le 14 mars, Joseph Merrien a été officiellement installé, mardi, dans la cour de l'hôtel de police, dans ses fonctions de directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). « J'ai 51 ans et je prends la tête de la police du 51, c'est cohérent », sourit celui qui succède à Annie Brêgal, nommée sous-directrice des missions de sécurité publique à Paris. Joseph Merrien a désormais sous ses ordres les 610 personnels de police du département (environ 370 à Reims, 130 à Çhâlons-en-Charnpagne et 65 à Épernay).

Avant de se lancer dans une carrière policière, le nouveau DDSP eut d'abord le cyclisme comme passion. Au point de remporter une quarantaine de victoires chez les jeunes puis de fréquenter le plus haut niveau amateur, avec notamment à la clé une deuxième place au championnat de France universitaire. Avec un bac scientifique en poche, ce natif du Var, qui passa sa jeunesse à Toulon, dut reléguer le vélo pour se consacrer à ses études de droit. « J'ai pensé un temps faire médecine, se souvenait-il, hier, dans son bureau du 3° étage. Médecin, policier, il y avait l'idée de servir, de se tourner vers les autres. »

L'essentiel de sa cariière en Seine-et-Marne

En 1989, il réussit le concours d'inspecteur de police. S'ensuit un an de service militaire, Puis deux ans à Cannes-Ecluse, dans ce qui ne s'appelait pas encore I ‘Ecole nationale supérieure des officiers de police (Ensop). Premier poste en 1991, en police judiciaire, à Évry. Trois ans plus tard, celui qui n'a aucune ascendance policière ou militaire décroche le concours de commissaire.

Durant sa jeunesse varoise, le nouveau DDSP de la Marne s'illustra dans le cyclisme, au plus haut niveau amateur.

Les deux ans de stage qui suivent lui font rencontrer sa future épouse, aujourd'hui commissaire en région parisienne et mère de ses deux enfants. Joseph Merrien devient commissaire de circonscription à Coulommiers, en Seine-et-Marne, en 1996. Quatre ans plus tard, il file à Fontainebleau. En 2002, il est nommé à Chessy, toujours dans le 77. L'année d'après, il devient commissaire principal avant, en 2005, de rejoindre Paris et la direction centrale de la sécurité publique (DCSP), à deux pas de la place Beauveau. En 2007, le voilà commissaire divisionnaire. Retour sur le terrain en 2009, à Êvry, dans l'Essonne, ville dirigée par le député-maire Manuel Valls. Trois ans plus tard, il revient à la DCSP, cette fois en tant que N°2 de la sous-direction des ressources humaines et de la logistique. Avant, en ce début d'année, de devenir DDSP de la Marne. « Ça correspond à ce que j'affectionne », résume-t-Il, Responsable des moyens humains et matériels de la police marnaise, Joseph. Merrien devra notamment s'assurer de la mise en place de la stratégie définie et rendre les arbitrages du quotidien.

Mathieu LIVOREIL

Extraits de l'union du 17/02/2016

  

    

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Dans le rude quotidien de la brigade cynophile

Avec leur binôme canin, ils font partie des unités le plus souvent exposées à la violence ordinaire du quotidien. Coup de projecteur sur la formation de ces policiers et leurs « partenaires indispensables ».


L'homme d'attaque - un fonctionnaire de la brigade canine – contribue très activement à l’entrainement continu des chiens « offensifs» de l’unité.Photos Bernard Sivade / DR

Rien n'indique que ce lieu, quelque part dans Reims, abrite la brigade cynophile. Un portail banalisé ouvre sur un chemin qui conduit à une petite maison. A l'arrière de la modeste propriété, un chenil d'une dizaine de box et, plus loin, un terrain vague sur lequel gît une voiture utilisée lors des entraînements. Depuis l'an dernier. Sébastien. 38 ans, dirige cette unité spécialisée de la police. Fort des quinze ans passés au sein cette dernière, le brigadier-chef, « passionné par les animaux dès ma jeunesse et désireux d'intégrer la police », résume : « La brigade a évolué en fonction des formes de délinquance, pour rester "collée" à la société. Aujourd'hui, elle est plus généraliste qu'à mes débuts, moins restrictive dans les opérations qu'elle peut mener. »

À Reims, celle-ci comprend treize fonctionnaires - dont une femme - et six chiens, opérationnels et surentraînés. Unité d'appui à l'instar de la brigade anticrirninalitê (BAC) ou la section d'intervention (SI), la brigade cynophile. communément appelée « brigade canine », a pour vocation d'intervenir sur la voie publique. La plupart du temps, la canine travaille la nuit : neuf des fonctionnaires œuvrent de 21 heures à 5 heures du matin. Maintien de l'ordre à l'occasion des matches de Ligue 1 au stade Delaune, patrouilles pour les fins de soirées arrosées dans le centre-ville ou contrôles réguliers dans la zone de sécurité prioritaire (ZSP) constituent le cœur de métier.

« Face à un chien démuselé en position d’attaque, iol n’y a plus grand monde pour faire le malin »

Un policier de la canine

 « Les chiens de la canine, eux, sont également utilisés en première ligne à l'occasion d'opérations anti-stupéfiants - contrôles routiers, perquisitions, etc. Sur la voie publique, ils apportent leur pouvoir de dissuasion face aux plus récalcitrants. « Le chien, sur le terrain, est une présence très intéressante pour nous » , insiste Céline Beretta, commissaire en charge du service de sécurité et de proximité de Reims, incluant la brigade canine. Un des anciens du service remet en perspective: « Il y a vingt-cinq ans, lorsque des policiers arrivaient à deux voitures pour une intervention, leur présence suffisait la plupart du temps à faire un peu baisser la pression. L'uniforme faisait son effet. Aujourd'hui, de plus en plus de gens ne craignent plus d'aller au contact avec les collègues. En revanche, face à un chien démuselé en position d'attaque et qui a sorti les crocs, il n’y a plus grand monde pour faire le malin. Parmi les rares exceptions, celle de cet homme en état d'ivresse, qui, récemment, lors d'une rixe en sortie de discothèque, avait tenté d'étrangler un chien muselé. Avant d'être maîtrisé par les fonctionnaires. »

La frappe muselée, spécificité de la police française

Sur les tableaux de service affichés au sein du quartier général de la canine sont notés les binômes opérationnels : deux fonctionnaires ont la charge d'un chien. Mais comment se constituent ces binômes appelés à fonctionner en symbiose ? Depuis plus d'un demi-siècle, fonctionnaires et chiens sont formés ensemble, au centre de formation des unités cynotechniques, à Cannes-Écluse (Seine-et-Marne). Cette école assure chaque année la formation d'environ 80 policiers et le dressage de 120 chiens. Ceux-ci, intégrés à un âge de 12 à 20 mois, sont préalablement sélectionnés chez des éleveurs, la SPA ou des particuliers « qui ont des chiens avec un peu trop de caractère, qui ont pu aller jusqu'à mordre dans le civil. À nous de voir s'ils peuvent faire l'affaire dans la canine ».

Du côté des fonctionnaires, quatre niveaux de compétence existent : conducteur, homme d'attaque (voir ci-contre), dresseur - chargé d'assurer la première formation du chien - et moniteur appelé à former les futurs policiers de l'unité. Trois mois de stage sont nécessaires pour chacun de ces paliers. « Pour devenir conducteur, on est mis en relation avec un chien qu'on va ensuite garder pendant toute la carrière policière du chien, détaille le chef d'unité. Quinze jours de familiarisation, d'abord, où on le balade, on le muselle, etc. Puis c'est le travail d'obéissance : marcher au pied, etc. Et enfin on travaille les différents types d'interventions : frappe muselée, attaque mordante, etc. Dans l'immense majorité des interventions, le chien demeure muselé. Or, la technique dite de la « frappe muselée » est une spécificité de la police française : la force du chien, doublée de son imposante muselière métallique, lui permet de neutraliser d'un coup de tête l'individu dangereux ». Le binôme est ensuite déployé dans son unité de province. Avec le jeu des repos hebdomadaires, un second maître sera attribué au chien. À charge pour les deux fonctionnaires d'assurer la formation continue de l'animal.

Et ces chiens, comment sont-ils façonnés (voir par ailleurs) ? lbrah, Gibs, Basco, Rex et les autres sont pour la plupart des bergers belges dits «malinois », plus rarement des beaucerons et labradors. Avant de devenir des boules de muscles d'une trentaine de kilos dressés pour devenir ultra-agressifs, leur « réceptivité aux ordres » est évaluée à Cannes-Écluse. « On fait aussi claquer un bâton devant le chien, on tire un coup de feu pour voir comment il réagit, s'il n'a pas peur. » Sont testées leurs qualités physiologiques, morphologiques et caractérielles. Quelle que soit la race ou la spécificité - attaque ou détection - du chien, la retraite est fixée à l'âge de 8 ans. « En général, un des deux maîtres reprend le chien à domicile pour une période durant laquelle le chien est "responsabilisé". Après, il n'y a pas de procédure fixe. Le chien appartient à la police. Récemment, nous avons eu un chien repris dans un haras. Mais il n’y a pas d'euthanasie ! », précise encore ce fonctionnaire à propos de son « partenaire indispensable. »


Homme d'attaque, ou la dure réalité de l'homme attaqué


La détection de  produits stupéfiants est l’autre mission pour les chiens de l’équipe cynophile

« D'abord, se vêtir d'une doudoune à l'épaisseur surdimensionnée. Puis enfiler un pantalon – par-dessus la coquille de circonstance - au volume digne d'une combinaison d'astronaute. Enfiler un casque réservé à la pratique du football américain. Vous voilà revêtu de l'encombrant costume «d'homme d'attaque », la deuxième des quatre formations prévues au sein de la brigade canine. Un intitulé quelque peu trompeur puisque « l'homme d'attaque » est en réalité celui qui est voué à être attaqué par des bergers malinois d'humeur généralement mordante lors des entraînements réguliers prévus.

Durant deux décennies, Patrick a joué le rôle d'homme d'attaque au sein de la brigade canine. Des années à se prendre « tous les deux jours, en général » des chiens énervés et lancés â pleine vitesse. Euh... Pas trop traumatisé ? « Non, évacue d'un sourire le fonctionnaire. Bon, la première fois, ça fait un peu bizarre mais on s'habitue. » Il développe: « Parfois, lorsqu'on a mal réparti les protections de la combinaison, il m'est arrivé de sentir quelques crocs. Ça m'a fait quelques hématomes mais je ne me considère pas plus exposé qu'un autre collègue qui peut toujours avoir un coup dur en intervention. Lorsque le costume est bien mis, la morsure serre juste le bras. »


Ibrah, berger malinois plutôt colère à la vue de l'homme d'attaque.

« Avec la force qu’ils ont ça peut finir par user  »

Non, le plus dur, selon Patrick, reste les séances au cours desquelles il s'attaquait aux attaques muselées des chiens du service. « Là, on a beau mettre une protection sur le corps, avec la force qu'ils ont, ça peut finir par user.» Selon les situations, l'homme d'attaque est armé d'un pistolet ou d'un couteau ; le chien doit par exemple apprendre à mordre le bras armé et pas ailleurs.

Direction le chenil. Patrick a revêtu son ancien costume. A peine est-il entré que les chiens, accrochés aux barreaux de leurs enclos individuels, montrent les crocs et font des tours sur eux-mêmes, manifestement pressés d'en découdre. Tous, sauf la chienne dressée pour détecter les stupéfiants qui ne semble-pas comprendre la raison de-cette soudaine agitation.

 Au milieu des aboiements, le policier reste placide : « Habillé comme ça, il faut imaginer que je suis un peu leur friandise...» Précisons que l'homme d'attaque participe aux opérations de la canine sur la voie publique. N'est-il pas déjà arrivé que Patrick, vêtu d'un uniforme policier, soit reconnu» par l'un des chiens ? « Oui, ça s'est déjà produit, mais c'est tout de même la combinaison de l'homme d'attaque qui les met dans un tel état. Donc nous n'avons jamais eu à jouer les prolongations dans la rue. »

Les REPERES

•.- Une brigade à la longue histoire

En 1845, des chiens ont été utilisés pour la première fois par la préfecture de police de Paris afin de sauver des gens de la noyade.

•.- Au début des années 1950, naissance des premières brigades cynophiles

Cette année-là, la préfecture de police créé la première unité cynophile afin « d'assurer la sécurité des personnes et des biens ». Auparavant, dans les années : 1920, les autorités policière autorisaient les gardiens de la paix affectés en banlieue à emmener leurs propres chiens pendant le service. C'est en 1950 qu'est créée la première brigade canine véritable, censée faciliter l'action de la police.

•.- RACES   

Outre les bergers, des dobermans et rottweilers furent dans des canines.

•.- 1996

Année où fut créée en France .la « section capture

•.-  Des chiens utilisés par d’autres unités

Outre la canine, d’autres services possèdent leur propres chiens – Raid, Douanes etc, ceux de la canine collaborent ponctuellement avec d’autres services – police judiciaire, sécurité intérieure, etc.

•.-  LA PHRASE

 « Il possède la beauté sans la vanité, la forte sans l'insolence, le courage sans la férocité et toutes les vertus de l'homme, sans ses-vices »

George Gordon Byron (poète anglais, 1788-1824)

 Mathieu LIVOREIL

 Extraits de l'union du 17/02/2016

  

    

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Éric Pérignon, nouveau patron du service régional de police judiciaire 

À la direction centrale de la police judiciaire, la transition avait été actée à l’automne. Jean-Philippe Fougereau, patron du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Reims depuis près de cinq [...]


Éric Pérignon succède è Jean-Philippe Fougereau è la tête du SRPJ de Reims.

A la direction centrale de la police judiciaire, la transition avait été actée à l'automne. Jean-Philippe Fougereau, patron du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Reims depuis près de cinq ans, prenait la tête du SRPJ de Montpellier. Pour lui succéder, le choix s'était porté sur Éric Pérignon, 51 ans, un commissaire-divisionnaire qui, depuis 2009, était le n°2 de la division inter-régionale de police judiciaire (DIPJ) basée à Strasbourg. Sur cette promotion. qui le voit désormais en charge d'un service comportant près de 70 personnes, dont la moitié d'enquêteurs, Éric Pérignon confiait : « C'est à la fois une grande fierté et un processus logique dans une carrière. » Titulaire d'une maîtrise de droit public avant d'être diplômé de l'École nationale supérieure de police en 1987, Érié Pérignon a construit son parcours professionnel dans le quart nord-est du pays, exception faite de ses premières années lyonnaises.

 En poste entre quatre et six ans

Adjoint au chef de l'antenne de police judiciaire de Metz (199-94), chef du service d'investigations et de recherches de Metz, de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP), celui qui est alors commissaire principal devient, en 2002, numéro 2 du SRPJ de Nancy, fonction qu'il occupait jusqu'en 2009 et son accession au poste d'adjoint de la DIPJ de Strasbourg.

A Reims, ses priorités seront sans surprise : « La lutte contre le terrorisme, la lutte contre la criminalité organisée, l'action dans les zones de sécurité prioritaire , (ZSP), la cybercriminalité et la lutte contre les stupéfiants »,... confiait en outre, cet amateur de ballon rond et de cinéma. Un directeur de SRPJ est amené à rester en poste entre quatre et six ans, limite à laquelle il est contraint à une obligation de mutation

 Mathieu LIVOREIL

 Extraits de l'union du 02/02/2016

  

    

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Le patron de la PJ rémoise parle

Jean-Philippe Fougereau a quitté, hier, sa fonction de directeur du service régional de police judiciaire (SRPJ). Entretien en forme de bilan.


Jean-Philippe Fougereau va prendre, dès lundi, la tête du SRPJ de Montpellier.

Il était arrivé le 7 septembre 2011. Et il s'en est allé hier. Après quatre ans et quatre mois, Jean-Philippe Fougereau a quitté ses fonctions de directeur du service régional de police judiciaire (SRPJ), chargé de la lutte contre la criminalité organisée et, plus récemment, contre le terrorisme. Au-delà de la Marne, le ressort du SRPJ de Reims s'étend aux Ardennes, à l'Aisne et à la Haute-Marne. Lundi, ce natif de l'Aveyron, âgé de 51 ans, prendra les rênes du SRPJ de Montpellier, le plus important en termes d'activités et d'effectifs, des huit SRPJ recensés sur le territoire national. .À Reims, le commissaire divisionnaire Éric Perignon, actuel n°2 du SRPJ de Strasbourg lui succédera à compter du 25 janvier. Au moment de refermer, « avec un peu de nostalgie », sa page rémoise, Jean-Philippe Fougereau évoque les différentes caractéristiques de la délinquance régionale.

•.- Dans quelle mesure la proximité avec Paris de la partie ouest de la région influence-t-elle la délinquance de la région ?

Pour les villes importantes du ressort du SRPJ comme Reims ou Troyes, on est clairement la troisième couronne parisienne. Ce qui veut dire qu'on a régulièrement, sur des grosses opérations de braquage ou de cambriolage, des équipes qui viennent de l'est parisien. Elles viennent parce qu'on n'est pas loin et aussi parce qu'elles considèrent, à tort je l'espère, que c'est plus facile ici parce qu'il y a moins de présence policière. Ce phénomène ne s'accentue pas, mais il est constant.

« Sur des grosses opérations de braquage ou de cambriolage, des équipes viennent de l'est parisien »

 « Il y a clairement une délinquance itinérante »

•.- Comme partout en France, les grandes villes, Reims, Charleville-Mézières, etc., abritent des quartiers dits « sensibles ». Selon vos radars, que s'y passe-t-il ?

Ces quartiers génèrent leurs propres problématiques : trafics de stupéfiants, éventuellement des règlements de compte liés à ces trafics - je pense à Charleville-Mézières - et, plus globalement, une économie souterraine : fraudes aux prestations sociales et escroqueries en tous genres. Et cette délinquance est quand même assez active.

•.- Mais ce constat s'applique à tous les quartiers sensibles en France, non ?

Oui, disons que la seule spécificité peut se situer à Reims où, selon les édiles de la ville, il y a énormément de logements sociaux. Fatalement, lorsqu'il y a un parc locatif de ce type qui est aussi conséquent, on a la possibilité d'avoir davantage de quartiers sensibles.

•.- Dans les stupéfiants, y a-t-il, en fonction des drogues, différentes typologies de trafic ?

Oui. On constate que le trafic de cannabis est aux mains, en général, de bandes organisées qui sont dans les cités et qui s'approvisionnent soft en région parisienne soit directement à la source, au Maroc ou en France, en organisant des «go fast ». En revanche, pour tout ce qui est poudre, héroïne, cocaïne, dérivés d'amphétamines et drogues de synthèse, le phénomène est assez différent : ce sont davantage des petits dealers qui se structurent avec deux ou trois complices et qui vont chercher eux-mêmes leurs produits aux Pays-Bas en passant par les Ardennes. La revente s'effectue ensuite dans des cercles assez restreints mais qu'on retrouve partout, dans les villes comme les campagnes. La Haute-Marne, par exemple, est très touchée par le trafic d'héroïne.

•.- Qu'en est-il des cambriolages ?

Si cette criminalité d'appropriation existe en zone police (les villes, NDLR),elle est plus marquée en zone gendarmerie. Le plus souvent, elle est généralement le fait de bandes issues de la communauté des gens du voyage ou des pays de l'Est, capables au cours d'une nuit de réaliser plusieurs casses. Il y a clairement une délinquance itinérante qui bouge entre les départements, les régions, les villes et les campagnes.

« Beaucoup d'activité liée au terrorisme »

Il aura aussi beaucoup été question des policiers en 2015... « J'entends beaucoup de gens qui disent avoir peur d'un Etat policier ». Vu les moyens qu'on a, ça me fait doucement rigoler ... Surtout, pourquoi considérer que les policiers seraient plus liberticides que les autres ? Si on fait ce métier, c'est avec l'idée de servir les citoyens, pas parce qu'on rêve d'un « État policier ». Que certains puissent penser que la police ne serait qu'un repaire de fascistes est profondément insultant.

L'année 2015 restera d'abord marquée par les attentats de janvier et du 13 novembre ... Les jours et les nuits qui ont suivi les événements de Charlie Hebdo ont généré énormément de travail. Depuis, nous avons eu beaucoup d'activité liée au terrorisme - filières syriennes, perquisitions administratives, etc. Un petit constat : sur les cinq faits majeurs relatifs au terrorisme en 2015, trois impliquaient des gens issus de la région (Saïd Kouachi à Reims, Sid Ahmed Ghlam à Saint-Dizier et Reims, Ismaïl Mostefai à Romilly-surSeine, NDLR).

 Mathieu LIVOREIL

 Extraits de l'union du 16/01/2016

  

    

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Reims, un choix stratégique pour le GIGN

 

 


Les gendarmes du nouveau peloton d’intervention seront 34 à s’installer à Reims. 115 seront formés par 19 GIGN. AFP

Ils arriveront dans l'année et devraient être trente-quatre. Comme annoncé lundi soir par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, une antenne du GIGN, forces spéciales de gendarmerie, va être créée à Reims.

Il s'agira plus précisément d'un « peloton d'intervention interrégionale de gendarmerie » (PI2G). Ces hommes seront formés par le GIGN mais n'en feront pas tout à fait partie. « Il ne faut pas confondre les deux. Le Pl2G n'a pas vocation à remplacer le GIGN. Son spectre d'intervention est différent », explique un officier de gendarmerie. « En cas d'attaque terroriste ou de forcené retranché, le rôle du PI2G, en tant qu'unité régionale de premier rideau, est de geler les lieux, de sécuriser le site, en attendant l'arrivée des spécialistes du GIGN. »

Pour résumer, il prépare le terrain en vue de l'intervention. Cela permettra, le cas échéant, de faire gagner un temps précieux aux forces spéciales. Elles arriveront sur un site notamment vidé de la population alentour. On se souvient qu'à Reims, lors de la traque des Kouachi, le Raid était intervenu à Croix-Rouge quasiment au milieu des badauds. La présence du PI2G dans un tel scénario pourra être utile. À la condition toutefois que ce peloton soit invité à intervenir en ville car Reims est en secteur police et non gendarmerie.

Des gendarmes dans un sedeur police

Cela conduit à s'interroger sur le choix de Reims. Cette antenne aura vocation à intervenir dans toute la région Grand-Est. Une implantation à Nancy ou Metz aurait été géographiquement plus logique. « Un positionnement à Reims permet à la fois la couverture de la frontière belge et luxembourgeoise. Reims est très bien placée. Historiquement, c'est la voie des invasions. C'est aussi des exfiltrations », indique une source proche du ministère. « Mêlé de près ou de loin ces derniers mois à plusieurs affaires de terrorisme, le secteur de Reims fait partie des endroits à surveiller et à renforcer en effectifs. Sauf que c'est un secteur police et non gendarmerie », remarque une source policière.

Reims est la seule ville de la grande région à recevoir une nouvelle antenne mais pas la seule en France. D'autres implantations de PI2G sont prévues à Nantes, Tours et Mayotte. De plus il en existe déjà trois, à Orange, Toulouse et Dijon. À chaque fois, elles comprennent; ou comprendront, une trentaine d'hommes. Ces recrutements font partie du « plan 5.000 » annoncé par François Hollande lors du Congrès rassemblé à Versailles le 16 novembre. Parmi ces 5.000 postes, 1.800 sont consacrés à la gendarmerie.

Catherine fREY et Fabrice CURLIER

Extraits de l'union du 14/01/2016

  

    

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Voyage au cœur de police-secours

Dans les coulisses du « 17 », où, 365 jours par an, des policiers sur le qui-vive traitent les appels d'urgence qui proviennent de Reims, Épernay et Châlons.


Au « 17 police-secours » dans les étages de l’hôtel de police de Reims, le tri de l’information est perpétuel. Remi Wafflart

Avec les opérateurs du 17 à Reims, là où 1001 réalités se croisent

Jour et nuit, 365 jours par an, ces policiers traitent l’intégralité des appels d’urgence en provenance de Reims, Épernay et Châlons-en-Champagne. Voyage au cœur d’une machine à trier qui ne s’arrête jamais.


Le « 17 police-secours » de la Marne centralise dans cette pièce, située à l’hôtel de police de Reims, 350 à 400 appels chaque jour de l’année.

Une grande salle sécurisée, située dans les étages de l'hôtel de police de Reims. Les sonneries des téléphones se superposent. Un policier prend le premier appel : « Police-secours, bonjour. Pardon ? Vous avez bu, Madame ? Ah oui, un peu ... Parce que je ne comprends rien de ce que vous m'expliquez, Madame ... C'est la porte du haut que vous n'arrivez pas à ouvrir? Et donc vous vous êtes dit « Tiens, je vais appeler la police » ? Oui, mais moi je ne vais pas pouvoir vous aider, Madame. La meilleure solution, ce serait de mettre la clé dans le barillet mais si vous avez consommé de l'alcool, je conçois que ce soit difficile ... Trouvez une âme charitable et vous verrez, la porte s'ouvrira, Madame ... Vraiment, je ne comprends pas ce que vous dites ... Je vais libérer la ligne, Madame, parce qu'on est sur le 17, là, c'est une ligne d'urgence, d'accord ?  Au revoir. »

Dans le même temps, une autre opératrice du 17 est en ligne: « Police- secours, bonjour. Oui... Ils vous canardent à la chevrotine ? Où êtes-vous; Monsieur ? Quel est votre nom ? On vient voir ça, Monsieur ».  A l'autre bout du fil, un salarié d'une entreprise de transports. Stressé, forcément. A l'arrivée de la patrouille, RAS ou presque : les tireurs, qui étaient sur un terrain vague déjà théâtre de précédents du même ordre, sont repartis. Pas d'interpellation. Retour au poste.

« Retenez-bien ça : un policier seul, sans radio, sans liaison avec la salle de trafic, ça ne peut pas exister »

Roger CAMPS, chef d'état-major.

« Bienvenue au 17, notre saint des saints ! », nous avait glissé en préambule un officier. « Ici, c'est notre enfer l », sourit un collègue. Un lieu où se succèdent 1001 réalités, oscillant du tragique, rarement, au risible souvent, dans un ordre d'apparition sans cesse renouvelé. « Le point commun de tous ceux qui vont nous appeler, c'est qu'ils ont un problème, virtuel ou réel, légitime ou non; c'est à l'opérateur du 17 de le sentir et ensuite de gérer la situation », résume le commandant Camps, chef de l'état-major départemental. Retenez bien ça : un policier seul, sans radio, sans salle de trafic, ça ne peut pas exister.

« Mon job c'est de prendre les bonnes informations »

L'après-midi touche à sa fin. Un des trois opérateurs en service est encore en ligne : « Vous avez vu deux individus courir et partir en voiture ? Ah ... Mais vous savez, Monsieur, on peut courir et avoir la conscience tranquille...» Impossible, évidemment, de prendre un appel à la légère. Ce commerçant plus suspicieux· que la moyenne a pris soin de relever une plaque d'immatriculation. L'opérateur du 17 vérifie sur son ordinateur.

RAS sur cette voiture. « Le réflexe de ce commerçant n'est pas mauvais, il donne l'immat, il fait concis. C'est bien. Surtout, il vaut mieux nous appeler pour rien que ne pas nous appeler pour quelque chose. » Si cette voiture réapparaît un jour dans les radars de la police, les archives du 17 pourront apprendre aux enquêteurs que. Tel jour, à telle heure, ce véhicule était à Reims.

Petite pause. Cet opérateur, désireux de conserver l'anonymat, confie: « Le 17, je n'étais pas forcément volontaire mais j'y trouve mon compte » Avant ? Sept ans dans la section d'intervention (SI) de Reims, chargée entre autres des interpellations musclées, cinq autres, auparavant, à la SI de Paris. « La voie publique, ça abîme », dit-il avec le regard de celui qui n'en dira pas plus.

« Maintenant, mon job, c'est de prendre les bonnes informations pour ne pas envoyer les collègues au casse-pipe. » En cela, sa longue expérience de terrain peut être précieuse. « Au 17, nous ne sommes pas physiquement exposés, bien sûr, mais c'est tout de même une grosse responsabilité, poursuit-il. On doit sentir le truc et ne pas trop cogiter pour prendre la décision qui s'impose. Après, le côté usant, c'est tous les "glin-glin" qui appellent; avant que vous arriviez, j'étais en ligne avec quelqu'un qui me demandait comment abandonner son chien. » A ses côtés, Isabelle, 44 ans, « au 17 depuis quatorze ans après dix ans de patrouille » : « j'adore ça, on en apprend tous les jours et il n'y a pas de routine possible. »

L'état-major cherche désormais à diversifier les profils, entre vieux routiers du 17 et personnels de terrain reconvertis à qui des stages de perfectionnement sont proposés : « Comment gérer un appel 17 ? etc

Second épisode le lendemain soir. « Vous verrez, la nuit, c'est différent, nous avait prévenu un officier. Les gens "normaux" dorment, tous les chats sont gris, il n’y a pas de circulation, le terrain de jeu est plus limpide. » Un fonctionnaire complète, sourire en coin: « La nuit, il n’y a qu'eux et nous. » Isabelle, elle, est en ligne : « Pour la pharmacie de garde, c'est le 3237. Madame. »

« Il avait envie de causer »

À ses côtés a pris place Arnaud, robuste gaillard arrivé au 17 après douze années à la brigade anti-criminalité (Bac). « Ici, il y a la clim' mais ce n'est pas une planque, on a presque davantage de responsabilités que sur le terrain », estime-t-Il. Dans le quart d'heure qui suit, deux interpellations ont lieu en direct. À la suite du contrôle inopiné d'une patrouille, un individu qui faisait l'objet d'une fiche de recherches pour deux peines de prison à purger a pu être interpellé; dans le même temps, un kinésithérapeute apercevait un individu casser des rétroviseurs à la chaîne, l'a suivi à bonne distance et, par le biais du 17, a pu guider la patrouille venue interpeller celui qui n'aimait pas les rétroviseurs. Courte accalmie. Isabelle : « Tout à l'heure, j'étais avec quelqu'un en état d'ivresse.  Il me racontait qu'il avait perdu sa fille en 2008. il avait envie de causer ... Il n’y avait pas d'autres appels, j'ai pu prendre un peu le temps d'écouter.  »

«Ah, c'est Corentin! »

Nouvelle rafale d'appels. Celui-là vient de la zone Farman, à Reims: un employé a aperçu une « Fiat 500 blanche » s'arrêter sur un pont, deux hommes en descendre, jeter un « sac volumineux » dans le canal et repartir en trombe. La patrouille la plus proche est envoyée et, sur place, ne voit rien en surface. Le témoin est rappelé, Problème : « il se situait à une trentaine de mètres de la scène », Les opérateurs s'interrogent brièvement : « Qu'est-ce qu'il peut contenir, ce sac? Des habits, un chat, des armes, un corps ? » Ne rien prendre à la légère, jamais. Alors les pompiers sont sollicités pour envoyer leurs plongeurs.

Dans le même temps, une femme a appelé. Dans son appartement du rez-de-chaussée, elle lisait sur son lit lorsqu'au travers de ses volets, elle a entendu une voix masculine : « Je te vois, je vais te baiser» Elle a déjà déposé des mains courantes pour ce type de désagréments. Pas de patrouille disponible pour le moment : toutes sont occupées à régler des tapages, différends domestiques ... L'opérateur rappelle la femme : « Vous êtes sortie dans la rue ? Bon, une patrouille va arriver mais d'ici là, restez chez vous.» Des renseignements sont pris : la voix menaçante était « rauque et pourrait être celle d'un individu sous l'emprise de l'alcool ».

Nouvelle sonnerie. Sourire désabusé d'Isabelle: « Ah, c'est Corentin » Ceux qui ne sont pas déjà au téléphone tendent une oreille. « Corentin, c'est un de nos abonnés, des années que ça dure ... Il a déjà été interné mais quand il est dehors, il nous appelle. » Au bout du fil, une voix hilare : « Chérie, celle-là, elle est pour toi, je te la dédicace ! » En fond sonore, le Hotel California des Eagles est crachoté. L'officier de permanence, caustique : « En matière de musique, faut reconnaître qu'il a plutôt bon goût ... » Isabelle raccroche, d'autres appels arrivent.

Deux heures du tard, les plongeurs ont remonté â la surface le sac jeté dans le canal. À l'intérieur, des bijoux fantaisie.


3 QUESTIONS AU CAPITAINE GUAY

« 95% de notre activité ».

En charge du pôle commandement et discipline qui inclut le centre d'information et de commandement (service. qui appartient à l'état-major de la direction départementale de la sécurité publique), le capitaine de police Benoît GUAY explique le fonctionnement du 17 police-secours. »

•.- Comment se découpe l’adivité du 17 dans la zone police de la Marne ?

Reims est la ville la plus peuplée de la Marne, c'est pour cela que le 17 zone police a été centralisé à Reims et non ailleurs, le 17 de la gendarmerie se situe à la caserne Charlot, à Châlons-en-Champagne. Aujourd'hui, le 17 de la zone police, c'est 350-400. appels par jour qui vont déclencher environ 100 interventions : les accidents, les agressions, les cambriolages, etc. Sur ce dernier chiffre, 80 % vont se passer à Reims. Au total, nous avons 21 fonctionnaires qui se relaient pour assurer le 17. Nous pouvons prendre cinq appels 17 en simultané mais il y a aussi une ligne réservée aux appels des pompiers, une autre pour la police municipale, etc.

•.- Peut-on estimer la part d’appels qui ne sont pas du ressort du 17 ?

Oui, tous les appels qui ne vont pas nécessiter une intervention, c'est-à-dire 300 des 400 appels. Ça, c'est le côté usant du 17 : les appels pour la pharmacie de garde, les « j'avais garé ma voiture là, elle n'y est plus », les gens en état d'ivresse qui appellent pour nous insulter, les parents qui appellent parce que leur enfant ne fait pas ses devoirs, etc.

Et après 19 heures, le 17 récupère aussi les appels destinés au standard de l'hôtel de police. Ce qu'il faut retenir, c'est que sans le 17, on perd 95 % de notre activité, les 5 % restants, ça va être de l'initiative : un tuyau d'un indic, un flagrant délit.. .

•.- En quoi le râle des opériteurs du 17 est-il crucial ?

Dans ce qu'il dit, l'opérateur du 17 engage la responsabilité de la police. S'il est insulté, il faut rester calme: tout est enregistré et si la personne qui s'estime mal traitée dépose plainte, on pourra réécouter l'appel et donc sanctionner le policier s'il s'est mal comporté. Surtout, l'opérateur est celui qui doit en premier «sentir» la gravité de la situation : s'il y a un différend conjugal qui n'est pas pris au sérieux et que dix minutes après l'appel, le mari poignarde sa femme, on nous reprochera de ne pas avoir bien fait notre travail.

LES AUTRES POINTS

•.- Des indicatifs radio désormais harmonisés

Depuis quelques années, les indicatifs radio ont été standardisés ~l’échelle nationale : «TN 51» correspond aux opérateurs du 17 marnais. «TN 02» â ceux du 17 axonais. Etc.

Idem pour les véhicules des patrouilles : TV pour une voiture, TC pour un fourgon, etc. Dans la Marne, les voitures de police de Reims sont baptisées TV 100, celles de Chalons TV 200 et celles d'Épernay TV 300.

« Ce lissage a eu le mérite d’arrêter les indicatifs qui étaient des prénoms féminins, des "galinette cendrée », confiait un officier.

•.- La vidéosurveillance, c'est la municipale

Dans la salle où travaillent les opérateurs du 17, un écran mural donne théoriquement accès aux caméras de vidéosurveillance. Mais celles-ci sont du ressort du centre de supervision urbain (Cesu) géré par la police municipale. Mais an cas de circonstances exceptionnelles. Les 9 opérateurs du 17 peuvent prendre la main. «Si une patrouille arrive sur place après qu’on nous a signalé une agression, c’est quand même pratique de pouvoir dire au collègue sur le terrain : « interpelle le mec sur ta droite », nous expliquait un policier.

•.- Le 17, là où sont stockées les radios

Tout patrouilleur doit préalablement se munir d'une radio - qui complétera celle de son véhicule. Celles-ci sont stockées dans la salle du 17.

Des « joujoux » à 1500 euros pièce munis d'un bouton d'urgence au cas où le policier serait en danger. En outre, si un fonctionnaire devait se faire voler sa radia, celle-ci est désactivable à distance.

•.- A toutes fins utiles, les numéros d'urgence

Puisque de nombreuses personnes appellent toujours à tort le 17 police-secours, petit récapitulatif : le 15, c’est le Samu ; le 18 pour les sapeurs-pompiers ; le 32 37 pour la pharmacie d'urgence ; le 36 24 pour SOS Médecins ; le 116 pour l’enfant disparu ; le 119 pour l’enfance maltraitée ; le 39 19 pour les violences conjugales ; le 112 enfin, constitue le numéro d'urgence européen.

Ce qu'est la zone police

•.- En zone police (Reims, Châlons, Épernay), le 17, centralisé à Reims depuis 1 r 2008, traite entre 350 et 400 coups de fil chaque jour,

•.- Pour les circonstances exceptionnelles, l'espace «Mosovo »

«Mosovo» comme Maintien de l'Ordre, Service d'Ordre et Voyage Officiel. Cet espace, qui jouxte la salle réservée aux opérateurs du 17,n'est rendu opérationnel; que pour les grandes occasions : venue d'un politique de premier plan, Teknival, Tour de France, etc. Imaginé pour ne pas alourdir le travail du 17 il réunit alors pompiers, préfecture, etc. En clair ; un PC réservé aux événements XXL.

•.- Le 17, la mémoire de la police

Au 17, tout appel est localisé, enregistré et archivé. Avant la mise en relation, ce que vous pouvez dire est également enregistré. Inutile, enfin , d’appeler en masqué : votre numéro s’affiche.

•.- LA PHRASE

« L'activité du 17 commence à monter vers 16 heures et baisse vraiment après 2 heures. Ce schéma d’activité colle pour 95 % de l »année. »

Benoît Guay. capitaine de police en charge du 17.

 Dossier réalisé par Mathieu Livoreil

 Extraits de l'union du 23/09/2015

Répertoire 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La police scientifique de REIMS a dévoilé ses secrets 


Les visiteurs ont pu s’essayer au relevé d’empreintes magnétiques. Rémi WAFFLART

Vous êtes-vous déjà demandé comment se déroulait une enquête criminelle, côté scientifique? Bien différent de ce que l'on peutvoir dans les séries télévisées américaines, les agents du Service régional de police judiciaire ont levé le voile hier sur leur métier. Relevé d'empreintes digitales, réalisation d'un portrait-robot, exploration d'une scène de crime via un logiciel de visualisation en 3D... L'occasion pour les fans de séries policières comme Les Experts ou Bones d'en apprendre un peu plus sur le quotidien de la police scientifique.

Tordre le cou aux clichés

« On essaye de présenter de nouvelles facettes du métier chaque année, donc on a un peu réduit la taille de la scène de crime pour pouvoir développer d'autres choses », explique Émilie, technicienne de la police technique et scientifique .de Reims, « On propose par exemple de relever des empreintes avec de la poudre magnétique noire. C'est quelque chose qui marche toujours très bien, surtout avec les jeunes. Nous avons aussi un nouveau logiciel, qui nous permet de visualiser l'intégralité d'une scène de crime en 3D, ou encore une lampe qui produit différents types de lumières, comme l'tnfrtsrouge ou les ultraviolets, pour détecter les fluides corporels sur une scène de crime.» L'occasion de découvrir des techniques de plus en plus utilisées, comme l'odorologie, qui permet d'utiliser l'odorat des chiens, par exemple pour déterminer si un suspect était oui ou non présent sur une scène de crime.»

Le stand permet de donner une première approche du métier aux intéressés. Mais pour les pros de la police scientifique, c'est aussi l'occasion de tordre le cou à certains clichés qui ont la vie dure ; « On pense que c'est une seule équipe qui fait tout le travail de A à Z, alors que ce n'est pas du tout le cas. Nous travaillons avec les enquêteurs bien sûr, mais ce sont deux métiers distincts. Le pire, ce sont les idées reçues concernant la durée des procédures de la police scientifique: les gens croient qu'elles se font routes en cinq minutes, alors que certaines peuvent durer 48 heures ou plus.»

Pour les intéressés, trois concours de différents niveaux existent pour accéder aux métiers de 'la police scientifique : l'un après le brevet, l'autre à bac +2, et le troisième à bac +5.

SYLVAIN MIONNET

Extraits de l'union du 10/07/2015

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Surveillance, protection... efficacité ? 

D'ici 2012, le gouvernement entend multiplier par trois le nombre de caméras de vidéo surveillance sur le territoire national.

 
Au PC du centre de vidéo-surveillance de Reims, 12 policiers municipaux se relaient 24h/24 et 7j/7.

 Et à Reims ?

 Multiplier d'ici la fin de l'année le nombre de caméras par trois, telle est l'ambition du ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, qui poursuit là le plan national d'équipement initié en 2007 par sa prédécesseur Michèle Alliot-Marie. Et pour ce faire, le gouvernement met cette année à la disposition des communes une enveloppe de 30 millions d'euros, soit 70% du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD). Les 30% restants sont destinés à financer les actions locales conduites par les collectivités et les associations.

Une caméra pour mille habitant ?

Ainsi, fin 2011, le nombre de caméra sur la voie publique pourrait atteindre les 60 000 en France, soit une pour 1000 habitants. A Reims, avec seulement 36 caméras, on est encore très loin des objectifs du ministre. C'est même peu, comparé à de nombreuses autres grandes villes comme Montpellier (114), Cannes (218) ou Nice (600). C'est sous l'égide de la municipalité Schneiter que le dispositif rémois a été mis en place en février 2008. Dans la Cité des Sacres, le système est déployé dans le centre-ville (15), les alentours du Stade Auguste Delaune (4), le quartier Croix-Rouge (10) et la ZAC de la Neuvillette (7). Coût de l'investissement à l'époque : 1,8 millions d'euros. Il faut y ajouter 400000 € de frais de fonctionnement annuel et les salaires des douze agents de police municipale qui se relaient 24h/24 et 7j/7 derrière les écrans.

Pour quelle efficacité ?

« Aujourd'hui il est très difficile de quantifier l'impact de la vidéo-surveillance » estime Eric Quénard, adjoint en charge de la sécurité publique. « Sur ce sujet, la municipalité a une position pragmatique. Le dispositif existait à notre arrivée et nous n'allions pas tout démonter. En revanche, nous avons demandé un audit dont les résultats sont attendus d'ici quelques semaines ». Ainsi, si l'élu n'est pas un partisan du tout caméra, il n'est pas non plus un opposant farouche. Pour preuve, l'adjoint était il y a quelques jours à Strasbourg afin d'évoquer le dispositif mis en place là-bas dans le cadre de l'arrivée du tramway. Pour Eric Quénard, la vidéo surveillance est donc un outil de lutte contre la délinquance mais en aucun cas la solution. « En fonction des conclusions de l'audit, on envisagera par exemple de déplacer certaines caméras existantes afin de les déployer ailleurs mais il n'est pas question d'en multiplier le nombre » indique-t-il précisant que « la machine ne peut pas se substituer à l'humain ».

Car au-delà du syndrome « Big Brother », c'est surtout le rapport coût-efficacité des systèmes de vidéo-surveillance qui interroge. Selon plusieurs études, si les caméras ont un réel effet dissuasif, notamment dans les transports en commun, elles ne permettraient de résoudre qu'un nombre infime de délits. Mais surtout, les caméras permettent la sanction au détriment de la prévention, un travail en amont que seuls des personnes présentes sur le terrain sont capables de réaliser. Avec la politique du tout caméra, le gouvernement ne se trompe-t-il pas de combat en s'attaquant aux conséquences de la délinquance plutôt qu'à ses causes ?

HUMEUR 

 La vidéo-surveillance est morte, vive la vidéo-protection

En matière de sémantique, les politiques trouvent toujours le bon mot pour nous faire rire. Afin de mieux faire accepter le choix du tout caméra, le gouvernement aurait pu se contenter d'argumenter chiffres à l'appui. Mais voilà, faute de résultats suffisamment parlant, le ministère a préféré changer de formule pour mieux faire avaler la pilule. Vidéo-protection au lieu de vidéo-surveillance, c'est vrai que ça fait beaucoup moins peur. Mais il y a encore plus démagogique. Certains élus locaux n'hésitent pas à évoquer la vidéo-tranquillité ! Et pourquoi pas demain la vidéo-bonheur

 
Comme ici rue de l'Etape, des panneaux indiquent quels sont les secteurs placés sous vidéo-surveillance. 

 177 caméras de plus avec le tramway !


46 caméras filment les stations le long de la ligne de tramway.

Que les choses soient claires. Les 177 caméras installées par MARS dans le cadre de la mise en service du tramway ne sont pas destinées à la sécurité publique. « Elles doivent apporter une aide à l'exploitation » indique-t-on chez MARS. Ainsi, 46 caméras ont été placées à proximité des stations, 12 autres sur les parkings relais, 32 sur les zones de manoeuvres et 72 réparties dans les 18 rames du tramway. La mise en place de ces dernières n'a d'ailleurs rien d'extraordinaire. Actuellement, tous les bus sont équipés de 3 à 6 appareils selon la taille du véhicule. Néanmoins, ces caméras embarquées ne sont pas là pour « apporter une aide à l'exploitation » mais bien pour dissuader les actes de vandalisme et autres délits de toutes sortes. Et si les caméras extérieures sont visionnées au poste centrale de commandement, celles-ci ne le sont pas. En revanche, si un incident est signalé, la police peut demander à regarder les bandes. 

Julien Debant

 Extrait de l'hebdo du Vendredi N° 200 du 11-17/ 02/2011

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  Les missions de la police scientifique  

Le mystère de la chambre 10

Comment sont utilisés les fichiers des empreintes digitales et génétiques

Les outils numériques, cible obligée des investigations des experts de la police

L'expertise balistique ou comment établir la carte d'identité d'une arme

De l'exploitation des empreintes aux Experts, un siècle de police scientifique

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Dans le rude quotidien de la brigade cynophile

Avec leur binôme canin, ils font partie des unités le plus souvent exposées à la violence ordinaire du quotidien. Coup de projecteur sur la formation de ces policiers et leurs « partenaires indispensables ».

 L'homme d'attaque - un fonctionnaire de la brigade canine – contribue très activement à l’entrainement continu des chiens « offensifs» de l’unité.Photos Bernard Sivade / DR

Rien n'indique que ce lieu, quelque part dans Reims, abrite la brigade cynophile. Un portail banalisé ouvre sur un chemin qui conduit à une petite maison. A l'arrière de la modeste propriété, un chenil d'une dizaine de box et, plus loin, un terrain vague sur lequel gît une voiture utilisée lors des entraînements. Depuis l'an dernier. Sébastien. 38 ans, dirige cette unité spécialisée de la police. Fort des quinze ans passés au sein cette dernière, le brigadier-chef, « passionné par les animaux dès ma jeunesse et désireux d'intégrer la police », résume : « La brigade a évolué en fonction des formes de délinquance, pour rester "collée" à la société. Aujourd'hui, elle est plus généraliste qu'à mes débuts, moins restrictive dans les opérations qu'elle peut mener. »

À Reims, celle-ci comprend treize fonctionnaires - dont une femme - et six chiens, opérationnels et surentraînés. Unité d'appui à l'instar de la brigade anticrirninalitê (BAC) ou la section d'intervention (SI), la brigade cynophile. communément appelée « brigade canine », a pour vocation d'intervenir sur la voie publique. La plupart du temps, la canine travaille la nuit : neuf des fonctionnaires œuvrent de 21 heures à 5 heures du matin. Maintien de l'ordre à l'occasion des matches de Ligue 1 au stade Delaune, patrouilles pour les fins de soirées arrosées dans le centre-ville ou contrôles réguliers dans la zone de sécurité prioritaire (ZSP) constituent le cœur de métier.

« Face à un chien démuselé en position d’attaque, iol n’y a plus grand monde pour faire le malin »

Un policier de la canine

 « Les chiens de la canine, eux, sont également utilisés en première ligne à l'occasion d'opérations anti-stupéfiants - contrôles routiers, perquisitions, etc. Sur la voie publique, ils apportent leur pouvoir de dissuasion face aux plus récalcitrants. « Le chien, sur le terrain, est une présence très intéressante pour nous » , insiste Céline Beretta, commissaire en charge du service de sécurité et de proximité de Reims, incluant la brigade canine. Un des anciens du service remet en perspective: « Il y a vingt-cinq ans, lorsque des policiers arrivaient à deux voitures pour une intervention, leur présence suffisait la plupart du temps à faire un peu baisser la pression. L'uniforme faisait son effet. Aujourd'hui, de plus en plus de gens ne craignent plus d'aller au contact avec les collègues. En revanche, face à un chien démuselé en position d'attaque et qui a sorti les crocs, il n’y a plus grand monde pour faire le malin. Parmi les rares exceptions, celle de cet homme en état d'ivresse, qui, récemment, lors d'une rixe en sortie de discothèque, avait tenté d'étrangler un chien muselé. Avant d'être maîtrisé par les fonctionnaires. »

La frappe muselée, spécificité de la police française

Sur les tableaux de service affichés au sein du quartier général de la canine sont notés les binômes opérationnels : deux fonctionnaires ont la charge d'un chien. Mais comment se constituent ces binômes appelés à fonctionner en symbiose ? Depuis plus d'un demi-siècle, fonctionnaires et chiens sont formés ensemble, au centre de formation des unités cynotechniques, à Cannes-Écluse (Seine-et-Marne). Cette école assure chaque année la formation d'environ 80 policiers et le dressage de 120 chiens. Ceux-ci, intégrés à un âge de 12 à 20 mois, sont préalablement sélectionnés chez des éleveurs, la SPA ou des particuliers « qui ont des chiens avec un peu trop de caractère, qui ont pu aller jusqu'à mordre dans le civil. À nous de voir s'ils peuvent faire l'affaire dans la canine ».

Du côté des fonctionnaires, quatre niveaux de compétence existent : conducteur, homme d'attaque (voir ci-contre), dresseur - chargé d'assurer la première formation du chien - et moniteur appelé à former les futurs policiers de l'unité. Trois mois de stage sont nécessaires pour chacun de ces paliers. « Pour devenir conducteur, on est mis en relation avec un chien qu'on va ensuite garder pendant toute la carrière policière du chien, détaille le chef d'unité. Quinze jours de familiarisation, d'abord, où on le balade, on le muselle, etc. Puis c'est le travail d'obéissance : marcher au pied, etc. Et enfin on travaille les différents types d'interventions : frappe muselée, attaque mordante, etc. Dans l'immense majorité des interventions, le chien demeure muselé. Or, la technique dite de la « frappe muselée » est une spécificité de la police française : la force du chien, doublée de son imposante muselière métallique, lui permet de neutraliser d'un coup de tête l'individu dangereux ». Le binôme est ensuite déployé dans son unité de province. Avec le jeu des repos hebdomadaires, un second maître sera attribué au chien. À charge pour les deux fonctionnaires d'assurer la formation continue de l'animal.

Et ces chiens, comment sont-ils façonnés (voir par ailleurs) ? lbrah, Gibs, Basco, Rex et les autres sont pour la plupart des bergers belges dits «malinois », plus rarement des beaucerons et labradors. Avant de devenir des boules de muscles d'une trentaine de kilos dressés pour devenir ultra-agressifs, leur « réceptivité aux ordres » est évaluée à Cannes-Écluse. « On fait aussi claquer un bâton devant le chien, on tire un coup de feu pour voir comment il réagit, s'il n'a pas peur. » Sont testées leurs qualités physiologiques, morphologiques et caractérielles. Quelle que soit la race ou la spécificité - attaque ou détection - du chien, la retraite est fixée à l'âge de 8 ans. « En général, un des deux maîtres reprend le chien à domicile pour une période durant laquelle le chien est "responsabilisé". Après, il n'y a pas de procédure fixe. Le chien appartient à la police. Récemment, nous avons eu un chien repris dans un haras. Mais il n’y a pas d'euthanasie ! », précise encore ce fonctionnaire à propos de son « partenaire indispensable. »


Homme d'attaque, ou la dure réalité de l'homme attaqué


La détection de  produits stupéfiants est l’autre mission pour les chiens de l’équipe cynophile

« D'abord, se vêtir d'une doudoune à l'épaisseur surdimensionnée. Puis enfiler un pantalon – par-dessus la coquille de circonstance - au volume digne d'une combinaison d'astronaute. Enfiler un casque réservé à la pratique du football américain. Vous voilà revêtu de l'encombrant costume «d'homme d'attaque », la deuxième des quatre formations prévues au sein de la brigade canine. Un intitulé quelque peu trompeur puisque « l'homme d'attaque » est en réalité celui qui est voué à être attaqué par des bergers malinois d'humeur généralement mordante lors des entraînements réguliers prévus.

Durant deux décennies, Patrick a joué le rôle d'homme d'attaque au sein de la brigade canine. Des années à se prendre « tous les deux jours, en général » des chiens énervés et lancés â pleine vitesse. Euh... Pas trop traumatisé ? « Non, évacue d'un sourire le fonctionnaire. Bon, la première fois, ça fait un peu bizarre mais on s'habitue. » Il développe: « Parfois, lorsqu'on a mal réparti les protections de la combinaison, il m'est arrivé de sentir quelques crocs. Ça m'a fait quelques hématomes mais je ne me considère pas plus exposé qu'un autre collègue qui peut toujours avoir un coup dur en intervention. Lorsque le costume est bien mis, la morsure serre juste le bras. »


Ibrah, berger malinois plutôt colère à la vue de l'homme d'attaque.

« Avec la force qu’ils ont ça peut finir par user  »

Non, le plus dur, selon Patrick, reste les séances au cours desquelles il s'attaquait aux attaques muselées des chiens du service. « Là, on a beau mettre une protection sur le corps, avec la force qu'ils ont, ça peut finir par user.» Selon les situations, l'homme d'attaque est armé d'un pistolet ou d'un couteau ; le chien doit par exemple apprendre à mordre le bras armé et pas ailleurs.

Direction le chenil. Patrick a revêtu son ancien costume. A peine est-il entré que les chiens, accrochés aux barreaux de leurs enclos individuels, montrent les crocs et font des tours sur eux-mêmes, manifestement pressés d'en découdre. Tous, sauf la chienne dressée pour détecter les stupéfiants qui ne semble-pas comprendre la raison de-cette soudaine agitation.

 Au milieu des aboiements, le policier reste placide : « Habillé comme ça, il faut imaginer que je suis un peu leur friandise...» Précisons que l'homme d'attaque participe aux opérations de la canine sur la voie publique. N'est-il pas déjà arrivé que Patrick, vêtu d'un uniforme policier, soit reconnu» par l'un des chiens ? « Oui, ça s'est déjà produit, mais c'est tout de même la combinaison de l'homme d'attaque qui les met dans un tel état. Donc nous n'avons jamais eu à jouer les prolongations dans la rue. »

Les REPERES

•.- Une brigade à la longue histoire

En 1845, des chiens ont été utilisés pour la première fois par la préfecture de police de Paris afin de sauver des gens de la noyade.

•.- Au début des années 1950, naissance des premières brigades cynophiles

Cette année-là, la préfecture de police créé la première unité cynophile afin « d'assurer la sécurité des personnes et des biens ». Auparavant, dans les années : 1920, les autorités policière autorisaient les gardiens de la paix affectés en banlieue à emmener leurs propres chiens pendant le service. C'est en 1950 qu'est créée la première brigade canine véritable, censée faciliter l'action de la police.

•.- RACES   

Outre les bergers, des dobermans et rottweilers furent dans des canines.

•.- 1996

Année où fut créée en France .la « section capture

•.-  Des chiens utilisés par d’autres unités

Outre la canine, d’autres services possèdent leur propres chiens – Raid, Douanes etc, ceux de la canine collaborent ponctuellement avec d’autres services – police judiciaire, sécurité intérieure, etc.

•.-  LA PHRASE

 « Il possède la beauté sans la vanité, la forte sans l'insolence, le courage sans la férocité et toutes les vertus de l'homme, sans ses-vices »

George Gordon Byron (poète anglais, 1788-1824)

 Mathieu LIVOREIL

 Extraits de l'union du 17/02/2016

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Le mystère de la chambre 10

Premier épisode de notre feuilleton consacré aux missions de la police scientifique avec l'exemple
d'un homicide - commis, et vite résolu - dans un hôtel de Charleville, en 2013
 

La police dispose d’un arsenal de poudres et liquides en tous genres pour la recherche
d'éventuelles empreintes. Remi Waflart

Septembre 2013, à, Charleville-Mêzières.  Voilà quelques jours que le gérant de l'hôtel du Marcassin, situé au centre-vine, n'a plus croisé l'homme qui occupait la chambre N°10, à l'étage. Alors il va voir. Au fond du couloir, il a poussé une porte qui n'était pas fermée. Et découvert une scène de crime. Le client, Dominique Valet, était mort. La partie supérieure du corps sur le lit, ses jambes au sol. La tête ensanglantée. L'hôtelier n'est pas allé plus loin et a appelé la police. Une première patrouille est arrivée pour« geler» la scène et évacuer la clientèle. Stéphane et Lucie, deux agents de la police technique et scientifique (PTS), ont été dépêchés de Reims pour l'occasion.

Pour eux, dress code de rigueur: lunettes en plexiglas, combinaison blanche avec chaussons assortis. Muni d'un appareil photo, Stéphane ouvre la voie. Plan large sur la façade extérieure de l'hôtel. Porte d'entrée. Couloir. Escalier. Couloir de l'étage. L'agent, seul, immortalise les étapes de sa progression. Arrivée sur le seuil de la chambre 10. Un trousseau de clés pend sur la serrure - il n'a pas été posé par le gérant. Le policier pousse la porte et découvre une dizaine de mètres carrés. Le mort, plus tard. D'abord, se concentrer sur l'environnement.

Phase d'approche avant Ia recherche de traces

À chaque fois, le même triptyque : photo générale, photo rapprochée et photo de détail. Cette dernière doit être complétée par un instrument qui renseigne sur la dimension de ce qui est photographié. L'une des deux serrures a subi des dégradations. À l'œil nu, des traces rougeâtres sont visibles sur la poignée de la porte d'entrée. Un test OBTI, visuellement comparable à un test de grossesse, permet de vérifier rapidement s'il s'agit de sang humain. C'est le cas. Un échantillon est prélevé pour analyse. La première phase d'approche est achevée.

Au pied du lit de la victime, une trace de pas est apparue après vaporisation de BlieStar. Reste à trouver les autres.

Maintenant, chercher les traces. Place au BlueStar, l'un des révélateurs les plus utilisés par la PTS, produit qui met en évidence le sang, même effacé. Une trace de pas est mise en évidence devant la porte de la chambre. Là, sur un des murs de Ia chambre, une autre trace rougeâtre. Du sang, encore.

Pendant que Lucie cherche d'autres traces, Stéphane s'approche du corps. Pas d'approche directe, jamais, afin de né pas emprunter le même chemin que celui du criminel. Stéphane longe les murs et accumule les photos dites « de sécurité ». Photo de détail sur des importantes plaies au niveau du crâne. Est-ce la cause de la mort ? Plus tard. L'important est déjà de savoir si le corps a été bougé depuis le décès. Si c'est le cas, alors le sang, faute d'être pompé par le cœur, se sera accumulé dans les jambes, gravité oblige, donnant à celles-ci une coloration comparable à celles des hématomes.

Sur la porte de la salle de bain, d'autres traces de sang sont trouvées. Leur morphologie est précieuse: « On peut voir qu'elles partent du haut vers le bas et qu'il y a un mouvement de la droite vers la gauche. Là, on peut commencer à imaginer un scénario, des positions », décrypte Stéphane. Idem sur le radiateur. Puisque tout le mobilier est rangé, « on peut imaginer qu'il n’y a pas eu de lutte ».

Cinq heures de constatations

Les mégots du cendrier sont prélevés, « ils pourront dire combien de personnes - et peut-être lesquelles - étaient récemment ici ». L'intérieur de la salle de bain est passé au BlueStar: « Rien d'intéressant ne semble sy être passé. »

Le médecin-légiste arrive. Début des constatations externes, sur le corps, retourné puis déshabillé. Sous les genoux, les jambes sont verdâtres. « C'est ça, la lividité cadavérique, confie le policier. Là, on peut affirmer qu'il est mort dans cette position.» Retour aux plaies qui entaillent le cuir chevelu. L'autopsie, ordonnée par un magistrat du parquet va le confirmer: ces blessures ont causé la mort. Nouvelles vaporisations de BlueStar sur le sol de la chambre.

Au pied du lit, une trace de pied est apparue. Un pas. Reste à trouver les autres. Un deuxième vers la porte de la chambre, puis un troisième, en direction de la sortie. L'itinéraire ensanglanté continue dans le couloir. Cinq mètres plus loin, une trace, plus intense que les autres, sur le seuil de la chambre N°12. « Là, il a piétiné », analyse Stéphane. Vaporisations dans la suite du couloir et l'escalier menant vers la sortie. Rien.

Le gérant donne le nom de l'homme occupant la chambre devant laquelle le sang s'arrête Johnny Durmort est interpellé et placé en garde à vue. La chambre est perquisitionnée en sa présence. Photos de sécurité. Constatations d'usage. Le BlueStar va encore révéler du sang sur la moquette. Puis, en quantité importante, sur un jean appartenant au suspect, celui-ci se défend, expliquant qu'il s'agit de jus de betterave. Mais le BlueStar ne réagit pas au jus de betterave. Les deux techniciens de la PTS continuent leur progression méticuleuse. BlueStar sur la porte d'entrée. Sang. BlueStar sur une serviette. Sang. L'étau se resserre. Le légiste, lui, avait déjà imaginé l'arme du crime: une arête très prononcée, très dure, sans pour autant être tranchante - pas un couteau, donc. Lucie fait le lien: cette description correspond au pied du lit de la chambre du gardé à vue. Blueôtar sur le premier. Rien. BlueStar sur le deuxième. Bleu intense sur un côté du pied de lit. « L'arme du crime » , affirme Stéphane. En cinq heures, l'affaire est pliée - une réussite exceptionnelle. Sur tous les supports positifs au BlueStar, les analyses révéleront qu'il s'agit du sang de la victime: Dominique Valet avait 66 ans et était sous curatelle.

Aux enquêteurs, Johnny Durmort a toujours nié le crime reproché. Stéphane, le technicien de la PTS, a été cité comme témoin au récent procès qui s'est tenu devant la cour d'assises des Ardennes. Le 10 décembre, les jurés ont reconnu coupable Johnny Durmort, condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour ce déchaînement de violence.

À SAVOIR

Les principales missions de la police scientifique

•.- Sur le terrain, effectuer des constatations techniques. Rechercher, prélever et conditionner les traces et indices.

•.- Dans les laboratoires ou services d’identité judiciaire, répondre aux réquisitions des enquêteurs et des magistrats par l'analyse des prélèvements.

•.- Gérer les grands fichiers d’identification Faed: fichier automatisé des empreintes digitales; Fnaeg : fichier national automatisé des empreintes génétiques.

•.- La dénomination « police technique et scientifique » concerne l’usage de la criminalistique visant à administrer la preuve matérielle dans le procès pénal.

Celle-ci est différente de la criminologie qui étudie le phénomène criminel.

•.- Les avancées technologiques et les mutations qui auront lieu au XXI' siècle ne manqueront pas d'enrichir les missions de la PTS, déjà largement redéfinies depuis une vingtaine d'années.

 MATHIEU LIVOREIL

 Extraits de l'union du 21/12/2015

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Comment sont utilisés les fichiers des empreintes digitales et génétiques

 

Deuxième épisode de notre feuilleton consacré aux missions de la police scientifique. Aujourd’hui, zoom sur la gestion de ces deux fichiers qui comptent des millions de noms.


L’o
pératrice de la PTS place des minuties comme autant de balises spécifiques à chaque empreinte.

En France, 5.425.252 millions de personnes sont pour le moment inscrites au fichier automatisé des empreintes digitales (Faed). Soit tous ceux qui, depuis 1987, ont été suspectés d'avoir commis un crime ou un délit - le contraventionnel n'est pas concerné. « Si vous êtes pris en train de griller un stop, vos empreintes ne sont pas prises; si vous êtes pris en état d'ivresse en train de griller un stop, cela devient délictuel et vos empreintes seront intégrées au Faed », explique Émilie, membre de la police technique et scientifique (PTS).

Assise devant son écran d'ordinateur, cette jeune femme, titulaire d'un bac +5 en physique-chimie, scrute une empreinte digitale zoomée. Celle d'un homme récemment gardé à vue et sans antécédent judiciaire. Son fichage a commencé dans les étages inférieurs du commissariat, lors de son passage à la borne Tl, située près des geôles de l'hôtel de police, où se déroulent les gardes à vue. À cette borne en fonction depuis une petite dizaine d'années et directement reliée au Faed ont été scannés ses dix doigts et ses paumes préalablement passés à l'encre. Une nouvelle fiche décadactylaire vient d'être établie.

Douze points communs, seuil d‘une identification formelle

Souris en main, la technicienne se concentre sur un des doigts scannés. Suit les crêtes et les sillons de la peau et, patiemment. pose des minuties correspondant aux points caractéristiques de l'empreinte étudiée. Points caractéristiques ?  « Toute interruption ou changement de crête, définit l'opératrice. Si la crête se divise en deux, on parle de bifurcation ; si elle fait un rond, d'anneau, etc. » Car chaque être humain naît avec des empreintes uniques. « Elles sont définies par la position du fœtus dans le ventre de la mère au bout de quelques semaines de grossesse », précise Émilie.

L'opérateur de la PTS pointe au minimum douze minuties. C'est à partir de ce seuil qu'une identification est considérée comme formelle devant les tribunaux. Entre huit et douze points communs, il est question « d'orientation d'enquête »- et ne suffit donc pas à prononcer une condamnation. « En probabilité, il y a une chance sur seize millions que deux individus aient douze points caractéristiques en commun; pour dix-sept points caractéristiques, la probabilité va passer d'un sur dix-sept milliards. C'est une science exacte mais qui repose sur des probabilités. « D'autres pays, comme l'Angleterre, ne parlent pas de « points » mais de « qualités de traces ». Certains facteurs, comme des maladies de peau ou des peaux rendues moins élastiques par l'âge, peuvent contribuer à rendre plus lisses et donc moins nettes les empreintes, affectant ainsi leur caractère unique.

Prenons l'exemple d'une scène de cambriolage. Sur place, les techniciens de la PTS ont réussi à prélever une empreinte. Une fois que les minuties auront été apposées telles des balises, le Faed est interrogé : cette empreinte a-t-elle déjà été enregistrée par le passé ? 5,3 millions d'empreintes sont balayées à vitesse grand V. Le Faed a vocation à se focaliser sur la similitude du positionnement des minuties celles-ci formant un « nuage de points » caractéristique. Du fichier émerge une liste de 25 « candidats ». À charge ensuite pour l'opératrice de repérer celle qui, éventuellement, correspond de manière formelle. Dans le cas contraire, elle est classée parmi les TNR - les traces non résolues, 229495 en France.

Pour chacun d'entre eux, le fichier a marqué de vert les zones de caractéristiques communes avec l'empreinte initialement envoyée par l'opératrice. « L'opérateur, qui est quand même en mesure d'avoir un regard plus fin que la machine, doit ensuite vérifier les25 traces, détaille encore Émilie. La machine présélectionne, seul l'opérateur peut dire s'il y a ou non Identification formelle. « Je me souviens d'une affaire de stups, l'homme finalement condamné n'était sorti qu'en 21° position au Faed. »

3, 3 millions de profils génétiques dans le Fnaeg

Deuxième fichier essentiel au quotidien de la police technique et scientifique: le Fnaeg (fichier national automatisé des empreintes génétiques). Créé en 1998, onze ans après le Faed, et doté aujourd'hui de 3.333.669 millions de profils. Conçu au départ exclusivement pour les délinquants et criminels sexuels, sa fonction a été nettement élargie en 2003. Sont désormais recensés au Fnaeg tous les auteurs d'infraction, à l'exception de

celles qui sont de nature financière non commises en bande organisée. « Dans son fonctionnement, le Fnaeg repose sur le même principe que le Faed » , résume Lucie, autre technicienne de la PTS. l'ADN est récupéré à l'aide d'un coton sorti d'un kit . FTA (fast technical for analysis), mis quelques secondes dans la bouche puis disposé sur un papier buvard, Une empreinte génétique est ensuite établie et ajoutée au Fnaeg.

Fnaeg et Faed sont partagées par la police et la gendarmerie. Depuis dix ans et le traité de Prüm (Allemagne), relatif à la coopération policière et judiciaire en matière pénale, treize pays de l'Union européenne peuvent sur demande consulter les données du Faed et dix-sept le Fnaeg.

A SAVOIR

•.- La trace est la marque, visible ou invisible, laissée par les crêtes papillaires sur un support.

•.- L'empreinte est résultat de l'apposition complète es crêtes papillaires après encrage.

•.- Les plus anciennes empreintes digitales datent d'environ 6 000 ans. Des impressions de crêtes papillaires avaient été découvertes sur un site archéologique chinois, mais sans savoir si ces empreintes avaient été laissées comme des symboles ou par accident.

•.- Pendant près de 2 000 ans, l'apposition d'une empreinte digitale permettait principalement d'officialiser des écrits ou des contrats. Ainsi, au Japon, en 702, la « loi domestique » stipulait: «Qans le cas d'un mari qui ne peut pas écrire, laissez lui employer un autre homme pour écrire le document et après son nom de mari, signer avec son propre index. »

•.- A la fin du XIX° siècle, c'est un employé de l'administration britannique en Inde, William Herschel, qui remarque que les empreintes digitales sont caractéristiques d'un individu et décide de s'en servir pour lutter contre les fraudes d'état civil. En 1880, l'Écossais Henry Faulds publia un article dans le journal scientifique Nature pour affirmer à son tour cela....et recommander d'utiliser les empreintes pour identifier les criminels.

 MATHIEU UVOREIL

 Extraits de l'union du 22/12/2015

Répertoire 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les outils numériques, cible obligée des investigations des experts de la police

Troisième épisode de notre feuilleton consacré aux missions de la police scientifique. Aujourd’hui, coup de projecteur sur l’importance croissante des as de l’informatique.


Dans les bureaux du service régional de l’informatique et des traces technologiques,
à l’hôtel de police de Reims.
Remi Wafflart

C'était l'année dernière, lors d'une conversation informelle avec un haut gradé de la police, dans les couloirs du commissariat de Reims: « Pour tout ce qui touche à l’informatique dans les enquêtes, on a des tronches, ici, vous savez ! », avait-il dit, un index pointé vers le plafond et les étages supérieurs. Là où sont les quartiers du SRIIT, le service régional de l'informatique et des traces technologiques, créé en 2009 afin de répondre aux demandes croissantes des services d'enquête. Mickaël, Thierry et Gérald font partie de la famille des experts de la police technique et scientifique (PTS). Thierry « a fait fac de lettres » et a longtemps travaillé à l'identité judiciaire (IJ) tandis que Mickaël, après nous avoir appris qu'il « existe 13.640 modèles de téléphones dans le monde », se définit comme « l'archétype du geek, passionné d'informatique depuis longtemps ». Une diversité de profils utile, selon Thierry: « C'est une bonne chose de venir d'horizons variés, ça permet d'avoir des approches parfois différentes. Quand on pense tous de la même manière, on s'ennuie un peu, à force. »

Quelle est leur mission ? « On exploite tout ce qui peut contenir de la mémoire numérique, résume l'un d'eux. Ordinateurs, disques durs, clés USB, téléphonie, tablettes, GPS, etc. » Au cours des dernières années, les dossiers Clearstream, Kerviel ou UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie) ont, sur le plan national, fait les beaux jours de ces as de l'informatique. Mais leur quotidien est d'abord constitué de l'interminable exploration des ordinateurs familiaux saisis chez des pédophiles ou, plus occasionnellement, du patient décryptage des gadgets numériques appartenant aux délinquants en col blanc.

« Un travail parfois fatigant »

«Sur un lphone 6 64 gigas, ce sera 2000 pages de rapport si on doit être exhaustif », note Thierry. « C'est un travail parfois fatigant, reconnaît Mickaël. Dans-un dossier de pédophilie, j'ai déjà dû examiner 100.000 fichiers téléchargés, mon record. Certaines réquisitions durent des mois. » Des autopsies de disques durs qui s'apparentent à un musée des horreurs ... et qui ne s'accompagnent pas forcément d'une consultation chez le psychologue.

Leur quotidien est d'abord constitué de J'exploration des ordinateurs saisis chez les pédophiles et du décryptage des gadgets numériques

Piliers de certaines instructions judiciaires, ces experts sont sans doute les vedettes des procès de demain. « En théorie, nous pouvons être amenés à aller raconter nos investigations devant une cour d'assises, acquiesce Mickaël. Jusqu'à présent, ce n'est pas le cas mais on sent que ça se développe douce ment... De gros cabinets d'avocats paient déjà des experts pour vérifier notre boulot.» L'ordinateur est devenu l'un des maillons conduisant au délit car l'informatique est utilisée par tous les gens qui sont en marge: le pédophile, l'escroc, le terroriste, le trafiquant de drogue.

Jusqu'où pourraient aller les experts informatiques si la justice ne leur fixait pas les limites d'une mission ? Leur savoir-faire fait fantasmer. Dans la fiction, leur personnage est campé par des pirates prêts à tout, à l'instar de la Lisbeth Salander de la trilogie Millenium, où la jeune femme est capable de capter en un éclair le contenu intégral d'un ordinateur sur son Powerbook ou encore de suivre le moindre glissement de souris sur l'ordinateur d'un grand patron de l'industrie suédoise.

Le rôle des sociétés privées

Est-ce réaliste? « Techniquement, plein de choses sont possibles, répond ce membre du SRIIT. Mais ici, il peut aussi arriver qu'on soit techniquement bloqué, on envoie alors à Ecully le matériel à expertiser. » ÉCULLY (Rhône), où se situe la direction de tous les SRIIT du pays et « mieux doté que nous en matériel d'analyse ». Si l'exploration semble sans fin, les limites sont ailleurs. Elles sont d'abord financières. Sur les méthodes utilisées pour retrouver les zones d'un disque dur qui ne sont pas référencées par le système de fichier de l'ordinateur ou retrouver des fragments de données, pas question d'en dire trop - difficile, aussi, pour le béotien de s'extasier devant une phrase telle que « EA.Arial o o EDLA <<7.7.7.7.7> », Thierry confie: « Des sociétés privées développent des logiciels intéressants - la mallette XRY, par exemple, qui, pour 10.00O euros, permet de "craker" pas mal de choses... Dans l’absolu, vous pouvez presque faire de la PTS chez vous, si ça vous amuse. »

L'odorologie, méthode qui a le vent en poupe

Depuis 2003, la police judiciaire prélève des traces de sueurs laissées sur les clés, armes, téléphones, et les fait expertiser par des chiens renifleurs. Relativement méconnue du grand public, l'odorologie se pratique au sein du service central de l'identité judiciaire, basé à Écully (Rhône). Élaborée en Hongrie, cette technique d'identification est née à partir d'expériences françaises du début du XX° siècle.

Comment se capte une odeur? Prenons l'exemple d'une voiture qui aurait été abandonnée par l'auteur d'un crime. Munis de gants et de pinces, les techniciens, de la PTS ont appliqué sur le volant plusieurs bandes de coton absorbant fabriquées en Hongrie. Ils les ont laissées une heure minimum sous une feuille d'aluminium afin d'éviter la dispersion de l'odeur et les pollutions extérieures. Ils ont ensuite inséré les tissus dans un bocal hermétique et stérilisé, capable de conserver la trace odorante pendant plusieurs années. Le bocal est placé sous scellés puis acheminé à Écully, où s'est constituée une volumineuse « odorothèque».

Vient le jour où les enquêteurs parviennent à interpeller un suspect. Celui-ci est alors contraint à malaxer de ses mains, pendant dix minutes, un de ces cotons spéciaux. Puis un chien dressé renifle le bocal où a été placée l'odeur du suspect. La suite de la démonstration se déroule dans une autre pièce, dans laquelle cinq bocaux de « traces » sont placés. Le chien court le long des récipients en fourrant sa truffe dans chacun d'entre eux et pile net face au troisième qui contient l'odeur incriminée puis se couche devant. Il a donc trouvé.

Pour être sûr de son résultat, le maître-chien policier l'envoie ensuite sur une ligne vide, des flacons inodores que le chien remonte sans stopper. Un leurre. Puis il recommence sur une diagonale de cinq bocaux où l'odeur a changé de place. Le chien flaire à nouveau l'odeur du suspect puis court le long des récipients, trouve la même au cinquième bocal cette fois, fourre sa truffe à l'intérieur et se met en position allongée.

Afin de valider l'identification, un second chien se soumet à l'exercice. Le protocole d'expertise et les films de la « reconnaissance de l'odeur par les chiens » seront ensuite envoyés au magistrat et au service enquêteur. Sans que cela puisse avoir aujourd'hui valeur de preuve, au motif – légitime - que l'odorologie n'est pas une science exacte. « Mais c'est une corde de plus à notre arc », résume un technicien de la PTS.

Cette technique attend une publication officielle, sous l'égide du Centre national de la recherche scientifique: pour accéder au statut de preuve scientifique.

 Mathieu Livoreil

 Extraits de l'union du 23/12/2015

Répertoire 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 L'expertise balistique ou comment établir la carte d'identité d'une arme

Quatrième épisode de notre feuilleton consacré aux missions de la police scientifique. Aujourd’hui, zoom sur les différentes méthodes utilisées pour faire « parler » les armes.


Les tirs de comparaison sont effectués avec un caisson de tir et un affût afin de sécuriser l’opérateur balistique.

Dans les étages de l'hôtel de police, à Reims, c'est une petite salle plus sécurisée que la moyenne. A l'intérieur, armes et munitions de tous calibres sont rigoureusement alignées. Sur les murs sont affichés les détails des classifications balistiques, depuis 2013 réduites de huit à quatre.

Stéphane est, selon la terminologie officielle, le « référent balisticien » du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Reims. « Je traite principalement ce que l'on appelle de la balistique de proximité », résume ce policier. Soit tous les délits, sauf ceux qui sont liés au terrorisme ainsi que les armes directement liées à une affaire criminelle, domaines pour lesquels seul le laboratoire d'Écully (Rhône), où siège la sous-direction de la police technique et scientifique, est habilité.

Sous ses yeux, un pistolet-mitrailleur : L'arme a été récemment retrouvée en possession d'un homme qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt. « Puisque cette arme n'a pas été utilisée le jour de l'interpellation, elle rentre donc dans la balistique de proximité », clarifie le technicien, à Reims depuis 2001.

Sur sollicitation d'une magistrate du parquet, Stéphane a été autorisé à effectuer des tirs de comparaison « pour savoir si elle a servi sur d'autres scènes. ».

Un canon d'arme strie la munition tirée de façon unique

En quoi consiste l'examen d'une arme ? Chacune des armes possède sa propre empreinte, les spécialistes de la police scientifique disposent de plusieurs outils pour les faire parler. Toutes ces expertises permettent de reconstituer la carte d'identité de l'arme : marque, manufacture, provenance, numéro de série, caractéristiques de tir (stabilité, vitesse, réaction) ainsi que la signature du canon. Sur une arme à feu, le diamètre du canon est évidemment inférieur à celui du projectile lorsque le coup part, la balle passe en force dans le canon, lequel strie alors le projectile de façon unique.

Stéphane peut d'abord s'appuyer sur « un fichier dans lequel sont référencés tous ceux qui possèdent un permis de chasse ou une licence de tir ainsi que toutes les armes qui ont été soumises à déclaration préfectorale. » Direction ensuite le stand de tir, situé dans les sous-sols de l'hôtel de police, pour effectuer un tir de comparaison (lire ci-dessous).

« Les armes peuvent être trafiquées. Afin que l'opérateur ne courre aucun risque en cas d'incident de tir, on travaille avec un caisson de tir et un affût - ce matériel a été créé par une école polytechnique dans la banlieue de Lyon. » Ce rappel n'a, rien de superflu : en 2007, après une saisie effectuée dans une cache d'armes de l'ETA, l'opérateur avait pris l'arme en main pour son tir de comparaison. Sa main droite avait été arrachée. « À partir de là, Ecully avait dit stop et revu nos méthodes. »

« Les micro-marques (de la balle) vont être analysées en laboratoire avec un microscope à balayage »
Stéphane, référent balisticien

Le protocole implique trois tirs de comparaison par arme. « Le but est de récupérer les étuis percutés et, éventuellement, les projectiles pour les armes à canon rayé. Pour tout ce qui est arme de chasse à canon lisse on ne récupère pas les projectiles puisqu'il n’y a pas de stigmate de tir.»

« Qu'est-ce qu'un stigmate de tir. » Des micro-marques qui vont être analysées avec un microscope électronique à balayage. » À l'instar des

fichiers d'empreintes digitales et génétiques (notre édition d'hier), ces « signatures » permettent d'orienter les recherches vers une catégorie d'arme voire une arme précise. « Imaginons qu'on retrouve sur une scène de crime des étuis de 7,62 utilisées pour les kalachnikov. Imaginons ensuite qu'à l'occasion d'une perquisition, on trouve des kalachnikovs. On fera des tirs de comparaison qui provoqueront des stigmates de tir. On enverra ça au labo qui, en retour, pourra peut-être nous dire : « Les stigmates de tir qu'on retrouve sur les étuis de comparaison sont les mêmes que les étuis retrouvés sur la scène de crime. » Ce qui voudra dire que l'arme saisie en perquisition est la même que celle qui a servi sur la scène de crime.

Il existerait dans le monde entre 50 et 200 millions de fusils d'assaut de type kalachnikov. En France, dans certains quartiers, leur prix moyen oscille entre 1500 et 3000 euros.

Une volonté récente de systématiser les expertises

La volonté de développer la balistique de proximité demeure relativement récente : « Cela remonte à 2007, lorsqu'on s'est rendu compte que beaucoup d'armes étaient détruites sans faire « objet d'examens. »

Avant ce virage, 14% des armes saisies étaient examinées, le reste partant à destruction. Désormais, les instructions sont de systématiser les expertises: « Quelqu'un qui récupère une arme de son grand-père décédé est censé aller a la police pour destruction de l'arme. Mais si l'on suit le protocole fixé par Ecully, on doit effectuer un tir de comparaison. Bon, après, on regarde aussi la personnalité de celui qui possédait I ‘arme : s'il n'était pas connu des services et qu'il était par exemple titulaire d'un permis de chasse ; un tir de comparaison n'aura pas grand intérêt », reconnaît Stéphane.

La méthodologie d'un tir de comparaison

Le caisson utilisé pour les tirs de comparaison est l'instrument de travail essentiel du référent balisticien. Situé dans le stand de tir, ce parallélépipède long de 2,50 mètres se compose de cinq compartiments. A l'entrée du premier sont disposées trois feuilles de Linatex, un caoutchouc habituellement utilisé dans les stands de tir et réputé pour sa résistance. Pour le balisticien, ce matériau permet d'éviter tout « retour de projectile. » La munition tirée va transpercer ce premier rideau « conçu pour faire perdre beaucoup lie sa vitesse au projectile ».

La balle parvient ensuite dans un deuxième caisson. Celui-ci ne contient « que du coton » puis dans les trois autres caissons remplis d'un alliage de « coton et kevlar » - le kevlar est le matériau contenu dans les gilets pare-balles légers. « Le but du tir de comparaison est de

récupérer le projectile dans le meilleur état possible détaille le policier. La balle sera ensuite envoyée dans un laboratoire qui étudiera « les rayures, les profondeurs, les largeurs, etc », afin, infine, d'alimenter « le fichier Cible (comparaison et identification balistique par la localisation des empreintes) qui archive les armes.

Stéphane intervient indistinctement avec la police Sécurité publique et police judiciaire - comme la gendarmerie qui, elle, dispose d'un laboratoire à Rosnay-sous-Bois.  « La balistique n'attire pas beaucoup de monde, les armes font peur, estime le technicien. Sur des scènes d'infractions, j'ai déjà vu des gardiens de paix qui refusaient· de toucher une arme qui n'était pas la leu, je peux le comprendre. J'ai l’avantage d'avoir reçu  une formation qui me permet de sécuriser toutes les armes. Je ne suis pas en terre inconnue et c’est la clé. »

 Mathieu Livoreil

Extraits de l'union du 24/12/2015

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De l'exploitation des empreintes aux Experts, un siècle de police scientifique

Cinquième et ultime épisode de notre série consacrée aux missions de la police avec une rétrospective sur les étapes historiques qui ont conduit aux techniques


Alphonse Bertillon (ici en 1913), pionnier de l’identité judiciaire et inventeur des photographies standardisées face-profil.

C'était le 31 août 1832. Une loi abolissait en France le marquage au fer rouge des délinquants. Restait à inventer d'autres manières d'identifier les récidivistes. Une décennie plus tard, la photographie signalétique apparaît mais rien n'est encore uniformisé et les clichés pris sont souvent inexploitables. En 1882 la première révolution est initiée par Alphonse Bertillon, jeune auxiliaire chargé du classement des fiches des délinquants, qui invente alors le «signalement anthropométrique».

Cette méthode, rebaptisée le « Bertillonnage» et vite adoptée par les polices étrangères, consiste à prendre les mesures de neuf points du corps - largeur de la tête, taille, longueur du pied gauche, de l'oreille droite, etc,  ainsi que la couleur de l'iris gauche. 49 identifications sont réalisées en 1883, 241 en 1884 et 1187 en 1887. Bertillon est nommé chef du service de « l'identité judiciaire ».En 1888, les clichés photographiques des individus signalisés sont standardisés : face et profil. Bertillon développera ensuite d'autres spécialités, telle que la photographie des scènes de crime.

La deuxième révolution fut la révolution dactyloscopique. En octobre 1880, un médecin écossais prénommé Henry Faulds publie un article dans le journal scientifique Nature, il y raconte avoir constaté la présence d'empreintes digitales sur des poteries retrouvées et étudiées sur une plage du Japon. Dans le même article, il propose d'utiliser l'empreinte digitale pour identifier les criminels. En 1892 est publié Finger Prints, premier livre sur le sujet et signé Sir Francis Galton, un cousin de Darwin qui a poursuivi les travaux de Faulds. Deux idées-clés dans cet ouvrage : les empreintes digitales sont propres à chaque individu et n'évoluent pas au cours de la vie. À partir de là vont être codifiées et classées les empreintes digitales.

1902. première identification à partir d'une trace papillaire

En 1892, des policiers argentins réalisent la première identification de l'histoire judiciaire en arrêtant l'auteur d'un infanticide nommé Francisco Rojas. À Londres, en 1901, le procès d'identification des récidivistes par les empreintes digitales remplace officiellement le « Bertillonnage ». Bertillon lui-même s’y convertir : en 1902, il réalise l'identification d'un malfaiteur, Henri Léon Scheffer, à partir d'une trace papillaire relevée sur les lieux.

Troisième étape : l'apport de la science et de la médecine qui, in fine, vont participer à la genèse de la police scientifique. Ainsi, en 1856, Louis-François Étienne Bergeret parvient à dater la mort d'un individu par l'analyse du stade d'avancement des larves qui se nichent dans le cadavre. L'entomologie est née. En 1878, le laboratoire central de la préfecture de police de Paris est créé. Trois ans plus tard, la première salle d'autopsie de Paris est inaugurée.

En 1910, Edmond Lotart, médedn de 33 ans, crée le premier laboratoire scientifique du pays. Il publiera aussi un capital «Traité de criminalistique »

Ailleurs aussi, l'apport de la science dans les enquêtes se systématise: le scientifique Rudolph Archibald Reiss créé la première école de police scientifique du monde, en 1909, à Lausanne. En France, un homme est considéré comme l'inventeur de la police scientifique : Edmond Locart (1877-1966). En 1910. ce jeune docteur en médecine créé le premier laboratoire de police scientifique français. Entre 1931 et 1940, Locart publie un Traité de criminalistique en sept volumes qui fait encore référence dans le domaine. D'autres laboratoires s'ouvrent à Marseille (1927), Lille (1932) et Toulouse (1938). Leur unité sera facilitée par la loi du 27 novembre 1943 qui institue en France « un service de police technique relevant de la direction générale de la police nationale chargée de rechercher et d'utiliser les méthodes scientifiques propres à l'identification des délinquants ». Cette loi sera abrogée par la loi sur la sécurité quotidienne du 15 novembre 2001 créant l'Institut national de police scientifique (INPS).

1988, l'ADN débarque

La preuve par l'ADN, là aussi unique à chaque individu, a, depuis la fin du XX° siècle, constitué une nouvelle révolution. En 1988, le professeur Jean-Paul Moisan dirige le .premier laboratoire, à Nantes, à réaliser des empreintes génétiques pour la justice. 1988, c'est l'époque des disparitions dans le « triangle de Mourmelon ». Dans un article du Figaro, M. Moisan se souvenait : « Le dossier était énorme, l'un des scellés contenait 457 cheveux et poils retrouvés dans le camping-car de l’adjudant-chef Pierre Chanal, suspect N°1. Nous avons mis un an et demi pour réaliser toutes les expertises. C'était le premier grand dossier basé sur l'ADN(...) Nous avons alors comparé ces ADN à ceux prélevés dans les familles de chaque disparu car l'ADN mitochondrial est hérité par voie maternelle et tous les enfants d'une même mère ont logiquement le même. C'est ainsi que nous avons établi que certains des cheveux et poils retrouvés dans le véhicule de Chanal appartenaient à cinq des disparus.» Pierre Chanal, qui avait toujours démenti être l'auteur de ces crimes, se suicidera lors de son procès devant la cour d'assises.

Dix ans plus tard, en 1998, M. Moisan et ses équipes identifiaient Guy Georges, « le tueur de l'est parisien », uniquement à partir de son ADN. Une première qui allait familiariser le grand public avec la « preuve-reine ».

« Avant, on laissait notre mégot sur la scène »

Généticiens, balisticiens, biologistes, spécialistes comportementaux, morpho-analystes ou légistes ...

Leurs laboratoires et leurs secrets sont devenus depuis une bonne décennie l'eldorado des cinéastes et scénaristes car le sujet passionne tous les publics. Sur les écrans, les experts transforment tout ce qu'ils touchent en preuves et font exploser l'audimat.

À propos de ces « Experts » télévisés, Émilie, membre de la police scientifique de Reims, commente: « Bien sûr, ça va plus vite à la télé que chez nous. Au niveau des méthodes. De révélation des preuves, c'est souvent crédible et plutôt bienfait. La différence essentielle est qu'à la télé, ils font tout : l'enquête, l'arrestation, l'interrogatoire, etc. Nous ne sommes pas armés et nous ne faisons que des prélèvements - à la limite, on accompagne pour les perquisitions. »

Lors des attentats du 13 novembre, près de 300 agents de la PTS ont été mobilisés dans une enquête tentaculaire. Pour le grand public, ce fut l'occasion d'apprendre que les progrès de la biologie, couplés à ceux de l'informatique, permettaient d'établir une identification à partir d'éléments infimes, cellules mortes ou une simple trace de contact. « Avant, pour un profil ADN, il fallait un millier de cellules. Désormais, certains laboratoires parviennent à sortir un profil avec cinq cellules, confie un commandant de police. Les techniques évoluent très vite: quand j'ai commencé, il y à trente ans, on laissait notre mégot sur la scène de crime. »

  Mathieu LIVOREIL

À lire: « Les archives de la police scientifique » (2013) ; « Aux origines de la police scientifique », Alphone Bertillon, précurseur de la scène de crime» (2011)

 Extraits de l'union du 26/12/2015

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