La SYNAGOGUE  

 

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Visitée en 11/1996 - 06/2004 - 02/2012 -  01/2013

 La Presse


La synagogue cherche des anges gardiens

Les synagogues s’éteignent petit à petit

Le grand rabbin garde de Reims le souvenir d'un « judaïsme heureux »

Haïm Korsia : " Une quête de sens "
250 familles juives dans la région
 Enseigner le fait religieux à l'école
Les jeunes et la religion

Reims se souvient de la Nuit de Cristal
La synagogue restaurée par l'école Blot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Visite avec

 

   en 11/1996
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   01/2013
     

 Visite du 28/01/2013 - Photos D. Liégeois

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La synagogue cherche des anges gardiens

Plus que centenaire, l’unique synagogue de la ville prend l’eau. Pour financer les lourds travaux à venir, un appel au mécénat est lancé.


Avec ses 12 mètres de hauteur sous plafond, la synagogue rémoise est la plus imposante du département.
Photos Christian Lantenois


Beaucoup pensent que c’est fermé, mais tout le monde est le bien venu pour assister a un office.
Julianne UNTERBERGER, Pdte de l’Acsir

 À SAVOIR

*.- DANS L’EX-CHAMPAGNE-ARDENNE, seuls les juifs de Reims conservent un rabbin et une vie religieuse conforme aux pratiques du judaïsme.

*.- LA MARNE COMPTE TROIS AUTRES SYNAGOGUES toutes édifiées à la fin du XIX e siècle : à Châlons-en-Champagne, Épernay et Vitry-le-François. L’édifice vitryat a servi de lieu de culte jusqu’en 2007. Il a ensuite été cédé à la ville de Vitry-le-François pour devenir « un lieu culturel, pédagogique et de mémoire ».

*.- POUR VISITER LA SYNAGOGUE RÉMOISE, envoyer une demande par mail à l’Acsir : acsireims51@gmail.com

Vous n’avez pas vu Rabbi Jacob ?! » s’étonne Julianne Unterberger face aux élèves de 6 e du collège François-Legros. « Avant de rentrer dans une synagogue, il faut voir ce film, s’insurge gentiment la présidente de l’Acsir, Association culturelle et sociale israélite de Reims. Il date un peu, mais ça fait partie de la culture ! » Pour chacun des collégiens présents ce jour-là, cette visite du lieu de culte israélite est une première. « Beaucoup pensent que c’est fermé, mais tout le monde est le bienvenu, même pour assister à un office. » L’ancienne prof de maths de la fac des sciences de Reims dirige les visites depuis une quinzaine d’années. Elle prend toujours le même plaisir à guider les groupes. D’abord dans l’oratoire, une salle qui jouxte le bâtiment principal, où elle montre les précieux rouleaux de la Torah, le livre sacré du judaïsme, explique les bases de sa religion, l’histoire de Moïse, le Chabbat, le rôle du rabbin… Puis, comme un rituel, elle les invite à passer la porte principale de la synagogue. « Ils sont toujours subjugués, par les couleurs, la hauteur sous plafond, les nombreux motifs géométriques… Ça ne loupe pas : j’entends à chaque fois des Oh, c’est magnifique ! » L’alerte Rémoise, née en Tunisie et arrivée au début des années 1970 dans la cité des sacres, est intarissable. Elle décrit les piliers en métal « identiques aux fondements de la tour Eiffel », les lustres majestueux, les vitraux aux fins détails, la galerie des femmes à l’étage avec ses arcs-boutants, la décoration à l’orientale… Elle insiste beaucoup moins sur le plancher qui pourrit, les motifs et la peinture jamais restaurés après l’incendie de 2001 (lire par ailleurs) et surtout l’antique toiture percée.

FUITES ET REMONTÉES HUMIDES

Les gros soucis ont débuté l’an dernier : l’orgue a d’abord rendu l’âme (lire par ailleurs) et puis, « un jour, après un gros orage, on s’est retrouvé avec 5 cm d’eau dans le centre communautaire voisin ».L’humidité arrive par en haut, donc, mais aussi par le sol. « Le parquet de la synagogue, pourtant entièrement rénové en 2004, noircit à de nombreux endroits. Il y a un défaut d’étanchéité. »

Contrairement à la plupart des églises catholiques qui sont propriété de l’État et des collectivités territoriales (depuis la fameuse loi de séparation des Églises et de l’État de 1905), les synagogues appartiennent aux communautés juives locales. C’est le cas de l’édifice de la rue Clovis. Face aux nombreux travaux à effectuer, des devis ont été dressés. « En plus des urgences à régler, il y a également des travaux de remise aux normes à programmer »,poursuit Valérie Maison, chargée du dossier de recherche de subventions par le conseil d’administration de l’association cultuelle qui gère le bâtiment. Selon une première estimation, un minimum de 153 000 € serait nécessaire. « Notre communauté n’arrive plus à faire face à toutes les dépenses. D’une part, comme partout, le nombre de juifs diminue et d’autre part, les bâtiments, qui ont tous été construits à peu près à la même époque, nécessitent tous d’importantes rénovations. Nous ne voulons pas perdre notre synagogue. Chez nous, c’est très important la transmission. On est aussi conscients qu’elle appartient au patrimoine rémois. Nous avons donc décidé de nous tourner vers le mécénat. » L’appel aux dons s’adresse aux juifs rémois – la ville compterait une centaine de familles juives qui fréquentent plus ou moins assidûment la synagogue – mais aussi à tous les habitants, particuliers et entreprises. « Il peut s’agir de dons financiers, d’heures de main-d’œuvre ou de dons de matériel . En contrepartie, les donateurs bénéficieront d’avantages fiscaux. » Ils verront également leur nom gravé sur une plaque de remerciement, promettent les deux représentantes de la communauté juive, « et seront invités à l’inauguration et à d’autres festivités. » Car le bâtiment n’est pas uniquement un lieu de culte, « nous y organisons beaucoup de rencontres, des conférences, des fêtes, des ventes de charité… c’est aussi un vrai lieu de vie. »

Renseignement au 06 23 56 56 82, au 06 80 3663 02 ou par mail : vamaison@gmail.com


L’unique synagogue de Reims se dresse au 49 rue Clovis depuis 1879


Les remontées d’humidité noircissent le parquet


Les motifs sont abimés et lzs peintures, devenues ternes, s’écaillent


Indispensable pour le bain rituel des femmes, le mikvé (le seul à Reims) construit à la fin des années 1980 nécessite aussi quelques travaux

Une vieille dame de presque 140 ans


En 1914-18, la synagogue est fortement endommagée par les bombardements.

L’histoire du lieu de culte israélite rémois est intimement liée à celle de la communauté juive. Si l’édifice religieux est bâti en 1879, c’est parce qu’à la suite de l’exode des juifs d’Alsace et de Moselle, annexées à l’Empire allemand en 1871, la population juive rémoise ne cesse d’augmenter et compte à l’époque environ 650 membres. Un terrain est donc acquis. Un architecte désigné. Il s’agit d’Ernest Brunette, fils de Narcisse, célèbre architecte de la ville de Reims. Tous deux ont, entre autres, construit la façade de l’hôtel de ville donnant sur la rue de la Grosse-Écritoire. Contrairement aux édifices d’Épernay ou de Sedan édifiés à la même époque mais qui ressemblent davantage à des églises, la synagogue rémoise affiche un style oriental. La construction principale, bénéficiant d’une hauteur sous plafond d’une douzaine de mètres, est flanquée de deux petits bâtiments, un oratoire et un mikvé, sorte de petite piscine pour le bain rituel (ne se visite pas). Selon Julianne Unterberger, auteur d’un livret relatant l’histoire de l’édifice rémois de 1879 à nos jours (Acsireims éditions), « cet ensemble est l’un des plus originaux de France par l’unité de son style orientaliste traduisant sans doute un souci d’affirmer une identité juive ».

En 1914-18, les bombardements n’épargnent pas la synagogue. La charpente est partiellement détruite et les façades criblées d’éclats d’obus. « Il n’y avait plus ni portes, ni fenêtres, ni vitraux. » Elle est reconstruite à l’identique.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la synagogue est préservée, quand beaucoup d’autres sont incendiées et rasées. Réquisitionnée par l’occupant, elle est transformée en entrepôt. Elle est rendue au culte le jour même de la libération de Reims, le 30 août 1944, « grâce à l’intervention du colonel Levi de l’armée américaine », peut-on lire sur une plaque apposée sur son fronton, à côté du monument à la mémoire des 226 membres de la communauté juive rémoise disparus en déportation.

En 1947, la communauté ne compte plus que 109 personnes. Ses rangs n’augmenteront qu’à la suite d’expulsions de juifs d’Afrique du Nord dans les années 1950 et 1960.

Le 17 juillet 2001, un incendie accidentel touche l’oratoire et la salle de réunion. La fumée noircit tous les murs. Les travaux de rénovation dureront jusqu’en février 2005. Depuis, aucune autre restauration n’a été entreprise. « Plus on attend, déplore Julianne Unterberger, plus ça se détériore. »

L’orgue est en péril évident


L’orgue, signé Augustin Brisset, ne chante plus depuis l’an dernier. Ses 672 tuyaux se délitent.

Peu de synagogues sont dotées d’un grand orgue. Celle de Reims renferme depuis 1900 un exemplaire de belle qualité inscrit sur l’inventaire des orgues de France et signé Augustin Brisset, organiste rémois qui réalisa également le grand orgue de la basilique Saint-Remi, détruit en 1918. L’instrument, d’esthétique romantique, est malheureusement « en péril évident » , selon Julianne Unterberger qui souligne qu’il s’agit du dernier orgue Brisset « encore debout dans la cité des sacres » . En France, il n’en resterait même qu’un seul autre exemplaire, celui de l’église Notre-Dame d’Hirson dans l’Aisne.

Son antique soufflerie doit être changée. Ses 672 tuyaux se délitent tant et si bien que l’orgue ne chante plus depuis l’an dernier. « Nous avons pu proposer deux magnifiques concerts, mais depuis, ce n’est plus possible. »


Les plafonds se décollent

Alice RENARD

Extrait de l' union du 21/03/2018

    

    

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Les synagogues s’éteignent petit à petit

Le président de la communauté juive d’Épernay, dans la synagogue de la ville. Photo ci-contre: Annette Mendel aimerait faire de la synagogue de Sedan un musée sur l’histoire des juifs des Ardennes.

Annette Mendel regarde sa chère synagogue de Sedan qu’elle est maintenant presque toute seule à entretenir

Le devenir de la synagogue de Sedan est incertain. La petite communauté juive qui s’en occupe n’a plus les moyens de l’entretenir. « On va devoir trouver une solution », souligne Annette Mendel, présidente de la communauté juive de Charleville-Sedan. « J’aimerais beaucoup en faire un musée de la culture juive en la cédant sous forme de bail emphytéotique. Il n’existe pas de musée digne de ce nom sur le thème dans la région et nous pouvons fournir de quoi le remplir de pièces de valeur. Je n’abandonne pas tout à fait l’espoir d’aboutir mais je me sens un peu seule dans ce combat » , confie la vieille dame. Annette veut contacter le député (LR) de Sedan-Vouziers, Jean-Luc Warsmann. « Je la recevrai volontiers » , répond l’intéressé. « Sedan est une terre de grande tolérance religieuse donc un tel projet peut avoir un intérêt. Reste à évaluer son contenu et surtout son coût car l’argent public, aujourd’hui, est rare », souligne le député.

Benoît Huré, le président (LR) du conseil départemental, a également été sollicité. « Si un projet nous est présenté, nous l’étudierons mais le Département ne pourra être qu’un partenaire complémentaire » , explique-t-il. « La commune doit être l’acteur principal. Rien ne pourra se faire sans son impulsion » , ajoute Benoît Huré. Didier Herbillon, le maire PS de Sedan, a déjà été sollicité. « Il est évident que je ne laisserai pas la synagogue être vendue à un opérateur privé. Je pense prochainement proposer au conseil municipal de prendre à notre charge son entretien » , annonce-t-il. Quant au projet de faire un musée : « Je regarde un peu ce qui se fait ailleurs. À Vitry-le-François, la Ville a repris la synagogue et en a fait une sorte de musée de la présence juive dans la ville. À Sedan, nous avons déjà un projet de grand musée donc on ne peut pas se lancer dans de grands aménagements. Surtout que l’entretien du bâtiment aura déjà un coût non négligeable. Je réfléchis » , indique-t-il. « On peut au moins imaginer que les guides qui font visiter la ville incluent la synagogue dans le circuit. En tout cas, on va s’en occuper. La synagogue est une richesse pour la ville. C’est la seule synagogue des Ardennes. »

Quand elle a été inaugurée, le 25 août 1880, Annette Mendel était loin d’être née. Ses grands-parents venaient juste de s’installer dans les Ardennes. « Incitée par sa sœur à venir de la Meuse, ma grand-mère Laure a ouvert un commerce à Monthermé. Elle s’est mariée avec mon grand-père Arthur qui, lui, venait de Belfort. À l’époque, les mariages étaient arrangés. » Florestine, la mère d’Annette est née en 1908. « La famille a ensuite acheté un magasin à Charleville, rue Bourbon. C’est à Charleville que maman a vécu sa jeunesse puis a tenu le magasin. Mon père, Marcel, originaire de Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle, était marchand ambulant. » Les juifs étaient assez nombreux à l’époque dans les Ardennes, il existait une vie communautaire, un rabbin faisait les offices à Sedan. Aujourd’hui, il ne reste qu’une grosse dizaine de familles.

AVEC MA MÈRE, ON S’EST SAUVÉES

« Il existait à Charleville un oratoire. On allait à la synagogue de Sedan pour les grandes occasions. » Comme les mariages. « C’est là que mes parents se sont mariés. Et moi aussi plus tard » . La guerre de 1940 a dispersé tout le monde. « Mon père, qui a réussi à cacher qu’il était juif, est resté prisonnier de guerre pendant cinq ans. Avec ma mère, on s’est sauvées. On a vécu trois ans en Normandie, où nous étions les seuls juifs du petit village. Un jour, les gendarmes sont venus nous dire qu’il fallait aller prendre le bus et qu’on serait conduites à Drancy. Ma mère était débrouille. Elle a fait les bagages dans l’heure et nous avons filé. Autrement, je ne serais pas là aujourd’hui » .

Au retour dans les Ardennes après la Libération, la vie des juifs a repris. La synagogue a rouvert. « Nous avons engagé un rabbin qui est resté jusqu’en 1985. Maintenant, on n’ouvre plus que pour la fête de Kippour. Un seul jour par an. » La synagogue est fermée mais reste riche de tous ces pans de vie qui font partie du patrimoine des Ardennes.


Michel Horvilleur, le président de la communauté juive d’Epernay, dans la synagogue de la ville.


Annette Mendel aimerait faire de la synagogue de Sedan un musée sur l’histoire des juifs des Ardennes

Épernay, une ex-grande ville juive

« Quand je suis arrivé à Épernay, il y a 35 ans, quelqu’un m’a souhaité la bienvenue en me disant : Vous verrez, Épernay est une grande ville juive », se souvient Michel Horvilleur, devenu, depuis, président de la communauté juive de la ville. « Cette personne voulait dire par là qu’il y avait plein de boutiques. Je me souviens d’un magasin qui s’appelait Au petit bénéfice, c’est amusant. Le genre d’enseigne qu’on ne trouve plus aujourd’hui. » Depuis, de nombreux magasins ont fermé. Les enfants des juifs qui ont fait prospérer la ville sont partis travailler ailleurs. La synagogue est restée. Fièrement posée depuis 1890 entre l’église Notre-Dame et le temple protestant. Comme à Sedan, elle est fermée quasiment toute l’année. « Il y en a eu une plus ancienne dont il ne reste aucune trace. Elle était rue du Château. Nous avons des preuves d’une vie juive sparnacienne qui remonte au XIII e siècle. » La vie cultuelle et culturelle juive a été relativement intense jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, le président de la communauté s’appelait René Netter. Connu en ville, il était médecin généraliste et aussi accoucheur, chirurgien et avait même ouvert une consultation pour nourrissons. « Il habitait à côté d’une maison où vivaient des religieuses catholiques. Quand en 1942, la Gestapo est venue pour l’arrêter, il s’est enfui sur son vélo habillé en bonne sœur. Il a pu prendre le maquis et a survécu » , raconte Michel Horvilleur, lui-même médecin. Aujourd’hui, il ne reste qu’une dizaine de familles dans la communauté juive sparnacienne. « On a eu jusqu’à 210 membres. » Les juifs sparnaciens ne sont plus nombreux dans leur synagogue le jour de Kippour, fête la plus suivie par les juifs même peu pratiquants. Mais ils sont encore là.

Présence juive dans l’Aisne

Il n’y a pas de synagogue àChâteau-Thierry mais il y en a eu une au Moyen Âge. L’historien Alexandre Poquet dans « Histoire de Château-Thierry » écrit : « Un juif, plus opulent et plus favorisé que les autres…, habitait une grande et vaste maison au-dessous du château et sur la place du marché… la population israélite s’y réunissait au jour sabbatique… » On a preuve de l’existence de cette synagogue à cause de poursuites ordonnées le 6mars 1318 contre les individus ayant pénétré de force à l’intérieur.

Coucy-le-Château ne comptait qu’un petit nombre d’habitants juifs au Moyen Âge mais, fait amusant, ils ont donné de très grands savants du judaïsme. À Laon , les archives de la ville parlent d’une rue des Juifs (Vicus Judeorum), devenue ensuite rue de l’Hôpital. Elle se prolongeait jusqu’aux remparts, probablement à l’emplacement de la rue du 13 octobre 1918, qui se poursuivait jusqu’à la rue du Sac.

Jean Leroux dans « Histoire de la ville de Soissons » situe « La Juiverie » sous les murs du château. La synagogue est nommée : lieu-dit Le «Sabbat des Juifs ». La place de la Synagogue est mentionnée en 1284. Il est fait état d’un don, en 1307, d’un jardin qui était le cimetière des juifs, devant la porte de Saint-Christophe. (source Claude Layani, journaliste magazine Alliance).

Aujourd’hui, il reste une synagogue à Saint-Quentin , où la présence juive date aussi au moins du XIII e siècle.

LES AUTRES POINTS

Encore une vie religieuse à Reims

Dans l’ex-Champagne-Ardenne, seuls les juifs de Reims conservent un rabbin et une vie religieuse conforme aux pratiques du judaïsme. La synagogue de la rue Clovis, à Reims, date de 1879. Il reste une grosse centaine de familles juives à Reims et elles fréquentent plus ou moins assidûment la synagogue.

L’INSTALLATION DES JUIFS EN EX-CHAMPAGNE-ARDENNE

Les villes de la région ont vu arriver de nombreux juifs juste après 1870. L’Alsace et une partie de la Lorraine avaient alors été annexées par l’Allemagne, un certain nombre de familles, françaises depuis toujours et qui voulaient le rester, ont alors migré vers l’ouest jusqu’en Champagne-Ardenne.

RUE DE LA JUIVERIE

Tous les villages de la région qui comptent une rue des Juifs ou rue de la Juiverie, sont des communes qui ont compté des juifs parmi les habitants au Moyen Âge. Les juifs habitaient certaines rues, où ils étaient placés sous la protection de l’abbaye du secteur. Ils devaient payer pour avoir cette protection obligatoire.

Il y a encore de la lumière à Châlons

« Notre temps vaut ce qu’il vaut ; il n’est ni meilleur ni pire que les temps passés ; il serait plutôt plus avantageux pour nous puisque c’est celui que nous vivons. » Cette citation est signée Pierre Dac, juif de Châlons-en-Champagne, dont le père tenait une boucherie en ville.

L’histoire ne dit pas si, autour de 1910, le jeune homme fréquentait la synagogue de la rue Lochet érigée dans un style mauresque depuis 1875. Il arrive que des musulmans la confondent avec une mosquée. S’ils entrent, ce n’est pas un problème, la communauté juive de Châlons, encore forte d’une trentaine de familles est très « portes ouvertes ». « Nous n’ouvrons plus qu’au moment des fêtes juives et il est vrai que nous accueillons tous ceux qui le souhaitent. Femmes et hommes au même étage. On dira que nous sommes plutôt libéraux » , explique Georges Rouch, vice-président de l’association cultuelle qui gère la synagogue.

Les premières traces juives à Châlons remontent au IV e siècle, à l’époque de l’évêque Alpin. Une autre figure catholique du coin a croisé la route des juifs de Châlons. «Il s’agit de Ménehould, qui a donné son nom à la ville d’Argonne. Elle travaillait à Menou dans la maladrerie (ancien hôpital) fondée par deux juifs châlonnais convertis au christianisme » , raconte Georges Rouch. L’histoire juive continue son petit bonhomme de chemin à Châlons. Sans rabbin à rémunérer et en n’ouvrant qu’aux fêtes, la communauté parvient pour l’instant à entretenir sa synagogue. « Nous n’avons pas de renouvellement car les jeunes partent, c’est cela qui finira par coincer. » Pour l’instant, il y a de la vie et bientôt des roses dans la cour grâce au trésorier de l’association.

Catherine FREY Photos Aurélien Laudy

Extrait de l' union du 25/06/2017

    

    

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Le grand rabbin garde de Reims le souvenir d'un « judaïsme heureux »

Fraîchement élu grand rabbin de France, Haïm Korsia retient de ses 13 années passées à Reims des images enthousiastes d'une ambiance familiale.


Haïm Korsia lors de son séjour rémois : «
Les joies des uns étaient les joies de tous »

Quand il a débarqué à Reims, venant de Paris, Haïm Korsia avait 24 ans. Il était alors l'un des plus jeunes rabbins de notre pays. Depuis il à fait du chemin : il vient d'être élu grand rabbin de France.

Il évoque pour nous son séjour rémois qui a duré 13 ans, entre décembre 1987 et janvier 2001.

Comment avez-vous trouvé la communauté juive à votre arrivée à Reims ?

J'ai le souvenir d'une formidable ambiance familiale, où les joies des uns étaient les joies de tous, les peines des uns étaient les peines de tous. J'ai aussi connu le bonheur de vivre en province, dans une ville où tout le monde se connaît, à taille humaine. Avec les années, j'ai vu la ville évoluer, avec l'arrivée du TGV par exemple, la piétonnisation du centre, mais l'esprit est resté. J'ai fait à Reims l'expérience d'un « judaïsme heureux », qui pouvait se vivre dans la sérénité, dans le partage.

•.- Chose que vous n'avez pas retrouvée ailleurs ?

Disons que c'est à Reims que je l'ai découverte.

•.- Quel souvenir gardez-vous de vos relations avec les autorités de l'époque, le sous-préfet, le maire, l'archevêque ...

Elles étaient très bonnes. C'est l'époque où nous avons pu faire des travaux sur la synagogue, et nous avons même obtenu son classement à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Pour ce qui est du maire, c'est principalement avec Jean Falala, le maire historique d'alors, que j'ai eu des relations. Concernant les autres religions j'ai d'abord connu Mgr Ménager, duquel je me sentais particulièrement proche, et avec lequel je suis resté en contact par la suite. Ensuite il y a eu Mgr Defoix, avec lequel les relations elles aussi étaient bonnes, en revanche j'ai peu croisé Mgr Jordan qui est arrivé après. Mais j'ai eu aussi des relations avec les pasteurs, avec l'imam, il y avait un vrai travail interreligieux à ce moment-là, c'était formidable ! Je me souviens aussi des bonnes relations dans le domaine de l'action culturelle. C'est grâce à elles que nous avons eu à un moment l'éclairage extérieur de la synagogue avec Jacques Darolles. C'était une animation ponctuelle, mais elle était bien représentative de l'envie de la communauté juive de participer autant que possible à la vie de la cité.

•.- Quelle autre forme pouvait prendre cette participation ?

Eh bien la synagogue a été intégrée aux Flâneries musicales, elle a aussi été intégrée aux journées du patrimoine ... Et il y avait un monde fou pour la visiter, c'était devenu le monument le plus visité à Reims après Saint-Remi et Ia cathédrale à cette occasion je me souviens aussi que Yehoudi Menuhin était venu à la synagogue, celle-ci était devenue un lieu culturel, de dialogue, de conférences, d'échanges...

•.- Et ça, ça ne se faisait pas auparavant ?

 Disons que j'ai fait en sorte que ça puisse se faire. L'image de Reims, c'est l'ange au sourire.j'ai souhaité apporter aussi celle du rabbin au sourire.

« Il était pour moi un repère lumineux »

Marc Lagache, président de la communauté juive de Reims, garde un souvenir particulièrement heureux, et même carrément enthousiaste, du passage d'Haïm Korsia dans la cité des sacres à l'occasion de son rabbinat : « C'était déjà quelqu'un de brillant, un surdoué pourrait-on dire, il avait passé son bac par correspondance avec deux ans d'avance, II était devenu l'un des plus jeunes rabbins de France. Du fait de ces qualités intellectuelles, il était adulé par les uns, et jalousé par les autres, mais la plupart des gens l'adorait. »

J'ai également apprécié chez lui des qualités morales indéniables : c'est quelqu'un qui aime les autres, qui les comprend, courageux également. Il n'a pas peur d'être juif, il n'a pas peur non plus d'aller où on peut prendre des coups … Pour moi il était un repère lumineux ! Il a aussi de grandes qualités de communicant, c'est quelqu'un qui parle très bien ; et qui a aussi une forte empathie, du coup il savait nouer des tas de relations avec des gens très différents. Ce qui était aussi appréciable, c'était qu'il savait se mettre à la portée des gens, quand il parlait on le comprenait. D'ailleurs du temps où il était rabbin ici, il y avait beaucoup plus de monde qui venait à la synagogue pour l'écouter, ne serait-ce que par plaisir.

Il disait que son modèle était le rabbin Kaplan, qui fut grand rabbin de France à partir des années 1950 jusqu'en 1980, et qui s'était particulièrement mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale pour sauver un maximum de coreligionnaires

Antoine PARDESSUS

Extrait de l' union du 14/12/2012

    

    

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Haïm Korsia : « Une quête de sens »

  
Haïm Korsia fut pendant treize ans rabbin de Reims. Il est aujourd'hui aumônier général israélite des armées.

Dieu est-il tendance chez les jeunes ?

J'entends évoquer, en effet, un affaissement du sentiment religieux dans la nouvelle génération. Il faut tempérer. On se souvient des incroyables mobilisations des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), qui ont attiré plus d'un million de jeunes à Paris en 1997 et près de 2 millions l'an dernier à Madrid. La quête de religiosité existe donc encore mais elle s'incarne dans une autre forme d'engagement.

C'est-à-dire ?

Croire en Dieu, aujourd'hui, est-ce que c'est se rendre régulièrement à la synagogue, à l'église ou à la mosquée ? Ou est-ce se sentir solidaire et faire en sorte d'apaiser la misère du monde ? Je crois plutôt à cela. Dans mes rencontres, je vois une jeunesse qui se sent prisonnière du monde qu'on a construit pour elle, obsessionnellement centré sur l'avoir. Ce qu'elle cherche, au contraire, c'est à être, à retrouver du sens. Les jeunes ne sont plus dans la segmentation, le culte d'un côté, le quotidien de l'autre. Leur engagement, quand il existe, ils l'expriment dans tous les actes de leur vie. Un exemple : je suis administrateur du Souvenir français. Eh bien, ceux qui se mobilisent le plus pour entretenir les tombes, ce sont les jeunes…

Quelle est la part du rite dans cet engagement ?

Il ne vaut que dans la compréhension. Je note que les jeunes ne veulent plus d'une ritualisation sans explication. Ils veulent comprendre. Cela vaut, me semble-t-il, pour toutes les confessions. Dans le judaïsme aussi, il y a parfois cette tentation du dogmatisme pour le dogmatisme. Or, il n'y a rien de plus dangereux que ce raidissement. On castre les jeunes de leur libre arbitre. Quand la religion est bien enseignée, au contraire, elle rend libre.

C'est contradictoire, non ?

Je ne crois pas. Je ne prendrai qu'un exemple : ne pas se servir du téléphone le jour du shabbat (le samedi), ce n'est pas rétrograde. J'y vois, au contraire, une forme de modernité. Ça permet d'introduire une rupture dans cette addiction terrible qui consiste à ne pas pouvoir se passer de téléphoner ou d'envoyer des SMS. Couper le téléphone, c'est se donner les moyens de retrouver le sens d'une communication d'homme à homme. Ça peut être ça, retrouver du sens. 

  250 familles juives dans la région

La synagogue de Reims.
La synagogue de Reims.

Vieillissante, la communauté juive de Reims ne représenterait plus que quelque 100 familles (250 en Champagne-Ardenne), selon son président, Marc Lagache. Seule une vingtaine fréquenterait régulièrement la synagogue construite en 1879 pour 600 familles. La communauté avait connu son apogée à la fin du XIXe siècle, avant d'être décimée lors de la Seconde Guerre, puis de repartir à nouveau à la hausse au début des années 70 après l'arrivée importante de séfarades venus d'Afrique du Nord, dix ans plus tôt.

La synagogue de Reims est l'une des quatre de la Marne (avec celles de Châlons-en-Champagne, d'Épernay et de Vitry-le-François). L'Aisne n'en compte qu'une seule (Saint-Quentin), de même que les Ardennes (Sedan).

Quatrième religion de France (après les catholiques, les musulmans et les protestants), la communauté juive représenterait près de 600 000 personnes en France (dont 450 000 à Paris), d'après le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). La loi interdisant les statistiques religieuses au motif de leur caractère privé, ces données sont une évaluation. D'autres sources, tel l'institut de sondage CSA, évaluaient la communauté israélite française à plus de 700 000 personnes en 2007.

Selon la documentation française, 65 % des Français se déclarent encore catholiques, alors qu'ils étaient 80 % à le faire au début des années 70. Près de 25 % se disent agnostiques, c'est-à-dire ne s'identifiant à aucune religion particulière. Ce qui ne signifie pas athée. Les musulmans représenteraient entre 4 et 6 millions de personnes, et les protestants 1,2 million (y compris quelque 350 000 évangéliques et pentecôtistes). Nouveau venu dans le paysage religieux français, le bouddhisme rassemblerait 400 000 personnes. Enfin, parmi les religions classées comme « atypiques », les Témoins de Jéhovah revendiquent actuellement quelque 140 000 fidèles.

 Enseigner le fait religieux à l'école :

« L'histoire, ce n'est pas le catéchisme »

Le Rémois Claude Ruiz est l'un des responsables nationaux de l'Association des professeurs d'histoire-géographie (APHG).

L'école n'enseigne pas les religions mais le fait religieux. Quelle différence ?

De même qu'il existe une dimension économique, politique ou artistique des sociétés, ce qui intéresse ici l'enseignant, c'est leur dimension religieuse. Le travail consiste à la décrypter afin de donner aux élèves des clés pour mieux comprendre la société contemporaine. Il ne s'agit pas de plaquer des faits historiques donnés sur une situation actuelle. L'exercice est d'autant plus délicat qu'à l'épreuve de la mondialisation, les référents identitaires (linguistiques ou ethniques, notamment) ont tendance à être atténués. Or, l'appartenance religieuse apparaît comme l'un des derniers facteurs d'identité. Il faut donc se dégager du temps présent pour expliquer le poids, le rôle et le fonctionnement du fait religieux dans telle civilisation ou culture.

Quelle place est-il réservé à la chronologie des grandes religions monothéistes ?

Elle n'est évoquée qu'à travers celle des civilisations. On n'enseigne pas le fait religieux comme le fait scientifique. Autrement dit, il n'y a pas de programme stricto sensu. L'approche est globale et transversale. En 6e, sont abordés l'histoire des arts ou des techniques à travers l'Orient ancien (Mésopotamie, Égypte, Grèce, Rome antique) et l'empire chrétien ; en 5e, l'installation de l'islam au VIIe siècle, le rôle de l'église dans l'Europe médiévale, les Croisades et enfin la Réforme. Sans doute serait-il préférable d'aborder ensemble, soit en 6e ou en 5e, les volets judaïque, chrétien et islamique de cette histoire, mais ce n'est pas le cas.

Cet enseignement a-t-il connu des évolutions ?

Il y a eu des périodes où l'accent était mis tantôt sur l'aspect civilisationnel, tantôt sur la chronologie. Mais les programmes en ont toujours tenu compte, ne serait-ce qu'en histoire de l'art. Comment évoquer l'histoire de la peinture en évacuant sa dimension religieuse jusqu'au XVIe siècle ou sans expliquer pourquoi les musulmans et les juifs, par opposition aux chrétiens, ne représentent pas Dieu ?

Existe-t-il une formation spécifique ?

Incontestablement, il faut faire porter le travail là-dessus. Dans une société en voie de déchristianisation, il est paradoxal de confier cet apprentissage à des gens qui, dans leur majorité, sont de plus en plus éloignés de la religion. Pour pouvoir parler simplement et sereinement de certains sujets, il faut les connaître et, donc, bien maîtriser les récits primordiaux, c'est-à-dire la manière de raconter une histoire composée d'un ensemble d'histoires. Que l'on considère celles-ci comme des mythes est une autre affaire. L'histoire, ce n'est pas du catéchisme ! Mais comment évoquer l'art de l'islam, de la chrétienté ou de l'Inde sans savoir qui étaient Mahomet, Jésus ou Bouddha ? De la même façon, parler du dogme de la Sainte-Trinité en évoquant la coexistence de trois Dieux peut laisser penser que les chrétiens sont polythéistes. C'est un contresens susceptible de créer d'inutiles polémiques.

Comment évoquer le fait religieux sans courir le risque de heurter, un jour ou l'autre, les sensibilités ?

En privilégiant l'explication à l'interprétation. Il faut faire comprendre comment les croyances permettaient aux gens de penser leur environnement à un moment donné. L'objectif n'est pas de juger ou de prendre parti. Mais le risque zéro n'existe pas. Vous n'empêcherez pas des parents d'instrumentaliser leurs enfants, de s'élever contre certains savoirs au motif qu'ils ne les partagent pas. Cela tient à ce que l'école est souvent considérée aujourd'hui comme un service et non comme un lieu d'apprentissage. Mais, en sciences naturelles comme en histoire de France, on voit aussi des parents choqués par la théorie darwinienne de l'évolution ou la présence du symbole maçonnique sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen !

Gilles Grandpierre

Les jeunes et la religion

Juifs et musulmans ont (au moins) un point commun. La culture et, plus encore, la pratique religieuse se trans-mettent à près de 100 % par la famille. Cette transmission n’est que de 50 % chez les catholiques et de 40 % chez les protestants. Mais, au-delà des dogmes, les jeunes cherchent de plus en plus à comprendre et à donner du sens à leur engagement.

« Ils le vivent avec une implication plus durable et une plus grande intensité. Leur foi s’exprime davantage sur un plan émotionnel et collectif », résume le sociologue des religions, Olivier Galland. Deuxième volet de notre dossier sur les jeunes et la religion.

Juifs : « Un code de vie, un jardin secret »

« Quand j’étais petit, j’avais peur la nuit. Ma mère me disait : ‘‘Fais une prière !’’ Ce sentiment de bien-être me protégeait… Depuis, dans certaines occasions, oui, j’ai toujours l’impression que quelqu’un m’accompagne. » À 23 ans, Simon n’a jamais eu « l’ombre d’un doute » : « Je ne me suis jamais posé la question de l’existence de Dieu avant qu’on ne me la pose. Le judaïsme, c’est une culture avant d’être une religion… On peut être croyant sans être religieux, c’est comme ça… »
Sarah, 23 ans également, n’a « jamais douté » non plus. «
Ça me paraît naturel », approuve-t-elle. Les réunions de famille, les grandes fêtes religieuses, la jeune fille y prend un égal plaisir. À chaque fois, c’est toujours « l’occasion de retrouver la communauté », dit-elle.

Et qu’importe si les prières à la synagogue requièrent la présence de dix hommes (dans une communauté consistoriale comme Reims, en tout cas).

« La femme transmet la religion, elle s’occupe des enfants, elle a son rôle. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’être exclue en tant que femme. »

À son côté, Élie rigole : « Je ne connais pas une femme qui ne fait pas ce qu’elle veut ! »

La plaisanterie est révélatrice. Ces trois-là, étudiants en Sup de Co Reims, pratiquent un judaïsme libéré des rigueurs pesantes de la tradition. Ce qui ne veut pas dire qu’ils se dispensent de ses enseignements, prescriptions et rites. Les prières du matin et du soir, la fréquentation de la synagogue (« en moyenne, deux fois par semaine », dit Simon), la célébration des grandes fêtes juives, le respect des règles alimentaires en font partie. « Ni lait et viande mélangés, ni produits de la mer, ni viande d’animaux à sabots fendus, entre autres… », explique Simon. « Une question de discipline, on s’y fait ! »

« Plus j’étudie, moins je doute »

L’essentiel est ailleurs. Et notamment dans ce que leur apporte une foi qui, pour Élie, procède davantage d’une réflexion personnelle que de l’influence de la culture familiale. « J’ai beaucoup lu… L’étude de la Torah m’a fait voir la vie d’une autre façon, me pousse à être bon dans tous les sens du terme. C’est devenu un code de vie quotidien, une richesse… Je doute tous les jours, mais plus j’étudie, moins je doute. » Simon, qui n’oublie jamais de faire ses prières soir et matin, explique qu’avoir la foi lui a appris « à respecter les autres, à éviter de blesser ou d’avoir des pensées négatives ».

Tous trois issus de familles juives séfarades d’Afrique du Nord, Simon, Sarah et Élie disent avoir naturellement acquis une culture de la tolérance qui les dispensent de juger autrui à l’aune de leurs propres valeurs. Enfant, Simon a fréquenté une école catholique : « Ça a été un enrichissement pour tout le monde, moi-même, mes camarades et même l’enseignante. Je me suis toujours senti proche des élèves d’origine musulmane. » Élie, qui a connu un parcours scolaire comparable, confirme : « Les conflits étaient rares. Les rares fois où j’ai entendu des commentaires à caractère antisémite de la part d’un élève, ce sont souvent des élèves musulmans qui le recadraient : ‘‘Qu’est-ce que tu fais ? Tu salis l’islam’’, lui disaient-ils. Les rivalités communautaires sont souvent amplifiées par les médias », estime le jeune homme, prompt à dénoncer le rôle « néfaste des réseaux sociaux, qui agitent et répandent des discours stériles et haineux ».

C’est pourquoi Simon trouve « utile » l’enseignement du fait religieux à l’école. « Ça suppose des profs bien formés. » Élie approuve : « Le racisme, la haine de l’autre, viennent toujours de la méconnaissance. Chaque croyance est respectable. Des grandes gueules, il y en a dans toutes les religions ! Or, nous sommes tous très proches. Toutes les religions sont des religions de paix. Il n’y a que les interprétations qui diffèrent », commente le jeune homme, pour qui « le Livre est la référence commune. La Torah est la base des religions qui suivent. Je ne suis pas prosélyte pour autant. La religion, c’est mon jardin secret et ça le restera ».

Dossier : Gilles Grandpierre

Extrait de l' union du 14/12/2012

    

    

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Reims se souvient de la Nuit de Cristal


 
C'est dans le square des victimes de la Gestapo qu'aura lieu la commémoration

À l'automne 1938, les services de propagande de Joseph Goebbels réfléchissent au meilleur moyen de susciter une hystérie antijuive par tout le Reich.

L'attentat contre le troisième secrétaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris, Ernst von Rath, qui est perpétré par un jeune juif polonais âgé de 17 ans, Herschel Grynszpan, sert de déclencheur pour mobiliser les Sections d'assaut et tous les sympathisants du mouvement nazi.

Le geste désespéré du jeune homme résulte d'une carte postale qu'il reçoit de sa sœur dans laquelle elle lui indique que ses parents et des milliers de juifs polonais vivant en Allemagne sont expulsés et dirigés vers le camp de réfugiés de Zbaszyn à la frontière germano-polonaise.

Lorsque von Rath meurt le 9 novembre des suites de ses blessures, la responsabilité de sa disparition est attribuée à un complot dirigé par la communauté juive mondiale.

Violence inouïe

Dans la soirée du 9 novembre 1938, les rassemblements se multiplient dans tout le Reich et en particulier à Berlin et à Vienne où vivent les communautés juives les plus importantes. Des expéditions punitives d'une violence inouïe sont menées.

Les synagogues sont profanées et incendiées, des sépultures fracassées et souillées. Les vitrines de centaines de commerces explosent sous les pierres avant que les établissements ne soient pillés et souvent embrasés au moyen de bouteilles d'essence. Des centres associatifs et des locaux de réunions sont saccagés.
Les juifs croisés dans la rue sont tabassés et parfois lapidés, tués à l'arme blanche ou à coups de pistolet, à coups de barre de fer.

Leurs domiciles sont fracturés et tous leurs biens brisés ou détruits. Il apparaît très vite que les nazis ont planifié ce pogrom qui reçoit le nom de « Nuit de Cristal ». On dénombre des dizaines de morts et de blessés.

Très vite, la SS et la Gestapo, qui surveillent le bon déroulement des violences, procèdent à l'arrestation d'environ trois mille juifs qui vont être dirigés vers Sachsenhausen, Buchenwald et Dachau. Ils y restent environ trois mois mais le régime sévère auquel ils sont soumis cause de nombreux morts dans leurs rangs. Ils sont relâchés à condition de s'engager à quitter l'Allemagne sans délai.

Plus de 2.000 morts

La communauté juive qui est rendue responsable d'une tragédie dont elle est la victime doit s'acquitter d'une amende d'un milliard de marks et toutes les indemnités d'assurances pour réparer les exactions commises sont confisquées. Le gouvernement en profite pour accélérer la publication des lois et décrets antijuifs.
L'aryanisation contraint aux transferts des entreprises et commerces à des non juifs, tandis que les écoles confessionnelles sont fermées. Les autres établissements n'inscrivent plus les enfants juifs dont les parents n'ont plus le droit de posséder le permis de conduire ou une voiture et sont soumis à l'utilisation réglementée des transports en commun.

La discrimination tous azimuts est en marche. À la centaine de synagogues détruites, aux 7.500 magasins dévastés auxquels il faut ajouter plus de 2.000 morts, la Nuit de Cristal est le début d'une persécution sans précédent.

Hervé Chabaud

La commémoration des 70 ans de la Nuit de Cristal se déroulera ce dimanche 9 novembre à 17 heures, au square des victimes de la Gestapo, 18 rue Jeanne d'Arc. Au programme des interventions de la maire, d'associations, du sous-préfet, puis formation d'un cercle du silence.

Extrait de l'union du 08/11/2008

    

    

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 La synagogue restaurée par l'école Blot


A la suite de l'incendie qui s'est déclaré en 2001 à l'intérieur de la synagogue de Reims, des peintres décorateurs de l'école Blot ont réalisé le travail de restauration de la porte qui mène à l'Arche Sainte.

En 2001, un incendie ravage une partie de la synagogue de Reims. Des dégâts importants sont constatés sur les parties basses et les balcons ainsi que la porte qui mène à l'Arche Sainte.

C'est en 2003 que la synagogue fait appel aux services de l'école Blot pour restaurer cette fameuse porte où sont enfermés les rouleaux de la Loi (Tora).

« Nous formons depuis quatre-vingts ans des peintres décorateurs habilités à ce genre de prestations. Notre école a donc activé son réseau d'anciens élèves » explique Aurélie Darsonval, directrice de l'école Blot. Katy Houdry et Frédéric Moigneau, deux peintres décorateurs, sont contactés et se chargent du travail,

Inspiration hispano-mauresque

Construit en 1879 par l'architecte Ernest Brunette, l'édifice est d'inspiration « hispano-mauresque ». C'est un artiste local Marquant Voguel, qui assure alors la réalisation des peintures murales et des vitraux.

À l'intérieur, on y retrouve des courbes de l'Orient devant les balcons, la polychromie des bas reliefs et des motifs comme des fleurs représentées sur la porte.

Les couleurs d'origine

Tous ces éléments décoratifs sont liés à l'art mauresque tel qu'il était perçu au XIXe siècle. Le travail n'a donc pas été simple pour les deux peintres.

« Il a fallu reprendre les motifs existants et les reproduire sur les parties disparues lors de l'incendie. Puis, on a dû s'occuper de la recherche de teinte pour retrouver les couleurs d'origine. Ce travail demande une connaissance parfaite des couleurs ainsi que de leur mélange. C'est la base indispensable du bon déroulement d'une restauration » explique Aurélie Darsonval, directrice de l'École Blot.

Une restauration qui continue avec la mise en teinte : « cette exécution nécessite le plus grand soin. Durant le chantier une entreprise de peinture rémoise (Décor Sol Laurant) est intervenue pour exécuter les travaux du bâtiment. Elle a choisi nos deux peintres pour la réfection des galons et filets situés sur les murs et plafonds ».

L'ensemble est parfaitement réalisé et les décorations de la porte de l'Arche Sainte ressemblent à s'y méprendre aux originaux.

Sophie Claeys-Pergament

 
Aurélie Darsonval, directrice de l'école Blot.

Ouverte au grand public

Aurélie Darsonval n'arrête pas. Elle court partout pour faire vivre son « bébé  »  : l'école Blot.

Ayant repris l'affaire en. 2001, cette toute jeune femme est, elle-même, un produit de l'école: Son but : lui rendre ses lettres de noblesse. « Nous faisons actuellement partie du paysage des organismes de formation de Champagne-Ardenne dans un domaine, la peinture de finition, où des besoins professionnels existent ».

Toutefois si la formation initiale dure neuf mois : « une formation très technique » précise Aurêlie Darsonval, l'école s'ouvre depuis peu au grand public. Des nombreux modules permettent de découvrir les méthodes du pochoir, des patines,  de  la  grisaille (trompe l'œil)... Et la dernière nouveauté de l'école, des cours de dessin.

« Nous recevons beaucoup de monde. Surtout des femmes. Ce sont souvent des personnes qui désirent effectuer la décoration de leur intérieur ou encore des professionnels qui veulent mieux se former à certaines techniques ».

S.C.-P.

Extrait de l'union du 08/08/05

    

    

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