L'Atelier d'un Relieur
 

La Presse

 

 

Eric CHARPENTIER

L'artiste à la bonne étoile
L'artisan d'art qui ne manque pas de «
curiosités »

Yves LAPORTE

Le relieur-doreur tourne la page

Répertoire 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Eric Charpentier, l’artiste à la bonne étoile

Installé depuis plusieurs années à Reims, le Champardennais est le grand gagnant du 9e concours « Les Noëls de l’Art », ouvert aux professionnels des métiers d’art de toute la région. Son Étoile des Vents a remporté le Prix Ville de Reims en décembre dernier


Eric Charpentier sublime et donne une seconde vie aux livres et aux beaux objets.

En s’inscrivant pour la première fois au concours, il n’imaginait évidemment pas réussir pareille performance.

Mais à travers son Étoile des Vents, le relieur-doreur a présenté une œuvre en parfaite adéquation avec le thème de cette dernière édition : les Étoiles de Noël, proposant une création inspirée de l’Étoile de Bethléem, recouverte de marqueterie de pailles de seigle et pourvue d’un socle réalisé avec une mosaïque de cuir. Une belle aventure qui a réjoui l’artiste : « L’idée de réunir des artisans d’art autour d’un thème commun m’a beaucoup plu, ça nous permet de nous exprimer différemment, avec davantage de liberté que dans le cadre de notre activité classique. »

AMOUREUX DU LIVRE ET DE L’OBJET

Avec des ancêtres imprimeurs et un père bibliophile, le parcours d’Eric Charpentier ne pouvait être qu’étroitement lié au livre. « Tout jeune, je me souviens que j’étais admiratif devant les belles dorures que collectionnait mon père même si, parallèlement, j’ai très tôt développé une grande passion pour l’art en général. » Alors, le plus manuel de la famille opte pour un parcours tourné vers l’artistique : bac arts appliqués, prépa Beaux-Arts puis l’école Boulle à Paris, réputée pour ses formations dans l’ameublement et le design. « J’ai ensuite travaillé dans une grande entreprise spécialisée dans le support d’objets et la mise en espace de collections muséales. » Une riche expérience qu’il complète avec une formation dans les métiers du livre et des cours de reliure, de dorure et de restauration de livres anciens aux ateliers d’arts appliqués du Vésinet.

LA PASSION D’UN MÉTIER

Eric Charpentier finit par choisir la cité des Sacres pour poser ses valises  et aujourd’hui le jeune artiste, la trentaine créative, prend plaisir au fil  de ses journées à relier et dorer les livres tout en créant également des concepts de présentation d’objets (soclage notamment). « Être passionné par ce que l’on fait, c’est primordial pour nous car c’est le moteur inépuisable de notre créativité… »

H.B.      

Renseignements : 5, rue de l’Ecu à Reims - 06 82 38 58 44 contact@reliure-et-curiosite.fr

www.reliure-et-curiosite.fr

 Extrait de Reims Métropole N°142 de 02/2015

  Éric Charpentier, l'artisan d'art qui ne manque pas de « curiosités »

Relieur, restaurateur d'ouvrages et doreur sur cuir, Éric Charpentier se passionne aussi pour la mise en valeur d'objets, à la manière des cabinets de curiosités. Un talent récemment primé

Charpentier met en valeur, sous des globes en verre au socle de cuir décoré. des objets chinés, M.D.

A SAVOIR

*.-  Ateliers d'Art de France est l'organisation professionnelle des métiers d'art. Elle rassemble plus de 6.000 artisans d'art, artistes de la matière et manufactures d'art. Sa mission : défendre, représenter le secteur des métiers d'art, contribuer au développement économique, en France et à l’international.

*.-  Chacun des lauréats régionaux du concours Ateliers d'art de France remporte une bourse de 1.000 euros, outre l'éclairage national et la reconnaissance de ses pairs.

*.-   La création d’Éric Charpentier sera exposée du 5 au 29 novembre à l’Atelier au Viaduc des Arts à Paris avec celles des 20 autres lauréats. Parmi eux, un talent national sera désigné et recevra une dotation de 5000 € en novembre.

Éric Charpentier peut avoir le sourire. JI vient d'être désigné lauréat champardennais de la 3° édition du concours Ateliers d'art de France pour l'un de ses fameux globes décorés, posé sur un socle en bois tourné, agrémenté de cuir gainé et de dorures. Une pièce représentative de son penchant pour les cabinets de curiosités, de sa volonté de magnifier un objet par sa présentation, qui lui permet d'associer tous ses savoir-faire dans une seule et même œuvre. Car s'il s'est illustré, cette fois, en tant que spécialiste du « soclage », le Troyen de 34 ans, installé à Reims depuis septembre 2011, a d'autres talents : il est aussi relieur, restaurateur d'ouvrages anciens et doreur sur cuir. Une vocation pour le jeune homme, qui avait, au départ, pris un chemin quelque peu différent...

Il utilise le cuir de raie et la panse de brebis...

Après un Bac arts appliqués en 1999 à Chaumont, Éric Charpentier ne sait que faire. Il s'inscrit à la « prépa » à l'école des beaux-arts de Beaune. Sculpture, graphisme ... « On touchait à tout », se souvient-il. De quoi lui permettre de préparer le concours d'entrée à la célèbre école Boulle (design et métiers d'art) à Paris. « J'ai été reçu dans les métiers du métal liés à l'ameublement, l'orfèvrerie et la décoration. » Après l'obtention de son CAP monture en bronze, Éric Charpentier décroche son diplôme des métiers d'art en 2003 à l'issue de 3 ans à l'école Boulle. Une proposition d'embauche ne tarde pas à venir. « J'ai décroché un emploi dans une société de soclage basée à Meaux. On intervenait au sein de musées, chez des marques de luxe afin de présenter leur collection en vitrine. »

Salarié jusqu'en février 2009, Éric choisit de poursuivre sa collaboration en tant qu'indépendant, « pour voir autre chose ». « J'ai alors débuté une formation de trois ans au Vésinet dans les métiers du livre, plus « propres ». C'est là que j'ai découvert la reliure, la dorure sur cuir et la restauration de livres anciens. Mon père était bibliophile et j'ai grandi dans les livres. J'ai toujours trouvé les dorures très belles sur leur dos. Je crois qu'incontestablement, c'est ce qui m'a poussé vers cette profession. »

Ce beau bagage en poche et lassé de vivre en Ile-de-France, le jeune artisan d'art décide de partir vers d'autres horizons. Il choisit Reims, une ville où il pourra avoir un appartement assez grand pour y installer son atelier. « C'était un bon compromis géographique : je pouvais aller voir ma famille à Troyes et continuer mes missions à Meaux. » Sans compter fa faible présence de la concurrence ...

« Ils n'étaient que deux sur le créneau, Yves Laporte, rue Émile-Zola, et Céline Facqueur, rue de Strasbourg. C'est en septembre 2013 qu'Éric Charpentier les rejoints véritablement sur le marché, « plutôt pour des particuliers et des sociétés de ventes aux enchères, qui ont de nombreux ouvrages de références sur l'art à restaurer ». Actuellement, Éric Charpentier redonne du lustre à 200 planches d'imageries d'Épinal en très mauvais état pour une cliente. « Je dois aussi faire un coffret pour les stocker » Peut-être y ajoutera-t-il quelques dorures à la feuille d'or par pression du fer... Le touche-à-tout curieux, passionné de brocantes et d'objets anciens, développe, en parallèle de son activité de relieur-doreur-restaurateur, un concept de présentation et de mise en valeur d'objets par le biais de globes en verre rappelant les cabinets de curiosité (les XVIII° et XIX° siècles ». Ce fameux concept qui lui a donc permis d'être choisi par le jury des Ateliers d'art de France parmi douze candidats régionaux. Une reconnaissance qui vient s'ajouter à d'autres déjà obtenues grâce à ses talents : « j'ai gagné un concours avec Gourmand international. Il fallait faire un coffret pour l'ouvrage de Lise Bésème-Pia sur les biscuits roses de Reims. Le jury a aimé mon principe de boîte en buffle noir et galuchat rose (cuir de raie). On m'a alors demandé d'en faire une pour un livre de recettes primé de Paul Bocuse. J'ai choisi de faire une box noire avec du veau traité au chrome associé à de la peau de raie rugueuse. » Une belle reconnaissance pour Éric Charpentier qui souhaite aussi se faire connaître dans le domaine de la reliure de création contemporaine, qui passionne les bibliophiles et intéresse les bibliothèques.

« Je dois faire encore un peu mes preuves, mais si je pouvais être contacté par Carnegie pour constituer un fonds de reliures modernes, ce serait la consécration », confie-t-il. « Il y a énormément de choses à faire, de techniques à utiliser, de matières à sublimer, comme la panse de brebis, et surtout le cuir, qu'Éric Charpentier aime « beaucoup travailler ». À tel point qu'il s'est pris à « gainer », sur demande, en plus des livres, toutes sortes d'objets, comme un coffret de manucure ou encore... un meuble d'une célèbre marque suédoise ! Pour sûr, Éric Charpentier n'a pas fini de surprendre ...

À découvrir bientôt dans un atelier-boutique


Éric Charpentier y présentera notamment ses talents en matière de restauration d'ouvrages.

Éric Charpentier va bientôt s'associer avec sept autres artisans d'art marnais afin d'ouvrir un atelier-boutique à Epernay : Isabelle Royer et Véronique Carlotti de l'atelier la LanguOchat à Dizy (luminaires d'exception), Rachel Buschmann, tapissière aux Docks rémois, Delphine Ruinart à Epernay (meubles peints), Christine Bouet (créatrice de bijoux à Vertus), Olivia Oberlin, éventailliste à Epernay et Juliette Leenhardt, peintre rémoise en décors. Baptisé le Clos Gallice, du nom de l'association loi 1901 - en cours de création - qui lui servira de support, cet atelier-boutique s'installera au 9, rue Gallice. L'ouverture est prévue le 1" octobre. « On va se relayer pour tenir le magasin (ouvert du mardi au samedi), une fois tous les 15 jours, et un samedi tous les deux mois, chacun. Ça nous fera une vitrine en permanence, C'est un beau projet, on espère qu'il tiendra la route. A l'intérieur, des créations haut de gamme, mais aussi « abordables ». « Le but est de faire connaître notre métier » insiste Éric Charpentier. Chacun aura son portrait affiché avec son parcours et un book avec une fourchette de prix et des cartes de visite. On fera aussi appel à des artistes ou des artisans de l'extérieur qui viendront exposer leurs œuvres. »

Une nouvelle occasion pour l'artisan de découvrir le monde du commerce. « Ce n'est pas évident. Je fais déjà des salons, ce qui me permet de voir un maximum de public, d'expliquer mon travail. Je dois apprendre à promouvoir un produit C'est un métier ! À noter qu'Éric Charpentier sera présent sur la Foire de Châlons du 4 au 8 septembre, avec un « cabinet de curiosités » sur 9 m². Chacun peut me confier un objet qui lui tient à cœur pour que je le présente sous globe, je lui propose un décor au niveau du plateau. Chaque pièce a sa boîte de transport sur mesure et son certificat d'authenticité. Compter de 180 à 600 euros. Un concept qu’Éric Charpentier envisage de présenter aux maisons de champagne à la rentrée, pour sublimer leur gamme de bouteilles. »

•.- www.reliure-et-curiosité.fr

Marion DARDARD

 Extrait de l' union du 06/08/2014    

    

    

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Le relieur-doreur tourne la page

Il avait pris la succession de son oncle il y a 20 ans. Yves Laporte, 63 ans, ferme sa boutique de reliure-dorure rue Emile-Zola. Cependant, son travail ne s'achève pas.


Yves Laporte. dans son atelier, ferme sa boutique fin juin mais continue son activité chez lui à Hauviné dans les Ardennes.

C'est avec son chien, Rocky, et un [sourire aux lèvres qu'Yves Laporte accueille ses clients. Cet homme de 63 ans a, à ce jour, 47 ans de travail à son actif. « J'ai quitté l'école à 15 ans pour faire un apprentissage .aux côtés de mon grand-père. j'ai appris sur le tas. » La reliure et la dorure sont une vraie histoire de famille. Pourtant, aujourd'hui, l'artisan va devoir baisser le rideau de son magasin, lassé de payer des loyers et désireux de mener une nouvelle vie.  « Mon oncle tenait la boutique actuelle au 69, rue Émile-Zola, et mon père était relieur à la bibliothèque Carnegie. j'ai repris l'affaire en 1995. » Mais ce n'est pas seul qu'Yves Laporte tient la boutique. Marie-France, sa femme, se révèle être un soutien important.  « Elle m'aide à la couture, au montage des livres et surtout sur l'administratif. »

Le boom internet? Contre son gré, Yves Laporte connaît. «J’ai perdu des clients, j'ai souffert mais je résiste. »  En effet, la perte de gros clients fait mal. «J'ai travaillé pendant 50 ans avec la mairie de Reims. Aujourd'hui, ce ne sont que des appels d'offres. Je n'obtiens pas les missions car je propose des devis trop chers. Il L'artisan préfère la qualité, mais à coût plus élevé, que de fournir un travail moins cher, sans résultat efficace. « J'essaie d'être raisonnable mais j'aimerais que les gens voient mon travail avant le prix. » Néanmoins, le relieur a de nouveaux clients inattendus comme « des maisons de champagne, des particuliers pour des livres de cuisine ou un assemblage de revues et même le Duc de Polignac ».

Yves Laporte restaure des livres provenant de tous les horizons. « J'ai remis à neuf un livre pastoral, à l'occasion de la venue du pape Jean-Paul Il. Cet ouvrage. a été jusqu'au Vatican »

 Le relieur est fier de montrer les photos de son accomplissement. « Ce n'est pas tous les jours que je restaure ce genre d'ouvrages. »

 En complément de sa boutique, il donne des cours de reliure depuis deux ans pour des clients « qui me plaisent. Je veux me sentir bien avec eux ». Il partage sa passion avec les uns et les autres, notamment avec un ancien ami, Thierry Bestam. « On faisait de la reliure ensemble, il en faisait lui-même de son côté. C'est agréable de pouvoir partager avec d'autres. j'aime le contact avec les personnes. »  Le Rémois apprécie beaucoup bavarder avec ses clients. « Je suis toujours aimable et souriant avec tout le monde. C'est important pour le commerce. »

« Quand on m'apporte une ruine, je SUIS heureux »

« J'aimais bien ma boutique, j'aime ce que je fais. Ma vie, c'est mon travail, ma passion, sans bien sûr oublier ma famille. Il Yves Laporte ferme boutique parce qu'il Il ne veut plus avoir à payer de loyer. C'est diffiole.» Il n'a pas peur du travail et ne rechigne pas à la tâche. Aucontraire, il fonce et il aime ce qu'il fait. Il Quand on m'apporte une ruine, je suis heureux et je mets le temps nécessaire pour la restaurer. Chaque livre est différent. « Il a notamment dû passer un peu plus de 15 heures sur un ouvrage. « Je ne compte pas les heures.je mise sur la qualité et le bon travail avant tout. »l

Yves Laporte se sent comme un privilégié de faire le métier qu'il aime. Il Cela ne me dérange pas de travailler. Si je pouvais recommencer, je le referais sans hésiter. « Ce n'est pas pour autant qu'il recommanderait à un jeune du métier d'ouvrir sa - propre boutique. Il Ce ne serait pos évident pour lui. 11 est plus facile pour les gens d'acheter un nouveau livre, que de faire faire la reliure d'un ancien. »

Désormais, atelier et maison ne font plus qu'un, dans les Ardennes. La boutique ferme fin juin, mais l'activité de doreur-relieur ne cesse pas pour autant pour Yves Laporte, «  Malgré mon âge, je me sens très bien dans ma tête. je suis fier: d'être artisan j'arrête juste ma carrière à Reims mais il ny aura aUcun problème pour mes clients. je me déplacerai pour eux. Je remercie tous ceux qui sont entrés dans ma boutique; qui m'ont fait vivre. » 

 

 

Une vendeuse en tapisserie à sa place ..

La boutique ferme mais les locaux ne vont pas rester en friche longtemps. En effet, ils ont été rachetés récemment par une vendeuse en tapisserie. Elle prendra le relais début juillet. Letemps de s'installer cet été, le flambeau est vite passé. « Ce n'est pas pius mal que ce soit une vendeuse en tapisserie qui reprenne ma boutique. Je trouve que c'est toujours mieux qu'un restaurant, un kebab ou une pizzeria », confie Yves Laporte. « On en voit partout. »l

Néanmoins, les clients ne seront pas perdus. « Des cortes de visite de mon nouvel atelier seront à leur disposition dans la nouvelle boutique », explique l'artisan. De plus, en bas de vitrine, le contact du doreur-relieur sera affiché. Lesfidèles clients pourront le retrouver facilement. Il La reprise des locaux par une autre personne pourrait aussi me permettre de développer mon activité et m'apporter de nouveaux clients. De même pour elle. Entre les deux commerçants, il existe un réel partenariat. « Il faut soutenir et faire vivre les artisans. JI Comme le rappelle M.Laporte, il faut « remettre. les petits commerçants sur pieds. »

La concurrence dans le domaine de la reliure-dorure se fait de plus en plus rare dans la ville. Avec le départ d'Yves Laporte de Reims, il ne reste plus que deux boutiques actives s'y consacrant entièrement, celle d'Éric Charpentier et celle de Céline Facqueur. De même pour la .tapisserie, les enseignes artisanales ne demeurent pas très présentes. Mais rue Zola, un artisan part pour laisser la place à un autre. Les petits commerces de Reims ne s()nt pas encore prêts à lâcher l'affaire.

Capucine LANTENOI5

Extraits de l'union de 11/08/2010

   

    

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