Sellier automobile


 

 

Quand voiture rime avec haute couture

Amadéo De Oliveira. Amoureux des belles formes depuis tout petit, il a habillé et déshabillé bles plus belles sportives et les plus élégantes. Son métier : sellier automobile.

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A 48 ans, Amadéo De Oliveira garde la passion intacte pour la rénovation des voitures de collection.

 

En ce mois d’octobre, il fait frisquet dans l’atelier de la rue des Tilleuls à La Neuvillette. Qu’importe, en cette heure matinale Amadéo est déjà sur le pont en train de décortiquer un siège de voiture. Comme nous explique ce maître artisan : « En ce moment et depuis quelques années, le cuir a la côte et fait un retour en force, il faut en profiter. Beaucoup de particuliers veulent changer les garnitures de leur siège, et passer au cuir ou à l’alcantara. On est aussi aidé parce que le prix du cuir n’a pas augmenté depuis un bout de temps, il y a une sorte de démocratisation de cette matière noble ».

Le prix du cuir n’a pas augmenté en effet, même si des artisans spécialisés, comme Amadéo, pensaient qu’avec le problème de la vache folle, la matière première serait encore plus accessible et les effets pécuniaires palpables. Il n’en fut rien. Les bovins atteints de la maladie étaient systématiquement incinérés, et il n’y avait donc aucune possibilité de récupérer leurs peaux. Actuellement, le cuir est souvent importé et vient presque exclusivement des pays d’Amérique du Sud où les élevages bovins sont légions.

Deux qualités : minutieux et passionné

Amadéo De Oliveira se partage entre restauration de véhicules de collection et voitures de particuliers. « Je travaille main dans la main avec les restaurateurs de véhicules anciens, vous savez eux aussi, ce sont des passionnés, tout comme les propriétaires de voitures de collection. Concernant ces derniers, ils sont très exigeants quant au résultat obtenu et c’est normal ». En moyenne, il faut compter une centaine d’heures de boulot pour redonner un cachet intérieur à une voiture passablement abîmée. « Mon job ne consiste pas qu’à m’occuper des sièges, il y a aussi toutes les garnitures de portières   les moquettes au plafond ou encore le tableau de bord ». insiste Amadéo. Une rigueur dans le travail récompensée par le bouche-à-oreille. Les clients se précipitent de la France entière chez lui, de Paris, de Dijon par exemple et même de l’étranger. «J’ai beaucoup de monde qui vient de Belgique, de Suisse ou du Luxembourg. Regardez cette Fiat Dino cabriolet à moteur Ferrari, c’est un client de Dunkerque qui me l’a apportée, je dois lui remettre une capote à l’identique du modèle initial». Aucun droit à l’erreur n’est permis dans la réfection, car fait nouveau, avec le fleurissement de la presse spécialisée, les clients sont maintenant très «pointus ».

 “ Des clients de la France entière “

« Dernièrement, j’ai eu affaire à un Anglais qui voulait que je lui retape sa Jaguar. Les coutures de l’assise du conducteur devaient avoir une épaisseur bien définie et pas un millimètre de plus, il a regardé tous les détails, et scrutait à la loupe si toutes les côtes étaient bien respectées comme dans son magazine. Il faut être minutieux et de toute façon, bien faire ou mal faire, on passe autant de temps sur le sujet, alors autant que ce soit bien fait. »

Son meilleur souvenir : Avoir eu la chance de faire de la haute couture sur deux italiennes, en l’occurrence deux Lamborghini Mura. « C’est un honneur et un réel plaisir de bosser sur ce type de sportive, ici, tout est initialement cousu main, à l’ancienne. J’apprends beaucoup sur les techniques et les combines employées sur ce genre de modèle ».

À côté du raffinement transalpin, il y a aussi les surprises d’un autre «genre», une rencontre du troisième type en quelque sorte. « Parfois, j’ai droit à réaliser quelques mariages de couleurs bizarres au niveau de l’habitacle, ce n’est pas une généralité, mais les possesseurs de «Tuning» ont parfois de drôles d’idées. Par exemple, J’ai dû habiller de cuir un siège bébé pour faire raccord avec le choix du client. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, et de toute façon, le client est roi ».

Si notre artisan est comblé quand il jette un coup d’oeil du côté du carnet de commandes, il est cependant moins optimiste quand il regarde la filière emploi. « Sellier automobile, ça ne parle pas aux gens et encore moins aux jeunes qui voudraient embrasser cette carrière. Il y a un déficit de communication, résultat, notre corporation manque de bras. Il n’y a pas de réel cursus pour apprendre le métier, si ce n’est une formation dispensée par les Compagnons du Devoir dans les Yvelines. Moi en mon temps, je me suis formé sur le tas ».

Si l’une des qualités à posséder dans ses bagages pour devenir sellier automobile est d’être méticuleux, la passion de l’auto est aussi prépondérante. Un virus qu’Amadéo a transmis à son fils. Normal quand on sait que le gamin traînait ses fonds de culotte dans les baquets des voitures de collection stationnées dans l’atelier. « Je lui ai laissé le choix, et il a décidé de prendre la relève, il bosse d’ailleurs avec moi ». Quand Amadéo jette un coup d’oeil dans le rétroviseur d’une déjà longue carrière, il se rappelle avoir retapé une Nash Torpédo. La voiture des années 20 conduite dans la série télé noir et blanc par un certain  Eliott Ness, la voiture des Incorruptibles. « Un Anglais l’avait rachetée, c’est un des véhicules mythiques des Etats Unis avec les Ford T de la même époque. Travailler sur ce type de véhicule, c’est clair ça fait une drôle d’impression ». Mais déjà Amadéo De Oliveira replonge le nez dans son travail, il est temps de partir. Au fait pour le siège de ma Clio.. . Non, finalement ce serait ridicule.

Olivier Michaux

Extraits de l' hebdo du vendredi N°05 du 27/10/2006