l'atelier Mary Staff

 

 

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11/1999

 


 

Reims, Mary Staff disperse deux siècles de tradition

 


Laurent Mary a tout tenté pour prolonger la vie de l'atelier.
Il a même essayé de convaincre le maire de transformer son atelier en musée conservatoire : "rien n'est venu"

L'atelier Mary Staff, qui a signé à Reims l'ornementation de la plupart des édifices de la « Reconstruction », disperse sa collection de modèles et de moulages. Soit environ troismille pièces, à partir d'un euro.

Six rue de la Tirelire à Reims. Un large panneau sculpté en creux surplombe les portes de l'atelier.

Elles s'ouvriront une dernière fois, du 15 au 25 décembre2004, pour la liquidation de trois mille rosaces, corniches, consoles, appliques, masques, statues et médaillons réalisés en staff pardes générations de compagnons.

Le staff, mélangé de plâtre et de fibres végétales, a été très en vogue au début du XX° siècle, porté par l'Art nouveau et la richesse de ses motifs d'inspiration naturaliste.

Quelques années plus tard, les artisans de la « Reconstruction » ont tiré parti de sa solidité, de sa légèreté et de son coût réduit pour agrémenter les édifices publics et les hôtels particuliers de Reims.

Charles Mary a notamment participé à l'ornementation du Grand Théâtre, du cinéma Opéra, de l'hôtel de ville et de la villa Ruinart de Brimont, sur le boulevard Lundy. On lui doit aussi le dallage d'une absidiole de la cathédrale et le décor, plus exotiique, du pavillon colonial de l'Exposition universelle de1937. Il a également laissé son empreinte dans l'Aisne avec la préfecture de Laon ou le palais de justice de Saint-Quentin.

Son fils, Lucien, a pris la suite avec succès, employant jusqu'à vingt ouvriers au plus fort de son activité. Il a pris sa retraite dans les années 80, après avoir exécuté une réplique fidèle de la  flamme de la  statue de la Liberté.

Disparu en 1998, il aura été le dernier représentant d'une lignée inaugurée en 1783 par son ancêtre Joseph Munaut, sculpteur et marbrier à Charleville.

Chagrin

Laurent Mary a tout tenté pour prolonger la vie de l'atelier. A la mort de son père, cet ancien infirmier a essayé de relancer la production, aidé par une épouse dévouée et passionnée. « Il nous a fallu plus de deux ans pour redécouvrir le savoir-faire, les contraintes et le potentiel de ce métier », explique Laurent. A 37 ans, il se voit contraint « avec chagrin  » de disperser cet héritage : « La rentabilité n'a pas été au rendez-vous et nous n'avons jamais trouvé de repreneur. C'est un constat d'échec. Une collection unique de modèles, de moules et de contre-moules doit être sacrifiée ».

Des Belges et des Américains se sont montrés intéressés mais aucune proposition n'a abouti pour la reprise de l'intégralité du fonds. Laurent Mary a même essayé de convaincre le maire de transformer son atelier en un musée-conservatoire : « Rien n'est venu ». L'adresse ne lui était pourtant pas inconnue : « Mon grand-père avait fait un moulage du visage de Jean-Louis Schneiter quand celui-ci, très jeune, jouait dans une pièce de théâtre au cours de laquelle sa tête devait tomber... ».

A partir d'un euro, la cour et les réserves de la rue de la Tirelire regorgent de pièces à vendre. Compter au minimum 30 euros pour un mètre linéaire de corniche (entre 500 et 3.000 euros pour les modèles les  plus  importants),  une soixantaine d'euros pour une épreuve de l'Ange au sourire, une centaine pour une rosace.

Les grotesques de grand format se négocient autour de 1.000 euros.

On peut aussi s'offrir un moulage d'après Carpeaux ou Saint-Marceaux.   Et même une reproduction grandeur nature de l'Aurige de Delphes, avec sa patine à l'antique.


A partir d'un euro, les réserves de la rue de la Tirelire

Franck Leclerc

Extrait de l'union du 14-12-2004

    

    

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